Lettre ouverte d'une enseignante...


Black Survitual Membre 1 513 messages
Forumeur alchimiste‚ 44ans
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Lettre ouverte

Je suis une enseignante. Plus exactement je suis une « maîtresse CRI ».

J'ai reçu comme mission de l'Education Nationale d'accueillir les enfants

étrangers et de leur enseigner le français à l'école primaire. Il s'agit

d'une responsabilité que je considère comme très grande, et je tâche de

l'assumer au mieux de mes possibilités.

Ainsi, tout au long de l'année, depuis 6 ans, j'accueille des garçons et

des filles venus du monde entier. Ils arrivent avec leurs parents et

frappent à la porte de nos écoles. Tous sont chargés des inquiétudes de ce

qu'ils trouveront derrière le portail, mais tous sont chargés des espoirs

de ce que ce grand bouleversement va leur apporter.

Il y a 6 ans, Aynur, Hazan, Eddanur, Tomas, Cristina, étaient de ceux-là.

Timidement, ils atterrissaient dans des classes des écoles de Montélimar.

Chaque enfant regardait son enseignant avec les yeux avides d'apprendre,

mais désolé de ne rien comprendre. En cours de CRI, tout allait plus

lentement, tous captaient des mots, des phrases, ils les redisaient,

gênés au début, mais avec plus d'aplomb chaque jour, car ils se sentaient

de plus en plus en confiance. Et puis en classe, la gentille maîtresse ne

les grondait pas. Elle leur souriait, disait des mots qui, peu à peu

prenaient du sens. Et eux s'essayaient à redire les mots, à répondre aux

questions des copains. C'était parfois tout faux, un mot à la place de

l'autre, et les copains riaient ! C'était vexant au début, mais avec

l'amitié des autres qui donnaient le mot juste, ils finissaient par bien

le prendre et s'améliorer. Et ils se trompaient de moins en moins. Et ils

s'aventuraient à dire des mots nouveaux, des phrases nouvelles. Et les

copains disaient « bravo ! ». Et la maîtresse gentille félicitait. « Tu

apprends très vite ! ». C'était dur pourtant tous ces mots à retenir !

Tous ces efforts à faire pour rester attentif¿ Alors parfois un brouillard

de mots s'installait tout autour, et ils s'enfonçaient dans le brouillard,

pour se faire oublier, pour s'échapper et penser aux larmes que la

grand-mère n'avait pu cacher au moment du départ¿C'était dur, oui, c'était

dur. Le soir, la tête allait exploser, et ils étaient contents de

retrouver leurs parents pour parler la langue facile, celle qu'on n'a «

même pas apprise, parce qu'on la connaît déjà ». Mais les parents ne leur

laissaient pas le temps de se reposer. Ils insistaient pour qu'ils aillent

au soutien FLE , qu'ils révisent les leçons de français, parce que les

parents savent bien que leurs enfants apprendront plus vite qu'eux, et

qu'il faut les encourager pour réussir à l'école. Parce que si on réussit

à l'école, on s'en sortira¿

L'année d'après, hormis la manière de rouler les « r », ou de se tromper

d'auxiliaire, plus personne ne se souvenait de leur arrivée ; ils étaient

des meneurs de jeu, des bons en maths, des doués en arts plastiques, et

des excellents apprenants d'anglais, cette langue si difficile à

apprendre pour les autres.

Il y a 5 ans, Richard, Béa, Rachel, Joachim, Onurcan, sont arrivés, il y

a 4 ans d'autres encore. Tous apprenaient avec plus ou moins d'aisance la

langue française et finissaient par se fondre dans le groupe classe et

dans la vie de l'école. Pourtant un mot commençait à résonner comme un

coup de marteau sur l'enclume, le mot « papiers ». Un mot qui faisait mal

à dire, parce qu'il faisait mal dans la tête des parents. Et puis ce mot

s'oubliait, on finissait pas ne plus l'entendre. La vie continuait.

Il y a 3 ans , Gevorg, Alexandre, Kateryna, et d'autres encore, sont

arrivés et ont fait ressurgir ce mot avec plus d'acuité. Un mot qui

faisait de plus en plus de mal à dire. Un mot qui finissait par se coller

comme une marque indélébile sur la peau d'enfants innocents.

Il y a 2 ans, Elvis, Denis, Arbenit, Drilon et les autres, sont arrivés.

Ils portaient les mêmes espoirs et les mêmes inquiétudes que ceux d'il y a

six ans. Ils avaient quitté ce que pour rien au monde, ils ne souhaitaient

revoir. Chaque enfant a regardé son gentil maître, qui les a encouragé.

Ils se sont essayés aux mots. Parfois, cela a marché, parfois c'était

tout faux. Au début, ils étaient vexés de voir rire tous ces garçons et

ces filles, mais ils ont compris, et ils se sont lancés dans l'aventure.

Une incroyable aventure que celle de découvrir qu'on arrive enfin à

communiquer lorsqu'on apprend des mots, des phrases, et qu'on fait des

liens entre tous ces mots et ces phrases. Une alchimie époustouflante !

