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Les trois vœux de la Souffrance

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Fhink

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Fhink Membre 1 061 messages
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Il était une fois un homme amoureux d'une femme.

Il l'aimait profondément, mais il n'osait jamais lui avouer ses sentiments.

Il pensait :

« Si elle devient ma compagne, je devrai être capable de la protéger. Mais il y aura toujours quelqu'un de plus fort que moi. Même si je deviens très fort, je ne pourrai jamais être certain de pouvoir la protéger. Alors peut-être suis-je simplement trop faible. »

Cette pensée le faisait souffrir.

La Souffrance entendit ses pensées.

Elle apparut devant lui et lui proposa un marché :

« Je peux exaucer trois de tes vœux. Mais après ton troisième vœu, ton âme m'appartiendra. Je pourrai alors te conduire vers la souffrance et faire de toi une source de souffrance pour les autres, afin que leur souffrance revienne finalement vers toi. »

L'homme demanda :

« Et si mes vœux conduisent au Bien ? »

La Souffrance répondit :

« Alors je ne pourrai rien contre toi. »

L'homme accepta.

Mais il ignorait une chose essentielle : chaque fois qu'il prononcerait un nouveau vœu, la réalité entière serait réinitialisée.

Son nouveau vœu remplacerait le précédent.

Tout ce qui était arrivé dans l'ancienne réalité disparaîtrait comme si cela n'avait jamais existé.

La Souffrance, elle, le savait.

Premier vœu : la force

L'homme prononça son premier vœu :

« Je veux devenir le plus fort et avoir suffisamment d'assurance pour approcher la femme que j'aime. »

À cet instant, la réalité changea.

L'homme devint le plus fort de tous.

Personne ne pouvait le vaincre.

Il n'avait plus peur de personne.

Mais quelque chose d'inattendu se produisit.

Parce qu'il était devenu tellement fort, il ne savait plus comment agir autrement que par la force.

Lorsqu'on lui résistait, il s'imposait.

Lorsqu'on le provoquait, il répondait.

Lorsqu'il rencontrait un obstacle, il le détruisait.

Les gens commencèrent à avoir peur de lui.

Ils ne voyaient plus en lui un homme capable de protéger.

Ils voyaient un homme dangereux.

Même la femme qu'il aimait finit par avoir peur de lui.

Lorsqu'il le comprit, il fut profondément malheureux.

Il se dit :

« Je suis devenu le plus fort, mais je n'ai pas obtenu ce que je voulais. Je voulais être capable de protéger et d'être aimé. Maintenant, celle que j'aime me craint. »

Il appela alors la Souffrance.

« Je veux utiliser mon deuxième vœu. »

La Souffrance sourit.

Car elle savait que le premier vœu allait disparaître.

Deuxième vœu : être aimé

L'homme prononça :

« Je veux que la femme que j'aime m'aime. »

Et soudain...

La réalité fut entièrement réinitialisée.

L'homme n'était plus le plus fort.

Tout ce qui s'était produit dans la première réalité avait disparu.

La femme ne se souvenait pas de lui comme d'un homme devenu monstrueusement puissant.

Pourtant, dans cette nouvelle réalité, elle l'aimait.

L'homme était heureux.

Il alla la retrouver.

Ils discutèrent ensemble.

Un jour, alors qu'ils étaient tous les deux, un autre homme vint draguer la femme.

L'homme resta calme.

Il ne l'agressa pas.

Mais la femme lui dit :

« Moi, j'aime les hommes forts qui savent s'imposer. Je déteste les hommes incapables de faire souffrir. »

L'homme hésita.

Puis il frappa l'autre homme.

La femme l'aima davantage.

Il pensa alors :

« Voilà donc ce qu'il faut faire pour être aimé. »

Quelque temps plus tard, la femme lui dit :

« Il y a un homme qui me drague. C'est un caïd. Je veux que tu ailles le frapper pour moi. Si tu le fais, je t'aimerai encore plus. »

L'homme accepta.

Il alla trouver le caïd et le frappa.

Mais le caïd, humilié, voulut se venger.

