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  1. Loin des blockbusters Hollywoodiens ou du cinéma dit plus "respectable" comme les films d'auteurs, ou des essais pseudo-intellos, il existe une branche sombre, moins "branchée", boudée par les festivals et même par les critiques et les personnes sérieuses : le nanar. Et alors que de plus en plus de cinéphiles se passionnent pour cette branche ignorée du cinéma, elle reste pour le grand public une énigme, voire un passe-temps inutile pour des incultes manquants de goût. Dans cet article je vais donc m'attacher à rendre au nanar ses lettres de noblesse... Mais avant, un nanar, c'est quoi au juste ? Et bien la difficulté à définir ce qu'est le nanar est la frontière floue et ténue entre le nanar et le navet. Le premier est un film si mal réalisé, si raté, si mal exécuté qu'on le regarde non pour ses qualité mais pour ses défauts. Un film si raté qu'il en devient amusant... Il va sans dire que la pratique du nanar demande une sacrée dose de second degré. Un navet au contraire est un film mal réalisé, mais en plus chiant. L’intérêt du nanar vient donc de son accumulation de défauts. Cependant, la tentation est grande de qualifier un mauvais film de nanar, mais ce serait là une grave erreur. Prenez par exemple un bon vieux film bien de chez nous, « Le Jour et La Nuit » (film de Bernard "regardez-comme-je-suis-intello" Henri Lévy). La réalisation est grotesque, les acteurs mauvais malgré la présence d'Alain Delon et de Lauren Bacall, une intrigue ridicule : bref le film est raté. Tous les ingrédients d'un nanar, non ? Pourtant, non. Pourquoi ? Tout simplement qu'il est aussi ennuyant qu'un dimanche pluvieux à regarder Michel Drucker. Prenons maintenant un monument du nanar : « Birdemic ». OVNI réalisé par le génialement mauvais James Nguyen, Birdemic se veut à la fois comme un hommage aux « Oiseaux » d'Alfred Hitchcock et comme une fable écologique, avec en sus des effets (très) spéciaux, dignes de 2008. Le film commence par nous présenter Rod, au sommet de sa carrière, qui vient de signer le contrat de sa vie. Ne me demandez pas plus de précisions, le scénario ne le sait même pas. Aussi beau gosse que BHL, aussi expressif qu'une tranche de foie de veau, Rod est un winner. Fort de sa vente à 1 million de dollars il fait la rencontre d'une jolie jeune femme, mannequin internationale (bon, on se fout de savoir comment elle s’appelle, vu qu'elle n'est là que pour faire joli). Après l'avoir harcelée et suivie dans la rue un bon moment, il obtient son numéro et ne va pas tarder à la séduire armé de son regard ténébreux. Mais rien ne saurait être parfait dans ce monde, et les deux amoureux se font attaquer par des oiseaux qui n’hésitent pas à égorger les humains à coup d'ailes-lames de rasoir et à leur envoyer aux visages des fientes acides. Ensemble ils se battront contre les terribles volatiles à coup d'armes aussi dangereuses que des cintres, recueilleront des enfants ayant vu leurs parents "massacrés" par les piafs démoniaques (rassurez-vous, les mômes eux-mêmes n'en ont rien à fiche)... Présenté comme un film écologique (roulons électriques, installons des panneaux solaires, luttons contre le réchauffement climatique), Birdemic atteint un niveau d’incompétence jamais vu auparavant. Les acteurs sont mauvais, mais MAUVAIS à un point où cela en devient un art. La prise de son est dégueulasse, les effets spéciaux horribles : Birdemic cumule les clichés et les défauts, rien n'est à sauver dans ce naufrage, chaque scène étant plus bâclée que les autres, et c'est ce qui le rend si bon. Et voilà ce qui fait la différence entre nanar et navet.
