Le 2 décembre 1805: Bataille d'Austerlitz


Davoust Membre 1 585 messages
Forumeur alchimiste‚ 39ans
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Austerlitz-baron-Pascal.jpg

La bataille d'Austerlitz, (maintenant Slavkov, en Tchéquie) surnommée la « bataille des Trois Empereurs », se déroule le 2 décembre 1805 au sud de la Moravie (République tchèque), et plus précisément entre Brünn et Austerlitz. Après neuf heures de combats, la Grande Armée de Napoléon Ier bat les forces autrichiennes de l'empereur François Ier et celle du tsar Alexandre. L'Angleterre, bien qu'invaincue, reste seule, ce qui met fin à la troisième coalition.

Outre son importance stratégique, cette bataille, ainsi que la campagne qui l'a précédée, menant la Grande Armée, de Boulogne-sur-Mer jusqu'à Austerlitz, est considérée comme le chef d'¿uvre tactique de Napoléon Bonaparte, et, encore de nos jours, enseignée dans de nombreuses écoles militaires.

Austerlitz semble être la seule bataille où Napoléon ait pu choisir le terrain, y amener l'ennemi et lui imposer son plan : la totalité des autres furent soit des batailles de rencontre plus ou moins improvisées (Marengo, Iéna, Eylau, Lutzen, Dresde), soit des forcements de positions où l'ennemi préféra attendre l'Empereur (Friedland, Wagram, la Moskowa). Il faudra attendre la Bérézina pour qu'un chef ennemi croie pouvoir attaquer l'Empereur avec des chances de succès, à tort¿

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Belizarius VIP 22 812 messages
Mangeur de fromage‚ 37ans
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Un chef d'oeuvre tactique en effet...

Une manoeuvre d'encerclement finement jouée. Laisser volontairement le plateau à l'adversaire, puis, pendant que la cavalerie fait le ménage sur l'aile gauche, reprendre cette position et forcer les armées ennemies à tourner vers la droite, en plein dans les marais ;)

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ratatouille Membre 795 messages
Forumeur accro‚ 54ans
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et le 2 décembre 1804 c'était le couronnement de l'Empereur ... bel anniversaire ;)

et le 2 décembre 1851 ce sera le Coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte ... :o

trop fort !

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Invité j-luc
Invité j-luc Invités 0 message
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Austerlitz une bataille politique.

Austerlitz c'est l'événement tant recherché par Napoléon. Mais à mon sens ce n'est ni à Austerlite ni à Ulm que s'est exprimé le génie tactique de Napoléon mais au camps de Boulogne où était rassemblée la future Grande Armée qu'il venait d'organiser en corps d'armée.

Il faut avoir à l'esprit ce que je nomme à tord ou à raison le théoréme d'Austerlitz à savoir:

- gagner la bataille du renseignement

- gagner la bataille de la reconnaissance

- gagner la bataille de la psychologie.

L'addition des ces trois facteurs permettant de s'immiscer dans le processus de décision de l'adversaire.

Le service de renseignement impérial était de tout premier ordre.

La bataille de la psychologie Napoléon commence à la gagner par la reddition d'Ulm puis à Austerlitz par les ambassades qu'il confiera au général Savary, en recevant les favoris du Tsar et grâce aussi à l'action du maître espion Schulmeister.

Que voit l'Empereur sur ses cartes au camp de boulogne?

- 3 armés russes qui convergent vers Ulm.

- 2 armées autrichiennes qui progressent dans cette direction.

- 1 armée britanico-je ne sais plus quoi qui lorgne vers le Hanovre

- 1 armée très composite venant de Sardaigne.

Que fait-il?

Il met en pratique un de ses principes tactiques à savoir:

" La force d'une armée, comme la quantité de mouvement en mécanique, s'évalue par la masse multipliée par la vitesse." Il lance la Grande Armée vers le Rhin.

Mais surtout dès Boulogne il a une vision globale de la situation qui va très au-delà du carré stratégique de Jomini - CF Précis de l'art de la guerre -

Il décide de balayer comme avec un coup de faux les plaines de l'europe centrale.

Et le premier coup est décisif c'est Ulm.

Pourquoi?

Parce que Ulm c'est la base d'opération des forces des coalisés. Dès la prise d'Ulm tout le plan échafaudé par les alliès est par terre.

Mais aussi, et c'est là qu'il commence à gagner la bataille de la psychologie, parce que le général Mack qui commande la place était du coté autrichien le plus fervent à lancer une attaque contre l'Empereur.

La vitesse d'éxécution de la manoeuvre aura aussi un autre avantage. Malgré que la Grande Armée est passée sur le territoire de la Prusse à Empach; celle-ci ne bougera pas.

La prise des ponts qui permet ensuite de rentrer dans Vienne est le type d'actions que l'on peut voir couronnée de succés quand au leadership du général en chef s'ajoute le charisme de Napoléon. Cela ne doit rien à la chance.

Sur Austerlitz on nous parle encore aujourd'hui du brouillard, alors que je suis persuadé qu'il a plus géné l'Empereur qu'autre chose dans la mesure où il n'a pas pu voir le déclenchement de l'attaque du V Corps sous les ordres du Maréchal Lannes.

Dans le cas contraire il aurait lance Bessières plus rapidement.

En effet dès que la division Cafarelli -V Corps- a opéré son changement de front sur le Pratzen la bataille est gagnée! Le reste ne sont que des "péripéties" tactiques.

Mais là encore si l'on insiste pas suffisament sur l'avant bataille d'Austerlitz, c'est à dire les opérations d'intox auxquelles se livre l'Empereur pour faire croire qu'il veut traiter et surtout faire croire aux coalisés qu'il vont "monter" à l'assaut alors que dans les faits ils descendront puisqu'ils occupent le plateau, d'une armée sur la défensive; l'Empereur attaque.

On insiste pas suffisament non plus pour dire que l'Empereur avait déjà avant l'attaque, imaginé d'autres développement de la bataille. Il suffit pour s'en convaincre de regarder la carte et plus précisement la position de la Garde entre le Santon et les pentes du Pratzen pour comprendre que si cela s'était avéré nécessaire l'Empereur avait déjà envisagé de faire glisser le VI Corps la réserve générale de cavalerie derrière les unités de la Garde - nul doute que les unités qui avaient tenus la ligne à Marengo n'auraient eu aucun mal à tenir les positions qu'elles occupaient-. La cavalerie se serait alors déployée avec le Santon sur sa droite pour lancer une attaque d'enveloppement voir sur les derrières selon le positionnement exact des forces. Tout simplement parce que lorsque l'on regarde la carte et la nature du terrain du coté des forces françaises il est évident que l'espace de manoeuvre est à gauche.

Il n'est que de lire la relation de la bataille faites par le Maréchal Berthier major-général de la Grande Armée pour s'en convaincre. *

Ajoutons aussi que Napoléon sera le seul des généraux en chef présent sur le champ de bataille à effectuer des reconnaissances, bataille qu'il gagnera aussi.

Et effectivement l'évenement recherché par Napoléon se produira puisque des plénipotentiaires autrichiens viendront demander et négocier la fin des hostilités.

* je le posterai plus tard pour que ça reste "digeste".

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Invité j-luc
Invité j-luc Invités 0 message
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Relation de la bataille d'Austerlitz

par le maréchal Berthier,

major général de la Grande Armée

Le 6 frimaire (27 décembre), les négociations parurent s'ouvrirent de nouveau. L'Empereur reçut la communication des pleins pouvoirs de M.M. de Stadion et de Guilay. Il offrit un armistice ; mais cette fois encore, il lui fut facile de juger qu'on ne cherchait qu'à endormir sa vigilance, en attendant l'arrivée des nouvelles armées russes qu'on savait n'être qu'à quelques marches d'Olmütz.

Le 7 (27 novembre), les avant-postes placés à Wischau, attaqués par un grand nombre de cosaques que soutenait encore la cavalerie russe, furent forcés de se replier et 50 hommes à pied du 6e régiment de dragons, cernés dans Wischau, furent obligés de se rendre. Ces mouvemens annonçaient l'arrivée des renforts attendus. En effet, le même jour, l'empereur de Russie vint prendre position dans cette ville avec son armée.

Dès que l'Empereur eut été informé de son arrivée, il envoya le général Savary le complimenter. Ce général reçut l'accueil le plus obligeant de ce prince, ainsi que du grand-duc Constantin, mais il ne tarda pas à remarquer, dans tout ce qui composait la cour, la présomption de la jeunesse et toute la légèreté de l'inexpérience. Rien n'y paraissait impossible. Les conseils de la témérité y étaient pris pour les résolutions du génie et les inspirations du génie. L'Empereur connaît trop bien l'art de faire concourir à ses desseins les faiblesses de ses ennemis pour qu'un tel aveuglement pût échapper à ses combinaisons. Attentif à tous les mouvemens des Russes, il ne songea plus qu'aux moyens d'accroître leur confiance. Il feint de se retirer ; vient pendant la nuit prendre une position plus sûre ; fait armer et fortifier avec une sorte de précipitation les points les plus remarquables, il propose enfin une entrevue à l'empereur de Russie, qui lui envoya le prince d'Olgorouski , son aide de camp. L'Empereur se rendit à ses avant-postes pour le recevoir. Dès le début de l'entretien, il lui fut facile de s'apercevoir du plein succès des moyens qu'il avait mis en usage. Le prince d'Olgorouski laissa pénétrer, dans tous ses propos, l'idée qu'il s'était formé de nos périls, et sa confiance dans l'embarras de notre position alla jusqu'à insinuer que nous ne pouvions obtenir la paix que par l'évacuation de l'Italie, le rétablissement du roi de Sardaigne, avec des agrandissements, la cession même de la Belgique.

Trop grand pour être irrité de ses propositions, l'Empereur se borne à répondre à ce jeune homme : « c'est assez vous entendre » et remonte à cheval. Tout rapprochement devenait impossible, il fallut se préparer à combattre.

Avant de retourner à son bivouac, l'Empereur parcourut le champ de bataille que déterminait à la fois la position de ses troupes et celle de l'ennemi. Pas un pli, pas un accident de terrain, qui ne fut reconnu, pas un moyen de relier les corps entre eux qui ne fut préparé, pas un obstacle qui ne fut écarté d'avance. Il forma sur le lieu même son plan de bataille avec la certitude du succès.

Jamais cet art qui caractérisa le grand homme de guerre, et consiste à placer les corps d'une armée de manière à rendre leurs mouvemens propres à toutes les combinaisons, n'avait été pratiqué sur un développement aussi étendu que dans le cours de cette campagne. L'Empereur avait placé ses divers corps de manière à trouver d'Iglau à Graz des points d'appui, partout où il pouvait en avoir besoin, soit que les circonstances le déterminassent à marcher en Bohême, ou à se porter en Hongrie, ou à resserrer les ailes de son armée sur le centre pour réunir promptement de grandes forces sur un seul point et donner une bataille décisive.

