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Pourquoi Areva a mal tourné


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Pourquoi Areva a mal tourné

Par Julie de la Brosse - publié le 12/12/2011 à 18:06

Pour la première fois de son histoire, le groupe nucléaire public va publier des pertes et mettre en place un plan de restructuration massif. Retour sur les raisons des déboires d'Areva.

62875_the-sign-of-france-s-nuclear-reactor-maker-areva-is-seen-at-the-entrance-of-the-french-nuclear-tricastin-site-in-southeastern-france.jpg Areva va publier la première perte de son histoire. REUTERS/Sebastien Nogier Ce lundi, le conseil de surveillance d'Areva s'est réuni pour adopter le plan d'action stratégique préparé depuis de longs mois par l'état-major du nouveau président du directoire Luc Oursel. Avant cela, il a officialisé une information qui n'a surpris personne: pour la première fois de son histoire, Areva sera dans le rouge en 2011, avec 1,5 milliard d'euros de pertes environ. En cause 2,4 milliards d'euros de dépréciations exceptionnelles, et un environnement peu propice au nucléaire... Retour sur les raisons du premier plan de restructuration de l'histoire du groupe.

Pour voir les détails du plan "Action 2016", cliquez ici.

L'acquisition polémique d'UraMinEn 2007, Areva achète la petite société canadienne pour 1,8 milliard d'euros. Une acquisition chère payée selon les ennemis d'Anne Lauvergeon. Mais qui présente un intérêt certain: en achetant cette entreprise qui ambitionne d'exploiter des gisements d'uranium en Afrique, le groupe sécurise son approvisionnement en combustible nucléaire, conformément à la stratégie intégrée si chère à l'ex-patronne. Mais entre-temps, la pépite s'est transformée en gouffre financier. Les gisements ne produisent pratiquement pas, compte tenu du prix de revient trop élevé, et la catastrophe de Fukushima, qui a réduit les besoins de combustibles nucléaires, fait s'effondrer les prix de l'uranium sur les marchés, alors que le groupe tablait justement sur une flambée des cours. En juillet dernier, le groupe avertit donc que son plan stratégique inclura des dépréciations d'actifs, notamment au sein des activités minières. Au total, Areva prévoit de provisionner 1,5 milliard d'euros pour UraMin, qui s'ajouteront aux 430 millions déjà dépréciés en 2010...

De quoi relancer la polémique sur les investissements hasardeux d'Anne Lauvergeon. "Si des comptes doivent être demandés, c'est certainement à Anne Lauvergeon mais certainement aussi aux responsables politiques qui à l'époque ont donné leur accord pour un investissement très onéreux, payé dans un paradis fiscal et dont on s'aperçoit aujourd'hui qu'il ne vaut rien" a lancé ce dimanche Jérôme Cahuzac, le président PS de la commission des finances de l'Assemblée nationale. De son côté le conseil de surveillance du groupe va créer un comité spécial "pour faire toute la lumière sur cette acquisition", a annoncé ce week-end le ministre de l'industrie, Eric Besson.

Les retards de l'EPR finlandaisLes cinq ans de retards de l'EPR finlandais finissent par coûter très cher au groupe nucléaire. Cette année Areva va encore provisionner 150 millions d'euros, en plus des 2,6 milliards déjà provisionnés depuis 2005 pour le réacteur d'Olkiluoto. Pour justifier cette débâcle financière, le groupe ne cesse de rappeler qu'il s'agit d'une tête de série, et qu'à ce titre, il est très difficile d'en prévoir le coût.

33548_construction-cranes-rise-over-the-reactor-dome-of-the-olkiluoto-3-nuclear-power-plant-near-rauma.jpg Construction de l'EPR Finlandais d'Olkiluoto. le 28 septembre 2010.

REUTERS/Bob Strong

Toutefois, les déboires de l'EPR ne sont pas seulement d'ordre financier. Depuis Fukushima et l'échec retentissant d'Abou Dhabi, les candidats à l'achat d'un EPR 3è génération se sont réduits comme peau de chagrin. Aux Etats-Unis, tout espoir de vendre l'EPR semble s'être envolé. Quant à la Chine, à qui l'on espérait vendre un ou deux exemplaires, elle a différé ses décisions d'investissement dans l'atome, tout comme l'Inde d'ailleurs. Reste le Royaume-Uni, où EDF envisage de construire plusieurs EPR, et la France, avec le projet d'EPR de Penly. Mais là encore, l'avenir du réacteur de 3è génération est loin d'être assuré...

