Aller au contenu

Témoignage: la guerre d'un "Français comme les autres"


Anksunamun

Messages recommandés

42ans Posté(e)
Anksunamun Membre 1 572 messages
Forumeur alchimiste‚ 42ans
Posté(e)

Voici un commentaire interessant sur la vision de certain français sur la campagne de France (1940):

Source

Je vous livre ici le témoignage de mon grand-père (98 ans) sur sa campagne de mai-juin 40, recueilli cette semaine (je n'ai pas insisté des heures, malgré sa gentillesse, car ces efforts de mémoire sont aussi pour lui une fatigue; peut-être aurais-je l'occasion de compléter ultérieurement).

Sa situation est un peu particulière: né en Egypte (baptisé en Grèce) d'une mère française et d'un père tchèque, il a vécu en France à partir de l'âge de 6 ans (orphelin de son père, mon arrière-grand père ayant décédé en 1914).

Lorsque la guerre éclate en 1939, il a 29 ans et voit tous ses camarades Français partir pour le front. Lui n'est pas Français à ce moment-là (on ne devenait pas Français comme cela à l'époque) et n'est donc pas tenu de partir pour la guerre. Il décide néanmoins de faire son devoir comme les copains et espère ainsi pouvoir acquérir cette nationalité française. D'abord refusé car très maigre pour sa taille et son âge, il finit par être incorporé à la seconde tentative. Quelle n'est pas alors sa déception quand on lui annonce son versement dans les régiments de volontaires tchèques!

Heureusement, il aura de nombreux camarades bilingues dans son régiment. Anecdotes croustillantes de mon grand-père, qui ne comprenait pas un traître mot des ordres que les officiers tchèques lui donnaient en hurlant ("ils étaient plus boches que les boches"!); il ne comprenait même pas son nom avec la prononciation tchèque lors des appels!!! Ca lui a valu quelques désagréments...

Autre souvenir: la formation se passe à Agde, dans le Sud de la France; l'entraînement est pépère, pas l'impression d'être en guerre, plutôt en vacances.

Toute la drôle de guerre se passe là-bas. Puis les choses sérieuses commencent après le 10 mai. L'entraînement est accéléré. Les officiers tchèques donnent la consigne d'achever les camarades blessés au combat, la Tchécoslovaquie étant occupée par les Allemands et ceux-ci considérant donc les Tchèques comme des traîtres (pas de prisonniers, pas de pitié): idéal pour donner le moral aux combattants qu'on envoie au casse-pipe!!!

Mon grand-père ne participe pas aux premiers combats. Mais un beau jour, rassemblement général. Son régiment est acheminé en train vers le Nord de la France. Il ne peut hélas se souvenir de la date ni de la destination exactes car, me dit-il, on les fait descendre de train en rase campagne, pas dans une gare. Le régiment se dirige alors à pied à la rencontre de l'ennemi. Les hommes atteignent un vallon, dont ils dévalent une des pentes, lorsque, à quelques kilomètres en face d'eux sur la pente opposée surgit une colonne motorisée allemande. Mon grand-père m'explique: "on les a vus venir, de loin, avec leurs side-cars, leurs voitures blindées...en une seconde, j'ai pu saisir le fossé qui existait entre eux et nous, en une seconde, le mythe de la puissance de l'armée française s'est écroulé".

Les Allemands ont commencé à les canarder de loin à la mitrailleuse. Comme ses camarades, mon grand-père est resté cloué le nez dans l'herbe sur cette pente, avec son vieux fusil Lebel à un coup et ses bandes molletières qui lui faisaient mal aux jambes. Un groupe proche de lui disposait d'une vieille mitrailleuse Hotchkiss de la 1ère GM dont les servants ne purent jamais sortir la moindre rafale...

Il se souvient particulièrement du "sifflement affreux" que font les balles quand elles passent près, le petit jet de terre quand elles touchent le sol, et le terrifiant bruit mat quand elles touchent leur cible humaine. Combien d'heures ainsi, il ne peut le dire mais cela lui parut très long. Puis un officier est venu et leur a ordonné de décrocher. Au cours du décrochage, la cohésion du régiment est devenue plus lâche; il s'est retrouvé isolé, comme tant d'autres, avec un petit groupe de copains. Pas d'ordre, pas d'officier, les Allemands sur les talons et à chaque carrefour la gendarmerie "Dégagez, dégagez!!!" Il a ainsi "dégagé" sur plusieurs centaines de kms, échappant par miracle à l'encerclement, voyant nombre de ses camarades tomber d'épuisement sur le bord de la route. Noyé dans le flot des réfugiés, il a réussi à passer la Loire sans être pris. Et sa guerre s'est achevée ainsi.