Dès que les dispositions des russes furent connues, les ordres furent expédiés aux maréchaux Bernadotte et Davout de rapprocher du corps de bataille, les 1er et 3e corps de l'armée, au général Marmont de quitter Graz et de se porter à Neüstadt, au général Gudin de partir de Presbourg à marches forcées, et la plus grande partie de ses troupes arriva la veille de la bataille.

Les divisions Gazan et Dupont qui avaient vaillamment combattu à Diernstein reçurent l'ordre de rentrer dans Vienne.

L'armée française s'élevait à soixante-cinq mille hommes. Elle était formée de ces vieilles bandes aguerries par quinze ans de combats, fières du nom français qu'elles ont porté des rives du Nil aux rives du Texel, commandées par des généraux habiles, endurcies aux marches forcées sans fatigues, à toutes les privations, et de ces jeunes guerriers accourus de toutes les parties de l'Empire avec la passion de se signaler à leur tour. Elle avait à sa tête l'un de ces hommes que la nature jette à travers les siècles pour changer la face du monde ; habitué à diriger tout par lui-même, dans la mêlée comme dans les conseils, à doubler la force de ces armées par l'enthousiasme qu'il inspire, à dominer les fortunes par l'ascendant de son génie. Les mêmes moeurs, les mêmes institutions gouvernent tous les éléments de cette armée comme la même ardeur les embrase, celle de faire triompher la patrie et son illustre chef.

Du côté des ennemis, on voyait deux souverains simples spectateurs d'un de ces événements qui décident le sort des états, une confiance aveugle voisine de la présomption ; une association que l'intrigue et l'imprévoyance avaient formée, que l'intérêt et les revers commençaient à desservir. étrangers les uns aux autres par leurs habitudes, leur langage, leurs moeurs ; le Cosaque, le Tartare, le Sibérien, le Kalmouck n'apportaient à leurs drapeaux que l'esprit sauvage de leurs déserts. Ils étaient obéissants par crainte et courageux par superstition. La victoire pouvait-elle être incertaine ? Des éléments hétérogènes, observe un ancien, n'empêchèrent pas les Carthaginois de vaincre, mais ici l'Annibal était dans l'armée française.

Position de l'armée au bivouac, la nuit du 10 au 11 frimaire (1er et 2 décembre). (...)

La gauche de cette armée était appuyée à la hauteur isolée de Bosenitzberg sur laquelle se trouvait une chapelle. L'Empereur l'avait appelée le Santon, du nom que l'on donne en égypte à ces sortes d'oratoires consacrés à un culte ou à Aquarelle préparatoire montrant l'emplacement un souvenir religieux. Cette hauteur, de la forme d'un carré long et inaccessible de deux de ses côtés, avait été rendue inabordable des deux autres par des tranches en étage, garnies de fusiliers. Son plateau, qui découvrait au loin une plaine assez étendue, était orné de 18 pièces en batterie dont le feu devait arrêter tout ce qui se présenterait, position formidable qui dominait à sa gauche le village de Bosenitz, situé sur les bords marécageux de l'affluent.

La division Suchet était à cheval sur la route, à droite et un peu en arrière du Santon. Elle occupait un revers de manière à n'être point aperçue et un ravin la séparait de la division Caffarelli, de celle des grenadiers et d'une partie de la cavalerie du prince Murat, établie sur le plateau en arrière. Ce fut sur ces hauteurs, à gauche et à droite de la route que l'Empereur établit son bivouac avec sa garde. Le corps du maréchal Bernadotte était en troisième ligne. Celui du maréchal Soult se prolongeait à la droite de cette position. Elle avait la division Vandamme en arrière d'Jirisikowitz. La division Saint-Hilaire, derrière Puntowitz, et la division Le Grand derrière les villages de Kobelnitz et Sokolnitz, qu'elle occupait avec les chasseurs corses et des chasseurs du Pô. Le maréchal Soult avait jeté deux bataillons du 3e de ligne dans Telnitz et placé en arrière de Sokolnitz, les 11e et 26e chasseurs à cheval aux ordres du général Margaron.

Le maréchal Davout, avec la division d'infanterie du général Friant, et la division de dragons du général Bourcier, composée des 15e, 17e, 18e, 19e et 27e régiments, était arrivé à marches forcées des environs de Vienne et s'était établi près du couvent de Raygern. La ville de Brünn, et surtout le château de Spielberg avait été mis en état de défense. Ils servaient des points d'appui à l'armée sur ses derrières tandis que la division Gudin, la division de dragons du général Klein, et le 8e régiment de hussards arrivaient sur la droite par les routes de Presbourg et de Vienne, pour éclairer la gauche de l'ennemi et enlever les parties qu'il avait déjà poussées sur la route de Vienne. Enfin la brigade de cavalerie légère du général Fauconnet, composée des 1er et 13e régiments de chasseurs, éclairait la route de Brünn à Zwittaw et les gorges des montagnes à droite. Le 21e de chasseurs en avait été détaché pour observer les bords de la Taya, et de la March, entre Nicolsburg et Vienne.Telles étaient les forces et les positions de l'armée française.

L'armée russe commandée par l'empereur Alexandre, ayant Kutusow sous ses ordres, était forte de quatre-vingt-dix mille hommes, auxquelles s'étaient réunis les débris de l'armée autrichienne réduite à dix-huit mille combattants. Elle occupait les hauteurs en avant de Krzenowitz. Son avant-garde s'était avancée dans les plaines entre Posorzitz et Krub. Sa droite était appuyée au ravin d'Hollubitz, près de l'embranchement des deux routes d'Olmütz et d'Austerlitz. Son centre couvert par le ruisseau et ravin de Blasowitz, couronnait les hauteurs de Pratzen qui dominent Kobelnitz et Sokolnitz, et s'étendait sur le chemin d'Austerlitz à Göding et à Nicholsburg. Sa gauche descendait des hauteurs d'Augesd vers Telnitz, Sokolnitz et Kobelnitz.

Le poste le plus avancé de l'armée française était alors le Santon et Bosnitz. En le confiant au 17e régiment d'infanterie légère, l'Empereur lui dit : « je connais depuis longtemps votre bravoure et à Castiglione je vous ai confié un poste important ; vous l'avez défendu. Je vous en confie un plus important encore. Vous périrez tous plutôt que de vous rendre », et comme au moment même les tirailleurs ennemis s'avançaient, il ajoute : « Aujourd'hui ce ne sera rien ; mais demain la journée sera glorieuse. Il faut qu'elle soit plus funeste aux Russes que la journée d'Ulm ne l'a été pour les Autrichiens.»L'ennemi dans le prolongement de la droite n'avait laissé que peu de force en face du Santon, entre la route et la montagne. Cinq ou six escadrons, seulement soutenus par quelques pièces d'artillerie, masquaient sa position en arrière du ravin, et sous la plaine en avant, à peine avait-il quelques corps isolés. Les Russes cependant avaient eu des forces nombreuses à cette droite, dont l'extrémité s'étendait jusqu'à Pozorzitz, où ils avaient construit une forte batterie. Mais ils venaient de la dégarnir par un mouvement de flanc ; et ce mouvement fait pour tourner notre droite, et fermer la route de Vienne, avait été aussi ostensible que s'ils eussent voulu nous mettre dans la confidence de leurs projets.

Ce mouvement s'exécutait la veille de la bataille trois heures après midi. Il entama le dégarnissement des lignes russes qui dès lors manquèrent de liaison sur plusieurs de leurs points. Une telle faute faite avec autant de témérité en présence de l'homme de guerre le plus habile pouvait-elle laisser la moindre incertitude sur les résultats ? Aussi l'Empereur, en découvrant ce mouvement du haut de son bivouac, dit-il plusieurs fois à ceux qui l'entouraient « avant demain au soir cette armée sera à moi ».

Assuré de la position, et des faux mouvements de l'ennemi, il ne songe plus qu'à faire passer dans l'âme du soldat la confiance du succès. Il va le soir même visiter à pied et incognito tous les bivouacs ; mais à peine a-t-il fait quelques pas qu'il est reconnu, et que sa présence est dénoncée par des acclamations. é ces accents s'unit un tableau presque magique. Tous les soldats par une inspiration soudaine élèvent en haut des perches, des torches de pailles enflammées. Cent mille fanaux sont élevés à la fois et la position de l'armée se trouve tracée en traits de feu ; au même instant, l'air retentit des cris de « vive l'Empereur ».

Ces masses de lumière éclatant au milieu des ténèbres ; le silence de cette belle nuit interrompu par les plus vives expressions de la joie, cette journée de gloire assurée par le lendemain, cet aspect du héros qui ne promit jamais en vain la victoire, ces mots qu'il adresse à chacun, que le soldat redit aux soldats, et que l'officier retint pour la devise du drapeau, tout portait dans l'âme, l'ivresse et l'attendrissement. On se presse, on l'entoure, on l'accompagne d'un bivouac à l'autre. Partout les mêmes acclamations, partout le même serment. Jamais plus bel hommage rendu à un grand homme ne fut le présage d'un plus grand événement.

Un vieux grenadier s'approche et lui dit « Sire, tu n'as pas besoin de t'exposer. Je te promets au nom des grenadiers que tu n'auras à combattre que des yeux, et que nous t'amènerons demain les drapeaux et l'artillerie des Russes, pour célébrer l'anniversaire de ton couronnement. »

Les acclamations de l'armée s'unirent à cet engagement. Elles rappellent le serment de vaincre prêté à ce général romain par ses légions.

L'Empereur rentra à son bivouac. C'était une cabane de paille sans toiture. Les douces impressions qu'il venait de recueillir d'une scène aussi attendrissante s'y retracèrent à son esprit, mais elles y furent troublées par la triste réflexion que plusieurs de ces braves n'existeraient plus le lendemain. Si la sensibilité n'est que rapide et passagère dans l'âme du guerrier, parce qu'elle doit céder aux grands intérêts de la gloire et du bonheur des peuples, elle est vive, franche et noble, comme toutes ses actions. On entendit l'Empereur dire plusieurs fois à ceux qui l'entouraient : « c'est aujourd'hui la plus belle soirée de ma vie, mais j'ai des regrets en pensant que je perdrai plusieurs de ces braves. Je sens au mal que j'en éprouve qu'ils sont véritablement mes enfants. Je me reproche quelques fois ce sentiment, dans la crainte qu'il ne finisse par me rendre inhabile à la guerre. »

Témoin de ce spectacle, l'ennemi en eût été frappé de terreur, mais son aveuglement l'entraînait à sa perte. Sa gauche défilait par une marche de flanc sur une ligne de quatre lieues, et prolongeait l'armée française, qui feignait de ne pas apercevoir ce mouvement. L'ennemi en effet avait cherché à le masquer en laissant sous les ordres du prince Bagration son avant-garde dans la plaine, entre Krub et Pozorzitz, avec quelques escadrons et de l'artillerie sur la hauteur au bord du ravin de Kovalievich , en avant de Rausnitz, et près de la route d'Olmütz.