Le coup d'arrêt post-FukushimaDe manière plus générale, la catastrophe de Fukushima a provoqué un violent coup d'arrêt au marché nucléaire mondial. Plusieurs pays, parmi lesquels l'Allemagne, la Suisse ou encore la Belgique ont annoncé mettre fin à leur programme nucléaire, quand d'autres se sont contentés d'un moratoire. Très vite, les conséquences se sont fait sentir au niveau du groupe. Le pôle minier/amont surtout a été pénalisé par l'arrêt de réacteurs japonais et allemands : fin juin 191 millions d'euros de commandes ont été annulés. Si les autres activités d'Areva semblent pour le moment épargnées, la branche aval (retraitement du combustible), risque de souffrir des polémiques entourant le Mox, le combustible de retraitement nucléaire utilisé dans la centrale de Fuskushima.

Mais cette situation, aussi compliquée soit-elle, n'est pas (encore) désastreuse. Fin juin, le carnet de commandes du groupe s'élevait à 43,1 milliards d'euros, en baisse de (seulement) 1 milliard d'euros par rapport au 31 décembre 2010. Et l'endettement s'était réduit de 28 %. Par ailleurs, certaines activités ont progressé cette année, comme la branche réacteurs et services (entretien des centrales), ou encore la branche énergies renouvelables, que le groupe n'exclut plus de céder pour restaurer ses marges.

suite

http://lexpansion.lexpress.fr/entreprise/pourquoi-areva-a-mal-tourne_274638.html#xtor=AL-189

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La thérapie de choc d'Areva

Areva a dévoilé le plan de suppression de postes le plus sévère depuis sa création il y a dix ans, qui devrait surtout peser sur ses salariés allemands mais épargnera en revanche la France, alors que Fukushima contraint le groupe nucléaire public à ravaler ses ambitions.

Gel des salaires, réduction d'effectifs, provisions en vue de pertes historiques... Le nouveau plan stratégique présenté par le leader mondial du nucléaire reflète un environnement plus que jamais menaçant pour un groupe entré dans une ère d'incertitudes.

Vendredi 9 décembre, tel un sportif de compétition à la veille d'un match décisif, le patron d'Areva est déjà mentalement en condition. Dans soixante-douze heures, il va frapper un grand coup. Asséner une thérapie de choc au leader mondial du nucléaire, en sérieuse difficulté. Pourtant, et malgré une retenue toute militaire héritée de son père, Luc Oursel laisse entrevoir une certaine fébrilité lorsqu'il décrit les grands axes du nouveau plan stratégique qu'il s'apprête à dévoiler. "Je crois au parler-vrai", martèle-t-il, esquissant les étapes de cette opération "vérité" sur les comptes d'Areva.

Ce lundi, après le conseil de surveillance, il a réuni les 80 dirigeants du groupe. Le lendemain, il a informé la presse avant de tenir une conférence téléphonique avec les 680 principaux cadres de la maison. Entre-temps, les 48 000 salariés ont pu découvrir sur le site intranet la vidéo enregistrée à leur intention. L'homme au physique de nounours y égrène d'une voix de croque-mort la purge drastique qu'il va prescrire pour tenter de guérir le malade: gel des salaires, suspension quasi totale des investissements, zéro embauche.

Voilà comment le successeur d'Anne Lauvergeon entend répondre à la crise qui frappe Areva. Avec 2,3 milliards d'euros de provisions et 1,5 milliard de pertes attendues cette année, les exigences de rentabilité à deux chiffres du ministre de l'Economie, François Baroin, ne sont plus d'actualité. Au lendemain des révélations sur le gouffre UraMin, cette société canadienne rachetée à prix d'or en 2007, l'heure n'est plus au simple ajustement, à l'empilement de quelques mesures d'austérité et à une redéfinition des objectifs post-Fukushima. Il s'agit à présent de mettre en place un plan de sauvetage pour éviter le naufrage de l'entreprise publique.

"Oursel ne peut pas nous faire croire qu'il est en train de tout découvrir"

Il est loin le temps où Luc Oursel, tout juste nommé, recevait, radieux, ses invités au Stade de France lors du meeting d'athlétisme parrainé par Areva. Six mois plus tard, les traits tirés, le patron brosse un diagnostic alarmant et attaque au bazooka l'ancienne équipe: manque de concentration sur la gestion opérationnelle, politique d'investissements trop ambitieuse et faible attention portée au cash de l'entreprise. Charger le bilan de son prédécesseur constitue un procédé courant dans les entreprises. Mais pour les salariés d'Areva, encore loin d'avoir fait leur deuil du départ d'Anne Lauvergeon, l'attitude de l'ancien n° 2 passe, au mieux, pour de la mauvaise foi, au pire, pour de la trahison: "Il ne peut pas nous faire croire qu'il est en train de tout découvrir, c'est un peu gros!" lâche, plein d'amertume, ce salarié du siège.

