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ISOTIS

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  1. Exténué, quand mon patron m’ordonne d’œuvrer jusqu’au bout, Je lui réponds que je regrette qu’un sac vide ne tienne pas debout.
  2. ISOTIS

    Isotis Citations

    (Fait ce que je dis mais ne fait pas ce que je fais) Exténué, quand mon patron m’ordonne d’œuvrer jusqu’au bout, Je lui réponds que je regrette qu’un sac vide ne tienne pas debout.
  3. Celui qui a mission de faire le passe-moi l’outil toute sa vie, Doit savoir que celui qui œuvre ainsi n’est jamais bien servi.
  4. Puisque amener un chat aux thermes Vichyssoises est immoral, Pourquoi s’étonner que, soumis au supplice de l’eau, minet râle
  5. Bonjour Pic et repic, Merci pour votre commentaire éclairé. Bonne fin d’année.
  6. Bonjour Talion 1, Je sais que banal est de parler de la perversité de certains. Reste qu’à tout type d’endoctrinement il nous appartient de dire non Bien à vous, bonne fin d’année. Bonjour Pic et repic, Merci pour votre commentaire éclairé. Bonne fin d’année.
  7. Bonjour, Il va s’en dire que défendre sa patrie est nécessaire et noble. Bonne fin d’année, à plus. Bonjour Talion 1, Je sais que banal est de parler de la perversité de certains. Reste qu’à tout type d’endoctrinement il nous appartient de dire non Bien à vous, bonne fin d’année.
  8. Il n’existe plus généreux chef de guerre qui, pour plaire, Offre à qui veut mourir avant l’heure le plaisir de la faire.
  9. Bonjour Pic et repic, Pour un jeune homme inculte tout existe. Si le silence n’existait pas, le bruit ne serait pas. Judicieux, poétique et encourageant est votre message. Merci. Isotis
  10. Bon ou mauvais, c’est selon… Acceptant toute chose qui prône la non-violence, Je pense que le temps est venu de parler du silence. Reconnu admis comme étant le plus grand de mépris, Je dédie ces écrits à ceux qui n’ont ni cœur ni esprit. J’espère que ces infamants sauront se reconnaître, Car, me salir sans médire, c’est mal me connaître. Conciliateur et surtout ennemi du bruit N’est-il pas celui qui apaise nos nuits ? Élixir d’apaisement, hélas, pas encore anobli, Je regrette que le silence soit synonyme d’oubli, Lorsqu’un hommage est rendu au nom de la France, Qui, autre que lui, est habilité à imposer le silence ? Toutefois, qu’on le reconnaisse ou pas, étant multiple, Par le monde il compte plusieurs milliards de disciples. Flatté, invité de partout, applaudi à tout rompre, J’aime le silence qui ne se laisse pas corrompre. Le plus vénal, d’entre tous, est celui qui s’achète, Qui, bien entendu, son prix se négocie en cachette. On le rackette pour, soi-disant, le protégé, Évident que, renié, il vit sa vie en abrégée Puisque, désormais, l’oubli vaut une minute de silence, Forcément quand elle paraît on profite de sa bénévolence.
  11. L’AUTRE FAÇON D’AIMER Voici raconter l’édifiante histoire d’une sœur et d’un frère, Qui, de ce qu’ils auraient dû faire ont fait l’exact contraire. Estimant important de préserver leur fraternité, Ce binôme, de longtemps, a décidé de cohabiter. L’avantage est que n’étant pas adepte de l’ubiquité, Daphné et Kostia ont réussi à ne jamais se quitter. Besogneux et impécunieux, n’usant que de leur droit, Le couple loge sous les toits d’un studio Montmartrois. Aussi, en ne faisant que ce qu’ils pensaient légitime, Ils ne pouvaient que renoncer à vivre une vie intime. Pour savoir comment se porte Daphné il suffit de tendre l’oreille, Ou demander à son frère ce qui, en réalité, perturbe son sommeil. Réveillé par les lamentations de sa sœur chaque minuit, Celui-ci restait placide puisqu’il en était ainsi chaque nuit. Disons que si Daphné ne s’était pas elle-même condamnée, Jamais son martyr n’aurait pu célébrer sa trentième année. À 18 ans, libre éprise et promise, ayant les coudées franches, Elle fit taire son cœur qui la voulait voir porter robe blanche. Depuis cette regrettable palinodie noire devient son existence, Puisque partir équipollerait à laisser son frère sans assistance. Alors, refusant d’entrer dans la sphère de l’arbitraire, Elle choisit naturellement la compagnie de son frère. Bien que dans un seul sens soit leur option, Kostia osa poser malgré tout une question : - Daphné, où, est le galant qui t’offrant un bijou, Se mis à genoux pour t’embrasser les deux joues ? - Ignores-tu que j’ai rompu avec ce moche comme pou, Qui, lui échappant s’osa me donner le baiser de l’époux ? Te sachant de santé fragile, résidant sous le même toit, Le devoir d’une sœur n’était-il pas de rester près de toi ? Le problème est que, la personne qu’elle évoque, Ne ressemble pas à un frère solide comme un roc. - Enfin, si j’avais épousé cet homme du monde, Comment aurais-je pu choyer ta jolie tête blonde ? Du reste, doutant de ce grand échalas, Je pense que bien me pris d’en rester-là. - Bien qu’il t’insupporte de faire le bilan de tes ans, Daphné, évident que tu vis en marge de son temps. - M’as-tu bien observé ? Avec quels yeux me regardes-tu ? - Avec ceux d’un cadet qui, pour toi, ne sait pas assez battu. - Aujourd’hui, fors celui qui à m’épouser a dû faire une croix, Seul un fou pourrait s’enticher d’une vieille fille comme moi. - Sœurette, n’ayant pas reçu ce qui est attendu, Pourquoi refuses-tu l’affection qui t’est due ? Tu n’as pu oublier celui qui, depuis plus de 31 ans, t’aime, Et qui, chaque jour, crie son amour en de sublimes poèmes. - Mon cher frère, je n’ai que faire des fielleux discours, Entendu qu’en 48 ans, je n’aie jamais manqué d’amour. Des joies éphémères et de celles qui nous sont dévolues, Oublies ce que fut hier puisque ce qui n’est plus n’est plus. Aussi, pour ajouter à ton funeste embarras, Dis-moi pourquoi d’une Adèle, tu te séparas ? - Dois-je, te répéter qu’elle était 17 ans plus jeunes que moi, Et qu’en ce temps-là, je savais déjà que grand était ton émoi, Et, qu’un vieux beau de, plus de 47 ans, né au millénaire dernier, Serait on ne peut plus ridicule à vouloir jouer les jeunes premiers. Hier, on charmait avec jolis vers et douces envolées d’amour, De nos jours, déclamer deux mots est, déjà faire un discours. Je ne me serais pas fait comptable de tes pleurs, Si je ne te savais pas souffrir de mille douleurs. Sœur aimée, puisque tu as le temps d’aimer à plein temps, Va ! Oublie-moi, écoute ton cœur et la magie de l’instant.