Tout le reste de la ligne manoeuvrait pour couronner les hauteurs qui s'étendent depuis d'Holubitz jusqu'au point le plus élevé du plateau de Pratzen au-dessus d'Augesd Cet intervalle offre un terrain accidenté mais praticable pour toutes les armes. Il a des versants sur les ruisseaux de Krenowitz et de Blasowitz. Il présente des escarpements sur la Zittawa tandis qu'il se termine par des pentes douces vers Augesd Telnitz, Sokolnitz et Kobelnitz. Le ruisseau de Blasowitz couvrait une partie de cette ligne, et le village était occupé. é la droite où commandait le prince Jean de Lichtenstein était le gros de la cavalerie composée de 54 escadrons. La Garde impériale russe, commandée par le grand-duc Constantin, avait été placée derrière cette droite. Elle formait environ dix mille hommes sans y comprendre le régiment du grand-duc. Le centre composé de vingt bataillons autrichiens et de douze bataillons russes était commandé par le général en chef Kutusov qui avait sous ses ordres le général russe Mitradowitz . Il marchait sur les hauteurs de Pratzen et se dirigeait vers celles de Krzenovitz laissant un intervalle qui le séparait presque entièrement de la droite. Les Russes formaient la première ligne.

La gauche qui se trouvait renforcée par la manoeuvre du flanc, descendait les hauteurs d'Augesd , et s'avançait vers les villages de Telnitz et Sokolnitz, par où elle cherchait à nous déborder. Le général russe Buschöfden commandait dans cette partie. Son corps d'armée était composé de quatre colonnes d'infanterie, sous les ordres des généraux Dochtusov, Langeron, Pribischesky et Kollowrath et d'une de cavalerie sous les ordres de Kienmeyer. Les généraux Wimpfen et Müller étaient employés sous ses ordres.

Dans le prolongement de cette gauche, on voyait les hauteurs isolées de Menitz, et de grands étangs impraticables dans les temps ordinaires mais alors ils ne paraissaient pas l'être, se trouvant couverts de glace, c'était du reste d'anciens dessèchements, séparés par une digue qui était la seule communication avec le chemin d'Austerlitz à Nicolsburg.

Les deux empereurs d'Allemagne et de Russie quittèrent le château d'Austerlitz, où ils avaient passé la nuit du 10 au 11, pour se placer à huit heures du matin, le jour de la bataille sur les hauteurs qui dominent le château. Ils avaient devant eux la Garde impériale russe qui leur inspirait tant de confiance et qui devait se porter sur les hauteurs de Krzenowitz.

Cependant, l'Empereur faisait toutes les dispositions de batailles. Il vit qu'il était tenu de surprendre l'ennemi dans sa marche et de l'attaquer sur tous les points pour culbuter sa droite, enfoncer son centre et précipiter sa gauche dans les étangs. Nous verrons en effet l'ennemi rempli d'une seule idée, celle de tourner notre droite, lutter toute la journée pour la réaliser, sacrifier ses forces, épuiser tous ses moyens contre la valeur de nos troupes, le génie de leur chef, ne songeant pas même au désavantage de sa position.

Décidé à attaquer dès la pointe du jour, l'Empereur donne la gauche au maréchal Lannes, la droite au maréchal Soult, le centre au maréchal Bernadotte ; toute la cavalerie réunie sur un seul point au prince Murat, au maréchal Davout placé à Raygern, l'ordre de soutenir la droite du maréchal Soult, en se portant vers la gauche de l'ennemi, avec la division Friant, et la division de Dragons du général Bourcier.

Une proclamation, mise à l'ordre, fait connaître aux troupes la position de l'ennemi et ses désavantages. Elle annonce que l'Empereur dirigera lui-même tous les mouvemens et ne s'exposera pas sans nécessité, mais que si la victoire est un moment douteuse, on le verra se précipiter dans les rangs. Elle contenait en outre l'ordre de ne pas dégarnir les rangs même pour emmener les blessés. Disposition remarquable à laquelle est dû l'ensemble qui a régné dans la ligne par la conservation d'un plus grand nombre de combattants.

L'obscurité de la nuit commençait à se dissiper. Les pierres et les baïonnettes venaient d'être ajustées aux fusils ; déjà même on entendait quelques avant-postes se tirailler, quand cette proclamation fut lue à la Diane, devant la troupe assemblée. Le cri de « vive l'Empereur » retentissait dans la plaine. Cent mille voix jurent d'obéir. Jamais ordre en effet fut mieux observé. On a vu des blessés sortir des rangs et se traîner péniblement pour se faire panser. Dans la chaleur du combat, on a entendu des soldats dire en se rappelant la proclamation « il ne faut pas que l'Empereur vienne avec nous aujourd'hui ».

Le bivouac de l'Empereur avait été placé sur une hauteur en avant de Schlapanitz. C'est là que les maréchaux se réunissent à la pointe du jour, autour de lui. Ils reçoivent ses derniers ordres, et partent comme l'éclair pour donner le signal du combat.

Bientôt le soleil qui devait éclairer l'une de plus grandes scènes de l'histoire et la plus glorieuse des fastes français, commence à paraître ; ses premiers rayons annoncent une belle journée d'automne.

Le déroulement de la bataille

Le feu ne tarda pas à commencer ; la gauche de l'ennemi redoublant d'efforts pour tourner notre droite mais le corps du maréchal Davout paraissant à la pointe du jour arrêta ses projets.Telnitz, en effet, qui se trouvait sur la ligne d'opérations de l'ennemi, ayant été renforcé la nuit par un bataillon, était alors occupé par les trois bataillons du 3e de ligne qui touchaient l'extrémité de la gauche ennemie, à laquelle on voyait faire ses dispositions d'attaque. Ce régiment en outre de concert avec les chasseurs du Pô, la cavalerie aux ordres du général Margaron et six pièces d'artillerie, était chargé de garder les débouchés de Telnitz et de Sokolnitz, tandis que le reste de la division Legrand, aux ordres du général Levasseur, était en colonne en avant de Kobolnitz. Dans le même moment, la division Saint-Hilaire était formée en avant du village de Puntowitz sur deux colonnes et par brigades que liait le 10e d'infanterie légère. La première, aux ordres du général Thiébault, avait le 14e et le 36e de ligne ; la seconde composée des 43e et 55e était commandée par le général Varé.

La division Vandamme était portée en avant du village d'Irzikowitz sur deux colonnes liées par le 24e d'infanterie légère, aux ordres du général Schiner. La première commandée par le général Candras était composée des 4e et 28e de ligne. La seconde formée des 46e et 57e était sous les ordres du général Ferey.

En arrière du ruisseau d'Irzikowitz, le maréchal Bernadotte formait sa gauche de la division Rivaud appuyée à la droite du prince Murat et sa droite de la division Drouet.

Entre Schlapanitz et la route, sur la hauteur, se trouvaient en bataille et en réserve la division de grenadiers et la division impériale.

La cavalerie du prince Murat avait en avant les quatre régiments de hussards et de chasseurs, aux ordres du général Kellermann, les divisions de dragons Walter et Bécrimont, dont la dernière était commandée par le général Boyer. Elle avait en réserve la division de cuirassiers des généraux de Nansouty et de Hautpoul.

La gauche du maréchal Lannes appuyée au Santon se formait de la division Suchet, la droite appuyée à la cavalerie du prince Murat, était formée de la division Caffarelli. Ces deux divisions étaient sur deux lignes, la première en bataille, et la seconde en colonne d'attaque. L'artillerie était dans les intervalles.

La division Suchet à cheval sur la route d'Olmütz, avait deux bataillons à la gauche de cette route et six à la droite. Le 17e division d'infanterie légère, qui appartenait à cette division occupait toujours le Santon, où commandait le général Claparède.

La brigade de hussards du général Treillard, la brigade de chasseurs du général Milhaud, qui avaient bivouaqué à Bosnitz, étaient en bataille sur la hauteur à la droite de ce village. Elles avaient ordre d'éclairer notre gauche et d'observer le ravin de Schumitz.

L'Empereur, était à droite de la route d'Olmütz, sur la hauteur de Schwedenschanze, avec son état-major et le général Berthier, honoré du titre de son fidèle compagnon d'armes.

Il était huit heures quand le feu commença à notre droite.Telnitz était attaqué, le 3e de ligne le défendait avec intrépidité, mais enfin, privé d'un grand nombre de ses braves, il se voit forcé de l'abandonner.

Le maréchal Davout, qui venait d'être informé de sa position, ordonne au 1er de dragons de voler à son secours, tandis qu'il avançait lui-même avec son infanterie. Ce régiment arrive assez à temps devant Telnitz pour empêcher l'ennemi d'en déboucher. Le combat s'engage de nouveau dans Telnitz. Malgré la supériorité de l'ennemi, le général Heudelet s'y précipite avec sa brigade qui venait d'arriver ; le 108e, presque toujours au milieu de la mêlée, conserve ses drapeaux par son audace. L'ennemi se voit enlever deux des siens. Sa résistance est opiniâtre. Il cède enfin, le village est repris et cinq pièces de canon restent en notre pouvoir.

L'action s'était aussi engagée vers le centre. Le général Saint-Hilaire, avec la 1re division du 4e corps formée sur deux colonnes en avant de Puntowitz, avait l'ordre de s'emparer des hauteurs de Pratzen qui dominaient tous les points environnants. L'ennemi occupait ce village, avec la tête de la 4e colonne de l'aile gauche en marche, et qui avait doublé le pas pour s'y porter au moment de l'attaque du maréchal Soult. Il avait placé une ligne de cinq bataillons entre l'église et le point culminant du plateau, couvert d'une nuée de cosaques : sur la gauche du village et derrière la 4e colonne, était une ligne de 12 bataillons russes. Plus loin sur le revers d'Augesd et d'Iostieraveck une seconde ligne de vingt bataillons autrichiens soutenus par une nombreuse artillerie. Enfin, la tête de la 3e colonne paraissait entre Pratzen et Sokolnitz.

Le général Vandamme, avec la 2e division du corps du maréchal Soult placée en avant d'Irsikowitz eut ordre de se porter sur la droite du centre ennemi en prenant pour point de direction le village de Pratzen, qu'il devait laisser à une assez grande distance de sa droite. Enfin, la brigade du général Levasseur, faisant partie de la 3e division du même corps d'armée, et composée des 18e et 75e de ligne avec les chasseurs corses, était rentrée en colonne en avant de Kobelnitz, pour servir de réserve aux trois divisions.

On commence l'attaque du plateau, et c'est le général Saint-Hilaire qui la dirige. Le 10e d'infanterie légère marche sur la première ligne de l'ennemi, essuyant, l'arme au bras, son feu l'espace de 150 pas ; avance malgré le plus vif, ne tire qu'à douze pas, arrive à la ligne déjà en désordre, l'enfonce, la culbute et occupe sa position. Le général Morand commandait ce régiment. Il est bientôt rejoint par le général Thiébault qui, avec les 14e et 36e de ligne, venait de chasser l'ennemi de ce village.

