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Le retour (III)

Wild

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    Contrairement à ce que Gol avait imaginé, le jeune prince avait sur lui tout juste de quoi payer quelques verres. Aurait-il pensé à prendre de l'argent, l'adolescent n'aurait pas pris le temps de faire un détour. L'étranger avait suscité en lui une telle curiosité qu'il n'avait eu qu'une idée en tête: retourner le plus rapidement possible à l'auberge où l'attendait le conteur. Lorsque le jeune homme était entré en trombe dans le bâtiment, les yeux de toutes les personnes présentes s'étaient tournés vers lui¿ le temps de vérifier qu'aucun danger ne menaçait leurs victuailles. Après avoir fermé la porte, il s'était rendu à la table de l'artiste et s'était assis en face de lui.

« Excusez-moi pour l'attente. L'écurie se trouve au château, et n'est pas toute proche, commença le jeune homme, d'un air sincèrement désolé.

- Vous êtes du château ?

- Oui, oui. Mais parlez moi plutôt de vous. D'où venez vous ? Pourquoi voyagez-vous ? Comment vous vous appelez ? C'était quoi, cette histoire tout à l'heure ?

- Ho là ! Le coupa l'étranger, légèrement amusé. Attendez donc que je réponde avant de me lancer toutes vos questions à la tête comme ça ! Ce sera plus simple si je commence par me présenter. Je m'appelle Gol, et je viens d'un pays lointain. En fait, j'ai traversé trois ou quatre pays avant d'arriver ici. Je ne sais pas si vous connaissez le pays d'Ataquine ? »

Après avoir réfléchi un instant, le prince acquiesça:

« - Oui, c'est bien au sud d'ici. Pourquoi venir ici, aussi loin de votre patrie ?

- La raison est simple, mais je ne sais pas si vous la comprendrez. Avez-vous déjà voyagé ? »

Surpris par la question, Dilw ne répondit pas tout de suite :

« - Euh, non¿

- Vous devriez alors ! Le monde qui s'étend au delà de ces murs est bien plus vaste et surprenant que vous ne pourriez l'imaginer. On peut dire que je voyage pour voyager. Découvrir le monde, les gens, faire des rencontres, tout cela est une expérience unique ! »

Il parlait avec une telle ferveur que l'intérêt du prince pour cet homme n'avait de cesse d'augmenter.

« - Et donc vous voyagez de ville en ville, en racontant des histoires comme celle de tout à l'heure ? »

Alors que le jeune homme posait cette question, son interlocuteur s'était tourné vers le taulier et avait commandé une autre pinte.

« - Si vous souhaitez continuer la discussion, je vais avoir besoin de boire, sinon ma gorge va se dessécher. ÿtant donné que c'est votre faute, j'espère que vous m'offrirez cette boisson ? »

Pris de court, Dilw ne put qu'acquiescer. Lorsque le patron vînt servir la pinte, il s'adressa au garçon:

« Eh ! Pour rester ici, va falloir commander un truc ! »

Après avoir commandé un lait de chèvre et payé les deux commandes, il reprit la discussion:

« - Donc, vous racontiez une histoire tout à l'heure. ÿa vous permet de vivre confortablement ?

- Oh non, pas tant que ça ! Mais avec tout le temps que j'ai lorsque je voyage, je peux bien travailler mes récits. D'ailleurs, je connais aussi des poèmes, des ballades, des légendes¿ Vous voulez que je vous récite quelque chose ? »

Voilà, le moment crucial était arrivé. Il n'aimait pas négocier avec des jeunes, car pas assez intéressés par les récits ; ou bien fauchés comme les blés.

« - Si cela ne vous dérange pas, répondit le prince.

- Bien sûr que non¿ tant que tu comprends que c'est mon métier, et que je ne le ferais pas gratuitement, précisa le conteur. »

Même s'il ne s'était pas attendu à ce qu'on lui demande de l'argent, le jeune homme, qui n'aimait pas le ton condescendant de son interlocuteur, rétorqua :

« - Si vous estimez qu'une simple pinte offerte vous permet de me tutoyer, alors ça doit être un paiement suffisant pour quelques histoires ! »

Pour seule réponse, l'artiste se mit à rire. Généralement, les personnes avec qui il discutait, en plus d'être rares, ne se formalisaient pas lorsqu'il les tutoyait. Plus que cela même, les personnes essayaient d'entrer dans ses bonnes grâces pour avoir droit à des chansons gratuitement. Tout cela l'ennuyait à mourir ; aussi, même si le tutoiement était sorti tout seul - il n'avait pas l'habitude du vouvoiement - la réaction du jeune homme lui avait plu. C'est avec un grand sourire qu'il lui répondit:

« - Je t'aime bien, toi ! T'as de la répartie ; et crois moi, c'est pas donné à tout le monde ! Voilà ce que je te propose: ce soir, on discute tant que tu veux, et je paye mes boissons. En contrepartie, entre nous, plus de vouvoiement ! ÿa marche ? »

Bien content d'être apprécié par le voyageur, le prince acquiesça.




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