  12. ISOTIS

    Dissidence

    Guy Lafosse DISSIDENCE AVERTISSEMENT La singularité de cette histoire commande de déroger à l’usage qui veut que soit dit en quels lieu et temps se tient l’événement PERSONNAGES Nom profession et rôle enjoint ANAÈDE épouse de maître Cybère, tante de Janus et amie d’Apogène ÉGIDE ancien agioteur, conseiller et médecin de la reine Ganopée EUGÉNIA mère de lait de Janus, chambrière de la reine Ganopée APOGÈNE député, candidat à la présidence de la République Française CYBÈRE précepteur de Janus, candidat à la présidence de la République Française JANUS étudiant en étude, fils d’Eugénia et neveu d’Anaède et de Cybère DONATIEN ancien scieur de long et homme de peine à demeure GANOPÉE Princesse de Ganopie, riche d’un féerique royaume endormi ALEXIA fille d’Ernestine Pipelet (rôle et fonction présentement inavouables) ACTE PREMIER SCÈNE PREMIÈRE APOGÈNE, EUGÉNIA, DONATIEN APOGÈNE Chère, j’avoue ne pas comprendre, Votre acharnement à défendre Cet oiseau de malheur qui vante les bienfaits de la loi, Et qui, dos tourné, en fait le plus piètre des emplois. Sachant que ce sans cœur cherche à nous déloger, Pourquoi donc soutenez-vous son misérable projet ? EUGÉNIA Cher, si vous preniez le temps que vous affirmez ne pas avoir, Vous ne sauriez pas le seul à ne pas vouloir quitter ce couvoir. Et si, fors vous, tous ici disent oui à la question posée, C’est parce que fondée et attrayante est l’offre proposée… APOGÈNE Partir, se couper de ses racines seraient désirables, Si nos conditions de vies n’étaient pas favorables… Fuir le lieu de votre naissance ou il fait bon de vivre, Faire l’exact contraire de ce que disent nos livres, Et bien que l’on se garde de nous en dire la raison, Souhaitez-vous vraiment quitter notre propre maison ? EUGÉNIA Apogène, pourquoi donc ne parvenez-vous pas à admettre Que ledit projet est pensé et fait pour notre seul bien-être ? APOGÈNE Adhérer à tout ce qu’il fut dit sur la foi d’un simple d’esprit N’est-ce pas donner corps à la plus infâme des duperies ? DONATIEN (excédé) Dois-je déduire que vous refusez l’idée même d’un voyage, Persuadé qu’un mieux-être messied aux gens de votre âge ? Ceci dit, si à fuir ce lieu endeuillé vous n’avez pas le goût, Nous en déduirons que vous avez hâte de vous défaire de nous. APOGÈNE Si votre aveuglement indique le degré de votre déliquescence, Il ne dit pas pourquoi vous répugnez de parler d’Évanescence… DONATIEN Sachez, qu’envers cette guerroyeuse souveraine je n’ai qu’adoration, D’autant que je sais que pour notre pays grande est son admiration. APOGÈNE Je relève que depuis que la jeune Thyphanie est décédée, Vous n’avez que dédain envers celui qui tend à nous aider. Si, vrai est que cette vie vous pèse et que vous voulez en finir, Avant d’agir, pensez à ce que l’on dira dans les temps à venir. DONATIEN A qui profite l’omniprésence d’un être physiquement diminué Qui, martyr aidant, à souffrir sans vivre, ne veut plus continuer ? APOGÈNE Donatien, à qui reste une once d’honnêteté, se peut-il louer Un corrompu bien payé qui soutient une thèse désavouée ? Sans preuve établie, sachez que si mon avis diverge du vôtre C’est parce qu’il n’existe aucune forme de vie autre que la nôtre. Et si vous ne renoncez pas aux dénégations que l’on vous prête, Vous ne tarderez pas à regretter la tiédeur de notre quiète retraite. DONATIEN Qu’en savez-vous ! Êtes-vous allé là où l’on nous veut transporter ? APOGÈNE Donatien, c’est à vous de me dire ce que cela va nous apporter ! Pourquoi alimenterions-nous une rumeur sans aucun lendemain, Puisque l’on vit et sait que le bonheur est à portée de mains ?! DONATIEN Faites-vous à l’idée que d’autres humains peuplent notre planète… APOGÈNE (furieux) Fichtre, comment pouvez-vous croire à pareilles sornettes ? Si dans les nippes de l’ignorance vous souhaitez vous draper, Je prédis qu’à l’errance totale vous ne pourrez pas échapper. DONATIEN Apogène, je ne ferais point état de ce qui nous oppose Si je ne pensais pas que partir est la meilleure des choses. APOGÈNE Quand l’incongru, sans attache, de son socle se détache Dois-je toujours croire, sans voir, ce qui divise et fâche ? EUGÉNIA Qui dit vrai ? Est-ce celui qui nous guide et s’érige en juge Ou, qui dit que la vie grouille au pied de notre natal refuge… APOGÈNE Suffit-il de dire que la vie existe à moins de cent mètres Pour croire que l’on peut vivre sans barreaux aux fenêtres ?... EUGÉNIA Apogène, est-ce le bon moment de formuler des avis Quand venu est l’évènement le plus attendu de notre vie ?... Aussi, je crains que l’on ne puisse peser l’offre proposée En n’ayant lu que la portion congrue de ce que dit l’exposé. APOGÈNE Nos livres ne disent-ils pas que nous sommes seuls au monde ? EUGÉNIA Sans ne jamais expliquer sur quoi cette hypothèse fonde… Ami, ne pas s’impliquer dans ce qui est récemment survenu Est, à coup sûr, aller au devant d’une dramatique déconvenue. APOGÈNE Cela étant dit, vaquerons-nous à nos petites affaires Sans se départir de ce que l’on nous demandera de faire ? EUGÉNIA Ce qui m’égaie est qu’en ce boudoir aménagé en scène de théâtre, Dans quatre ou cinq heures, offrant à chacun le temps de débattre, Nous allons vivre la plus extraordinaire des histoires humaine. En nous disant pourquoi depuis tant d’années on nous malmène. Eugénia (montre le feuillet aux ordres donnés) Ce message est honnête et formel, je sais qu’il dit vrai, Pour tout dire, je reconnais que le contraire me décevrait. J’ajoute que nous ne sommes pas au bout de nos surprises, Puisque, tout à l’heure, notre histoire sera enfin comprise. Pour ce faire Égide entrera en deux puisque Anaède parlera la première. D’ailleurs, elle aura à cœur de mettre la troupe toute entière en lumière. Aussi, redoutant que, dans de noires pensées vous ne vous enfermiez, On m’invite à vous réplique donnée à la scène deux de l’acte premier. APOGÈNE Eugénia, faudrait-il encore que le maître d’œuvre valide votre choix ! EUGÉNIA Cher ami, lui prêtez-vous l’intention de laisser muette votre voix ?... APOGÈNE Non! Redouter qu’à mon endroit il puisse manquer de répondant C’est douter que Janus invite Cybère à croquer la vie à pleine dent. EUGÉNIA Cybère pense que si, de partir, Thyphanie n’en avait pas l’envie Jamais ne serait né en elle cet insensé plaisir d’en finir de la vie… APOGÈNE Il demeure que qui à vu son corps se tordre de douleur Sait qu’un discours flatteur n’en réduit pas l’ampleur… Peut-on parler de dessein, aimer sœurs et frères très fort, Sans faire tord à Aristote et à ses indicibles métaphores ? Dire que la hache vengeresse du bourreau n’à pas de remords, N’est-ce pas condamner ce haut fait d’une sentence de mort ? DONATIEN Apogène, reprocherais-je les singulières manières de Gybère Si celui-ci n’envisageait pas de s’imposer l’acte qui libère ? Cela dit, penser qu’il refuse la littéralité de ce qui va suivre, C’est ne pas savoir que, féru, il a lu l’ensemble de ses livres… Apogène à Eugénia Janus n’a-t-il pas dit que si Cybère veut aller de l’avant, Il devra exercer ses talents autrement qu’en