Entre la catastrophe de Fukushima qui anéantit ses ambitions de croissance, un actionnaire fauché, l'Etat, opposé à mettre la main au portefeuille, un corps social mortifié par les mauvaises nouvelles et, cerise sur le gâteau, une campagne présidentielle où la question du nucléaire se retrouve au centre des débats, la marge de manoeuvre de Luc Oursel est, il faut le reconnaître, très étroite.

Le nouveau patron a tout intérêt à critiquer les choix et la gestion d'Anne Lauvergeon, même... s'il omet au passage qu'il était lui-même au coeur du système, en tant que membre du directoire depuis mars 2007.

Nommé directeur de la filiale Areva NP en 2006, Oursel a été l'un des principaux artisans de cette vision (trop) ambitieuse qu'il dénonce aujourd'hui: essaimer des EPR dans le monde entier et rafler un quart de part de marché des 150 centrales potentiellement en construction.

"Tout cela était un peu utopique, estime Nicolas Goldberg, consultant chez Sia. Sur 60 réacteurs en chantier aujourd'hui, quatre seulement sont construits par Areva. Il était couru d'avance que les Chinois comme les Russes préféreraient travailler avec des entreprises nationales et n'achèteraient pas français."

Les ambitions de l'EPR compromises

Retour sur terre donc. A l'heure où les conséquences de Fukushima douchent ses ambitions, Areva est contraint de réduire la voilure. Avec un chiffre d'affaires de 9 milliards d'euros, une dette de près de 4 milliards et des pertes à venir, l'heure est grave. "La passivité serait insupportable", explique le patron dans sa vidéo à l'adresse des salariés.

Ceux-ci sont les principales victimes du plan stratégique: déménagement du siège et nouvelle répartition du personnel entre la tour de la Défense et les sites de production; suppression d'effectifs en Allemagne et en Belgique; non-remplacement des départs. Seul l'emploi en France est préservé, sur ordre du gouvernement.

Si les mesures annoncées permettront à Areva de passer l'hiver, de nombreuses questions demeurent quant à l'avenir du groupe. Ainsi, les ambitions du leader tricolore concernant son produit vedette, l'EPR, paraissent sérieusement compromises. Le gigantesque retard des travaux (cinq ans) et le doublement du prix de l'EPR finlandais OL3 ont terni l'image de ce bijou technologique.

Les récentes déclarations fort ambivalentes d'Hervé Machenaud, n° 2 d'EDF, sur l'avenir de ce réacteur ne sont pas non plus propices à rassurer d'éventuels acquéreurs. Déjà, l'Inde, la Chine et le Royaume-Uni, potentiellement intéressés, ont profité de Fukushima pour reporter leur décision. "Nous restons confiants dans l'essor du nucléaire, persiste cependant Luc Oursel. Il y aura juste un décalage de certaines commandes."

Moral au plus bas

Une autre incertitude taraude les salariés. Elle concerne l'activité du cycle du combustible. A elle seule, celle-ci assure 80 % du chiffre d'affaires. Or l'arrêt des 44 centrales japonaises et de 8 centrales allemandes a mis au chômage technique deux usines du groupe en novembre et en décembre. Au premier semestre, cette branche accusait déjà un déficit de 200 millions de chiffre d'affaires.

De plus, EDF, qui a annoncé vouloir diversifier ses fournisseurs, tarde à signer un méga contrat d'approvisionnement susceptible de rassurer les troupes des usines de La Hague et du Tricastin. Moins houleuses qu'à l'époque Lauvergeon, les relations d'Areva avec son principal client (25 % des ventes) sont encore loin d'être apaisées. Le partenariat stratégique, ordonné par le Conseil de politique nucléaire et appelé de ses voeux par François Baroin dans sa lettre de mission? Toujours pas signé. La commande par l'électricien de générateurs de vapeur attendue depuis de longs mois? Areva devra la partager avec un concurrent. "Hier, on était leader du nucléaire, maintenant, on est aux ordres d'Henri Proglio", soupire un employé, désabusé.

Au lendemain de l'annonce du nouveau plan stratégique, le moral est au plus bas parmi les salariés français du groupe. Certes, ils vont conserver leur emploi. Mais les années fastes, celles où ils avaient retrouvé la fierté de travailler dans le nucléaire, celles où ils étaient galvanisés par une présidente qu'ils n'hésitaient pas à ovationner comme une rock star, cette période-là est définitivement révolue. Un signe ne trompe pas : le 15 décembre, alors qu'ils sont invités comme chaque année au Cnit pour fêter Noël, beaucoup ne feront pas le déplacement. "On n'a pas vraiment le coeur à trinquer."

http://www.lexpress.fr/actualite/economie/la-therapie-de-choc-d-areva_1061085.html

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