cadeau d'un poème que vous aimez

chirona Membre+ 3 432 messages
Forumeur alchimiste‚ 44ans
Posté(e)

El desdichado

Je suis le ténébreux, - le veuf, - l'inconsolé,

Le prince d'Aquitaine à la tour abolie

Ma seule étoile est morte, - et mon luth constellé

Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,

Et la treille où le pampre à la rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ? ... Lusignan ou Biron ?

Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;

J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron ;

Modulant tout à tour sur la lyre d'Orphée

Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

Gérard de Nerval, Les Chimères (1854)

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Destiny-Hope Membre 16 791 messages
Forumeur alchimiste‚ 25ans
Posté(e)

moi j'adorais un poeme que j'ai apris à l'école et que j'ai oublié: le mineur

mais je le trouve pas sur internet

je me rappelle juste de:

la ou chaque seconde dure une éternité

il sait qu'il va comme son père

dont la mine fût la tombe

perdre ou gagner sa vie

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chirona Membre+ 3 432 messages
Forumeur alchimiste‚ 44ans
Posté(e)

Joachim Du Bellay

Las, où est maintenant ce mépris de Fortune ?

Où est ce coeur vainqueur de toute adversité,

Cet honnête désir de l'immortalité,

Et cette honnête flamme au peuple non commune ?

Où sont ces doux plaisirs q'au soir sous la nuit brune

Les Muses me donnaient, alors qu'en liberté

Dessus le vert tapis d'un rivage écarté

Je les menais danser aux rayons de la Lune ?

Maintenant la Fortune est maîtresse de moi,

Et mon coeur, qui soulait être maître de soi,

Est serf de mille maux et regrets qui m'ennuient.

De la postérité je n'ai plus de souci,

Cette divine ardeur, je ne l'ai plus aussi,

Et les Muses de moi, comme étranges, s'enfuient.

Modifié par chirona

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chirona Membre+ 3 432 messages
Forumeur alchimiste‚ 44ans
Posté(e)

Colloque sentimental

--------------------------------------------------------------------------------

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,

Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux spectres ont évoqué le passé.

-Te souvient-il de notre extase ancienne?

-Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

-Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?

Toujours vois tu mon âme en rêve? -Non.

-Ah! les beaux jours de bonheur indicible

Où nous joignions nos bouches! -C'est possible.

Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir!

-L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,

Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Paul Verlaine

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idunn Membre 190 messages
Forumeur inspiré‚ 44ans
Posté(e)

http://myspacetv.com/index.cfm?fuseaction=...ideoid=13411826 (pour l ecouter)

Enivrez vous

Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre,il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise, Mais enivrez-vous, Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé , dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : "Il est l'heure de s'enivrer! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; Enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."

Charles Baudelaire
Modifié par idunn

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Destiny-Hope Membre 16 791 messages
Forumeur alchimiste‚ 25ans
Posté(e)
moi j'adorais un poeme que j'ai apris à l'école et que j'ai oublié: le mineur

mais je le trouve pas sur internet

je me rappelle juste de:

la ou chaque seconde dure une éternité

il sait qu'il va comme son père

dont la mine fût la tombe

perdre ou gagner sa vie

quelqu'un connais ??

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idunn Membre 190 messages
Forumeur inspiré‚ 44ans
Posté(e)

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chirona Membre+ 3 432 messages
Forumeur alchimiste‚ 44ans
Posté(e)

Le Pont Mirabeau

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Et nos amours

Faut-il qu'il m'en souvienne

La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face

Tandis que sous

Le pont de nos bras passe

Des éternels regards l'onde si lasse

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

L'amour s'en va comme cette eau courante

L'amour s'en va

Comme la vie est lente

Et comme l'Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines

Ni temps passé

Ni les amours reviennent

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

(1880 - 1918)
Modifié par chirona

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biggirldontcry Membre 43 messages
Forumeur balbutiant‚ 33ans
Posté(e)

J'ai tant rêvé de toi

J'ai tant rêvé de toi

que tu perds ta réalité.

Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de baiser

sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est chère?

J'ai tant rêvé de toi

que mes bras habitués en étreignant ton ombre

à se croiser sur ma poitrine

ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.

Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années,

je deviendrais une ombre sans doute.

O balances sentimentales.

J'ai tant rêvé de toi

qu'il n'est plus temps sans doute que je m'éveille.

Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l'amour et toi,

la seule qui compte aujourd'hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venu.

J'ai tant rêvé de toi,

tant marché, parlé, couché avec ton fantôme

qu'il ne me reste plus peut-être,

et pourtant, qu'à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l'ombre qui se promène et se promènera allégrement sur le cadran solaire de ta vie.

Robert Desnos (1900 - 1945)

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benvolio Membre 4 845 messages
Disciple d'honneur de Manatthan‚ 33ans
Posté(e)

Chaque mot que l'on garde, chaque geste qu'on n'a fait, sont autant de larmes qui invitent aux regrets.

La vie est un sommeil, l'amour en est le rêve et vous auriez vécu si vous aviez aimé.

Qui jamais n'a connu ce que c'est que l'Amour, n'a jamais pu savoir ce que c'est que la peine.