dormant… EUGÉNIA Trouvez-vous anormal qu’une jeune pousse désavoue Une vieille souche qui, à sa seule cause se voue ? APOGÈNE Si, établi est que Cybère tout délaisse et rien n’applique, Pourquoi lui demande-t-on de nous donner la réplique ? ACTE PREMIER SCÈNE DEUX ANAÈDE, ÉGIDE (Comme prévu Anaède entre en scène) Égide, si ce duc qui se disait droit venu d’Ukraine, N’avait pas pleuré la capture du fuyard de Varennes Puis parlé de ce Capet comme on parle de gangrène, Aurait-il obtenu les faveurs de la belle souveraine ? ÉGIDE J’étais à mille lieuses de penser que la reine s’engoue, Et que de ces petits riens du tout elle en avait le goût. Je ne pouvais pas rêver que de mes mains elle s’entiche Et que, publiquement, avec moi, cette dernière ne s’affiche Si l’on m’avait dit ou pareil hourvari pouvait me mener, J’aurais compris pourquoi le duc ne m’a point malmené. J’ai, effectivement souhaité qu’élégamment il m’assiste, Puisque je ne savais pas vraiment en quoi cela consiste. ANAÈDE Je sais ce que furent les visées de ce boyard haut perché, Et où il serait si à vous tuer sur pré il n’avait pas cherché… ÉGIDE En rêvant de m’occire via le coup de la botte de Nevers, Qui de lui ou de moi a vendu son âme au sortir de l’hiver ? Cela dit, entre celui que je fus et celui que je suis devenu, Si je n’avais pas étonné la reine, à rien je ne serais parvenu… ANAÈDE Pourquoi avoir pardonné à celui qui tenta de vous embrocher ? ÉGIDE Amie, vous ai-je déjà dit qu’à la vie je voulais m’accrocher !? Si, je vous osais dire ce que je pense des premières fois, Je dirais que le désarroi est conforme à celui d’autrefois... Si la loi permettait que sur pré ce foldingue ne n’entraîne Doutez-vous que, tué je serais sans l’aide de la souveraine ? ANAÈDE Je sais que la reine croit en vous et au pouvoir de vos mains Et qu’avec-elles, elle espère construire un monde plus humain. ÉGIDE Est-ce de mon fait si aujourd’hui est la veille de demain, Et si son Altesse n’a pas poussé plus avant l’examen ? ANAÈDE Si vous n’aviez pas dit que soigner est un noble dessein, La reine aurait-elle fait de vous le premier de ses médecins ? N’est-il pas qu’allégeance faite vous devîntes hôte de marque De quatre pitoyables tyrans et de trois pendables monarques ? Cher ami, vous considérant comme le plus honnête des hommes… Convaincu que vous ne pouvez appréciez ce type bonhomme, J’ose penser que vous restez dans la souille de ces âmes infâmes, Que pour y respirer l’odeur jasminée de la plus belle des femmes. ÉGIDE Si vous pensez que normal est de parler de se qu’il n’existe pas, Pourquoi ne pas dire à la reine l’heure de ses prochains repas. Tout cela pour dire que si son Altesse m’avait qualifié d’âne bâté Je n’ose penser ce qu’il lui serait arrivé si je ne l’avais point épaté ? Enfin, en ne lui prédisant que longue vie sans autre discours Vaniteux eut été de penser que la reine me voudrait à la cour !... Anaède, si je n’étais pas devenu une sorte d’avaloir référant Qui aurait avili le monarchisme et sali cette bande de tyrans ? ANAÈDE Égide, n’a-t-il pas suffi que vous vous montrassiez amical, Pour que vous ne devinssiez le ponte des maladies tropicales ? Niez-vous que depuis que la reine à fait de vous son atout Moins nombreux sont ceux qui à sa noble cause se vouent. ÉGIDE Diable, que pèse la défection d’une poignée de courtisans Comparée à l’affection profonde de millions de partisans ? ANAÈDE Est-ce l’un deux qui, hier, sans même un bonjour, Et sans gêne aucune s’osa vous parler sans détour ? ÉGIDE Anaède, si avec ce pochard j’avais refusé de deviser, Comment aurais-je su la teneur de ses funestes visées ? Et puis, me serais-je souvenu de ce famélique fêtard Qui, vingt six ans plus tôt, m’avait traité de bâtard Vin aidant, délirant, déblatérant plus que de raison Déniant l’horrifiant fait au temps de ses mornes saisons Oubliant qu’il avait outragé dame Pipelet d’une vile manière Cet être exécré se dit étonné de ne plus voir cette dernière. À cette ultime outrance ce malfaisant m’obligea de répondre Que veuve offensée dans la foule jetée n’aime guère se fondre. Peu après, affecté par la fausse mansuétude de ce pisse-froid Je baffais de madré qui, aux femmes, n’accorde aucun droit. Seulement, analysant les injuries de cet exécrable bouffon, J’admis que blâmer la forme ne donne pas raison sur le fond… ANAÈDE Cela prouve que les langues de vipères souvent exagèrent. Admettons que cette pauvre personne avait la cuisse légère, Que vous-même, cher ami, soyez fruit d’une conduite adultère, Puisque que l’on ne peut être sans exister, la manière indiffère Entendu que l’important n’est pas d’être mais d’exister , Pourquoi donc aux plaisirs de la chair aurait-elle résisté ? Cela étant dit, pourquoi ameuter ciel et terre en faisant pareil foin Quand on sait que l’humain est de loin le plus logique des témoins. Enfin, au nom de qui ou de quoi une femme brûlante de désir, Devrait-elle éteindre sa flamme et bouder son plaisir ? Est-ce indécent de penser que, loin de son défunt conjoint, De câlins malins, Ernestine Pipelet, avait un urgent besoin… Cela étant, j’imagine que vous n’êtes pas restez inactif, Entendu que pour punir les l’excès, vous n’êtes pas captif… ÉGIDE En effet, afin de voir si, par de trop, Ernestine ne boissonne Il fallait que je l’alliasse voir à son mas et qu’à sa porte je sonne. C’est ainsi qu’olympien dans le sorite de mon propre examen, Mon fidèle canasson m’emmena aux confins de son fichu chemin. Chère, il me reste à vous expliquer comment un homme quiet Qui, rien ne mande, rien n’espère, rien ne veut, rien ne requiert, Et ce, sans avoir une seule fois, sur cheval, usage fait de son fouet, Visita une dévote aimée, qui ne savait plus à quel saint se vouer. ANAÈDE Dois-je déduire que la nonagénaire perdait la raison Et qu’à cet âge avancé, fou eût été d’espérer guérison ? ÉGIDE Ce qui est sûr est, qu’après avoir vilipendé les sans religion, Elle accusa maître Cybère de faire tort à sa chrétienne région. Surpris, me disant qu’une sans oreille peut devenir sans écoute Je me souviens avoir longtemps hésité à poursuivre ma route. Aussi, affichant sa tristesse je me suis dis que pour la réconforter Je devais vitement lui permettre de réciter quelques pater noster. Alors, volant à son secours pour le meilleur lui offrir Refusant de voir, plus avant, son dogme s’appauvrir, Accédant à son divin désir de revoir ses calotines consœurs, Je la voiturai afin qu’elle assistât à l’office de onze heures. Ravie, à peine m’avoua-t-elle m’aimer autant que ses fieux Que, soudain, au lieu-dit appelé les Ornières-brise-Essieux, Venu de nulle part, un noir attelage qui, ne voyant pas l’obstacle, Offrit aux deux pris de peur que sommes un bien triste spectacle. ANAÈDE Connaissant l’endroit, ce fait n’est autre qu’un défaut de vigilance ! ÉGIDE Va pour l’inattention, mais était-ce besoin d’ajouter l’insolence ? Car, pendant que l’injurieux voiturier vilipendait chaque dieu, Moi, silencieux, pour peine apaisée, je faisais de mon mieux… Sachant qu’aider est le devoir premier d’un médecin frais nommé Drapé de