Tandis que ce mouvement s'exécutait, les 43e et 55e de ligne aux ordres du général Varé, tournaient la gauche du village, dont ils étaient forcés par les ravins de se tenir un peu éloignés. Ils n'avaient ordre que d'en imposer à l'ennemi pour donner à la division Vandamme le temps d'arriver. Mais à peine ont-ils aperçu la déroute de la première ligne ennemie que chefs et soldats sont emportés par leur ardeur. Ils s'élancent sur une colonne russe formée en arrière du village, la prennent en flanc, la renversent et lui enlèvent tous ses canons.

La division Vandamme arrivait alors, elle se trouvait à la hauteur de la gauche du général Varé. Elle attaque sur-lechamp l'ennemi qui, par les sommités du terrain, refaisait sa droite dirigée vers Krzenowitz. Ces sommités étaient hérissées de bouches à feu, l'ennemi s'y était formé sur plusieurs lignes. Sa position, sa contenance eussent effrayé des troupes moins déterminées, mais rien ne peut arrêter ces braves. Lancés avec la rapidité de l'éclair, ils enfoncent la première ligne et prennent son artillerie. Une seconde ligne soutenue par des troupes à cheval veut résister, elle éprouve le même effort, ensuite la troisième qu'un mamelon favorisait et masquait dans ses mouvemens, manoeuvre pour les déborder sur la gauche. Elle est attaquée de front par le 4e de ligne, et de flanc par le 24e d'infanterie légère aux ordres du général Schiner. On voit ces deux régiments gravir avec une égale audace cette position redoutable sans tirer un coup de fusil, aborder la ligne ennemie de six bataillons, la rompre, la tailler en pièces, et prendre toute son artillerie. Le régiment de Salzburg, autrichien, et un régiment russe périssent en entier. La cavalerie sans soutien suit en désordre.

Tandis que la droite combattait avec tant d'avantages dans les ravins de Telnitz et de Sokolnitz, et le centre sur les hauteurs d'Hostieradeck et de Pratzen, la gauche dans la plaine de Kruh soutenait aussi la gloire de l'armée. Déjà commençaient ces belles manoeuvres et se disposaient ces charges qui avant le milieu du jour fixèrent la victoire sur cette partie du champ de bataille.

Le maréchal Lannes avec les divisions Suchet et Caffarelli, était arrivé à la hauteur de Blasowitz, occupée en force par les Russes.

Il avait sur sa gauche l'avant-garde ennemie, qui n'avait pris aucune part au mouvement de flanc exécuté la veille, et il était dominé par la hauteur tenant au ravin d'Holubitz, où l'ennemi avait en bataille, sur deux lignes, presque toute sa cavalerie, avec une artillerie nombreuse et en position, 40 bouches à feu, dont les obusiers formaient une grande partie.

Une nuée de cosaques couvrait l'avant-garde de l'ennemi, et masquait les dispositions de sa cavalerie, qui se préparait à charger notre ligne. Bientôt les cosaques se dissipèrent, et au même instant, l'artillerie de position vomit un feu terrible, tandis qu'une charge impétueuse de cavalerie, commandée par le général Essen, se dirige sur nos batteries placées en avant et dans l'intervalle des deux divisions. étonnés de ce mouvement, nos deux régiments de cavalerie légère, plient et passent dans les rangs des fantassins qui leur crient « ralliez-vous, nous tiendrons ferme ». L'infanterie en effet reste inébranlable, mais bientôt démasquée par ces escadrons, elle fait sur la cavalerie ennemie un feu si vif et si nourri qu'elle l'arrête, sur la ligne des batteries même, et lui fait joncher de morts les intervalles des pièces. Les deux régiments de cavalerie légère, ralliés, furieux, chargent à leur tour, et l'action s'engage.

L'ennemi veut la soutenir par une canonnade très vive mais l'artillerie du 5e corps lui répond et lui démonte 8 pièces. Le feu de mousqueterie le plus meurtrier est joint au feu de l'artillerie. L'ennemi recommence ses charges de cavalerie avec une nouvelle ardeur. Notre infanterie les soutient avec fermeté. Il abandonne enfin le champ de bataille couvert de ses morts et de ses blessés. Deux de ses colonels sont parmi les prisonniers qu'ils nous laissent.

Malgré les avantages de ces premiers succès, Blasowitz, défendu par douze cents Russes, un corps de cavalerie et cinq bouches à feu, gênait encore la communication de la gauche avec le centre. Le maréchal Lannes en ordonne l'attaque au général Caffarelli. Le colonel Castex, y est envoyé à la tête du 13e d'infanterie légère, soutenu du 15e de ligne. Le village est emporté après une vive résistance, mais le brave Castex y avait trouvé la mort au sein de la victoire.

Rivaux de gloire et de valeur, le prince Murat et le maréchal Lannes s'appuyaient par leurs mouvemens respectifs, et la cavalerie aux ordres du premier obtenait de brillants succès au moment même où l'infanterie du 5e corps combattait avec tant d'éclat. Les braves régiments de la division Kellermann et les dragons de la division Walther prenaient huit pièces d'artillerie et renversaient tout ce qui voulait leur résister. Le 5e de chasseurs arrachait un drapeau au milieu d'un bataillon russe, le général attaquait en flanc l'ennemi et le forçait à fuir en désordre. L'avant-garde, commandée par le prince Bagration, qui au commencement du combat n'avait point soutenu l'attaque du général Essen, voulut mais trop tard tenter une division sur notre gauche. Longeant le ravin de Siwitz, elle attaque et prend Bosnitz sous le feu des batteries du Santon. Elle en est bientôt chassée avec perte, et laisse un grand nombre de prisonniers au pouvoir de la brigade du général Milhaud.

Il était prêt de dix heures. En ce moment, deux cents bouches à feu et la mousqueterie de deux cent mille hommes tonnaient à la fois sur toute la ligne. Le ciel en était obscurci, jamais l'air n'avait retenti d'un bruit aussi épouvantable.

Le corps du maréchal Soult était aussi aux prises avec l'ennemi sur les hauteurs et à droite du ravin de Blasowitz dont la maison était embrasée par les flammes.

L'Empereur ordonne au prince Murat d'envoyer sur la gauche de ce corps la division de dragons du général Beaumont. Elle passe le ravin à la droite du village.

Cependant, un corps de cavalerie ennemie débouchait sur le flanc droit du 17e régiment d'infanterie légère et de la brigade de cavalerie légère, qui emmenaient les douze cents prisonniers faits à Blasowitz. Le général Debilly s'en aperçoit et fait sur-le-champ former en bataillon carré le 61e placé en seconde ligne derrière le 17e. Ce mouvement est exécuté avec tant de rapidité et de précision que la cavalerie ennemie engagée entre ces deux régiments est écrasée par leur feu réuni.

Cette cavalerie, dans la confusion causée par sa défaite, s'efforçant de se frayer un passage, sabre les Autrichiens qu'elle ne reconnaît plus. Le prince Murat ne peut croire qu'elle est russe en voyant ce combat, il la prend pour un corps bavarois, fait cesser le feu, mais bientôt après il s'aperçoit de l'erreur. Il fait alors avancer la première division de grosse cavalerie aux ordres du général Nansouty, et jamais on ne vit une charge plus brillante. Jaloux de soutenir leur ancienne réputation, les carabiniers et les deux régiments de cuirassiers enfoncent les escadrons ennemis et les forcent de se replier sur leur seconde ligne. Les 2e et 3e de cuirassiers placés en deuxième ligne se mettent alors en mouvement et rien ne peut résister à leurs charges successives. L'ennemi voit ses rangs éclaircis par le grand nombre de morts et de blessés qui tombent sur le champ de bataille. Il fuit en désordre, et nous laisse ainsi entièrement maîtres des hauteurs en arrière de Blasowitz et du plateau en avant de Krub.

L'Empereur, qui suivait les mouvements du centre, observait ceux de l'ennemi, profitait de tous les événements, et dirigeait toutes les opérations. Il se trouvait déjà sur un terrain conquis par son armée. Il parcourt les rangs, applaudit aux succès et redouble l'ardeur des troupes. L'ordre avait été donné au corps du maréchal Bernadotte de passer le ruisseau d'Irsikowitz pour soutenir au besoin l'attaque du centre, à la division du centre, et à la Garde impériale de suivre ce mouvement.

Le combat se soutenait toujours avec le même acharnement à notre droite. L'ennemi redoublant d'efforts pour suivre son plan d'attaque, et se procurer un débouché, répétait avec obstination et des succès momentanés ses attaques sur Telnitz et Sokolnitz. Mais le maréchal Davout, exécutant l'ordre qu'il avait reçu de contenir l'aile gauche de l'ennemi afin qu'au moment donné elle se trouvât tout à fait enveloppée, arrêta constamment ces efforts. Le général Bourcier, par une charge de sa première ligne de dragons, repousse l'ennemi sur Telnitz. Cette division par sa bravoure et sa manoeuvre tint tout le jour l'ennemi en échec sur l'extrémité de notre droite.

Cependant, les Austro-Russes débouchaient de Sokolnitz, que la division Legrand avait été forcée d'abandonner, et se formaient en avant sur les hauteurs. Le général Lochet, à la tête du 48e régiment, marche contre eux. Il a été appuyé dans ce mouvement par la brigade Kister, et le 111e de ligne. L'ennemi enfoncé, culbuté et poursuivi jusque dans le village qu'il abandonne, laisse à la disposition du 4e deux drapeaux et six pièces de canon.

Tant d'échecs ne décourageaient point l'ennemi, retenu au combat par la présence de ses deux empereurs. La supériorité du nombre entretenait encore des espérances. On le voit bientôt faire de nouveaux efforts pour reprendre le plateau de Pratzen, occupé par le 10e d'infanterie légère, avec les 14e et 36e de ligne. Vingt de ses bataillons, occupant une ligne très étendue à la naissance des revers tombant sur Augesd [Aujezd] et Hostieradeck, s'avancent avec une nombreuse artillerie, pour envelopper ces trois régiments, tandis que la troisième colonne continuait sa marche sur le château de Sokolnitz. La droite de cette ligne à l'aide d'une supercherie arrive jusqu'à trente pas sans essuyer de feu. Deux officiers russes avaient crié en se portant en avant « Ne tirez pas, nous sommes Bavarois ». Dès que cette ruse est reconnue, les deux bataillons du 36e et le second bataillon du 14e soutenu par le second du 10e d'infanterie légère, fondent avec fureur sur cette partie de la ligne, la culbutent et la dispersent. Il était midi et le général de Saint-Hilaire venait d'être blessé.