  2. Aujourd'hui chers explorateurs du cinéma bis, nous parlerons d'un réalisateur culte, au sommet du panthéon des réalisateurs de nanars. Un réalisateur en fait si peu doué qu'il gagna le titre, aussi injustifié que peu flatteur, de "pire réalisateur de l'histoire". Magouilles, vols, amitié avec des vampires, et même une malédiction au sommaire, l'existence d'Edward Davis Wood Junior est aussi atypique que sa carrière. Dès sa naissance le 10 décembre 1924, la vie d'Ed Wood est déjà peu banale. En effet Lillian, sa mère, se réjouissait déjà de mettre au monde une fille. Las, la fille est en fait un garçon, qu'elle appellera Edward. Pas un problème, elle l'habillera durant toute son enfance en fille. Cette particularité n’empêche cependant pas le jeune Ed Wood de rêver de folles chevauchées dans l'Ouest américain, celui de ses bandes dessinées. C'est probablement à cette époque que la passion de la mise en scène lui est venue : en effet, il recrute des gamins de son quartier pour rejouer des scènes entières de western, avec Ed comme metteur en scène. En 1942, peu après l'entrée en guerre des USA contre le Japon et l'Allemagne, Ed est tout juste âgé de 18 ans. Il est enrôlé dans le corps des Marines des Etats-Unis. Il affirma plus tard craindre une blessure, car il portait sous son uniforme des dessous féminins. Du reste, il ne s’illustra guère dans les combats et finit la guerre comme dactylo. Après la guerre, Wood vivote en réalisant diverses productions mineures aujourd'hui perdues. Mais en 1953, un producteur cherche un réalisateur pour mettre en scène un projet de film d'exploitation sur Christine Jorgensen, premier homme à subir une opération de réassignation sexuelle. Pour « Glen or Glenda », Wood réussit – on ne sait comment, mais probablement avec un chèque confortable – à engager Bela Lugosi, ancienne star du cinéma, mais drogué et presque ruiné. Le film est une succession de plans sans rapport les uns avec les autres, l'histoire – s'il y en a une – est aussi incompréhensible que la diction de Lugosi. Le film est un échec artistique et commercial, mais Wood ne désespère pas. Beaver ? Bivère ? Beware ? Lugosi a bien du mal à articuler : Deux ans plus tard, Wood met en chantier son deuxième long métrage, « The bride of the monster ». En plus de Lugosi, Wood engage l'ex-lutteur Tor Johnson, gentil colosse de 400 livres, mais acteur tout à fait raté. Le scénario : depuis des semaines, des gens disparaissent mystérieusement. La rumeur prétend qu'un monstre rôde dans les marais. Un soir, deux chasseurs égarés croient pouvoir se réfugier dans un manoir qu'ils pensent abandonné : en fait, la demeure appartient à un savant fou (Bela Lugosi) ayant donné vie à un monstre (Tor Johnson), tel le docteur Frankenstein. Encore une fois le ratage est à peu près total : Wood use et abuse de stock shots (images d'archive) hors sujet afin de prolonger la durée de son film, de plans inutiles... Wood va même jusqu'à voler dans un studio de cinéma une pieuvre mécanique afin de l'utiliser dans son film, mais oublie de dérober le moteur censé l'animer. En résulte une des scènes les plus ridicules de la cinématographie de Wood, avec un Lugosi luttant contre un animal en mousse bien peu vivace. Malgré tout, et c'est un cas unique dans la carrière de Wood, cela sera le seul de ses films à être un peu rentable. En 1956, Wood travaille sur ce qu'il pense être son chef d’œuvre : les profanateurs de tombes venues de l'espace. En bon magouilleur, il fait financer son film par une Eglise Baptiste à la condition qu'il renomme son film « Plan 9 from outer space ». Pour ce film, outre Lugosi et Johnson, il réussit à embaucher "l'actrice" Maila Nurmi, mieux connu comme étant Vampira, sur laquelle Wood fait une véritable fixation (pour la petite anecdote, elle fut fiancée à l'acteur James Dean, contre qui elle aurait lancé une malédiction peu avant le décès de ce dernier, suite à leur rupture). Cependant, Lugosi décède le 16 août 1956, ce qui contraint Wood à engager le médecin de sa femme pour le remplacer. Ce dernier devra cacher son visage durant tout le film avec sa cape, la ressemblance avec Lugosi n’étant franchement pas frappante. Lugosi est néanmoins crédité au générique, car il apparaît dans une scène, tournée au hasard par Wood. Le film est légendaire de par ses nombreux faux raccords (la cicatrice sur le visage de Tor Johnson changeant sans cesse de place) et maladresses (une pierre tombale en carton qui tombe à peine effleurée, le fil d'une soucoupe volante très bien visible à l’écran...) ou encore des perches de micro apparaissant en plein champ. Le scénario est lui tout aussi ridicule : des extra-terrestres, inquiets de la montée en puissance de l’énergie atomique, décident d'avertir les humains de leur erreur. Mais, devant le déni des humains, les extra-terrestres décident de les punir en ressuscitant les morts... Plan 9, ridicule à souhait et faisant plus penser à une blague de vidéastes amateurs, est totalement fauché avec un budget d'à peine 60000 dollars et peine à trouver un distributeur, et le film ne sortit qu'en 1959. Depuis, Plan 9 from outer space à été élu pire film du monde. Vérification en VOSTFR : (fin de la première partie de l'article)
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