Tu m'aimes bien, je t'aime tout court la différence s'appelle

l'A m o u r.

Martin

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chirona Membre+ 3 432 messages
Forumeur alchimiste‚ 44ans
Posté(e)

Le pain

" La surface du pain est merveilleuse d'abord à cause de cette impression quasi panoramique qu'elle donne : comme si l'on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes. Ainsi donc une masse amorphe en train d'éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s'est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses¿ Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente. Ce lâche et froid sous-sol que l'on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des s¿urs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable¿ Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation. "

Francis Ponge, Le Parti-pris des choses, 1942

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yolande Membre 6 878 messages
Forumeur alchimiste‚ 85ans
Posté(e)

Oh ! je fus comme fou dans le premier moment,

Hélas ! et je pleurai trois jours amèrement.

Vous tous à qui Dieu prit votre chère espérance,

Pères, mères, dont l'âme a souffert ma souffrance,

Tout ce que j'éprouvais, l'avez-vous éprouvé ?

Je voulais me briser le front sur le pavé;

Puis je me révoltais, et, par moments, terrible,

Je fixais mes regards sur cette chose horrible,

Et je n'y croyais pas, et je m'écriais : Non !

Est-ce que Dieu permet de ces malheurs sans nom

Qui font que dans le c¿ur le désespoir se lève ?

Il me semblait que tout n'était qu'un affreux rêve,

Qu'elle ne pouvait pas m'avoir ainsi quitté,

Que je l'entendais rire en la chambre à côté,

Que c'était impossible enfin qu'elle fût morte,

Et que j'allais la voir entrer par cette porte !

Oh ! que de fois j'ai dit : silence ! elle a parlé !

Tenez ! voici le bruit de sa main sur la clé !

Attendez ! elle vient ! laissez-moi, que j'écoute !

Car elle est quelque part dans la maison sans doute !

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yolande Membre 6 878 messages
Forumeur alchimiste‚ 85ans
Posté(e)

VERTUEUX SOLITAIRE

Je nommerai ton front

J'en ferai un bûcher au sommet de tes sanglots

Je nommerai reflet la douleur qui te déchire

Comme une épée dans un rideau de soie

Je t'abatterai jardin secret

Plein de pavots et d'eau précieuse

Je te ligoterai de mon fouet

Tu n'avais dans ton coeur que lueurs souterraines

Tu n'auras plus dans tes prunelles que du sang

Je nommerai ta bouche et tes mains les dernières

Ta bouche écho détruit tes mains monnaie de plomb

Je briserai les clés rouillées qu'elles commandent

Si je dois m'apaiser profondément un jour

Si je dois oublier que j'ai pas su vaincre

Qu'au moins tu aies connu la grandeur de ma haine

Paul Eluard

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yolande Membre 6 878 messages
Forumeur alchimiste‚ 85ans
Posté(e)

MEKNES, MA VILLE...

Meknès ô ma rose tu as apprivoisé mon coeur

A ton souffle indolent de femme désirée

Orientale princesse donneuse de bonheur

Palmeraie d'abondance chère aux hommes lassés.

Meknès ô ma rose tes nuits tu les inventes

Tu les parsèmes frivole d'étoiles vagabondes

Que tu regardes songeuse et encor tu demandes

Que le vent les promène comme un rire du monde.

Bientôt tu cueilleras comme on cueille un baiser

Dans les voiles du ciel un rayon tout bleuté

Et sa caresse lente embrasera tes rues

Phare d'espérance pour les hommes déçus

Meknès ma rose de toi je garde cette image

D'une femme endormie que le soleil recouvre

Et si je pense à toi à la fin du voyage

Alors Meknès ma rose que la terre me couvre...

Bastien Gilles

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Destiny-Hope Membre 16 791 messages
Forumeur alchimiste‚ 25ans
Posté(e)

c'est pas un poème mais c'est beau

Percé jusques au fond du coeur

D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,

Misérable vengeur d'une juste querelle,

Et malheureux objet d'une injuste rigueur,

Je demeure immobile, et mon âme abattue

Cède au coup qui me tue.

Si près de voir mon feu récompensé,

O Dieu, l'étrange peine !

En cet affront mon père est l'offensé,

Et l'offenseur le père de Chimène !

Que je sens de rudes combats !

Contre mon propre honneur mon amour s'intéresse :

Il faut venger un père, et perdre une maîtresse :

L'un m'anime le coeur, l'autre retient mon bras.Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,

Ou de vivre en infâme,

Des deux côtés mon mal est infini.

Dieu, l'étrange peine !

Faut-il laisser un affront impuni ?

Faut-il punir le père de Chimène ?

Père, maîtresse, honneur, amour,

Noble et dure contrainte, aimable tyrannie,

Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie.

L'un me rend malheureux, l'autre indigne du jour.

Cher et cruel espoir d'une âme généreuse

Mais ensemble amoureuse,

Digne ennemi de mon plus grand bonheur,

Fer qui causes ma peine,

M'es-tu donné pour venger mon honneur ?