ma dignité je décidais d’aider le roulier à demi assommé Alors, faisant mienne l’infortune du râleur prisonnier de ses sangles, Je coupais les épaisses lanières avant que l’estourbi ne s’étrangle. Décidé, faisant face au cocher qui n’en croyait pas ses yeux, Sans outil de levage je rétablissais la portance du moyeu. Seulement, ce récit serait incomplet si je taisais la venue D’un élu qui, à l’en croire Cybère, ne serait guère bienvenu. Aussi, c’est à l’instant même ou dame Pipelet priait saint-Justin Que parut l’ami Apogène qui, badant le cocher le traita de crétin. Après avoir coléré puis, chiffré hautement la somme de nos griefs, Dit, redit, rebattu par huit fois tout le mal que l’on pensait du relief, Puis, accusé hautement les scandaleux méfaits du coupable sillage, Je déposai la gracile Ernestine Pipelet au pied de l’église du village. ACTE PREMIER SCÈNE III EUGÉNIA, APOGÈNE EUGÉNIA Qui doute de votre amour de la France monsieur le député, Ignore que des présidentiables vous êtes le plus affûté. S’il savait que contre l’adversité vous êtes à même de lutter, Aux critiques, je me demande ce qu’il pourrait ajouter. APOGÈNE Eugénia, n’a-t-on pas nié ma notoire honnêteté Et déplorer ma licence pour ce qui à trait la chasteté ? EUGÉNIA Ami, même si la chose était, elle ne serait point discutée Tant l’on sait pour quelle juste cause vous osâtes lutter. APOGÈNE Chère amie, votre amicale défense me rechauffe le cœur. EUGÉNIA Il se peut que prenant de l’avance je loue le futur vainqueur. APOGÈNE Rien n’est gagné avec un Cybère qui chaque jour me dénigre Et dont les griffes sont plus acérées que celles d’un tigre. Est-ce médire que de dire que grande est la faim de cet affamé Et que ce sans vertu n’a de cesse que de me diffamer… Aussi, si le sort des français est le cadet de ses pensées, Moi ! Il m’importe de savoir dans quel sens avancé. EUGÉNIA Apogène, sachant à quelle hauteur vous placez votre devoir Je ne puis concevoir que votre équipe puisse me décevoir. APOGÈNE Sachez que j’aurais laissé Cybère à sa soif de pouvoir Plutôt que de remettre à plus tard le plaisir de vous revoir. EUGÉNIA Il se dit que Cybère vous a demandé de devenir son adjoint. APOGÈNE Cela prouve que d’appui celui-ci en a le plus grand besoin. EUGÉNIA Aussi, je ne vous souhaite pas de perdre cet épique combat. APOGÈNE Je sais que pour une cause innommable Gybère se bat… Pour absoudre ses fautes, suffit-il de faire son mea culpa Puis, réitérer des promesses qui, évidement, il ne tiendra pas… EUGÉNIA Monsieur le député, vous dirais-je le fond de mes pensées Si je n’appréciais pas le programme présenté aux Français ? Par ailleurs, si je ne vous savais pas homme discret Sachez que je ne vous confierais pas mes intimes secrets. Cela dit, j’ose espérer qu’un accordé clora votre rivalité Et qu’à votre endroit Cybère, fera montre de cordialité. Pourtant, celui-ci clame que vaine est votre concurrence… APOGÈNE Aurait-il comprit que vain est celui qui ne pense pas à la France !? EUGÉNIA Allez savoir ! Ce qui est sûr est que celui-ci vit mal votre dualité. APOGÈNE Ce séide sait que revenir au temps premier n’est pas d’actualité ? Son avenir politique ne pouvant remplir une écritoire de poche, S’il refuse d’écrire sur le mien je crains que sa fin ne soit proche… Victime outrée et contrite des caquettes que cet ingrat me prête Sans désir d’expliquer, je n’aurais pas quitté ma quiète retraite. Et puis, me lier à un politique lettré qui, en moi, n’a pas foi C’est avouer qu’à l’instar d’Homère je sommeille quelquefois… Si, ce pleurnicheur s’avise à me faire de nouveaux reproches Sans excuse n’y obédience je crains que sa fin ne soit proche. EUGÉNIA Ne peut-il pas emporter la mise en faisant une honnête campagne ? APOGÈNE Faudrait-il encore que la confiance du peuple celui-ci ne la gagne !... Pensez-vous vraiment qu’honnête serait d’alléger le fardeau D’un sot qui, surin en main, rêve de me le planter dans le dos ? EUGÉNIA Je ne nie pas que souvent le maître passe sous la coupe de l’élève… APOGÈNE Si Cybère devait en pâtir, je l’en libérerai, sa carrière sera brève. Affecté par ses chauds propos qui, tous, tendent à m’attiédirent, Que ferais-je d’un petit qui, à mes côtés, refuse de grandir. EUGÉNIA Cher ami, si vous redoutez que trop grande ne soit son emprise, J’ai peur qu’il ne vous faille attendre à bien d’autres surprises… Et si, dans la liste des perdants personne ne vous peut classer C’est parce que la fierté est noble quand elle est bien placée. Apogène, vous sachant aimer l’atticisme national, Je vous sais fort capable de gagner la bataille finale. APOGÈNE Ce qui, selon moi, n’est et ne sera jamais contestable Est que votre belle âme fait de vous une amie délectable… Au partir, laissant une jeune fille au maintien en sommeil Au revenir, je découvre une beauté aux attraits sans pareils. EUGÉNIA Le flatteur qui est en vous a-t-il oublié qu’elle godiche j’étais ? APOGÈNE Me souvenant de la froideur dont d’aucuns vous traitaient Je pense que si ces crétins voyaient ce que vous êtes devenue, Sûr, qu’ils regretteraient de ne pas vous avoir mieux connu. EUGÉNIA N’étant restée que moi-même, à rien je ne suis parvenue… Et puis, qui trouve de l’attrait à une crécelle sans cervelle, N’est point aise de la laisser si longtemps sans nouvelles… Cher ami, pour me faire oublier votre coupable silence Ne m’oubliez pas, faite vôtre l’appel que je vous lance… Si vous tenez à ce que de toujours notre amitié ne perdure Je vous engage à faire montre d’un peu de moins de froidure… APOGÈNE Subissant la vindicte de Janus, j’ose dire que je suis consterné ! EUGÉNIA Dam, je n’ai pas à savoir ce à quoi mon fils occupe ses journées… APOGÈNE Vous ignorez que Janus ne donne pas cher de mon devenir ? EUGÉNIA Je n’ai point à dire qui de Cybère ou de vous il doit soutenir… ACTE PREMIER SCÈNE IV CYBÈRE, APOGÈNE CYBÈRE (à Apogène) Député, si vous ne comprenez pas que grande ouverte est ma porte Cela voudra dire que mon offre restera à jamais lettre morte… APOGÈNE Monsieur, sachant que l’on ne peut être initient et homme de terrain, Que ferais-je d’un politique qui à mes réformes fera frein ?! CYBÈRE Député, puisqu’à mon endroit, d’égard, vous ne faites point usage, Je vous aiderai le jour où vous me présenterez un tout autre visage. Et si vous niez qu’irresponsable est celui qui se donne en spectacle Je crains que vous n’alliez au-devant d’une retentissante débâcle… APOGÈNE Professeur, le député que je suis qui, pour le bien tous se dévoue, Se fiche éperdument de l’avis des filous qui ressemblent à vous !... CYBÈRE Bien qu’avec moi, vous ne fissiez point ce que vous dûtes faire Vous premier, moi président, je ferais tout pour vous plaire APOGÈNE Vanité ! Qui donc vous peut croire et vous porter estime haute, Quand même, à vous-même, n’avouez aucune de vos fautes… CYBÈRE C’est assez, de grâce, cessez ! Vous dépassez la mesure ! Je ne saurais tolérer plus avant pareilles démesures ! Par échange de plis, croquis et plans de routes fournis… Conscient de votre bonheur de revoir votre natal nid, Ne vous ai-je point