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Pépé ! Raconte-moi encore tes histoires !


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Blaquière Membre 11966 messages
Forumeur alchimiste‚
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Pépé ! Raconte-moi encore tes histoires !

 

"Notre Grand", va avoir 11 ans. Il est en souci... il faisait un petite mine tristounette. Ses parents nous ont dit qu'il était inquiet parce que cette année, il va entrer en sixième... Nous savons tous ça. C'est un passage difficile. Le collège n'est pas au village et il faut partir pour toute la journée.... En car...

Je lui ai dit ;

-- Ne t'en fais pas ! Dis-toi que de toute façon, tous les soirs tu rentreras à la maison ! Imagine-toi la chance que tu as ! Tu te rends compte que nous quand on est rentrés en sixième, on partait le lundi matin pour toute la semaine ? Et qu'on ne revenait à la maison que le samedi après midi ?!"

-- TOUTE LA SEMAINE ?

-- Oui ! Le lundi à 7 heures on prenait le car de Piccolo ! Et je lui ai raconté l'histoire. Le car qui n'avait plus de freins... Le car qui tenait avec des bouts de ficelles, qui n'avait plus de couleur, et qui était parti à reculons pour taper dans le mur à Camps La Source ... Et moi qui avais plongé dans les sacs du courrier...

-- Et vous êtes pas allés au collège alors cette semaine ?

-- Tu parles ! Il ont envoyé un autre car et on a manqué juste deux heures ! Mais quand on est arrivés au collège, on était des héros ! Des miraculés ! On a raconté notre aventure !...

-- Et ils l'ont mis à la casse le car après ?

-- Tu parles, ils l'ont réparé et il a duré encore des années ! A l'époque on faisait à l'économie !

Puis je lui ai raconté le même car qui avait roulé dans le troupeau de moutons !

-- Une horreur ! L'apocalypse ! Et les moutons sous les roues (j'ai pas dit les tripes à l'air) qui faisaient "Bêêêê ! Bêeêê !"

Là le plus jeune (8 ans) qui était à côté a un peu ri, mais pas trop parce qu'il savait que c'était quand même grave.... Il vient écouter de temps en temps puis retourne s'amuser. Il est au CE1. Le collège c'est moins son problème !...

-- Et pour manger vous alliez à la cantine ?

-- Au... RÉFECTOIRE !  On était huit ou dix par table !

-- C'était bon ce qu'ils vous donnaient à manger ?

-- Quand il y avait des frittes, "le chef de table" (c'était le premier qui se trouvait au bord de l'allée du milieu), vidait le plat de frittes directement sur la table et il partait en courant à la cuisine pour chercher du "rabiot" ! Quand y'en avait ! Mais souvent, pas assez pour tout le monde : les premiers arrivés seulement, alors il fallait se dépêcher ! 

Oh une fois je me souviens, c'était de la purée...   Celui qui servait avec la louche a tapé un peu trop fort dans l'assiette qu'on lui tendait et tout le milieu de l'assiette s'est détaché,  découpé bien en rond, et il est tombé  sur la table avec la purée dedans ! Tu imagines la tête du type qui est resté avec son cerceau vide du tour de l'assiette  à la main ?! J'avais jamais vu ça...

-- Oh là, là !

-- Un autre fois, ça nous plaisait pas ce qu'il y avait, le soir... Alors, TOUS on a décidé de faire la gréve de la faim !!! Enfin, "tous" c'était surtout les grands de Terminale et de Première qui décidaient : nous, les petits, sixièmes, cinquièmes, quatrièmes, tout ça, nous, on suivait le mouvement !

-- Et vous avez pas mangé de plusieurs jours ?

-- Non ! Juste ce repas ! On restait tous assis à nos tables sans bouger avec le plat au milieu et personne n'y touchait ! C'était des petits pois ! Ça vous plaît les petits pois ?

-- Non !

-- Non !

-- Vous voyez bien qu'on avait raison !

-- Oui !

-- Oui !

-- Mais l'affaire a fait du bruit ! Et le directeur, le Principal est rentré dans le réfectoire ! C'était pas rien ce Principal ! Pactus qu'ils s'appelait. Tous ceux qui l'on connu vous le diront... Pas très grand, mais costaud ! Et il boitait ! il avait une canne... Et une figure, dure, sévère. Il était l'autorité incarnée ! Il commençait toujours ses laïus par "JE VOUS PRÉVIENS CHA-RI-TA-BLE-MENT !..." On pouvait être plus de 150 dans le réfectoire, mais je vous garantis qu'on aurait pu entendre une mouche voler ! Tout le monde tremblait !  Il est allé au fond du réfectoire où y'avait les grands, car il avait compris que c'était eux qui menaient le mouvement et il a pris un cuillère de petits pois dans un plat et il l'a mangée ! "Ils sont bons ces petits pois ! Pourquoi vous ne les mangez pas ? " Là un grand, gentil, sympathique, mais une "figure" et que tout le monde, tous les élèves respectaient, "Guitare" c'était son surnom (je ne sais pas pourquoi) a pris un petit poids dans sa main et le lui a montré : "Monsieur le Principal ! Ils ne sont même pas ronds VOS petits poids !" Silence de mort dans le réfectoire ! Mais tout le monde riait sous cape ! Même le directeur n'a pas pu s'empêcher de sourire. C'était un homme intelligent et il s'attendait pas à cette réponse originale !

