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Patricio Guzmán (1941-2026) et « La bataille du Chili » : un cinéma révolutionnaire

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Marcuse

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Patricio Guzmán (1941-2026), le documentariste qui mit sa caméra au service de l’Unité populaire et de sa mémoire, est mort le mardi 15 septembre à Paris, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. À l’occasion de sa disparition, nous revenons sur « La Bataille du Chili » (disponible actuellement sur Arte), la trilogie qui démontra que le cinéma pouvait lui aussi devenir une arme essentielle dans la lutte de la classe ouvrière.

Un géant du cinéma

Guzmán est un géant du cinéma documentaire latino-américain, auteur de plus de vingt films. Son triptyque La Bataille du Chili : la lutte d’un peuple sans armesL’Insurrection de la bourgeoisie (1975), Le Coup d’État (1976) et Le Pouvoir populaire (1979) — consacré aux conflits politiques qui précédèrent le coup d’État contre Allende, constitue un exemple classique de ce que les cinéastes argentins Octavio Getino (1935-2012) et Fernando Solanas (1936-2020) théorisèrent sous le nom de « Troisième Cinéma ». Dans leur manifeste de 1969, Vers un troisième cinéma (Hacia un tercer cine), ils défendaient un cinéma de libération et de décolonisation, conçu comme une intervention dans la réalité politique et sociale.

Depuis l’exil, Guzmán continua de documenter la résistance à la dictature de Pinochet dans des films comme Au nom de Dieu (1987), tout en explorant la mémoire de l’Unité populaire et de la dictature dans Chili, la mémoire obstinée (1997), Le Cas Pinochet (2001) et Salvador Allende (2004).

Plus récemment, dans ce que je qualifierais de « trilogie des frontières » chilienne, Guzmán témoigne d’une profonde sensibilité à l’environnement. Son regard s’élargit : d’une politique centrée sur les seuls rapports humains, il passe à une conception qui englobe également la nature et notre relation au monde, à l’heure des bouleversements climatiques. Nostalgie de la lumière (2010), Le Bouton de nacre (2015) et La Cordillère des songes (2019), œuvres profondément poétiques, sont attentives aux cosmologies autochtones et à d’autres manières de concevoir la géographie et la nature chiliennes, ainsi qu’à la manière dont celles-ci peuvent permettre une compréhension renouvelée et plus globale des événements entourant le coup d’État.

https://www.contretemps.eu/patricio-guzman-1941-2026-et-la-bataille-du-chili-un-cinema-revolutionnaire/

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