écrit qu’en suivant cet itinéraire connu, Même un âne arriverait sans encombre à l’endroit convenu ? APOGÈNE Monsieur, vous confessant mon désir de ne vous plus voir, J’avoue que grand serait mon plaisir de ne vous plus revoir… Aussi, j’excuserais volontiers vos indigents forfaits Si en moi s’effaçait le désir de ne vous revoir jamais ! CYBÈRE Pour qui vous prenez-vous pour me parler de la sorte Sinon un démagogue véreux qui de fausses nouvelles colporte. Si, pour l’impudent que vous êtes, la victoire est hors de portée, C’est parce qu’un sans esprit, au pays, ne peut rien apporter. ACTE PREMIER SCÈNE V ANAÈDE, APOGÈNE, EUGÉNIA, CYBÈRE ANAÈDE Apogène, si un accordé venait à apaiser vos rancœurs, Il se peut que ce soit la nation qui en sorte vainqueur… Vous qui m’aviez promesse faite de ne me jamais décevoir, Quel mal ai-je fait pour que vous ne me vinssiez plus voir ?! Qu’est devenu celui qui, à mes côtés, se voyait bien vieillir ? Disais que j’étais une fleur que plaisant serait de cueillir. Comment pourrais-je oublier cet effacé trouvère, Qui sauva une jeunette captive des rigueurs de l’hiver ? N’est-ce pas lui qui, voulant qu’une alliance ne se noue Me présenta à celui qui me donna le baiser de l’époux ?!... Qui aida une certaine oiselle dont l’émoi fut précoce, Et dont le feu disparu au second matin de ses noces ?... Qui a dit qu’épousailles sans que naisse d’enfants Était refuser à la femme le plus beau des diamants ? APOGÈNE Si vous regrettez de ne pas avoir perpétué cet usage, Consolez-vous en interrogeant votre délicat visage, S’il ne se souvient plus des baisers que Cybère y déposa, Il n’a pu oublier que sur lui, son regard, mille fois se posa. Si j’ai grossi les vertus de celui qui, d’amour, vous aimait, C’est parce que je redoutais que vous ne l’aimassiez jamais. ANAÈDE Apogène, sachez qu’il n’importe de vous bien recevoir, Et que fière je suis qu’à ma table vous daigniez vous asseoir. EUGÉNIA Mes amis, si à la réalité je parviens à vous ramener, Je ne saurais trop vous conseiller de venir vite déjeuner. CYBÈRE L’occasion est trop belle, essayons de la saisir, Faire au mieux ne veut pas dire bouder son plaisir ! Cependant, si vous envisagez encore de vous opposer Tôt ou tard, avec ou sans moi, vous devrez composer. APOGÈNE Il n’est de plus grand mensonge que celui que l’on fait à soi-même ! CYBÈRE Peut-être, mais je ne suis pas celui qui fuit les problèmes ! APOGÈNE Monsieur, qui n’a mis les pieds dans un lieu de souffrance, Ne peut comprendre mon désir de «redresser» la France… CYBÈRE Vu que le pays peut se tenir seul, puisque bien éparti Je fuis les politiques qui débitent semblables inepties. Alors, copiant vos pairs, sans même forcer le trait, Vous aussi, venez de brosser votre propre portrait. Ceci dit, au lieu de fomenter votre misérable vengeance. Fréquentez-moi, vous saurez ce qu’est l’intelligence ! APOGÈNE Pour une fois, essayez de raisonner avec pertinence ! Seriez-vous le seul à méjuger l’état de nos finances, À ignorer que notre grand argentier, droit sorti de Science Po, Passe plus de temps à s’empiffrer qu’à faire rentrer l’impôt ? ANAÈDE à APOGÈNE Oserez-vous rejoindre votre clan sans accord satisfait ? APOGÈNE Dam oui! L’électeur doit savoir ce qu’est un Cybère défait … Ne pouvant laisser notre pays en de si mauvaises mains, Autant dire que qui vaincra devra le bien servir demain. ACTE II SCÈNE PREMIÈRE CYBÈRE, EUGÉNIA, JANUS CYBÈRE (à Eugénia) Chère amie, je m’étonne que vous ne puissiez concevoir Qu’indécent serait de priver la France de votre grand savoir… Savez-vous qu’attribuant note à chaque postulant au poste d’adjoint C’est vous, et de loi, qui obtîntes le plus grand nombre de points ! Madame, pensez-vous que je vous inviterais à changer de profession Si je n’étais pas appelé à occuper les plus hautes fonctions ? EUGÉNIA Je crains que cette martingale ne soit jouable ! Vous excepté, qui jouera la carte de la femme louable ? Monsieur, je passerais volontiers ma journée à le rappeler Si ce n’était d’un tout autre sujet que je vous venais parler. CYBÈRE Un vent mauvais aurait-il soufflé sur vos travaux d’écriture ? EUGÉNIA Que nenni, le vent n’est point responsable de mon inculture… Je n’aurais jamais osé quérir conseil et demander appui Si notre cher invité n’avait pas filé à l’anglaise cette nuit… Avant que mes nerfs ne me lâchent et qu’à la peur je ne cède, Désirant agir au mieux, je souhaiterais que l’on m’aide. Maître, si un mystère n’avait pas pris possession de ce lieu, Je douterais qu’Apogène s’en fût sans nous faire ses adieux. JANUS Le père Baradet affirme l’avoir entendu injurier son cocher, Puis s’enfuir comme s’il eût quelque chose à se reprocher. CYBÈRE Vas-tu croire un soiffard qui, même, sans réel besoin Ne connaît de chemin que celui qui mène à l’auberge du coin ? Après cela, que penser de qui prédit qu’un bonheur se prépare ? EUGÉNIA Je n’ose penser que cette nouvelle eut pu avancer son départ ? JANUS Diantre ! Si l’objection est recevable, l’analyse ne l’est pas. En rester la, c’est oublier à quelle vitesse celui-ci décampa. Puisque contre vent et marée Apogène vous soutenez Souhaitons, qu’à la raison, vous le puissiez amener Êtes-vous sûr qu’il ne départe pas aussi vite de notre pays Qu’un certain volcan qui, en une nuit, ensevelit Pompéi ?... EUGÉNIA Qui s’enferme dans l’enceinte de lui-même sait ce qu’est une prison !... JANUS Pour s’en libérer avait-il besoin de fuir son ancestrale maison ?! CYBÈRE L’ennui serait qu’un magistrat faisant siens les dogmes de la loi, Décide qu’un politique sans foi ne peut l’être plus que moi !... JANUS Si cet affidé a tôt fait de rendre l’innocence coupable, Je jurerais mortibus que vous n’êtes point capable ! Notre maître ! La seule chose que vous devez craindre Est de ne laisser à ce gascon que le soin de se plaindre ? Quand un juge ne se gave que de nos mauvais maux, Peut-il juger sans peser la vraie valeur des mots ? S’il ignore que le sort des petites gens n’intéresse personne, Sait-il qu’un député frais élu à aucune porte ne sonne ? EUGÉNIA Ses confères ont-ils meilleur cœur... Font-ils autrement ? Apogène n’est point l’inventeur de ces égarements !… JANUS Cela est vrai mais, parlons d’autre chose voulez-vous ? Après avoir coude levé, épuisé les sujets à dix sous Mère, figurez-vous qu’hier, en tout début de nuit, Après avoir dit que le silence est facteur d’ennui, L’ami Apogène, fort ému, puisque faisant dans l’extrême Se livrant un peu mais pas trop, passant outre ce thème, Lorsque soudain il insista tant pour me parler à l’oreille, Que je mis son désir au compte de sa troisième bouteille, Aussi, si je ne m’étais pas souvenu qu’il m’avait vu grandir, Je n’aurais pas su ce qu’en une vie vous ne m’osâtes dire… EUGÉNIA Qu’est-ce encore que cela ! Par le ciel, explique-toi ! Que veux-tu dire ? Je ne puis croire qu’il t’ait parlé de moi ? JANUS N’est-il pas qu’après gésine votre bébé ne vivant qu’un seul jour, C’est sur le poupon que je fus, que vous reportâtes votre amour ?! Mère, déclaré fortuitement élu de votre cœur, vous m’aimâtes tant, Que j’en oubliasse vitement l'odieuserie de mes infâmes parents. ACTE II SCÈNE II DONATIEN, JANUS, CYBÈRE, EUGÉNIA DONATIEN Janus ! Un seul évènement doit occuper vos pensées, Car, a parler de l’ami Apogène, n’êtes-vous point censé ? JANUS Ce que je puis dire est que ce trublion abuse son monde ! Je l’ai écouté, je sais sur quelle argutie sa politique se fonde. Obstiné, bien mis, sûr de lui, il s’échine à la tâche ! Devant un public acquis, cent fois ses promesses rabâchent… CYBÈRE Poursuis, mon neveu, poursuis ! Bat-il la campagne ? Égide dit l’avoir vu en Picardie et en terre de Champagne… JANUS Cela est vrai !