M'es-tu donné pour perdre ma Chimène ?

Il vaut mieux courir au trépas.

Je dois à ma maîtresse aussi bien qu'à mon père :

J'attire en me vengeant sa haine et sa colère ;

J'attire ses mépris en ne me vengeant pas.

A mon plus doux espoir l'un me rend infidèle,

Et l'autre, indigne d'elle.

Mon mal augmente à le vouloir guérir,

Tout redouble ma peine.

Allons, mon âme ; et puisqu'il faut mourir,

Mourons du moins sans offenser Chimène.

Mourir sans tirer ma raison !

Rechercher un trépas si mortel à ma gloire !

Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire

D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison !

Respecter un amour dont mon âme égarée

Voit la perte assurée !

N'écoutons plus ce penser suborneur,

Qui ne sert qu'à ma peine.

Allons, mon bras, sauvons du moins l'honneur,

Puisqu'après tout il faut perdre Chimène.

Oui, mon esprit s'était déçu.

Je dois tout à mon père avant qu'à ma maîtresse.

Que je meure au combat, ou meure de tristesse,

Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu.

Je m'accuse déjà de trop de négligence :

Courons à la vengeance ;

Et tout honteux d'avoir tant balancé,

Ne soyons plus en peine,

Puisqu'aujourd'hui mon père est l'offensé,

Si l'offenseur est père de Chimène.

;):o:o

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Destiny-Hope Membre 16 791 messages
Forumeur alchimiste‚ 25ans
Posté(e)
moi j'adorais un poeme que j'ai apris à l'école et que j'ai oublié: le mineur

mais je le trouve pas sur internet

je me rappelle juste de:

la ou chaque seconde dure une éternité

il sait qu'il va comme son père

dont la mine fût la tombe

perdre ou gagner sa vie

quelqu'un connais ??

Personne ?? c'est dommage ;)

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chirona Membre+ 3 432 messages
Forumeur alchimiste‚ 44ans
Posté(e)

Un petit classique de Rimbaud toujours plaisant à lire.

Ma bohème (fantaisie)

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;

Mon paletot aussi devenait idéal ;

J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;

Oh ! là là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.

- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course

Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.

- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,

Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes

De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,

Comme des lyres, je tirais les élastiques

De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

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chirona Membre+ 3 432 messages
Forumeur alchimiste‚ 44ans
Posté(e)

Encore un chef-d'oeuvre de Baudelaire car on ne s'en lasse pas.

moesta.gifprece.gifbas.gifsuivant.gif

Dis-moi ton c¿ur parfois s'envole-t-il, Agathe,

Loin du noir océan de l'immonde cité,

Vers un autre océan où la splendeur éclate,

Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité ?

Dis-moi, ton c¿ur parfois s'envole-t-il, Agathe ?

La mer, la vaste mer, console nos labeurs !

Quel démon a doté la mer, rauque chanteuse

Qu'accompagne l'immense orgue des vents grondeurs,

De cette fonction sublime de berceuse ?

La mer, la vaste mer, console nos labeurs !

Emporte-moi wagon ! enlève-moi, frégate !

Loin ! loin ! ici la boue est faite de nos pleurs !

¿ Est-il vrai que parfois le triste c¿ur d'Agathe

Dise : Loin des remords, des crimes, des douleurs,

Emporte-moi, wagon, enlève-moi, frégate ?

Comme vous êtes loin, paradis parfumé,

Où sous un clair azur tout n'est qu'amour et joie,

Où tout ce que l'on aime est digne d'être aimé,

Où dans la volupté pure le c¿ur se noie !

Comme vous êtes loin, paradis parfumé!

Mais le vert paradis des amours enfantines,

Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets,

Les violons vibrant derrière les collines,

Avec les brocs de vin, le soir, dans les bosquets,

¿ Mais le vert paradis des amours enfantines,

L'innocent paradis, plein de plaisirs furtifs,

Est-il déjà plus loin que l'Inde et que la Chine ?

Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs,

Et l'animer encor d'une voix argentine,

L'innocent paradis plein de plaisirs furtifs ?

Spleen et Idéal, LXII

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ASKI Membre+ 9 808 messages
Forumeur alchimiste‚ 62ans
Posté(e)

Les Enfants qui s'aiment

Les enfants qui s'aiment s'embrassent debout

Contre les portes de la nuit

Et les passants qui passent les désignent du doigt

Mais les enfants qui s'aiment

Ne sont là pour personne

Et c'est seulement leur ombre

Qui tremble dans la nuit

Excitant la rage des passants

Leur rage, leur mépris, leurs rires et leur envie

Les enfants qui s'aiment ne sont là pour personne

Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit

Bien plus haut que le jour

Dans l'éblouissante clarté de leur premier amour.

Jacques Prévert

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chirona Membre+ 3 432 messages
Forumeur alchimiste‚ 44ans
Posté(e)

Et voici une nouvel extrait des fleurs du mal :

L' Albatros

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!

Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!

L'un agace son bec avec un brûle-gueule,

L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l'archer

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

Baudelaire, Les fleurs du mal II

Modifié par chirona

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