L'ennemi, pendant cette charge, continuait son mouvement par son centre et sa gauche. Le second bataillon du 10e s'avance pour l'arrêter, mais il est repoussé avec une perte considérable. Trois de nos bataillons allaient se trouver aux prises avec quinze bataillons ennemis, quand le général Levasseur, en réserve dans le bas et en avant de Kobelnitz vient les secourir en combinant ses mouvements avec ceux du général Saint-Hilaire. Il s'élance à la tête de sa colonne sur le flanc gauche de l'ennemi, tandis que le 1er bataillon des 14e et le 10e d'infanterie légère, conduits par le général Morand, chargent © SHD l'ennemi de front, le culbutent et le précipitent dans les ravins d'Augesd [Aujezd] et de Nusle. Dans le même moment, la queue de la 3e colonne russe placée entre Sokolnitz et Pratzen, suit le mouvement de nos troupes qui étaient aux prises. Mais, contenue par l'artillerie que contenait le chef de bataillon Fontenoy, elle ne tarda pas à disparaître.

Le plateau de Pratzen, semblait être le poste d'honneur de l'armée par l'acharnement que l'ennemi mettait à y combattre, et par l'intrépidité que mettait à défendre le général Saint-Hilaire, livré d'abord à ses propres moyens et secondé ensuite par le général de brigade Morand. Là se trouvaient les colonels Pouzet, Mazas, Houdart-Lamothe, Raymond-Viviès et Ledru. Le 1er d'infanterie légère, les 14e et 36e de ligne, soutenaient toutes les attaques sur le plateau, tandis que les 43e et 55e chassaient l'ennemi de ses positions, enlevaient ses batteries sur les hauteurs de la gauche du Village, et se liaient à la droite de la division Vandamme, dont la gauche se prolongeait vers Krzenowitz. Le général Varé est blessé à la tête de sa brigade. Le colonel Mazas est tué en chargeant avec son régiment. La division Saint-Hilaire est enfin maîtresse du plateau, et la brigade Levasseur partage avec elle la gloire de cette action mémorable. Une foule de traits héroïques y avaient fixé les regards. Labadie, adjudant-major du 36e, craint un instant que son corps, qui à trente pas de l'ennemi se déployait sous un feu très vif, ne soit ébranlé dans son mouvement. Il saisit un drapeau, s'élance vers l'ennemi à la portée du pistolet en s'écriant « voilà votre ligne de bataille ».

Gilbert, caporal au 55e, blessé dangereusement à la jambe, bande lui-même sa plaie ; on le presse en vain de quitter le rang, il répond que la journée est trop belle.

Un fourrier du 43e, nommé Capon atteint d'un coup de feu qui le prive de la vue présente son sabre à son commandant et lui dit « conduis-moi à l'ennemi puisque je ne puis plus le voir ».

Un boulet de canon emporte un bras près de l'épaule à Lebas, chasseur au 10e d'infanterie légère «ôtez-moi mon sac» dit-il froidement à son camarade, et il se rend seul à l'ambulance.

Pendant que la division Saint-Hilaire était encore aux prises avec l'ennemi, l'Empereur, placé sur la hauteur que venait d'emporter le 4e de ligne et le 24e d'infanterie légère de la division Vandamme, avait fait avancer le corps du maréchal Bernadotte, la division de grenadiers, et la Garde impériale dont la cavalerie marchait sur deux lignes, et l'infanterie par bataillons en colonne serrée, et par divisions. Ce renfort n'était pas plutôt arrivé que l'Empereur avait ordonné au général Vandamme de marcher pour appuyer le général Saint-Hilaire, et d'opérer à cet effet avec toutes les troupes un changement de direction à droite, par la hauteur du village d'Augesd [Aujezd], sur le flanc droit, et les derrières de la gauche ennemie. Mais on s'aperçut bientôt qu'un bataillon du 4e de ligne et deux bataillons du 24e d'infanterie légère ne pouvaient se lier à ce mouvement. Leur ardeur en effet les ayant emportés beaucoup trop loin à la poursuite de l'ennemi, ils se trouvaient déjà sur la hauteur de Krzenowitz, qui leur masquait à la fois et la réserve ennemie, et la Garde impériale russe. é peine ont-ils paru sur la crête et manoeuvré pour former le carré, qu'ils y sont assaillis de toute part. Un danger pressant les environne, mais l'Empereur ordonne au maréchal Bessières de voler à leur secours avec la cavalerie de la garde, et au maréchal Bernadotte de s'avancer sur l'ennemi.

Le maréchal Bessière dirige sa gauche sur deux escadrons de chasseurs à cheval commandés par le colonel Morland avec ordre de tomber sur la première ligne ennemie dès qu'elle sera ébranlée. Il s'aperçoit bientôt que l'ennemi veut déborder sa droite, mais il envoye sur-le-champ pour le contenir le général Ordener avec trois escadrons de grenadiers à cheval, et le prince Borghèse dont l'escadron était en échelons sur la droite du général Ordener. Une division d'artillerie commandée par Doguereau appuye ce mouvement.

Bientôt, Morland s'élance contre la cavalerie ennemie. Il vient de l'enfoncer, mais une balle l'atteint et le renverse mort. Sa perte est vivement regrettée et le général Rapp se dispose à le venger en se mettant à la tête des deux escadrons de chasseurs. Chargé avec impétuosité par la Garde impériale russe, il en soutient le choc avec une fermeté inébranlable. On voit dans cette occasion les deux corps d'élites animés par les regards de leurs souverains rivaliser d'ardeur et d'audace et rendre quelque temps la victoire incertaine par les prodiges multipliés de leur valeur. La Garde impériale française appuyée par le feu de la première ligne du maréchal Bernadotte, l'emporte enfin, et les Russes renversés fuyent vers leur infanterie et se rallient derrière elle.

L'archiduc Constantin voit cette déroute de la Garde impériale et veut la réparer. Il ordonne aussitôt au prince Repnin, en réserve sur le revers de la hauteur avec trois escadrons de chevaliers-gardes, de se porter en avant. Ce mouvement est exécuté, et déjà l'infanterie russe, soutenue de ces escadrons, allait s'avancer de nouveau, quand le maréchal Bernadotte se présente devant elle avec sa première ligne composée des 27e d'infanterie légère, 94e et 95e de ligne, aux ordres du général Drouet. Ici s'engage le feu le plus vif entre cette ligne et l'infanterie russe. Mais bientôt par les intervalles de notre infanterie passent avec rapidité les chasseurs de la garde soutenus par une seconde ligne que le maréchal Bessière avait fait avancer sous les ordres du major Dhallemann [Dallemagne], et par les mameluks que commandait le capitaine Delaître. Ils fondent sur les chevaliers-gardes, déjà affaiblis par le feu meurtrier que le corps du maréchal Bernadotte dirigeait contre eux. Les trois escadrons de grenadiers à cheval s'ébranlent aussi. L'infanterie s'avance au pas de charge, la mêlée devient terrible, on combat au corps à corps, en un instant le champ de bataille est couvert de morts et de blessés. Les Russes enfin enfoncés de toutes parts se précipitent dans Krzenowitz. Ils veulent encore le défendre, mais un bataillon du 27e d'infanterie légère, qui vient d'y entrer pèle-mêle avec eux, s'empare du village. Le prince de Repnin, un grand nombre d'officiers de distinction, 800 prisonniers et 14 pièces de canons restent encore en notre pouvoir. Le reste de cette garde vaincue avec honneur fuit en désordre à travers la plaine.

Cette action coûta à la Garde impériale russe presque tous ses brillants guerriers, ses drapeaux et toute son artillerie. Il était aisé de prévoir qu'elle déciderait du sort de la journée, aussi dès que l'empereur Alexandre vit les deux gardes dans la mêlée, il jugea que la bataille était perdue et se retira avec un seul aide de camp.

Couvert de son sang et de celui de l'ennemi, le général Rapp vient donner à l'Empereur les détails de cette action et lui présenter les officiers les plus distingués. L'un d'eux, officier d'artillerie, se jette au devant de son cheval et invoque la mort « je suis indigne de vivre, s'écrit-il, j'ai perdu mes canons » « Jeune homme lui répond l'Empereur avec bonté, j'estime vos regrets, mais rassurez-vous, pour avoir été vaincu on ne cesse pas d'être au nombre des braves ».

Le 1er bataillon du 4e de ligne avait pris deux drapeaux, mais il avait perdu son aigle. L'Empereur après l'action rencontre quelques soldats de ce bataillon, et leur reproche d'avoir un instant cédé au nombre. « La cavalerie qui nous attaquait, dit l'un d'eux, était si nombreuse qu'il nous a été impossible de résister ». « Vous deviez tous mourir », reprit l'Empereur.

Tandis que ces événements s'étaient passés au centre, l'ennemi avait fait encore de nouveaux mouvements sur la droite. Après la perte de Blasowitz et du plateau un peu en avant de Krub, il avait conservé beaucoup de troupes à sa droite pour renforcer la route de Brünn, dans le cas où l'attaque de sa gauche viendrait à réussir. Il avait placé une ligne formidable d'infanterie sur le plateau à gauche de la route, entre la porte et le ravin qui descend de Posoritz sur Shumitz, refusant sa gauche, et donnant aussi à sa ligne une direction oblique à la route. Il avait espéré par là nous détacher du Santon et nous attirer sur le ruisseau de Blasowitz pour faire encore une tentative sur notre droite. Mais l'Empereur, qui n'avait pas perdu de vue un seul de ses mouvemens, avait deviné ses projets, et déjoua toutes ses combinaisons.

Les succès importants que la cavalerie du prince Murat et l'infanterie du maréchal Lannes avaient obtenu à la gauche avaient permis d'en détacher la division Caffarelli. On reçut l'ordre de se rapprocher du centre où l'ennemi avait porté ses réserves et ses troupes d'élites, en faisant un changement de front, l'aile gauche en avant, et d'occuper les hauteurs de Krub, et d'Hollubitz avec deux bataillons des 17e et 30e de ligne. Les deux bataillons font 1 500 prisonniers dans ce mouvement, et s'emparent de six pièces de canon qu'ils tirent à l'instant même contre l'ennemi aux cris de « Vive l'Empereur ».

Le maréchal Lannes avait aussi ordonné au général Suchet de faire exécuter à sa division un changement de front, la droite en avant, pour culbuter dans le ravin la ligne ennemie qu'il avait sur ses derrières tandis que notre seconde ligne qui jusque là, calme et immobile, essuyant le feu d'artillerie le plus meurtrier, s'était déployée et avancée derrière la première ligne. Ces manoeuvres furent exécutées avec rapidité et précision. La ligne ennemie fut rompue et le général Suchet put alors se porter en avant, en traversant la route.

La cavalerie russe, ralliée en arrière du ravin de Krub, avait gagné le plateau de Posoritz pour soutenir l'infanterie et s'opposer au général Suchet mais le prince Murat, qui surveillait ce mouvement, avait fait porter sur la gauche la division de dragons Walther et la 2e division de grosse cavalerie aux ordres du général d'Hautpoul et leur avait ordonné de soutenir notre infanterie en se réunissant aux brigades de cavalerie légère,Treillard et Milhaud.

