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Novartis et la DMLA: un scandale à 500 millions d'euros par an


eklipse

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Membre, Dazzling blue², 53ans Posté(e)
eklipse Membre 14 471 messages
53ans‚ Dazzling blue²,
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PAR MICHEL DE PRACONTAL

L’administration française a imposé aux ophtalmologistes de soigner la DMLA, une maladie des yeux, avec un produit qui coûte 1 000 euros la dose, le Lucentis, alors qu’une molécule très proche, l’Avastin, donne les mêmes résultats pour un prix vingt à quarante fois plus bas. Ou comment creuser le trou de la Sécu, sur fond de lobbying pharmaceutique et de conflits d’intérêts.

Question : entre deux médicaments d’efficacité équivalente, et également tolérés, mais dont l’un coûte vingt fois plus cher que l’autre, lequel faut-il recommander ? Si vous avez répondu « le moins cher », vous avez perdu ! En juillet, la Direction générale de la santé (DGS) a interdit l’utilisation de l’anticancéreux Avastin pour traiter la DMLA, une maladie de l’œil qui affecte environ un million de personnes en France et qui est la première cause de cécité après 50 ans. Or, la principale différence entre l’Avastin et le traitement de référence, le Lucentis, est qu’une dose du premier revient entre 25 et 50 €, alors qu’une injection du second coûte 1 000 €…

On peut estimer que dans les années à venir, l’utilisation exclusive du Lucentis – remboursé à 100 % – pour traiter la DMLA représenterait pour l’assurance maladie une dépense de 500 à 800 millions d’euros par an. Ce coût exorbitant – c’est le cas de le dire – n’est justifié ni par un avantage thérapeutique, ni par un risque médicamenteux, comme l’ont démontré des études scientifiques.

Comment en est-on arrivé à cette situation aberrante ? L'enquête de Mediapart met en évidence un lobbying organisé mené par le laboratoire concerné, Novartis, et relayé par une société savante dont les principaux dirigeants sont des consultants réguliers et rémunérés de cette firme. Changement de pouvoir ou non, réforme ou non, les conflits d'intérêts continuent d'influencer la politique du médicament.

La DMLA, ou dégénérescence maculaire liée à l’âge, est une maladie incurable, causée par la prolifération irréversible de vaisseaux sanguins dans la macula, la partie centrale de la rétine. Deux molécules peuvent cependant enrayer la progression de cette dégénérescence lorsqu’on les injecte directement dans l’œil : l’Avastin et le Lucentis. Bien que ces deux molécules soient extrêmement proches, seul le Lucentis dispose, en France, d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) comportant l’indication dans le traitement de la DMLA.

La position de la DGS s’appuie sur un argument réglementaire : l’Avastin n’a pas d’AMM pour le traitement de la DMLA. La circulaire du 7 juillet précise que les pharmaciens hospitaliers ont interdiction de préparer des seringues pour injection intravitréenne (dans l’œil) d’une solution d’Avastin (bévacizumab), « compte tenu de l’existence d’une spécialité adaptée (Lucentis, ranibizumab) possédant une AMM pour le traitement de la DMLA et spécifiquement formulée et présentée pour les injections intravitréennes ».

Mais en pratique, les deux molécules ont les mêmes effets, et il suffit de reconditionner l’Avastin pour pouvoir l’utiliser en ophtalmologie. Pour des raisons budgétaires évidentes, depuis des années, un certain nombre de services ophtalmologiques ont donc utilisé l’Avastin plutôt que le Lucentis.

Selon le professeur Gilles Aulagner, chef du service pharmacie des Hospices civils de Lyon, « de l’ordre de 4 000 patients français en ophtalmologie ont été traités par l’Avastin en 2005 ; leur nombre a augmenté depuis, mais le Lucentis reste beaucoup plus important, alors qu’aux États-Unis, par exemple, entre deux tiers et trois quarts des malades atteints de DMLA sont traités à l’Avastin ».

