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La sensualité et la spiritualité s'excluent-elles mutuellement ?


Invité punchcoco

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Membre, Chien Fou forumeur, 92ans Posté(e)
Promethee_Hades Membre 25 564 messages
92ans‚ Chien Fou forumeur,
Posté(e)

Finalement je me dis que la vie ne vaut la peine d'etre vécue que pour les prodiges et les génies.

Eux seuls ont la possibilité de s'affranchir de la validation ou de l'approbation des autres, eux seuls ont la capacité d'apporter de la valeur ajoutée.

En dehors de cela tout est agitation ou soubresauts d'une carpe hors de l'eau, et on fini par périr par manque d'oxygène.

Un génie sinon rien.

Pour cette fois je vous souhaite a tous de ne pas etre d'accord avec moi.

Je suis d'accord partiellement avec toi, figure toi que les génies et les prodiges se sentent bien seul, terriblement seul, d'une solitude infernale, certain se suicident d'ailleurs car complètement incompris. D'autres s’abîment dans des échappatoires répréhensibles, d'autres se dégradent pour devenir comme tout le monde en s'oubliant en se niant. Et rare sont ceux qui après s'être abîmés puis dégradé un jour à la lueur d'un souvenir du paradis perdu arrivent à s'en sortir se redressant acceptant et voulant être eux même envers et contre tout.

ALPHONSE DAUDET

LA LÉGENDE DE L'HOMME

A LA CERVELLE D'OR

A LA DAME QUI DEMANDE DES HISTOIRES GAIES

En lisant votre lettre, madame, j'ai eu comme un remords. Je m'en suis voulu de la couleur un peu trop demi-deuil de mes historiettes, et je m'étais promis de vous offrir aujourd'hui quelque chose de joyeux, de follement joyeux.

Pourquoi serais-je triste, après tout ? Je vis à mille lieues des brouillards parisiens, sur une colline lumineuse, dans le pays des tambourins et du vin muscat. Autour de chez moi, tout n'est que soleil et musique ; j'ai des orchestres de culs-blancs, des orphéons de mésanges ; le matin, les courlis qui font : « coureli ! coureli ! » ; à midi, les cigales, puis les pâtres qui jouent du fifre et les belles filles brunes qu'on entend rire dans les vignes... En vérité, l'endroit est mal choisi pour broyer du noir ; je devrais plutôt expédier aux dames des poèmes couleur de rose et des pleins paniers de contes galants.

Eh bien!non!je suis encore trop près de Paris.Tous les jours,jusque dans mes pins, il m'envoie les éclaboussures de ses tristesses... A l'heure même où j'écris ces Iignes, je viens d'apprendre la mort misérable du pauvre Charles Barbara ; et mon moulin en est tout en deuil. Adieu les courlis et les cigales ! Je n'ai plus le cœur à rien de gai... Voilà pourquoi, madame, au lieu du joli conte badin que je m'étais promis de vous faire, vous n'aurez encore aujourd'hui qu'une légende mélancolique.

Il était une fois un homme qui avait une cervelle d'or ; oui, madame, une cervelle toute en or. Lorsqu'il vint au monde, les médecins pensaient que cet enfant ne vivrait pas, tant sa tête était lourde et son crâne démesuré. Il vécut cependant et grandit au soleil comme un beau plant d'olivier ; seulement sa grosse tête l'entraînait toujours, et c'était pitié de le voir se cogner à tous les meubles en marchant... Il tombait souvent. Un jour, il roula du haut d'un perron et vint donner du front contre un degré de marbre où son crâne sonna comme un lingot. On le crut mort ; mais, en le relevant, on ne lui trouva qu'une légère blessure, avec deux ou trois gouttelettes d'or caillées dans ses cheveux blonds. C'est ainsi que les parents apprirent que l'enfant avait une cervelle en or.

La chose fut tenue secrète;le pauvre petit lui-même ne se douta de rien.

De temps en temps, il demandait pourquoi on ne le laissait plus courir devant la porte avec les garçonnets de la rue. On vous volerait, mon beau trésor ! lui répondait sa mère...

Alors le petit avait grand-peur d'être volé ; il retournait jouer tout seul sans rien dire, et se trimbalait lourdement d'une salle à l'autre...

A dix-huit ans seulement, ses parents lui révélèrent le don monstrueux qu'il tenait du destin, et comme ils lui demandèrent en retour un peu de son or, l'enfant n'hésita pas ; sur l'heure même, comment ? par quels moyens ? la légende ne l'a pas dit, il s'arracha du crâne un morceau d'or massif, un morceau gros comme une noix, qu'il jeta fièrement sur les genoux de sa mère... Puis, tout ébloui des richesses qu'il portait dans la tête, fou de désirs, ivre de sa puissance, il quitta la maison paternelle et s'en alla par le monde en gaspillant son trésor.