Revivant un peu tout cela en me le racontant, il a conclu: "pas un de mes camarades de combat ne s'est comporté en lâche, pas un n'a faibli sous le feu ennemi, pas un n'a manqué à son devoir et c'est aussi le cas pour l'écrasante majorité des combattants français de mai-juin 40". "Mais, poursuit-il, le matériel français était un mythe; nous n'avions rien pour nous battre correctement". Et 67 ans après il ne comprend toujours pas ces "dégagez, dégagez" à chaque carrefour, cette absence de reprise en main, cette liquéfaction de l'autorité.

En vrac quelques convictions bien arrêtées:

* "Les Anglais on ne les aimait pas beaucoup: ils n'ont pas envoyé grand monde et au premier coup dur ils ont détalé comme des lapins"

* "Les communistes appelaient ouvertement à la désertion et au sabotage, pendant que leurs copains soviétiques se partageaient la Pologne avec les nazis.

* "Pétain a été traîté de lâche et même de traître après coup: lors de l'armistice, pas une seule personne autour de moi n'y a rien trouvé à redire; face au rouleau compresseur allemand, c'était la seule chose à faire pour éviter un massacre".

Voilà.

Il put néanmoins grâce à cet épisode tragique obtenir la nationalité française, dont toute sa vie il restera très fier.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites
Annonces
Maintenant
Posté(e)
astyanax Membre 12 messages
Forumeur balbutiant‚
Posté(e)

Il y a un monsieur qui a écrit en 1937 un livre La France et son armée et qui expliquait la vétusté du matériel et le fait que l'on ne résisterait pas à une attaque moderne car il pronait l'utilisation de blindé pour faire la guerre moderne ce qu'ont d'ailleurs fait les allemands. Il s'appelait Charles De Gaulle et était secretaire d'état au ministère de l'armée son ministre était Philippe Pétain.

Il n'a pas été écouté et on connait la suite ....

Il n'y a pas eu de campagne de France, ce fut une débacle et les anglais sont rentrés chez eux bien leur en a pris ....

Lien à poster
Partager sur d’autres sites
42ans Posté(e)
Anksunamun Membre 1 572 messages
Forumeur alchimiste‚ 42ans
Posté(e)

ola, ola: c'est pas si simple que cela. La défaite n'est certainement pas le faites que personne n'est écouté de Gaulles qui n'était même pas général encore (en 1937). Il faut aussi préciser que de Gaulles était soutenu par Pétain sur l'importance qu'allait prendre les blindés

D'ailleurs Pétain, dès 1934, entreprit la construction de plusieurs char (dont le B1 bis qui était meilluers que les chars allemands de la bataille de France mais dont l'emploi était mauvais sans compter le mauvais ravitaillement en munition et carburant).

Les Français ont plus été soucieux de leur avenir personnel que du collectif. Ce qui est compréhensible en période de doute. Il faut dire que la défaite de 1940 a été une véritable claque pour les Français mais il fallait s'y attendre. Depuis 1918, la France s'est persuadée qu'elle ne pourrait jamais gagner seule une guerre contre l'Allemagne. C'était une notion acquise. Je rappelle qu'en 14 on est parti à la guerre par parce qu'on le voulait mais parce qu'il le fallait. Donc quand on ressort de la guerre au bout de 4 ans avec 1,4 millions de mort et près de 3 millions de blessés sur une population de 39 millions d'habitants, en sachant que de notre côté il y avait la Russie, le Royaume Uni et tout son empire, les USA, le Portugal, la Roumanie, la Serbie et le Japon. Face à nous 2 empires en bout de course et l'Allemagne. Il est donc logique que des doutes s'installent dans l'esprit des gens sur une possible supériorité de la race allemande (discours de l'époque, je précise).

Avec l'avènement des nazis les choses ont empiré. Alors que la France sombrait dans la crise, l'Allemagne s'est relevée. Le réarmement, l'occupation de la Rhénanie, les accords de Munich marquent une volonté partagée aussi bien par les politiques que par la population "du tout sauf la guerre". Ajouté à cela des comportements, un peu comment dire sans etre vulgaire, débiles genre : "ben non il peuvent pas passer par la Belgique puisqu'ils l'ont déjà fait en 14, ou un avion repère le plus gros embouteillage de l'histoire de l'Europe du à l'accumulation de véhicules allemand à l'orée des Ardennes et on refuse d'y croire.

Donc oui y a des trucs invraissemblables qui ont conduit à la défaite. Mais bon si ma tante en avait se serait mon oncle. Si les Français avaient été moins défaitistes on aurait peut-etre gagné.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Archivé

Ce sujet est désormais archivé et ne peut plus recevoir de nouvelles réponses.

×