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Nouvelle pas gaie

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yagmort

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Membre, 74ans Posté(e)
yagmort Membre 1 539 messages
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Je précise qu'elle a une dizaine d'années, donc ne pas voir d'allusion à l'actualité...

Katia

 Une demi-heure en bavardages stérile, une autre demi-heure pendant laquelle les partisans de Katia, tu t’en vas sur l’air de Capri c’est fini en sont quasiment venus aux mains avec ceux de Tu t’rappel’ras Katia sur l’air de Rappelle-toi, Barbara. On retrouve les deux clans qui divisent le service. Et donc même pour marquer dignement le départ d’une des nôtres l’ambiance n’est pas sereine. Elle ne l’a jamais été, et ce sera pire sans Katia. Et puis on prend enfin en considération ce que j’essaie de dire depuis le début, qu’il faudrait tenir compte des origines russes fièrement assumées de notre collègue, qui leur doit d’ailleurs son prénom. Un dernier et bref accrochage entre partisans de Kalinka et de Plaine, ma plaine, je propose plutôt Katioucha. Ce titre ne leur dit pas grand-chose. Je siffle l’air. Rika Zaraï étant passée par là, cette fois ils connaissent, ils tombent d’accord. Ce sera, à l’unanimité inespérée, Casatschok. Et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire je me trouve chargé seul de mettre au point les paroles. Ce fonctionnement est décidément étrange. Enfin, au travail, pour Katia.

Pour moi c’est bien de Katioucha, l’original russe, qu’il s’agit. Ils ne savent pas, mais Katia sait et cela suffit, que c’est le même prénom. Les Russes ont fait de Yékatérina Katia puis Katioucha, comme les Espagnols ont fait de Dolores Lola puis Lolita. La mièvre version française avec son hiver qui frappe à la porte, comme elle dit, que le Diable l’emporte !

Une autre adaptation plus proche de l’original dit : Vole au vent, vole chanson légère, Vers celui qui au loin s’en alla... Premier vers inchangé, deuxième : Pour Katia, qui au loin s’en ira. Il faudra affiner mais cela permet de lancer. Oui, mais après tout se complique, il faut une rime en ère, et que l’émotion atteigne son sommet, qu’on touche aussi à l’essentiel. Dans la chanson russe, en accord avec la mélodie, c’est au troisième vers du premier couplet qu’on annonce le nom de l’héroïne, au troisième vers du deuxième couplet qu’on apprend qu’elle est amoureuse, au troisième vers du troisième couplet qu’on apprend que son amour est très loin. Pour bosser, t’étais pas la dernière… Non, ridicule. On t’a fait un sal’coup par derrière. Ridicule aussi, mais il y a quelque chose. Katia se trouve mutée contre son gré, brutalement, pour des raisons peu claires. Et le rappeler discrètement entre dans mon cahier des charges. Tu t’en vas, c’est la faute à Voltaire. Voltaire et Rousseau sont les surnoms de deux de nos chers directeurs. Mais je ne sais pas vraiment qui a manigancé quoi en l’occurrence, et puis c’est encore trop direct, trop facile aussi. La chanson devrait me guider. Elle est stalinienne, il est bien dit que l’amour de la tendre kolkhozienne pour son soldat est subordonné à l’accomplissement par ce dernier de son devoir envers la patrie soviétique. Mais c’est glissé en douceur. Il n’est surtout pas asséné que s’il n’est pas assez valeureux ce sera niet. On joue avec les subtilités de la conjugaison russe. C’est justement Katia qui m’a initié à ces subtilités, à propos de tout autre chose, car elle a aussi réveillé mon intérêt pour la langue et la culture russes. Je devrais pouvoir être aussi subtil.

Katioucha a connu un succès phénoménal, et qui continue, dans son pays. Des milliers de gens ont cru à l’existence réelle de la jeune fille et lui ont écrit. Elle a donné son nom à un redoutable lance-missiles de la Deuxième Guerre Mondiale, que les Allemands tout aussi mélomanes ont rebaptisé « Orgues de Staline ». Il faut que je place le mot « orgue ». Katia comprendra ainsi encore mieux que ça vient de moi sans avoir à le lui dire, je suis le seul à m’intéresser à ce sujet dans le groupe. Si possible à la rime. Oui, mais « orgue » ne rime pas avec grand-chose. Il y a « morgue », la morgue de Voltaire, Rousseau et les autres, mais non, ça ne va pas, je m’égare. Allons, reprenons dans l’ordre, troisième vers du premier couplet.

Tu étais notre sœur, notre mère… Un peu trop, et comme si tout le monde avait toujours été fraternel ou filial avec elle. Tu faisais la joie des secrétaires… Idiot. Porte-lui notre amitié sincère… Trop plat, et puis « sincère », pour certains, tu parles ! Avec toi nous sommes solidaires…Comme si on l’était, solidaire. Mais non. On marque un peu le coup, on rouspète et c’est tout. Là, je sèche et je me désespère. Je ne veux pas que tu partes, Katia !

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