Du train dont il menait sa vie, royalement, et semant l'or sans compter, on aurait dit que sa cervelle était inépuisable... Elle s'épuisait cependant, et à mesure on pouvait voir les yeux s'éteindre, la joue devenir plus creuse. Un jour, enfin, au matin d'une débauche folle, le malheureux, resté seul parmi les débris du festin et les lustres qui pâlissaient, s'épouvanta de l'énorme brèche qu'il avait déjà faite à son lingot : il était temps de s'arrêter.

Dès lors, ce fut une existence nouvelle. L'homme à la cervelle d'or s'en alla vivre, à l'écart, du travail de ses mains, soupçonneux et craintif comme un avare, fuyant les tentations, tâchant d'oublier lui-même ces fatales richesses

auxquelles il ne voulait plus toucher... Par malheur, un ami l'avait suivi dans sa solitude, et cet ami connaissait son secret.

Une nuit, le pauvre homme fut réveillé en sursaut par une douleur à la tête, une effroyable douleur ; il se dressa éperdu, et vit, dans un rayon de lune, l'ami qui fuyait en cachant quelque chose sous son manteau...

Encore un peu de cervelle qu'on lui emportait !...

A quelque temps de là, l'homme à la cervelle d'or devint amoureux, et, cette fois, tout fut fini... Il aimait du meilleur de son âme une petite femme blonde, qui l'aimait bien aussi, mais qui préférait encore les pompons, les plumes blanches et les jolis glands mordorés battant le long des bottines.

Entre les mains de cette mignonne créature, moitié oiseau, moitié poupée, les piécettes d'or fondaient que

c'était un plaisir. Elle avait tous les caprices ; et lui ne savait jamais dire non ; même, de peur de la peiner, il lui cacha jusqu'au bout le triste secret de sa fortune.

Nous sommes donc bien riches ? disait-elle.

Le pauvre homme lui répondait :

Oh ! oui... bien riches !

Et il souriait avec amour au petit oiseau bleu qui lui mangeait le crâne

innocemment. Quelquefois, cependant,

la peur le prenait, il avait des envies

d'être avare ; mais alors la petite femme venait vers lui en sautillant, et lui disait :

Mon mari, qui êtes si riche! achetez

-moi quelque chose de bien cher...

Et il lui achetait quelque chose de bien cher.

Cela dura ainsi pendant deux ans ; puis, un matin, la petite femme mourut sans qu'on sût pourquoi, comme un oiseau... Le trésor touchait à sa fin ; avec ce qui lui restait, le veuf fit faire à sa chère morte un bel enterrement. Cloches à toute volée, lourds carrosses tendus de noir, chevaux empanachés, larmes d'argent dans le velours, rien ne lui parut trop beau. Que lui importait son or maintenant ?... Il en donna pour l'église, pour les porteurs, pour les revendeuses d'immortelles ; il en donna partout, sans marchander... Aussi, en sortant du cimetière, il ne lui restait presque plus rien de cette cervelle merveilleuse, à peine quelques parcelles aux parois du crâne.

Alors on le vit s'en aller dans les rues, l'air égaré, les mains en avant, trébuchant comme un homme ivre. Le soir, à l'heure où les bazars s'illuminent, il s'arrêta devant une large vitrine dans laquelle tout un fouillis d'étoffes et de parures reluisait aux lumières, et resta là longtemps à regarder deux bottines de satin bleu bordées de duvet de cygne : « Je sais quelqu'un à qui ces bottines feraient bien plaisir, » se disait-il en souriant ; et, ne se souvenant déjà plus que la petite femme était morte, il entra pour les acheter.

Du fond de son arrière-boutique, la marchande entendit un grand cri ; elle accourut et recula de peur en voyant un homme debout, qui s'accotait au comptoir et il regardait douloureusement d'un air hébété. Il tenait d'une main les bottines bleues à bordure de cygne et présentait l'autre main toute sanglante, avec des raclures d'or au bout des ongles.

Telle est, madame, la légende de l'homme à la cervelle d'or.

Malgré ses airs de conte fantastique, cette légende est vraie d'un bout à l'autre... Il y a par le monde de pauvres gens qui sont condamnés à vivre avec leur cerveau, et payent en bel or fin, avec leur moelle et leur substance, les moindres choses de la vie. C'est pour eux une douleur de chaque jour ; et puis, quand ils sont las de souffrir...

ALPHONSE DAUDET

LETTRES DE MON MOULIN

BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, 1906.

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Membre, forumeur éclairé, 57ans Posté(e)
Lugy Lug Membre 10 224 messages
57ans‚ forumeur éclairé,
Posté(e)

heu ; j'ai pas lu mais j'espère que non.

je verrais si je prend le temps de revenir ou non, généralement je n'aime pas ces sujets ou on apprend à être ou ne pas être (quelqu’un d'autre).

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