-- Non ? Il a dit ça ? "Ils sont pas ronds"?!

-- Oui ! Exactement ! Je ne sais pas comment ça a fini mais il a dû nous demander plus gentiment de faire un effort et de les manger quand même pour reprendre des forces pour le lendemain... Le bruit courrait qu'après il aurait dit aux surveillants en aparté et en riant un truc du genre : "si c'est une question de forme des petits poids, c'est pourtant vrai qu'ils sont pas ronds !"  Il avait été sensible à l'originalité de la réponse de Guitare qui n'a même pas été puni je crois...

Il me semble tout de même qu'après on a eu moins souvent des petits pois !

-- Et vous pouviez apporter des choses à manger ?

-- Oh attends ! Un fois, le dernier jour, avant les vacances de la Noël, on a fait le réveillon, à Minuit dans LA CARRÉE !

-- La "carrée" ? C'était quoi ?

-- Il y avait les dortoirs, on était au moins 40 par dortoir et y'avait un ou deux surveillants d'internat pour surveiller les élèves qui dormaient dans une petite casemate un peu isolée, mais dans les dortoirs mèmes...  Et puis Y'avait aussi "LA CARRÉE". C'était  un pièce à part avec seulement quatre ou cinq lits...

-- C'était une chambre alors ?

-- Parfaitement ! C'était pas un dortoir, c'était un chambre ! Sans surveillant ! Que pour les plus grands de terminale qu'on jugeait assez sérieux pour pas avoir besoin d'être surveillés...

-- Et tout le monde pouvait y aller dans "LA CARRÉE" ?

(Comme il a prononcé "LA CARRÉE" il a compris que c'était un endroit mythique au lycée : il a pigé le symbole ! Il est tout de suite dans le coup !)

-- Non ! Au début de l'année on distribuait les places aux dortoirs, et si tu avais la chance d'être "à LA CARRÉE" c'était pour l'année ! Quand on disait d'un élève "il est à la Carrée" c'était aussi la considération assurée ! Un place presque intermédiaire entre élève et surveillants ! Puisqu'on n'avait pas de surveillant ! "Guitare" il y avait été à la Carrée, noblesse oblige ! Et moi aussi j'y ai été, la dernière année !

Donc on a fait le réveillon, le dernier jour avant les vacances !... On avait porté des boites de pâté, des boites de sardines, du pain, des trucs à boire, peut-être même DU VIN je crois ! Oui ! Je suis sûr ! On avait même peur que ça s'entend quand on ouvert le bouteille, le "Blop" ! On a allumé des bougies... Un vrai réveillon ! On a mangé ! Trop ! Après on pouvait mal dormir... On avait le ventre plein, on n'en pouvait plus ! Et je me souviens du copain Chaix, un farceur, qui était couché juste sous la fenêtre de la Carrée et qui faisait semblant de délirer qu'il mangeait encore : "Mmmmm une BONNE DAUBE maintenant!" Qué rire ! Je l'entends encore !

Le lendemain quand on avait dit aux autres "hier soir on a fait le réveillon "à la Carrée", c'était l'admiration !

.................

Je vois que "Notre Grand" a les yeux qui brillent. Il a un peu moins peur du collège il me semble... Il comprend que c'est tout un monde qui va s'ouvrir devant lui et que ce sera peut-être pas une prison !...

-- Pépé raconte-moi encore tes histoires !

Imaginez si j'ai été heureux d'entendre cette petite phrase !

-- J'en ai même vu qui mangeaient des vers de terres dans la cour !

-- des vers de terre ? Tu en as mangé toi ?

 -- Ca va pas ?! J'étais pas fou !

-- Raconte !

-- L'automne, quand les platanes perdaient leurs feuilles, ils en faisaient des grands tas dans la cour et ils allumaient de grands feux !

-- Des feux dans la cour ?

-- Bè oui !

 -- Et c'était pas dangereux ? Vous jouiez autour ?

