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Des hôtels si particuliers


January

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January Modérateur 62 440 messages
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Cachés derrière de hauts murs, à l’abri de leurs façades aristocratiques, ils racontent des moments d’histoire, d’amour, de pouvoir et de révolution. Portraits choisis de ces belles maisons parisiennes

Hôtel de Lauzun un opéra de Lully

Quai d’Anjou, aux pieds de l’hôtel de Lauzun, coule la Seine. Côté rue, ce « joyau de l’île des palais » se fait discret. Seul un imposant balcon de fer forgé donne à entrevoir la richesse de l’édifice, sans pour autant laisser soupçonner la beauté de ses décors intérieurs. La demeure, construite en 1658 par l’architecte Charles Chamois pour Charles Groïn – un parvenu enrichi dans la vente de fourrage pour les chevaux des armées du roi qui se fait appeler Gruyn des Bordes. L’hôtel tient son nom du comte de Lauzun qui ne l’occupa pourtant que de 1682 à 1685. Pousser la porte de cet hôtel, c’est se glisser à la cour de Louis XIV, mais pas seulement…

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Des statues d’Apollon et de Minerve accueillent le visiteur, à l’étage des salons décorés de panneaux à compartiments se succèdent, un précieux « cabinet des miroirs » laisse penser à un opéra de Lully… Le triomphe de Vénus, le plafond de la chambre d’apparat évoque une autre histoire. Celle de Charles Baudelaire qui emménage en 1843 dans cette maison devenue immeuble ordinaire avec boutiques, atelier et appartements à loyers. Le poète a 21 ans et partage avec Théophile Gautier, Alexandre Dumas, Delacroix, Flaubert et Balzac, ses amis du Club des haschischins, la fameuse « confiture verte » menant aux paradis artificiels. Et Vénus de s’animer sous ses yeux, et les yeux des nymphes de devenir limpides. Que de beaux fantômes en ce lieu magnifique.

Hôtel de Galliffet l’ombre de Talleyrand

En 1792, l’édifice de style néo-palladien, élevé par Etienne-François Le Grand pour le compte du marquis Simon-Alexandre de Galliffet, s’achève. L’imposant péristyle, les huit colonnes ioniques de dix mètres de haut, les frontons triangulaires portant des couronnes de chêne et de laurier symbolisant la Force et la Gloire, tout est en place pour célébrer… le nouveau pouvoir. Car, à peine achevé, l’hôtel se voit confisqué par la Convention. Reste que la demeure, décorée par Jean-Baptiste Boisson, respire la douceur de vivre de l’Ancien Régime. Ce qui n’est pas pour déplaire à Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord qui s’y installe le 15 juillet 1797 en qualité de ministre des Relations extérieures du Directoire, pour y demeurer jusqu’au crépuscule de l’Empire.

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Pendant vingt ans, le « boiteux comme le diable », l’ancien évêque d’Autun y travaille, complote, trahit l’Empereur et réécrit la carte politique de l’Europe. Et l’on ne peut que s’émerveiller devant la splendeur de ces pièces qui furent le théâtre de fêtes grandioses et de puissantes ambitions. Se plonger dans le récit de la fastueuse réception que Talleyrand donna pour Bonaparte à son retour de la campagne d’Italie. Goûter au charme du salon ovale, de son plafond peint à fresque, de sa cheminée décorée de feuilles d’acanthes et du jardin où un parterre de gazon souligné de bordures de buis et de roses invite à lire, écouter les oiseaux et regarder passer le temps.

Plus par ici : http://www.lesechos....ers-1183746.php

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  • 2 semaines après...
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Invité vieilledame
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Invité vieilledame Invités 0 message
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Mes grands-parents étaient les concierges d'un hôtel particulier dans le 7ième. Je passais des vacances chez eux, dans la "loge" qui n'avait ni toilettes, ni cabinet de toilettes. Il fallait aller dans la cour ou avoir "un seau" qu'il fallait aller vider puis nettoyer. La toilette se faisait "sur la pierre à évier". Seule la pièce du devant était chauffée par un poêle à bois.

Les propriétaires, dont je tairai le nom, ainsi que les locataires (certains au nom plus célèbre encore) avaient chez eux tout le confort.

Les "gens biens" étaient condescendants ou bien ne me regardaient pas. Je ne devais adresser la parole à personne, répondre poliment et brièvement, et uniquement en cas de nécessité absolue m'adresser aux enfants du conte de B... en les appelant "monsieur Charles-Henri", "mademoiselle Anne"... Nous étions dans les années soixantes. Ces enfants n'avaient que trois ans, cinq ans, mais avaient déjà appris à m'ignorer.

En mettant le pied "sous la voute" je changeais de monde et d'époque.

Les propriétaires et certains locataires possédaient un chateau "à la campagne" où ils séjournaient l'été.

Il me semblait traverser le temps et vivre les deux semaines des vacances de Pâques dans l'univers de la Comtesse de Ségur. Pendant que je balayais la cour pavée je m'imaginais être le pendant féminin du "Pauvre Blaise".

Par les commérages des petites bonnes ma grand-mère connaissait tous leurs secrets, et comme elle bavardait devant moi avec les autres concierges de la rue j'étais également très informée. S'ils avaient su que je savais ce que je savais, ils auraient été moins "supérieurs". Peut-être même auraient-ils été terriblement honteux.

Mais il y avait aussi du bien à raconter sur ces gens d'un autre monde et d'une autre époque. Je donne un exemple. Une dame très âgée logeait gratuitement dans un petit appartement attenant à la loge. J'ai appris qu'elle était la fille d'anciens concierges, qui avaient autrefois servi la famille de B. quelques soixante ans auparavant, donc au début du XX siècle, ou un peu avant. Ces "gens de la haute" se sentaient responsables du bien-être de leurs vieux et fidèles serviteurs et même parfois de leur descendance. Et quand mes grands-parents n'ont plus été en état de travailler, madame de B. s'est enquis de savoir si leur retraite était suffisante pour vivre décemment afin d'estimer le montant d'une pension qu'elle jugeait devoir leur verser.

Cet hôtel particulier a malheureusement été détruit et remplacé par un immeuble moderne dans les années 70. La magie a disparu. Les murs qui transpiraient l''Histoire, la bonne odeur des escaliers que je récurais avec "Ma Mémée" et qui était pour moi celle de Paris se sont envolés.

Et dans leurs nouveaux appartements aux plafonds normalement bas qui les ont obligés à se séparer de leurs gigantesques lustres et de leurs trop grands tableaux, dans leurs pièces normalement grandes, avec leurs salle-de-bains carrelées, le Comte et la Comtesse de B., madame de G, monsieur et madame de... sont devenus des gens presque ordinaires, un peu ridicules avec leur manière de parler bien à eux. Ils étaient des anachronismes vivants avec leurs titres nobiliaires qui n'inspirait plus de respect. Les petites bonnes se sont transformées en employées de maison comme les autres. Le charme a disparu, pour toujours.

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Modérateur, ©, 108ans Posté(e)
January Modérateur 62 440 messages
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