La cavalerie ennemie avait fait un mouvement en avant, mais, chargée par la brigade Sébastiani que soutenait la brigade Roget, elle avait été forcée à se retirer derrière son infanterie, dont le feu arrêta la division Walther. Cette infanterie venait aussi de se porter en avant. La division Suchet marche à elle. La division d'Hautpoul l'attaque vivement. L'ennemi étonné du feu de notre infanterie est enfoncé et laisse en notre pouvoir un drapeau, 11 pièces d'artillerie et 1 500 prisonniers.

En vain, le général Treillard et le général Milhaud avaient de leur côté forcé à la retraite ces cosaques qui s'étaient montrés dans la vallée de Schumitz, et ce corps de cavalerie qui s'efforçait de tourner notre gauche par la route de Posoritz. Les ennemis, rompus d'abord, avaient pris courage et la vengeance semblait doubler leurs forces, ralliés, pelotonnés, serrés, hérissés de lances, ils représentaient l'idée des phalanges de l'Antiquité. Cet aspect imposant ne put cependant arrêter nos intrépides bataillons. On les vit se porter contre ces masses au pas de charge et dans le plus bel ordre.

Ralentis un instant dans leur marche par nos cuirassiers, qui venaient de s'arrêter dans leur mouvement, leur ardeur ne fait que s'en accroître. Ils s'élancent de nouveau contre l'ennemi, jonchent le champ de bataille de ses morts et de ses blessés, enlèvent ses canons et lui font un grand nombre de prisonniers en le culbutant dans les ravins.

C'est en vain qu'il tente un dernier effort après s'être rallié sur des mamelons au bas de Posoritz et de Silwitz. Poursuivi par le 88e, il fuit en désordre sur les hauteurs en arrière du ruisseau qui débouche sur Wellspitz, y établit une batterie de six pièces et achève d'opérer sa retraite sur la hauteur d'Austerlitz. Ce fut là son dernier point de ralliement avant sa fuite. Toutes les charges de l'aile gauche se sont faites aux cris mille fois répétés de « Vive l'Empereur », et ces cris enflammaient encore les courages. On y a vu rivaliser toutes les armes, tous les corps, tous les officiers.

Le général Valhubert reçoit un éclat d'obus qui lui fracasse la cuisse. Il tombe et on l'entoure pour l'emporter. « Restez, dit-il, rappelez-vous de l'ordre de l'Empereur, il ne faut pas qu'un seul homme en fasse perdre six ».

Le chef de bataillon Joubert, du 64e, venait d'avoir le pied emporté au moment où le premier capitaine Norry-Dupart est appelé pour le remplacer, il voit renverser à son côté par un boulet un fils de la plus belle espérance, et dont tous les frères sont morts au champ d'honneur. « C'est le dernier de mes fils, dit le malheureux père, major, jugez de ma perte, mais ce n'est pas ici le moment de pleurer. Je me dois à l'Empereur et à mon pays ». Il se met à la tête du bataillon, marche à l'ennemi et son fils est vengé.

Il était à peine une heure et la victoire paraissait assurée. Il ne restait plus à l'ennemi d'autre retraite que la ligne étroite qui sépare les étangs de Satscham et de Memnitz, seule communication avec la route d'Austerlitz. Sa droite, en effet, était détruite et dispersée. Son centre venait d'être enfoncé par la charge décisive de cette troupe d'invincibles qui forme la Garde impériale. La gauche de l'ennemi, où se ralliaient les débris de son centre, combattait encore avec opiniâtreté à Telnitz et à Sokolnitz. Mais après tant de succès obtenus sur toute la ligne, l'opiniâtreté de ce corps d'environ 30 mille hommes, ne devait-elle pas entraîner sa perte ?

L'Empereur ordonne au général Duroc de se porter en avant avec une brigade de grenadiers de la division Oudinot et de marcher ensuite sur Kobelnitz et Sokolnitz pour couper tout ce qui tenait encore sur ces points. Le reste de la division du général Oudinot prend une position. En ordonnant au maréchal Berthier de se rendre à la droite, il lui dit : « Voyez ce que c'est encore que cette canonnade et ce feu de mousqueterie, et que cela finisse. » (...)

Le maréchal Soult ordonne au général Vandamme de placer un bataillon du 28e en arrière du village d'Augesd [Aujezd], pour intercepter la route qui mène à Klein-Hostieriadeck, et de poursuivre une partie de l'infanterie ennemie qui se sauvait par les marais. Le corps du maréchal Davout était toujours au-delà du ruisseau avec une partie de division Legrand.

Par ces divers mouvements, tout ce qui restait de la gauche et du centre de l'ennemi se trouvant enfermé dans les défilés de Telnitz, et dans la plaine entre Augesd [Aujezd] et Sokolnitz était adossé aux marais de Memnitz et Satscham, n'ayant pour toute retraite que la digue des deux étangs.

Cependant, l'ennemi tenait toujours dans le château, la ferme et le parc de Sokolnitz, où il était en quelque sorte retranché, et renouvelait les attaques sur le village qu'occupait le 48e régiment de ligne de la division Friant. Le général Lochet, à la tête de ce régiment, soutient ces attaques pendant trois quarts d'heure. Il se défend dans les rues, dans les granges, dans les maisons. Le maréchal Davout fait marcher la brigade Kister pour repousser l'ennemi et jette en même temps dans Sokolnitz le 15e d'infanterie légère, composé presque en entier de conscrits. Ce régiment s'y couvre de gloire, tandis que les 111e et 33e font tête au-dehors.

La droite du ruisseau n'était pas le seul point où l'ennemi disputât encore le terrain.Une ligne de six mille fantassins, qui dans les vignes au bas des hauteurs d'Augesd [Aujezd] et en avant du château de Sokolnitz, couvrait une part de son parc d'artillerie, voulut charger la division Saint-Hilaire et gravissait déjà le coteau, quand la division Vandamme arriva. Le général Ferey saisit ce moment pour aller à sa rencontre. En même temps, la division Saint-Hilaire et la brigade Levasseur descendent sur cette ligne qui fait d'abord par sa gauche un mouvement sur Kobelnitz et bientôt par sa droite effectue sa retraite sur le lac de Telnitz et le chemin de la digue, où elle est battue complètement. Il ne restait donc plus qu'à forcer l'ennemi dans le château de Sokolnitz pour opérer la jonction des divisions Vandamme et Saint-Hilaire, avec celle du général Legrand et le corps du maréchal Davout.

Le maréchal Berthier arrive au moment même où le général Saint-Hilaire ordonnait au 36e d'attaquer le château, au 14e de tourner le village à gauche, et au général Morand de marcher avec le 10e d'infanterie légère et le 43e de ligne vers la digue de Kobelnitz, pour y passer le ruisseau et couper la retraite en s'établissant sur l'autre rive. Le général Duroc reçoit aussitôt du maréchal Berthier l'ordre de seconder ces mouvements et d'ôter en s'avançant tout espoir de retraite à l'ennemi. Le général Thiébault venait d'être blessé. Le général Saint-Hilaire, oubliant qu'il l'était aussi depuis le commencement de l'action, se trouvait à la tête de l'attaque. Fort de sa position, l'ennemi défend le château avec opiniâtreté, mais il cède enfin à la valeur du 36e, qui, poursuivant ses succès malgré la perte considérable qu'il vient d'essuyer, va se réunir au 33e et au 111e, placés pour contenir l'ennemi à la droite du village. Ces trois régiments le chargent en même temps, l'enfoncent et le taillent en pièces. En un instant, la plaine est couverte de morts et de blessés.

Le carnage semble redoubler de fureur et cinq mille hommes sont égorgés ou pris dans ces défilés.

L'artillerie et les caissons tombent en notre pouvoir. Le général Wimpfen se rend à un détachement commandé par le lieutenant Sopransi.

Le général Legrand, placé pendant toute la journée à un poste bien difficile, avait par son sang-froid et sa valeur et ses manoeuvres obligé une colonne de 1 200 hommes qui avait déjà atteint Kobelnitz à se jeter dans les marais, où elle fut noyée en grande partie ; le reste cherchant à gagner Schlapanitz fut enlevé.

La brigade de grenadiers commandée par le général Dupas, sous les ordres du général Duroc, arrivait sur le ruisseau. Elle y manoeuvra de manière à serrer et à tourner un corps de cinq mille hommes, que poursuivaient le 10e d'infanterie légère et le 43e commandés par le général Morand, et lui fit rendre les armes.

Une autre colonne russe de trois mille hommes ayant à sa tête trois généraux était parvenue à passer entre les villages de Sokolnitz et Telnitz. Elle avait déjà dépassé la gauche du général Legrand et se portait au soutien de la colonne qui longeant les marais filait vers Kobelnitz, quand elle fut aperçue par la cavalerie légère du 4e corps d'armée. Le général Franscheschi [Fransceschi] venait d'arriver avec le 8e de hussards après avoir fait une marche forcée pour se trouver à la bataille. Il change de front sans perdre haleine et saisissant le général qui commandait cette ligne, il le somme de se rendre avec sa troupe. Tous à l'instant mettent bas les armes. Les 11e et 26e de chasseurs avaient manoeuvré pour prendre cette colonne en flanc, mais le 8e de hussards les prévient contre toute attente et à leur arrivée, tout se trouvait terminé.

C'est alors que le maréchal Berthier fit dire à l'Empereur « Votre Majesté a ordonné que le combat finisse à la droite, et tout est fini. Les ennemis ont déposé les armes.Tout ce qui n'est pas pris est tué ou hors de combat. »

Les troupes qui avaient été dirigées sur la droite devenaient pour lors en partie inutiles. La brigade Ferey du 4e corps, le bataillon de chasseurs corses et le 75e de la 3e division reçoivent aussitôt l'ordre de se porter rapidement à la gauche en longeant le bas des hauteurs et d'aller rejoindre en avant d'Augesd [Aujezd] le reste de la division que le général Vandamme dirigeait en tête du village. L'ennemi venait de réunir sur ce point environ douze mille hommes. C'était le reste de ses forces, tant en infanterie qu'en cavalerie. Il avait pour le soutenir un parc de 36 pièces qui vomissaient depuis une demi-heure le feu le plus terrible.

L'Empereur arrivait alors. Placé à la chapelle au-dessus d'Augesd [Aujezd] il voit bientôt, en exécution de ses ordres, quelques escadrons de sa garde paraître à sa droite, son infanterie doubler le pas pour les rejoindre et l'artillerie de la garde, accourue au galop, commencer à tonner sur les batteries ennemies.

Effrayé de ces dispositions, l'ennemi veut hâter sa retraite ; mais elle ne pouvait s'opérer que par les étangs, puisque les 1re et 2e divisions du 4e corps occupaient tous les autres débouchés. Dans cette extrémité, plusieurs milliers d'hommes, 36 pièces de canon, un grand nombre de canonniers, de caissons et de chevaux s'engagent sur la glace du 1er étang qui éclate et se rompt, presque tout est englouti. Ce qui reste veut vainement s'échapper sur le second étang. La glace rompt encore et tout disparaît.