…Je sais qu’Apogène ajuste ses discours Au gré du temps, du vent et des modes qui courent… Conteur sans talent, auteur de formules toutes faites, Il va, revient, encense, se veut stature de prophète. A l’image de l’astucieuse araignée qui tisse sa toile, Suivant à qui il parle, un fil de son programme dévoile… Il dénonce la rouerie politique, dit son objection, Mais tait qu’en élection, lui aussi, déborde d’affection. CYBÈRE Je donnerai cher pour savoir ce qu’Apogène prépare ! JANUS Que dire !? Sachant que sans projet on ne va nulle part ! Aux sans-logis que le froid, la faim et la soif tenaillent, Il promet jours gras et paillasse bourrée de deux couches de paille. CYBÈRE Dois-je étendre mes largesses… Les mieux définir, En ajout de celles réputées impossibles à tenir ? JANUS Osez ! Armez-vous ! Usez de ce que la nature confère ! Qui ne maîtrise pas le vocable, doit apprendre à le faire. Dialoguer dans la langue qui le plus nous rapporte, C’est forger les clés qui ouvrent toutes les portes. Qui vainc est toujours celui que l’on a plaisir à entendre ? Peu me chaut la méthode, apprenez à vous vendre ! EUGÉNIA Un politique qui ne vaut que par le message qu’il envoie, Doit savoir que rien n’est gagné avant le décompte des voix… Moi qui rêve bien avant que n’éclosent les premières rosées J’apprécie qui ose, sur une muette songerie, une rime posée. CYBÈRE Quel rapport y a-t-il avec le temps, le dépit, l’aura et l’écrit ? EUGÉNIA Aucun pour qui n’a pas compris que ce récit est un cri ! Si vous saviez le peu qu’un péon lègue à ses ayants droit, Vous sauriez pourquoi en l’élu plus personne ne croit. Maître, si vous appréciez l’élégance du langage cadencé, Revenez au temps où le monde aimait le parler des Français. Observer que si notre idiome eût été mieux défendu, Vous ne seriez point tenu de rétablir son prestige perdu. CYBÈRE Veillant à ce qu’à chaque citoyen un même droit soit rendu, Je m’engage à ce que pauvres et riches y retrouvent leur dus. Si, après élection, l’urne de mai, collecteur d’opinions, Nous révèle que mon nom arrive en première position, Dès la session, dite d’automne, en séance plénière, Devant des partisans liés où chacun défend sa bannière, Avant que l’outil de Voltaire, de citer, ne perde ses droits, N’oubliant pas non plus ce que les chantres attendent de moi, Sans a priori aucun, mais évoquant le parler d’autrefois Attendez-vous à ce qu’usant de mes droits, je dépose une loi ! EUGÉNIA Rêver que beaux écrits puissent charmés nos chers députés, C’est oublier que nombre d’entre eux ne sont guère futés… CYBÈRE Si mes pairs acceptent et si le peuple trouve cela beau, Sans Rousseau, initions les petiots au sortir du berceau. Alors, poésie soumise à verdict et projet mis aux voix, Pour une France au parler retrouvé, bel avenir j’entrevois… EUGÉNIA Augurant qu’un vote favorable intervienne en septembre, Un décret pourrait-il être signé dès le mois de décembre ? CYBÈRE Eugénia, j’en rêve autant que je l’espère ! Chose faite, observant que la magie opère, Quand la Mort voudra de moi ! M’ordonnera de partir, Ne faites point de moi un héros ou un énième martyr !… Conscient d’avoir humainement et fort bien vécu Je m’en irai, fourbu, serein et intimement convaincu, Que notre belle France connue pour sa belle éloquence Ne fût, n’est et ne deviendra jamais le pays du silence… ACTE II SCÈNE III EUGÉNIA, DONATIEN, ÉGIDE, CYBÈRE EUGÉNIA Donatien, pouvez-vous éclairer l’ignorante que je suis En lui disant, par exemple, d’où proviennent ces bruits ? DONATIEN Du patio, chère amie… Je pense qu’Égide aiguise ses armes, Pour séduire la belle lingère qui, sur lui, exerce ses charmes. EUGÉNIA Si nous ne voulons pas voir maître Cybère fort déçu, Il faut lui dire que l’envoyé de la reine attend être reçu ! DONATIEN Il est vrai qu’oubliant d’annoncer son imminente venue, Je retarde le moment de savoir ce qu’Égide est devenu. ÉGIDE Lorsque qu’Égide fut conduit auprès de Cybère Professeur, vous sachant impatient de goûter au pouvoir, Laissez-moi vous dire mon plaisir d’enfin vous revoir. Persuadée que ce soir vous serez l’élu des Français, Sa majesté vous adresse ses plus amicales pensées. Sous remède au sortir du fameux siège de Vérone, La reine regrette de ne pouvoir profiter de votre personne Vous prédisant une large victoire en cette fin de journée, Elle sait que votre beau pays ne peut-être mieux gouverné. Se faisant, m’habilitant à dire les combats qu’elle mène, Apprenez que la Vénétie sera sienne en début de semaine. CYBÈRE Cher ami, avant que ne fleurissent nos communs horizons, Présentez à sa Majesté mes vœux de prompte guérison. ÉGIDE Ah çà, je peux vous assurer que je n’y manquerai point ! D’autant que jamais aussi grand ne fut son besoin… Sa Gracieuseté sait qu’avant de voyager sans escorte, Elle devra bouter les Prussiens qui cantonnent à vos portes. CYBÈRE À nos portes, dites-vous ?! Songeraient-ils à nous nuire ? ÉGIDE Mieux !... Ces gueux passeraient par l’épée qui tenterait de s’enfuir ! APOGÈNE Dam oui! L’électeur doit savoir ce qu’est un Cybère défait … Ne pouvant laisser notre pays en de si mauvaises mains, Autant dire que qui vaincra devra le bien servir demain. . ACTE III SCÈNE PREMIÈRE DONATIEN, ANAÈDE, ÉGIDE, EUGÉNIA, CYBÈRE DONATIEN Observant qu’aucun de nous ne montre de satisfaction, Je ne sais qui d’Apogène ou de Cybère a gagné l’élection. Aussi, je parlerais avec plus d’égard et moins de suffisance Si notre Président nous honorait de son élitaire présence… Comme tout un chacun, j’attends qu’il discoure, Qu’il exalte, proclame qu’il n’existe plus beau jour… ANAÈDE Si pour lui-même vaincre n’est autre qu’un crève-cœur, Comment voulez-vous que l’élu se comporte en vainqueur ? DONATIEN N’a-t-il pas dit que celui qui gagne est celui qui prévoit ? ÉGIDE S’il a vraiment dit cela, qu’attend-il pour donner de la voix !? EUGÉNIA Ce noble sentiment l’honore…Pourtant, il n’empêche Que de fiel mortel celui-ci enduisit chacune de ses flèches !