Plus tard, il retrouva la femme et la tua.

L'homme découvrit son corps.

Il fut anéanti.

Il pleura celle qu'il aimait.

Il comprit alors que son désir d'être aimé l'avait conduit à accepter de faire souffrir quelqu'un.

Et cette souffrance avait produit une nouvelle souffrance.

Il appela la Souffrance.

« Il me reste mon troisième vœu. »

La Souffrance apparut.

Elle savait qu'elle touchait enfin au but.

Elle lui dit :

« Réfléchis bien. Après celui-ci, ton âme sera à moi. »

L'homme regarda la femme morte.

Puis il réfléchit à tout ce qu'il avait cherché depuis le début.

Il avait voulu être fort.

Puis il avait voulu être aimé.

Mais dans les deux cas, il avait essayé de faire dépendre son bien-être de quelque chose d'extérieur à lui.

Alors il prononça son dernier vœu.

Troisième vœu : le Bien-être

« Je veux mon bien-être, même si je n'ai pas de femme. »

La Souffrance poussa alors un cri terrible :

« NOOOOOON ! »

Car elle venait de comprendre.

La réalité allait encore être réinitialisée.

Le deuxième vœu disparaissait.

La mort de la femme disparaissait.

Le caïd disparaissait.

Les violences disparaissaient.

Et même le premier vœu disparaissait.

La réalité revenait à une situation où l'homme n'était plus prisonnier de la recherche de la force ou de l'amour.

Mais cette fois, quelque chose avait changé.

L'homme avait demandé son Bien-être, sans le conditionner à la possession d'une femme.

Il avait accepté la possibilité de vivre sans elle plutôt que de faire souffrir quelqu'un pour obtenir son amour.

Et parce que son vœu était orienté vers le Bien, la Souffrance n'avait plus de prise sur lui.

Son âme lui échappa.

Le retour

L'homme ouvrit les yeux.

La femme était là.

Vivante.

Il comprit que les deux premières réalités n'existaient plus.

Elles avaient été remplacées par la troisième.

Il pouvait donc aller vers elle.

Mais cette fois, il ne cherchait plus à devenir le plus fort.

Il ne cherchait plus à la posséder.

Il ne cherchait plus à obtenir son amour par la domination.

Il alla simplement lui parler.

Ils commencèrent à se voir.

Puis ils sortirent ensemble.

L'homme réfléchit alors à ce qu'il avait appris.

Il s'était toujours cru faible parce qu'il ne pouvait pas garantir la protection de celle qu'il aimait.

Mais il comprit que cette faiblesse pouvait avoir une autre signification.

Il pouvait être faible à faire souffrir.

Et cette faiblesse-là pouvait précisément être une force.

La femme lui dit alors :

« Tant que tu agiras bien, je serai avec toi. Mais si tu choisis d'agir mal, je pourrais te haïr et partir avec un autre homme qui choisira de faire le Bien plutôt que le mal. »

L'homme comprit enfin.

Il n'avait pas besoin d'être le plus fort pour mériter d'aimer et d'être aimé.

Il devait surtout choisir ce qu'il ferait de sa force lorsqu'il en aurait la possibilité.

Car la véritable force n'était peut-être pas la capacité de faire souffrir.

C'était la capacité de ne pas choisir la souffrance lorsqu'on pouvait la provoquer.

Et la Souffrance, qui croyait avoir trouvé un moyen de posséder son âme, avait finalement été vaincue par un simple vœu :

« Je veux mon bien-être, même si je n'ai pas de femme. »

Car en acceptant son propre Bien sans l'exiger de quelqu'un d'autre, l'homme avait cessé d'alimenter le piège.

Et la Souffrance ne pouvait plus rien réclamer.

Non à la souffrance, c'est oui au Bien.

 

 

 

Si vous aimez ce genre d’histoire, avec un pacte, des vœux et une confrontation avec la tentation, je vous conseille Endiablé (Bedazzled), sorti en 2000 avec Brendan Fraser et Elizabeth Hurley. Un film dans un esprit proche, mais avec une histoire et une approche très différentes.

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