Devancé à Memnitz [Menitz] par la division Friant, l'ennemi n'avait plus de retraite que la digue qui séparait les deux étangs et communiquait à Satchan.Aussi paraît-il disposé à défendre en désespéré ce passage. Il place donc à la tête le reste de son artillerie sur les hauteurs qui couvrent la tête de la digue et la fait soutenir par toute sa cavalerie pour donner à l'infanterie le temps de s'y rallier ; mais malgré le feu meurtrier de son artillerie, le général Gardanne, aide de camp de l'Empereur, ne tarde pas à s'avancer contre lui avec la division de dragons du général Beaumont et à l'ébranler plusieurs fois. D'un autre côté, la division d'artillerie de la garde, commandée par le chef d'escadron Digeon, seconde ses efforts avec sang-froid et intrépidité. L'ennemi conçoit en vain quelque espoir d'un mouvement rétrograde de nos dragons.Au moment où sa cavalerie s'avance au grand trot pour le poursuivre, Digeon, ferme à sa position, fait charger les six pièces à mitraille, rompt par leur feu les escadrons ennemis, et les force à se retirer en désordre. En ce moment même, paraissaient les trois divisions du maréchal Soult qui avait longé le lac. Le général Friant tournait la position de l'ennemi. L'infanterie de la garde s'avançait à grands pas et deux escadrons de chasseurs à cheval réunis aux dragons se portaient en avant bravant la mitraille et le feu de mousqueterie. La cavalerie ennemie s'ébranle alors ; mais nos dragons avec les chasseurs de la garde se précipitent sur l'artillerie et l'ennemi prend la fuite sous la protection de deux de ses bataillons qui défendaient la digue. Ces bataillons eux-mêmes sont bientôt détruits presque en entier par notre infanterie arrivée sur les hauteurs.

Les débris de l'infanterie ennemie gagnent en désordre les hauteurs de Mennitz [Menitz]. La division Vandamme, la division Friant, quelques bataillons de chasseurs de la garde les poursuivent, l'épée dans les reins et ne leur laissent pas le temps de se former. Sans appui, sans ressource, sans retraite, foudroyés par l'artillerie de la garde, dont toutes les bouches tonnaient à la fois, ces malheureux saisis d'épouvante se jettent sur le lac glacé de Mennitz [Menitz] déjà ébranlé par nos boulets, et presque tous y trouvent la mort.

[suites et bilan de la Bataille]

Le soleil achevait alors sa carrière, et ses derniers rayons réfléchis par la glace, vinrent éclairer cette scène d'horreur et de désespoir. Elle ne parut pas moins affreuse que cet instant de la journée d'Aboukir où dix-huit mille Turcs poursuivis par le vainqueur se jetèrent à la mer et y furent engloutis.

Il ne reste plus que quelques débris qui, ayant pu échapper à la mort ou éviter d'être pris, étaient parvenus à se réunir à la cavalerie russe, au-delà de Satchan. L'Empereur, toujours infatigable, toujours aussi ardent à compléter la défaite qu'à fixer la victoire, ordonne au général Junot, arrivant de Lisbonne, de marcher à la tête des dragons, et de tourner l'étang tandis que deux escadrons de la garde, commandés par le major d'Hallermann [Dallemagne] tournaient les autres étangs, audessous de Mennitz [Menitz]. Les aides de camp du maréchal Berthier, tous les officiers d'état-major marchent avec eux. Ces débris poursuivis avec vigueur perdent encore deux mille prisonniers, et le reste ne dut son salut qu'à la nuit qui favorisa leur retraite sur Austerlitz.

Les résultats de cette bataille ont été pour l'ennemi de 8000 hommes tués, 1 500 blessés, 23 000 prisonniers, dont 273 officiers, 10 colonels et 8 généraux. La perte de la totalité de son artillerie composée de 143 pièces de canons russes et 37 autrichiennes, de 111 caissons, dont 20 appartenaient aux Autrichiens, et 91 aux Russes, enfin de plus de 50 drapeaux.

L'armée française a eu à regretter 1 800 hommes restés sur le champ de bataille et 700 blessés dont 9 officiers généraux. Elle perdit si peu de prisonniers que l'ennemi, ne jugeant pas à propos de les garder, les renvoya le lendemain.

Ainsi éclata ce coup de foudre si souvent prédit par l'Empereur pour la fin de cette immortelle campagne. Ainsi finit cette journée mémorable, que le soldat se plaît à nommer la journée de l'anniversaire, que d'autres ont appelé la journée des trois empereurs, et que Napoléon a désigné sous le nom de bataille d'Austerlitz.

C'est aux confins de la Hongrie, de la Pologne, de la Silésie et de la Bohême, dans ces champs de la Moravie, où les deux extrémités du monde se trouvaient réunies, le sauvage du Kamchatka et l'habitant du Finistère, que la destinée avait marqué le terme de cette supériorité d'infanterie russe trop longtemps et trop facilement établie, de ce prestige d'une puissance née subitement dans le siècle dernier, de cette influence politique usurpée sur l'Europe, et désormais renfermée dans les bornes fixées pour l'intérêt des peuples et celui de la civilisation. C'est là que l'armée française, l'anniversaire du jour où la France reconnaissante avait décerné à Napoléon le diadème impérial, ceignit son auguste front de la couronne du triomphateur.

(...) L'empereur Alexandre écrivit au maréchal Davout pour le prier de cesser les hostilités et de suspendre sa marche, protestant qu'un armistice était conclu. En effet, le prince Jean de Lichtenstein était venu le matin du 12 (3 décembre) demander à l'empereur Napoléon de la part de son maître, une entrevue pour convenir des principaux articles préliminaires d'un traité de paix. Cette entrevue eut lieu auprès du moulin de Saruschitz le 13 dans la matinée, et l'armistice suivant fut conclu le 15 entre les empereurs de France et d'Autriche par leurs plénipotentiaires le maréchal Berthier et le prince du Lichtenstein.

(...) On regrette de ne pouvoir recueillir tous les traits de bravoure, de sang-froid et de dévouement qui ont signalé cette journée, de ne pouvoir nommer tous ceux dont les talents ou les actions éclatantes, mériteraient cette honorable distinction.

Généraux, officiers, soldats, tous ont rivalisé d'ardeur et de bravoure, tous ont fait les plus nobles efforts, tous ont recueilli leur portion de gloire. On ne parle point ici des aides de camp de l'Empereur, M.M. les généraux Lemarrois, Savary, Bertrand, Mouton et le colonel Lebrun. On sait que Sa Majesté a choisi ces officiers parmi ceux qui ont donné les marques les plus éclatantes de dévouement à sa personne, et la preuve des plus grands talents militaires.

La cavalerie, aux ordres du prince Murat, aussi grand par sa valeur et ses services que par l'éclat de son rang, a servi avec la plus grande distinction.

L'infanterie a combattu avec agilité, précision, bravoure et ensemble. Elle a déployé toute la force qui résulte de la réunion de ces qualités. Elle a supporté le feu le plus vif et les charges réitérées de la cavalerie ennemie. Elle a chargé elle-même à la baïonnette, et enfoncé les rangs des Russes. En un mot, elle s'est montrée la plus belle infanterie du monde.

L'artillerie, sous les ordres immédiats du général Songis, premier inspecteur général, a soutenu cette antique réputation acquise par tant de services. Nommer les généraux d'artillerie Eblé, Sorbier, Lariboissière, Foucher, Pernetti [Pernety], chef d'état-major, les colonels Baltus, Forno et Senarmont qui dirigeait la batterie du Santon ; les chefs de bataillon Vasservas, Fontenay, Truschard, Cabau et Lebel, c'est désigner des hommes d'un caractère estimable et d'une valeur à toute épreuve, réunissant cet ensemble de talents, de qualités et de sentiments d'honneur qui distinguent le vrai militaire. Officiers, sous-officiers et canonniers ont montré la même ardeur et le même sang froid. Le nombre d'ennemis atteints de boulets sur le champ de bataille atteste combien le feu de l'artillerie a été vif et bien dirigé.

Les soldats du train, ont fait preuve de la plus grande intrépidité. Plusieurs fois dans les charges de cavalerie ennemie, elle est arrivée jusque sur nos batteries. Elles ont mieux aimé se laisser sabrer que d'abandonner leurs pièces.

L'arme du génie n'a point eu dans cette campagne d'occasion de rendre des services d'une grande importance tels que des sièges à faire ou à soutenir ; mais partout on a vu les officiers de cette arme se rendre utiles par leur zèle et leur activité, se faire remarquer par leur dévouement. Le chef de bataillon Pouzier à la tête du pont de Lech. Les colonels Cazals et Kirgener à l'affaire de Günzbourg et à la prise de Braunau. Le général Léry et le colonel Mayolle au poste du Santon retranché en deux jours par une compagnie de sapeurs. Les chefs de bataillon Dode et Lebel, chargés de réarmer la place et le château de Brünn sous les yeux du premier inspecteur Marescot et du colonel Mutet, son chef d'état-major. Les capitaines Bernard et Prost dans plusieurs missions importantes. Le chef de bataillon Geoffroy, chargé de remettre Braunau en état de défense ; tous ont donné des preuves des talents qui distinguent ce corps et de l'esprit qui l'anime.

L'Empereur avait exigé du général Parmentier, commandant à Brünn, qu'il tînt au moins trois jours dans le cas où par les suites de la bataille, il l'eût abandonné à ses propres forces. C'était là tout ce qu'il fallait pour protéger la marche de son armée sur la Bohême si le fort de la journée n'avait pas répondu à son attente. C'est ainsi que dans toutes ses entreprises, ce génie étonnant a su allier aux dispositions de la sagesse et à la résolution de la valeur les mesures de la plus rare prudence.

Les conscrits se sont montrés les dignes émules des vieux guerriers. L'un d'eux nommé Philippon, chasseur au 10e d'infanterie légère, après avoir reçu trop de coups de feu demande naïvement à son sergent s'il est temps qu'il quitte son rang pour aller se faire panser.

Le prince Murat et le maréchal Lannes rendent une justice égale au zèle, aux talents et à l'activité du général Andréossy, aide major général, qui sans cesse au milieu du feu, et se trouvant jusqu'au même instant à l'infanterie, à la cavalerie, à l'artillerie, semblait se multiplier pour se rendre utile sur tous les points.

Les généraux Mathieu Dumas et Sanson, aussi aides majors généraux, avaient été chargés peu de jours auparavant de reconnaissances importantes sur la droite de l'armée et par leur travail, ils ont pris part à la gloire de cette journée. Le colonel du génie Vallongue, aide major général s'est trouvé aux dernières charges de la division Saint-Hilaire, et s'est porté avec l'artillerie de la garde sur les hauteurs de Mennitz [Menitz].

