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Les rêves qui nous portent

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Ambre Agorn

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Membre, 36ans Posté(e)
Ambre Agorn Membre 2 180 messages
Mentor‚ 36ans‚
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J'ai fait un rêve.
L'hiver était blanc et froid.
Un soleil cotonneux lové au creux de la brume matinale laissait imaginer des couleurs pastels au ciel.
Le flou de l'horizon rassemblait une ligne d'arbres soulignant le paysage comme un trait de khôl. Comme une pupille éteinte, l'étang avait un éclat glacé.
Devant mes pieds, et à perte de vue, des lignes de passage, des traces en tout genre, des piétinements, des cratères de neige teintés de terre noire, des plantes dévastées aux racines exposées aux éléments, des cadavres effrayants, des lambeaux de tissus et de plastique.
Je ne pouvais te voir, mais je te savais à l'orée de la ligne d'arbre, sur l'autre rive, sans doute à contempler cette étendue désolée, détruite, déchirée.
J'ai posé un pied dans la trace d'un pas, et j'ai suivi la ligne de ces traces, une ligne de vie, un chemin qui croise et s'efface sous d'autres, reparaît et disparaît à nouveau. Derrière moi, les traces avaient disparues, le chemin s'était envolé. A chacun de mes pas, j'effaçais les meurtrissures, je pouvais lisser de mes paumes les cratères, redresser les plantes, un souffle sur les cadavres leur redonnait couleur et vie et ils s'enfuyaient dans la brume.
Tout redevenait blanc, immaculé et sans traces.
Mais l'immensité de la tâche me pesait, car plus j'avançais, plus ma progression était lente et laborieuse, mon corps se tordait sous un poids oppressant, mon esprit subissait les assauts de la solitude.
Je t'en prie mon ami, rejoint-moi, le monde est déchiré, il a besoin de mains qui guérissent, il a besoin de nouvelles traces.

Je nous ai rêvé côte à côte dans cette même tâche. Pas main dans la main comme des amants, mais les mains au travail comme deux compagnons, les idées claires de ceux qui ont confiance en la vie parce qu'ils juste ensemble et unis.
Tu as les outils toi aussi, tu peux nouer les brisures et tisser des liens qui réparent, je le sais: c'est un impérieux appel intime, nous avons pu en parler car les appels sont similaires.
Je te sais de l'autre côté, je ne sais pas où, je ne sais pas comment, mais je te rejoindrai, je te rejoins.
Si tu as besoin de moi tu me trouveras, tu as cette place disponible dans le creux de mon être.
Je te porte dans mon coeur sans mauvaise pensée.

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Membre, 36ans Posté(e)
Ambre Agorn Membre 2 180 messages
Mentor‚ 36ans‚
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Ce n'est plus du rêve.
C'est la réalité.
Une réalité qui se construit lentement et obstinément.
Tel un tissu qui prend couleur et forme sous les doigts du tisserand.
Les relations se tissent dans la tension.
Mais parfois il suffit de tendre un peu trop le fil. Le tissu du monde se défait là où les liens se rompent.
Les crises et conflits sont des déchirures que tout me monde voit, que les protagonistes vivent dans leur chair, et que les plus éloignés contemplent impuissants. Les grands moyens sont nécessaires, et il y a mobilisation.
Mais les brisures les plus profondes sont discrètes. Le fil qui lâche ne crée pas une déchirure, ne se soupçonne pas. Mais le tissu a perdu son intégrité, dans l'ignorance, le silence.
Les brisures naissent dans l'intimité.
Un silence un peu trop prolongé, un mot mal calibré, une réponse qui n'arrive pas, un rendez-vous manqué, un report, une usure...
La fin d'une histoire se dessine lorsque la relation devient rumination intellectuelle, le dialogue se passant de protagoniste réel.
La perspective est perdue.
La réalité se travestit.
Briser des liens n'est pas signe de sagesse.
Créer des liens n'est pas un élan sentimental.
C'est un acte de résistance ordinaire et quotidien. C'est un investissement personnel continuellement renouvelé et acté. Il s'interroge, se visite, se modifie, évolue, se corrige, se caresse.
C'est le tisserand penché sur son métier pour n'en manquer aucun détail.
Rester en relation hors pression, hors peur, hors utilité immédiate, demande courage et patience. Un tissage prend forme fil à fil, de nuit et de jour, depuis le montage de la chaîne jusqu'au moindre millimètre de sa trame.
C'est seulement à ce prix que le lien persiste. Il résiste à la pression, à l'usure, au temps, à la violence.
Ce n'est pas miraculeux.
Ce n'est pas magique.
Les liens ne guérissent pas tout.
Mais c'est l'assurance que le monde reste habitable.
Les liens conservent à l'humain son humanité.

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