Et puis, l'éclair, le tonnerre, la foudre. Un énorme tremblement de terre.

Un mot qui tombe, implacable : « REJET »

Des parents qui pleurent, qui disent qu'ils ne peuvent pas rester en

France. Qu'il faudrait repartir là-bas où, pour rien au monde, on ne

voudrait retourner. Alors, qu'il faut se cacher, devenir « clandestins ».

Et retrouver ce mal au ventre terrible dont on vient de se débarrasser.

Entendre les bruits qui font peur et qui empêchent de dormir. Etre

réveillé par les cauchemars, appeler ses parents pour être consolé, mais

trouver des parents qui n'arrivent même plus à consoler. Continuer à aller

à l'école avec la peur. Continuer, continuer,¿ Les mots se brouillent, ils

se perdent, ils n'arrivent plus à s'accrocher pour faire du sens.

On perd pied, on lâche¿ trop d'inquiétudes, aller à l'école, pour quoi ?

Le maître se fatigue, les professeurs renoncent.

Que faire pour exister maintenant s'il n'est nulle part où trouver sa

place ? Tentation de faire du bruit, de répondre, d'affirmer qu'on peut

être violent¿Et finir par l'être.

Et voici qu'il y a 2 semaines, le papa de Buket et Dilara est arrêté.

Encadré par des policiers, il est enfermé dans un centre de rétention.

Puis renvoyé. Expulsé. Le papa de Buket et Dilara. Leur papa. Celui qui

leur a tant appris. Celui qui leur a tout expliqué de la France. Qui leur

a dit comment on devait respecter les autres, les copains, les adultes.

Celui que tout le monde prenait en exemple pour son honnêteté. Leur Papa.

Que s'est-il passé ? Est ce qu'il est devenu un voyou ? Leur Papa. C'est

impossible. Mais que s'est-il passé ? Qui peut expliquer ? Buket et Dilara

ne comprennent pas. Elles ne comprendront jamais. Demain, elles sortiront

de ce cauchemar, c'est sûr. Et elles retrouveront Leur papa.

L'expulsion est confirmée. L'avion a embarqué leur papa. Est ce que le

monde peut encore continuer de tourner ? Non, tout s'arrête. Tout se

brise. Leur maman pleure, le bébé dans les bras, la toute petite dernière

qu'on se disputait pour porter quand papa était là. Dilara colle Buket

comme un ruban tue-mouche. Il n'y a plus de mots pour dire, ni en

français, ni dans la langue facile qu'on n'a même pas apprise. Il faut

juste se cacher. Devenir invisible. Arrêter d'exister, pour ne pas se

faire attraper par la police.

Je suis une maîtresse CRI qui a la mission devenue impossible d'aider des

enfants à apprendre le français et à s'intégrer. Est ce que le monde peut

continuer de tourner, si cette mission est devenue impossible ? Est ce que

le monde peut continuer de tourner si des avenirs d'enfants et d'adultes

sont massacrés chez nous en France ? Si des familles sont brisées ? Si des

vies sont devenues impossibles à vivre ? Pour moi, comme pour Buket et

Dilara, quelque chose s'est arrêté, qui ne reprendra que lorsque chaque

enfant aura la possibilité d'apprendre le français en sécurité.

Je suis une maîtresse CRI qui lance un CRI pour que cessent les actes

d'inhumanité à l'égard d'enfants et d'adultes ici, aujourd'hui. Tout de

suite.

Je suis une maîtresse CRI qui lance un CRI pour que l'on ne s'habitue pas

à voir interner des enfants en centres de rétention.

Je suis une maîtresse CRI qui lance un CRI pour que nous nous réveillons

vite de ce qui s'installe comme barbarie dans notre pays, et que JAMAIS

nous ne l'acceptions.

N'oublions pas Jacques Prévert, ce poète qui est si cher dans nos écoles:

« Il est terrible

Le petit bruit de l'¿uf cassé sur un comptoir d'étain

Il est terrible ce bruit

Quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim »

Oui, Prévert

Il est terrible le bruit de la chaise vide devant un bureau vide.

Il est terrible ce bruit qui résonne dans la conscience des hommes qui

font la loi ou qui la font appliquer.

Il est terrible ce bruit dans la tête de ceux qui ne veulent pas mettre

leur tête dans le sable de la lâcheté.*(resf Privas)

Il est terrible ce bruit

Comme le tic-tac entêtant

De l'horloge qui vous dit :

« plus jamais ça »

Françoise Estival

enseignante CRI (Cours de Rattrapage Intégré) Montélimar

14-déc-08

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actb Membre 629 messages
Forumeur forcené‚ 67ans
Posté(e)

Bonjour, félicitations pour votre courage, MAIS !!!!