Au Groupe hospitalier Cochin - Hôtel-Dieu (Paris Centre), à Paris, qui possède un des plus grands centres d’ophtalmologie de France, 4 367 injections intravitréennes d’Avastin ont été réalisées entre 2006 et 2012. Selon le professeur François Chast, chef de service pharmacie-pharmacologie-toxicologie de ce Groupe hospitalo-universitaire, un traitement à l’Avastin coûte, à l’Hôtel-Dieu, 25 € l’unité. Soit quarante fois moins qu’un traitement au Lucentis.

N’ayant plus le droit de recourir à l’Avastin, les services d’ophtalmologie laisseront donc leurs patients acheter le Lucentis dans une pharmacie de ville, et se faire rembourser à 100 %. Sur un million de personnes touchées par la DMLA en France, environ 200 000 pourraient être traitées : à raison de quatre injections annuelles, cela représente un coût pour le système de santé – et un chiffre d’affaires pour Novartis, qui distribue le Lucentis – de 800 millions d’euros par an ! :gurp:

La DGS affirme que des cas d’infection de l’œil liés à l’usage de l’Avastin ont été signalés dans la littérature scientifique. Mais d’après nos informations, ces cas, signalés notamment au Veteran Affairs Hospital de Nashville (États-Unis), remontent à 2011 et le problème a été réglé depuis. Dans les conditions normales d’une pharmacie hospitalière, le reconditionnement de l’Avastin peut être effectué en toute sécurité, confirme Gilles Aulagner : « Il y a des précautions naturelles à prendre, cela relève du métier de pharmacien. »

...

Si l’intérêt public de la décision de la DGS ne saute pas aux yeux, les intérêts privés, eux, sont clairs : Novartis, qui distribue le Lucentis en Europe, n’aurait aucun avantage à voir son produit concurrencé par une molécule vingt à quarante fois moins chère. Qui plus est, Novartis et Roche, qui produit l’Avastin, sont liées. Ces deux firmes bâloises ont une longue histoire commune, et ont des interactions fortes dans le cas qui nous intéresse ici.

...

Par conséquent, en dépit des vertueuses déclarations des politiques de tout bord sur la fin des conflits d’intérêts dans le domaine du médicament, un consultant rémunéré d’un laboratoire peut, aujourd’hui, fournir à l’administration des conseils en rapport avec la stratégie du même laboratoire.

Contacté par Mediapart, le professeur Korobelnik nous a répondu qu’il n’était « malheureusement pas disponible ». Le professeur Baudouin, secrétaire général de la SFO, nous a, lui, répondu (par mail) : « Malheureusement la rétine n'est pas mon domaine d'expertise et je ne pourrais pas vous donner d'informations pertinentes. »

Dernier détail, Catherine Choma, mentionnée dans un mail ci-dessus, a une double casquette : elle fait à la fois partie de la DGS et du CEPS, le comité économique des produits de santé, dont le rôle est de fixer les prix des médicaments. En 2011-2012, Catherine Choma a négocié avec Novartis le prix du Lucentis, qui était de 1 109,15 € TTC la dose. Après accord avec la firme, le prix est passé à 1 002,38 € TTC le 1er juillet 2012, et doit être abaissé à 895,57 € TTC le 1er février 2013. Ces baisses ont été annoncées au Journal officiel le 22 juin 2012, peu avant le début de la séquence qui a abouti à exclure l’Avastin du marché de la DMLA.

À l’évidence, il s’agit d’une coïncidence, mais le hasard fait bien les choses : au moment où Novartis concède une baisse modérée du prix de son produit, l’administration lui garantit de facto la protection du marché le plus important, celui de la DMLA. Dans le monde français du médicament, avant ou après le Mediator, sous la gauche comme sous la droite, c’est toujours l’industrie qui gagne à la fin… sur le dos de la Sécu et de ses cotisants.:mef:

Lire l'article en entier

http://www.mediapart.fr/journal/france/310812/novartis-et-la-dmla-un-scandale-500-millions-deuros-par?page_article=4

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Membre, ventoux , 47ans Posté(e)
glaurren Membre 2 812 messages
47ans‚ ventoux ,
Posté(e)

Déjà que j'ai un verre de péter ,mais que.je fait avec parce que je suis solidaire pour faire des économies à la sécu .....

Plaisanterie mise à part ,ça donne juste envie à chacun de faire de belles escroqueries,ou plutôt de justifier l'injustifiable ......

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