… Faillir à ses devoirs n’étant ni le lot ni la devise des Français, Devenu chef d’État, à gouverner n’est-il point censé ? ANAÈDE Que diable, ne confondez pas acrimonie et armes de défense ! DONATIEN N’a-t-il pas été élu pour résoudre les problèmes de la France ? EUGÉNIA Fait président par ceux qui en ce moment même le louent, Pour quelle raison Cybère passe-t-il ses journées à genoux ? DONATIEN Madame ! Seul le vaincu s’isole et ne se laisse plus voir !... À arbitrage favorable, l’usage veut que le chef parade, Félicite son équipe, récompense ses fidèles camarades… Si l’on se silencie qui saura ce qui, aujourd’hui, sait produit ? Sur les tablettes de l’histoire, lirons nous que, fuyant ses appuis Reniant ses amis, le président Cybère resta sourd à leurs cris ? ANAÈDE N’est-ce point dans le cœur des hommes que l’histoire s’écrit ?... DONATIEN Sait-il que son peuple, accourant de partout à la pointe du jour, S’est tôt levé pour lui redire sa confiance et lui crier son amour ? ANAÈDE Étant de celles qui aiment dire que qui se ressemble s’assemble, Hier, je rêvais qu’Apogène et Cybère ne gouvernent ensemble. DONATIEN Sachant qu’une ponctuelle votation est vectrice de problème, Pourquoi son aboulie ne viendrait pas de l’élection elle-même ? CYBÈRE (qui était à l’écoute) Quand un homme d’État s’estime incapable d’œuvrer, La sagesse ne commande-t-elle pas de l’en délivrer ? EUGÉNIA Souffrez que, d’un soi-disant ami je vous ose reparler ! Qui, évincé au premier tour de scrutin refusa de s’en aller ? CYBÈRE Je réaffirme avec force que le sénateur Lénardi, Fut un rival loyal contrairement à ce qu’il fut dit. Est-ce mal de côtoyer un génie dont les avis s’arrachent ? EUGÉNIA Génie ? Il l’est peut-être quand personne ne le fâche !... Sous la contrainte du peuple qui vous presse d’agir, Combien de temps encore le laisserez-vous leur mentir ? N’en avez-vous pas assez de voir les Français malmenés Sans savoir vers quoi ce Lénardi les espère mener ?! Car, si l’on revient sur cette édifiante et fameuse élection Au décompte des voix, occupant une mauvaise position, Faisant fi du verdict du peuple qui ne souhaitait pas Qu’un pilier de Sénat, dans le néant, n’entraîne l’état N’est-il point, qu’humilié, menaçant, fou de rage, Dénonçant publiquement l’honnêteté du suffrage, Devenu persona non grata, son unique préoccupation, Ne fut-elle pas de vous faire perdre la présente élection ?! JANUS S’il récidive, s’en prend à votre corps, vous accuse à tort, Nierez-vous encore que ce malandrin vous veut mort ?!... CYBÈRE Je répète pour ceux d’entre vous qui n’auraient pas compris Que nu je serais si de son génie je ne m’étais point épris. N’étant pas de son clan et encore moins sous ses ordres, En quel temps, ladite poussière, voulut-il me la faire mordre ? JANUS Oncle, pour adoucir votre peine, pour sucrer nos remords Fasse que la vie bien vous tienne et refuse votre mort. Renonçant au supplice du pont puis à celui de la corde Je crains qu’aucun autre sursis celui-ci ne vous accorde ? EUGÉNIA Si vous souhaitez oublier les questions qui se posent, Dites-vous bien que d’y répondre est la moindre des choses ! Car, si à s’affranchir de ses vices ce dément répond non, Cela voudra dire qu’il n’a pas renoncé à vous jeter d’un pont… DONATIEN Aimeriez-vous encore ce faquin s’il décidait de vous pendre ? CYBÈRE Bé oui, puisque c’est au cou d’Anaède qu’il devra me suspendre ?!... ACTE III SCÈNE II JANUS, CYBÈRE, ANAÈDE JANUS Maître, punirez-vous celui qui a écrit ces infâmes libelles ? CYBÈRE Janus, doutes-tu qu’Apogène me fit la part belle ? Si, comme tu le penses, il fut et demeure une bête féroce, Pourquoi n’a-t-il pu retenir ses larmes le jour de mes noces ? ANAÈDE (à Janus) Dès qu’Apogène nous sait dans l’épreuve que déjà il accoure, Petit, n’est-il pas que cet ami cher nous aime d’amour ? JANUS Partir ! C’est offrir à un sans grade la régence de la France Et condamner le peuple à vivre dans une éternelle souffrance. CYBÈRE Enfin ! Apogène n’est pas énarque à ce que je sache. Pourquoi donc n’occuperait-il pas cette place ! Le goût de la conquête me quitte, mon esprit est ailleurs, Je laisse la place de celui que j’estime être le meilleur. Lorsque le désir de refaire la planète vous quitte, Le moment n’est-il pas venu de prendre la fuite ?!… Quand un corps n’est que souffrance, est-ce vivre ?!... A-t-on vu maux guérir en lisant les écrits de nos livres ? JANUS Si renoncer équivaut à avouer n’être plus dans le coup, C’est surtout oublier ceux qui, sur vous, misent beaucoup. CYBÈRE Ne mêle pas tout ! C’est parce que la vie est pleine d’imprévus, Qu’un individu ne peut agir en vertu de son seul point de vue… Quand tu apprendras qu’Apogène n’avait que faire de la gloire, Tu comprendras pourquoi sur le siège élitaire il refusa de s’asseoir… JANUS À ce sujet, oncle Cybère, oserais-je vous faire part de mes doutes ? CYBÈRE Bien entendu ! Parle, mon enfant… Vois, personne ne nous écoute... JANUS Comment pouvez-vous accepter les nombreux débords D’un politique véreux qui n’est point de votre bord ? CYBÈRE Eusse-je été sali par qui tu estimes être mon pire ennemi, Que je ne dénoncerais pas les travers de mon meilleur ami. Aussi, je ne pense pas qu’Apogène ne cherche à me nuire. En revanche, je sais ce que l’on risque à trop vite déduire… ACTE III SCÈNE III ÉGIDE, CYBÈRE, JANUS, APOGÈNE ÉGIDE Amis, si les carences du Président vous désolent, Cela ne veut pas dire qu’il s’écarte de son rôle. Aussi, je veux bien l’aller voir si vous le consentez, Espérant qu’après visite faite, il recouvre sa santé. CYBÈRE (qui a tout entendu) Qu’entends-je ? Santé ? De quelle santé parlez-vous ? JANUS Peut-être bien de vous ou, encore d’un sénateur fort jaloux… CYBÈRE (fiole en main) Janus, quand ta plume noircira le registre des partances, Ne dis pas pourquoi le président s’infligea pénitence. Ne croyant pas qu’après mort la vie puisse renaître, N’écris pas que je souhaitais l’éternité connaître… Vois ce flacon, sachant qu’il conduit dans l’au-delà, Je suis incapable d’expliquer le pourquoi de cela Aussi, ce n’est pas parce que la raison m’est inconnue Que je ne boirais point son entier et mortel contenu… JANUS Singerez-vous ceux qui, d’un vipérin poison à usage fait, Qui, voulant la mort, vantent haut et fort ses jouissifs bienfaits ? CYBÈRE Petit, puisque les regrets appartiennent au passé, Fais montre de piété en me laissant trépasser. Mais, si Anaède veut profiter de ce que me reste de vie Qu’elle vienne se blottir contre moi si telle est son envie. ÉGIDE (s’approchant de la couche de Cybère) Président ! Interrogé par sa majesté qui me reçut à la cour Je ne sus que dire de votre projet de voyage sans retour… On dit que claustré ne sachant plus où se trouve le Nord, Vous n’êtes plus à même de mener la France à bon port… Maître, dites que fausse est l’intention que l’on vous prête ! CYBÈRE Je ne le puis… Cette fois la rumeur est bonne interprète ! ÉGIDE Apogène pense que si fausse était la nouvelle que l’on colporte, Anaède ne nous aurait point ouvert toute grande votre porte Dois-je redire que j’ai serment prêté de ne jamais louer ? Qui, au pilori, pour de sombres visées vous espère clouer… Vomissant les idées de qui rien ne voit mais tout croit, Priver Apogène de vous voir n’eût-il point été maladroit ? Alors, voyant la peine de celui qui avoua son chagrin, Je la voiturais vitement afin que son soutien fût joint… CYBÈRE Vient-il voir l’agonie d’un perdant décidé d’en finir de la vie ?... ÉGIDE Sur ma vie, j’affirme que cet ami cher n’en a guère l’envie. CYBÈRE (s’adressant