L'adjudant commandant Dalton a combattu avec la division Caffarelli, à la prise du village de Blasowitz. Les aides de camp du maréchal de Berthier semblaient s'être fait une loi de donner ces jours-là des marques particulières de leur dévouement à l'Empereur. On les a vus sur tous les points de la mêlée. Le chef d'escadron Giradin a été remarqué dans plusieurs divisions et particulièrement aux attaques faites par la division Saint-Hilaire et à la charge des dragons vers Mennitz [Menitz]. Il fut arrivé l'un des premiers sur la digue des étangs et à y faire des prisonniers.

M. Edmond Colbert, capitaine, a été blessé d'une balle, en chargeant avec les dragons à la droite de l'armée.

M. Lagrange, lieutenant, M.M. Louis Périgord et Edmond Périgord ont montré beaucoup de bravoure dans les charges exécutées par les grenadiers et les chasseurs de la Garde impériale.

Le chef d'escadron Desnoyers, Mergez et Bailli-Monthion Blein, chef du bataillon du génie, les capitaines Montholon et Dertenis, et le lieutenant Sarraire se sont distingués tant à la droite de l'armée qu'aux différentes charges de la division Sainte-Hilaire, sur les hauteurs de Mennitz et à la prise du village.

M. Belle, lieutenant au 21e de dragons, commandant la compagnie d'élite au service du quartier général a chargé, à la droite avec les dragons et fait plusieurs prisonniers.

L'adjudant commandant Boerner, les capitaines adjoints Salley, Château et Ducondras, les aides de camps Rosilly et Valmabelle, enfin tous les officiers d'état-major employés par le major général, ont mérité des éloges par le zèle et l'intelligence qu'ils ont déployée, par leur empressement à porter des ordres au milieu du feu, et à prendre part à l'action sur tous les points où ils ont été envoyés. Presque tous ces officiers ont eu des chevaux tués sous eux, ou leurs habits criblés de balles.

Les mêmes éloges sont dus à M.M. Deschales, officier de la garde d'honneur lyonnaise, et Alfred de Noailles servant comme volontaires qui ont auprès du major général les fonctions d'état-major. M.M. Pocci et Daubert, lieutenants-colonels bavarois, et M Spitzemberg capitaine wurtembergeois, après avoir rendu des services importants dans le cours de la journée n'ont quitté le champ de bataille que pour aller porter à leurs souverains la nouvelle de la victoire.

Le corps d'officiers de santé s'est aussi distingué malgré le feu le plus vif, les chirurgiens ont constamment suivi le mouvement des troupes, pour se trouver à portée de donner les premiers secours. Les dangers, les difficultés, la pénurie des moyens de transports, rien ne les a rebuté et aucun blessé français n'a passé la nuit sur le champ de bataille. Ceux des ennemis qui n'ont pu être transportés avant la nuit, ont été pansés et soignés auprès des bivouacs où on leur avait préparé des abris commodes. Rien n'égalait l'activité infatigable de M. Percy, inspecteur général du service de santé, et de M. Larey, chirurgien en chef de la Garde impériale. Tout a été surveillé et dirigé par ces deux hommes estimables, dont la présence et l'exemple ont puissamment contribué à encourager les officiers de santé sous leurs ordres.M.Corte, chirurgien en chef de l'armée, mérite les mêmes éloges.

Messieurs Tabarié et Gérard, chefs de division du ministère de la Guerre, avaient suivi le major général pendant toute la campagne. Ils se sont réunis, dans cette occasion, au général Pannettier, à qui Sa Majesté avait confié le commandement de la place de Brünn pour prodiguer leurs soins aux blessés. »

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Invité j-luc
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Au-delà d'Austerlitz

Alors que la Grande Armée était encore à Boulogne et que Napoléon donnait ses premiers ordres pour que des avant-gardes des différents Corps fassent mouvement vers le Rhin; il envisageait déjà à la fin de la campagne terrestre de revenir à Boulogne pour envahir l'Angleterre. Sans la défaite de Trafalgar l'histoire aurait été toute autre.

La preuve dans la correspondance de l'Empereur à Berthier.

Partie en bleu.

Au maréchal Berthier

Camp de Boulogne, 8 fructidor an XIII (26 août 1805)

Mon Cousin, préparez des ordres pour le général Marmont et pour le maréchal Bernadotte.

Le général Marmont se mettra en marche avec tout son corps fort de 20 000 hommes, tout son matériel d'artillerie et le plus d'approvisionnements de guerre qu'il pourra emporter. Il se rendra à Mayence : il lui faut quatorze jours de marche. Cet ordre sera expédié le 9, après m'en avoir demandé l'autorisation à dix heures du soir ; il arrivera le 12 ; le général Marmont partira le 14 et sera arrivé à Mayence 28. Il marchera à la fois, par trois routes, de manière que tout son corps soit réuni à Mayence avant le 30 fructidor. Il fera verser la solde dans les caisses des quartiers-maîtres de son corps jusqu'au 1er brumaire.

Vous me présenterez également le 9, à dix heures du soir, les ordres pour le maréchal Bernadotte. Vous lui ordonnerez de se réunir à G¿ttingen. Le courrier ne sera pas arrivé avant le 14. Le maréchal Bernadotte partira le 15 ; il lui faut quatre jours de marche pour se réunir à G¿ttingen. Recommandez-lui de lever le plus de chevaux d'équipages et de fournir à son corps d'armée le plus d'approvisionnements de guerre et d'artillerie qu'il pourra.

Vous me présenterez également le 9, à dix heures du soir, les ordres pour l'Italie, c'est-à-dire, le départ de tous les corps qui doivent composer la 4e et la 5e division et qui sont en Piémont et à Gênes, pour Brescia, ainsi que tous les régiments d'artillerie, de chasseurs, dragons et cavalerie qui se trouvent en Piémont. Faites armer et approvisionner sur-le-champ les citadelles de Turin et d'Alexandrie, que mon intention est de garder cette campagne, puisque Alexandrie ne peut pas encore remplir mon but. Votre ordre arrivera le 14 ; ainsi, avant le 30, tout sera prêt à Brescia.

Vous me présenterez également le 9, à dix heures du soir, l'ordre de mettre en route la première division du corps du maréchal Davout par une des routes de gauche, la première division du corps du maréchal Soult par une des routes du milieu, et la première division du corps du maréchal Ney par une des routes de droite. Ce premier mouvement se fera le 10 ; le 12 partiront les deuxièmes divisions, et le 13 les troisièmes : et comme il faut vingt-quatre jours de marche pour se rendre sur le Rhin, elles y arriveront le 1er vendémiaire. Chaque corps d'armée laissera un régiment, savoir : le corps du centre, le 72e ; le corps de droite, le 21e d'infanterie légère, et le corps de gauche, le régiment qui est le plus faible et qui a le plus de conscrits. Les 3e bataillons de ces régiments viendront les joindre au camp ; indépendamment de ces bataillons, trois 3e bataillons des corps de la droite se rendront au camp d'Ambleteuse ; six 3e bataillons des corps du centre se rendront à Boulogne ; et un 3e bataillon du corps de la gauche se rendra à étaples. Par ce moyen, il restera au camp neuf bataillons entiers, et dix 3e bataillons, ce qui fera dix-heuf bataillons.

La division Gazan et la 4e division du centre partiront par les deux meilleures routes, immédiatement après les autres divisions. Vous ordonnerez de donner sur-le-champ, des magasins, à chaque soldat de la division Gazan, la troisième paire de souliers, comme l'a eue toute l'armée.

Vous ordonnerez qu'on fasse partir de Metz des effets de campement pour Strasbourg, de manière qu'au 1er vendémiaire on ait de quoi tenter 80 000 hommes. Chaque division partira avec son artillerie, personnel, matériel et attelages, à moins que le premier inspecteur ne garantisse avoir le matériel à Strasbourg. Vous aurez soin qu'avant de partir on ait chargé tous les fusils et que chacun parte bien armée.

Les sapeurs, les officiers du génie, les commissaires des guerres, les administrations, etc., tout restera organisé comme il l'est. L'administration partira en règle après la 2e division. Vous aurez une conférence avec M. Petiet, pour que la manière dont l'armée doit être nourrie soit bien déterminée, mon intention est qu'elle le soit par les mêmes administrations ; aussi bien dans trois mois puis-je faire une contre-marche.

Le prince Murat sera nommé lieutenant de l'Empereur, commandant en chef de l'armée en l'absence de Sa Majesté. Vous me présenterez aussi le même jour un ordre au prince Murat d'être rendu à Strasbourg le 24 fructidor, pour commander en l'absence de l'Empereur. Vous nommerez le général Sanson chef de votre bureau topographique. Il préparera les cartes relatives au théâtre de la guerre en Allemagne et en Italie. Vous vous concerterez avec le ministre de la marine, pour me présenter, aussi le 9 au soir, un projet de décret pour que la flottille d'étaples et de Wimereux soit transportée à Boulogne, excepté une division de chaloupes canonnières. Cependant, si la flottille d'étaples pouvait remonter jusques auprès de Montreuil, je préférerais la placer là, et que toute la flottille de Boulogne, excepté les prames et les chaloupes canonnières, soit conservée à flot au- delà du barrage. Que les vivres et les munitions, et tout ce qui pourrait péricliter, soient transportés au château de Boulogne ; que huit compagnies d'artillerie, qui sont à Douai, viennent ici pour le service des côtes. Vous laisserez un corps de gendarmerie pour empêcher la désertion des matelots, qui tous sont armés de fusils et feront le service, sous le commandement de leurs officiers, pour défendre la flottille jusqu'au retour de l'armée. Un général de brigade commandera à étaples, un à Ambleteuse et un à Boulogne. Un général de division commandera tout l'arrondissement de l'armée, depuis et y compris Gravelines jusqu'à la Somme. Il sera laissé à Boulogne une compagnie d'artillerie légère avec deux batteries mobiles, L'unique soin du général de division sera de veiller à la sûreté de la côte et des ports et à la conservation des camps. Peut-être serait-il aussi convenable d'enfermer à Boulogne la flottille batave, afin qu'il n'y ait que ce point à garder, ce qui n'empêcherait pas de laisser la même disposition aux troupes, d'après la facilité de se transporter d'Ambleteuse à Boulogne. Jusqu'à nouvel ordre et jusqu'à l'arrivée des 3e bataillons, la division italienne campera à Boulogne ; elle recevra l'ordre de rejoindre la grande armée lorsque les 3e bataillons commenceront à être fortifiés de conscrits. Le général Taviel restera à Boulogne pour commander les batteries. Les 500 hommes des canonniers de la marine y resteront aussi pour ce service. Les places de Dunkerque, Gravelines, Calais, la haute ville de Boulogne, seront armées comme il convient en temps de guerre.

NAPOLéON

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Invité j-luc
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Austerlitz aujourd'hui, enfin presque..........

A l'occasion du bicentenaire de la bataille qui se situe aujourdhui sur le territoire de la Tchéquie un colloque était organisé.à Prague, à l'initiative du CEFRES, pour se pencher sur les conséquences sociales, juridiques, politiques et scientifiques de la bataille.

Radio Praha s'en était fait l'écho.

Ici : http://www.radio.cz/fr/article/73261

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