-- Oui ! On était pas couillons : on savait bien que le feu ça brûle ! On faisait attention ! Mais si quelqu'un se brûlait ou se faisait mal, il pouvait toujours aller à l'Infirmerie ! Et donc, il y avait un élève qui était un peu bizarre ! Il s'appelait "Carmagnole" ! Tu imagines ce nom ? Et c'était son vrai nom, je crois ! Il avait dit : "Moi je mange les vers de terre" !  On lui en avait présenté des comme ça, "nature" qu'on avait trouvé sur le terrain devant les préfabriqués et qui se tortillaient encore... Il avait dit "pas comme ça ! Je les mange mais à condition que ce soit mon "cuisinier préféré" qui me les prépare !" Et son... "cuisinier préféré", c'était "BÔzi" ! (Le fils du Docteur Bozio, celui qui m'avait fait naître !) C'était un personnage, "Bozi", un vrai "déconneur "! Il a fini Maire de Garéoult ! (où y'a LE collège, tiens !). Donc Bozi piquait un ver de terre sur un brindille de platane, et il le faisait vaguement rôtir sur le feu de feuilles ! Il le retournait, faisait semblant de réaliser une cuisson super précise : "Attends ! Ce côté il mérite encore un peu plus de cuisson !" En fait il faisait n'importe quoi ! Après Carmagnole dégustait son ver : "la cuisson est parfaite !" Qu'il disait.  Je crois qu'il était un peu fada !

-- Et vous étiez enfermés dans la cour ? Y'avait personne qui s'échappait ?

-- Oh là ! FAIRE LE MUR ?

-- C'est quoi "faire le mur"?

-- C'est ça : s'échapper ! Passer par dessus le mur du lycée ! Et sortir... libre !

-- Tu l'as FAIT LE MUR, toi ?

-- Non ! Enfin... oui ! Mais pas vraiment...

-- Oui ou non ?

-- Oui ! Mais sans passer par dessus le mur ! Le jeudi après midi, quand on allait aux Adrets, derrière le lycée, en promenade... On montait en rang par deux dans la colline, derrière Raynouard (c'est le nom du Lycée de Brignoles)... Il y avait des surveillants qui nous accompagnaient. Mais ils faisaient surtout attention aux petits. Tiens, c'est là que j'ai appris à manger les pignons des pignes. Tu sais ce que c'est une pigne de pin ?

-- Bien sûr !

-- Y'avait de grands pins gigantesques et des pignes partout. Quand elles avaient encore les pignons, on les cassait et on les mangeait. On se régalait. On se donnait l'impression de vivre la vie sauvage... Avec les écorces du pin, quand on en trouvait une belle, avec un canif, on se sculptait un petit bateau, aussi... C'était ça la promenade du jeudi. 

-- Vous aviez des couteaux ? C'était permis ?

 --Non, mais on était pas obligés de le dire ! Et c'était que des canifs ! On pouvait toujours dire que c'était pour tailler les crayons ! Il fallait bien s'occuper en promenade ! Quand on était plus grand, on s'éloignait petit-à-petit.... sans qu'on nous voie... On montait jusqu'en haut de la colline des Adrets cachés derrière les pins, et puis on redescendait sur l'autre versant, au nord,  jusqu'au Val ! C'est le village le plus près de Brignoles...

-- Et vous y faisiez quoi ?

-- Pas grand chose ! On allait jusqu'au bar et on buvait un sirop ou une bière ! Même pas ! Une limonade ou un panaché ! A l'épicerie, si elle était ouverte, on s'achetait un paquet de galettes...

-- Vous aviez des sous ?

-- On avait bien toujours quelques pièces... En principe, j'avais 5 francs d'argent de poche pour la semaine. Ça correspondrait à un ou deux euro ? Mais on avait une frousse ! La "légende" disait que Pactus, le Principal, des fois, venait sur le route du Val avec sa DS pour surprendre les élèves qui s'échappaient de la promenade ! Alors, dès qu'on entendait une voiture arriver, on se jetait tous dans le ruisseau sur le côté de la route pour se planquer !

-- Et y'en avait pas qui revenaient trop tard à la promenade ?

-- Bè non, on faisait juste l'aller-retour, juste histoire de se dire qu'on avait osé et qu'on avait été libres un moment ! Attends ! Maintenant que tu me le dis, il me semble bien qu'une fois y'avait quelques grands qui avaient rejoint le rang de la promenade en courant juste au moment où on rentrait au lycée... Ils avaient eu chaud, ceux-là, cette fois-là !...

-- Tu m'avais jamais raconté tout ça !

-- Mon pauvre ! Si tu savais ! Pendant 7 ans, il s'en est passé des trucs et des trucs ! J'en ai encore des dizaines en réserve !

T'avait aussi Fédéroff, le prof de travaux manuels ! Il avait fallu choisir entre travailler le fer ou le bois au début. Moi j'avais choisi le bois !  Fédéroff c'était un russe ! Un genre de génie du bricolage et puis c'était un russe et les russes avaient envoyé le premier satellite ! C'étaient les spécialistes de l'espace. Lui il avait fabriqué un soucoupe volante ! Elle n'était pas téléguidée et elle était partie n'importe où ! Elle avait atterri au Val, justement, près du lavoir !  Toutes les femmes qui lavaient étaient parties en courant, complètement paniquées ! Elles croyaient que c'était des martiens !

-- Elle était en bois la soucoupe ? (Il m'a dit ça en riant !)

-- Mais non, en fer !

-- De quelle couleur ?

-- Couleur du fer !

-- Dis, la prochain fois qu'on vient, tu penseras de nous en raconter encore ?

-- Vous allez pas en croire vos oreilles !

 

 

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