Toute la misére du Monde ne peut être solutionner par l'affectif que vous pouvez avoir, la misére du Monde c'est 3 milliards d'habitants sur bientôt 7 milliards d'habitants sur cette planéte.... , alors dites vous bien que malgré la tristesse et l'émoi, le plus que vous leur avez apporté leur permettrons certainement de survivre chez eux , alors évidemment vous allez pester en disant quel mentalité, mais moi aussi je me suis expatrier je vis ailleurs quand france , donc je connais, le refoulement , il est souvent exhacerbé et bien plus qu'en france, nous sommes souvent rejetés et nous faisons avec, nous repartons, évidemment notre pays sert de base arriére mais le fondement est le même , alors mettez vous en tête que la france ne peut acceuillir toute la misére de ce monde, c'est aux pays d'origine à faire le necessaire, pour que ces gens puissent survivre chez eux , mais la tâche est difficile.

exemple :

Haïti , l'un des pays les plus pauvres au Monde,le nationalisme y est pourtant une plaie ..... Allez comprendre, les bâteaux de pêcheurs qui partent en retraite sont souvent envoyés par le fond, le gouvernement francais en à fait parvenir quelque uns àšHaïti, cela à provoqué des émeute, des bagarres et des meurtres , du coup ce geste honorable s'est transformer en guerilla locale, alors chercher à comprendre c'est simple, la culture des peuples est innées, vous ne pouvez pas vous mettre à leur place, et les enfants que vous enseignez, ont la chance d'apprendre, mais ont ils la chance de rester en milieu hostile culturellement .......... :smile2: ;)

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Jolane Membre 911 messages
Forumeur accro‚ 30ans
Posté(e)

Ton texte m'a donné les larmes aux yeux, étant moi-même enseignante et n'ayant toujours pas compris pourquoi c'est tellement à la mode de dire des trucs du genre "tous citoyens du monde" ou "le monde est un village" quand les gens qui viennent dans votre pays s'en font expulser.

On m'a expliqué, que ça servait à rien qu'un nombre viennent dans les pays où c'est mieux parce que c'était mieux et que les autres restent dans (pardonnez-moi l'expression), leur merde. D'accord, j'ai compris, c'est vrai, ça n'a pas de sens. Mais a-t-on des solutions pour que ça aille mieux dans ces pays? Quels humains supportent de déchirer des familles sans rien faire? Quelles sont ces solutions?

Par ailleurs, je ne connaissais pas ce système de maitresse CRI, je vais me renseigner, il faut des acquis en plus que le concours pour exercer ce métier?

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saint thomas Membre 17 547 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)
Toute la misére du Monde ne peut être solutionner par l'affectif que vous pouvez avoir, la misére du Monde c'est 3 milliards d'habitants sur bientôt 7 milliards d'habitants sur cette planéte....

Des milliards de pauvres et lui , et lui , et lui

Il faut bien commencer par le chiffre 1 si on veut compter jusqu'à 7 milliards , alors pourquoi pas ces enfants là.

c'est aux pays d'origine à faire le necessaire, pour que ces gens puissent survivre chez eux , mais la tâche est difficile.

Il manque la volonté des 2 côtés : côtés pays riches et côté pays pauvres

exemple :

Haïti , l'un des pays les plus pauvres au Monde,le nationalisme y est pourtant une plaie ..... Allez comprendre, les bâteaux de pêcheurs qui partent en retraite sont souvent envoyés par le fond, le gouvernement francais en à fait parvenir quelque uns àšHaïti, cela à provoqué des émeute, des bagarres et des meurtres , du coup ce geste honorable s'est transformer en guerilla locale, alors chercher à comprendre c'est simple, la culture des peuples est innées, vous ne pouvez pas vous mettre à leur place, et les enfants que vous enseignez, ont la chance d'apprendre, mais ont ils la chance de rester en milieu hostile culturellement .......... :smile2: ;)

C'est pas la culture "innée" c'est la pauvreté qui fait cela.

Et encore personne ne t'as raconté comment ça se passe quand les camions des assocs humanitaires passent dans les villes et villages ?

c'est l'émeute quelque soit le pays pauvre et ça se comprend parfaitement quand on a faim

Si les bateaux des pêcheurs sont envoyés par le fond c'est qu'il y a une raison , suffit de la chercher. maintenant je suis pas certain de ce que tu avances.

Modifié par saint thomas

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Invité noujoum
Invité noujoum Invités 0 message
Posté(e)

j ai eu aussi les larmes aux yeux en lisant ton texte mais tout ce que je peux te dire c est d etre courageuse en transmettant ce que tu a appris, tu ne pourra pas a toi seule changer cette misere et cette injustice mais continue a leur donner de l Espoir !!

bisous

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Black Survitual Membre 1 513 messages
Forumeur alchimiste‚ 44ans
Posté(e)
j ai eu aussi les larmes aux yeux en lisant ton texte mais tout ce que je peux te dire c est d etre courageuse en transmettant ce que tu a appris, tu ne pourra pas a toi seule changer cette misere et cette injustice mais continue a leur donner de l Espoir !!

bisous

Je ne suis pas l'auteur du texte : je n'ai fait que transmettre. Je suis un homme par ailleurs...

B.S.

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Invité noujoum
Invité noujoum Invités 0 message
Posté(e)
Je ne suis pas l'auteur du texte : je n'ai fait que transmettre. Je suis un homme par ailleurs...

B.S.

excuse moi !! ;) j ai lu directement la lettre sans faire attention a la personne qui la posté !!

salut homme !! :smile2:

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