à Apogène) Ainsi tu es là... Ami, pardonne-moi si, terrassé de douleur, Affaibli par ce qui me reste de vie, je te parle sans chaleur. Si, sur ta poitrine je pleure et si sur ton épaule je larmoie, Pense que c’est la toute dernière fois que je parle de moi… Pour avoir dit que qui sali son ami à devoir d’expier, Le sans honneur que je suis, sa vie, dépose à tes pieds…. APOGÈNE N’en fait rien, l’instant est au regret et non au pardon ! Je n’ai point savoir la raison de ton abandon. Laisse-moi emporter le souvenir de ta belle amitié, Sans ton aide ! Au parler beau, qui m’aurait initié ? Saurais-je que qui veut se repaître du langage cadencé, Se doit de lire en premier, les auteurs Français ? Cybère ! Attends-tu un miracle au sortir de cette porte ? CYBÈRE Non ! Seuls les niais croient aux fadaises qu’on colporte… Questionne les quêteux censés tout connaître des cieux, Tu verras qu’aucun d’eux ne sait où se cachent les dieux. Apogène, lorsque surviendra mon ultime soupir, Clos mes paupières, puisqu’à rien d’autre je n’aspire. ACTE III SCÈNE IV ANAÈDE, APOGÈNE, DONATIEN ANAÈDE Apogène, puisque n’est plus celui qui voulait servir la patrie Entendue que ce désir là fut, peut-être, une pure coquetterie, Avant que vous ne redressiez le pays de belle manière Peut-être pourrions commencer par fleurir votre boutonnière. Ai-je tort de penser qu’un point rouge avec rosette vous siérait ? APOGÈNE Parbleu ! Il va de soi que recevoir un pareil honneur m’irait… DONATIEN Entendu que la conduite de la France n’est pas affaire de mollasson, En vous offrant cette légion, le pays vous aidera de bien belle façon. ANAÈDE Songez à l’oiseuse et féodale bassesse des fuyards de Varennes… Agissez, faites qu’à genoux, plus jamais, un Français ne se traîne ! APOGÈNE Anaède ! S’ériger ainsi n’est pas ce que la France attend ! Ce dont le pays à besoin, n’est autre qu’un vrai combattant. La nation ne peut être confiée à un député de petite valeur ? ANAÈDE Que dites-vous ? De tous les postulants, vous êtes le meilleur ! APOGÈNE Amie, je préfère oublier ce palais convoité au confort royaumé, Plutôt que posé mon fondement sur ce siège pour grand diplômé. ANAÈDE Puisqu’à votre décision je ne saurais m’opposer, J’accepte l’offre qui vient de mettre proposée… Si, à cela, personne ne s’oppose et ne fait objection, Pourquoi n’irais-je point faire une tournée d’inspection ? APOGÈNE Ne redoutez-vous pas de vous sentir un peu seule ? ANAÈDE Voyons, les femmes averties savent ce qu’elles veulent ! Taisez cette nouvelle avant que je ne revienne de là-bas, Le temps viendra où nous devrons livrer un ultime combat. APOGÈNE Pour vous bien servir, point davantage ne me faut, Puisque partir, c’est un peu vous défaire de vos maux … Voyant d’un mauvais œil votre séjour à Paris Je ne vous cacherais pas que cela me contrarie… ANAÈDE Laissons là les regrets, l’heure est venue de partir Car à la vie plutôt qu’à la mort je veux me convertir. Si mon neveu vous demande ce que je suis devenue, Dites-lui que je regrette d’avoir disparu sans l’avoir prévenu. ACTE III SCÈNE V JANUS, ÉGIDE, EUGÉNIA JANUS Me direz-vous pourquoi tante Anaède s’est allée voir Paris ? Aurait-elle oublié qu’elle doit porter le deuil de son défunt mari ? ÉGIDE Où est l’outrage ?... Ayant obtenu un droit de sortie, Au malheur à vie, votre parente ne s’est point convertie. Qu’à cela ne tienne ! De Ganopée ne vous êtes-vous pas entiché ? Comment l’allez-vous séduire si vous n’osez l’approcher ? Si vous placez son Altesse au rang des courtisanes de cour, Comment pouvez-vous savoir ce qu’est aimé d’amour ? EUGÉNIA Que vaut l’houspille d’un grippe-sou richement pourvu, Qui, sans gêne aucune, dit lui-même avoir mauvaise vue ? ÉGIDE Madame, qui ne sait assortir sa liquette aux couleurs de son jabot Sans volonté affichée doit toujours laisser joliette à plus beau… EUGÉNIA Plus beau ?! Ne serait-ce point votre côté affligeant ?! Qui révèle votre turpide penchant pour les choses de l’argent ?! Ici, nul n’ignore que pour amasser n’étant point le dernier, Vous vendriez père et mère pour le moindre denier ! ÉGIDE À quoi sert de tenir des discours hors propos ?... Madame, à chacun sa bannière, à chacun son drapeau ! Si les épines étaient dissociables de leur rose, Ses corolles vaudraient-elles encore quelque chose ?!... Qui fait ce que l’on ose dire parce que cela se fait en secret En donnant la vie, ne fait-il pas quelque chose de concret ? JANUS Mère, me pensez-vous prêt à fonder une famille ? EUGÉNIA Tu le sauras le jour où tu parleras à l’oreille des filles !... ÉGIDE Janus, avec un cœur à l’envers et un corps en jachère, Comment voulez-vous que s’associe vos deux chair ? Dites-vous bien que si vous ne l’approcherez point, Vous n’avez aucune chance de l’amener plus loin. JANUS Monsieur, faites-vous cas des fantômes qui m’assaillent ! Me disent que je renaîtrais après mes propres funérailles… ACTE III SCÈNE VI DONATIEN, ÉGIDE, JANUS, EUGÉNIA, APOGÈNE DONATIEN Qui dit que les vues de l’esprit sont sources de querelles, Doit savoir que cet ancestral fléau est un mal naturel. ÉGIDE Janus, est-il vrai qu’un énième Dieu ne soit venu que pour vous ? JANUS Pas seulement, mais il est vrai que pour moi celui-ci se dévoue. DONATIEN Si cela est, quelles prédicatives veut-il que l’on délivre ? Veut-il nous convaincre de lire un énième livre ? ÉGIDE Si, quoi que l’on fasse ou dise, toutes fautes pardonnent, Cela voudra dire qu’il n’a de pouvoir que celui qu’on lui donne ! JANUS Pour n’avoir ni gloriole à quérir, ni thèse à soutenir, Si je ne l’avais point rêvé, je ne saurais quel rôle tenir. Je sais que Cronos l’appela Hadès ! Son histoire est connue… Sa légende, son aura et sa gloire jusqu’à nous sont venues ! ÉGIDE Hadès, dites-vous ?…Le nom d’Hadès me dit quelque chose… JANUS Il fut le gardien des Enfers avant que ne s’opère sa métamorphose !... DONATIEN Ne serait-ce pas ce crématiste qui brûlait ses génisses tout entières ? JANUS Oui mais, usage faisant, Zeus préféra le bœuf à la vache laitière. Si vous me demandez de prédire les évènements à venir, Il y a fort à parier que mes dires ne vous puissent convenir. Un jour, Zeus qui venait d’arbitrer un conflit en faveur de son frère Se vit offrir cent hécatombes et autant d’urnes à usage cinéraire. Surpris par l’importance et l’élégance de son geste, Le dieu des dieux décida d’user de sa puissance céleste. Sachant qu’Hadès lorgnait les mortels de notre monde Zeus le fit roi de la terre dans la même seconde. C’est ainsi que le Dieu des Enfers fait Dieu des hommes, Hier né Hadès, aujourd’hui, Néhadès on le nomme ! ÉGIDE Si cette entité, devers nous, accepte de s’ouvrir, Nous libérera-t-elle de notre funeste désir de mourir ? JANUS À chacun son heure, moi, je sais ce que je lui dois. Puisqu’elle m’aida, bien avant que je ne la coudoie. Persuadé que j’allais vivre une fantastique époquée, Mon plus cher désir était de vite rencontrer Ganopée. Cela ne se fit pas car, à peine présenté à la sage Athéna, Que vers une célestielle beauté celle-ci m’amena. Aussi, si je n’avais pas été présenté à un célèbre céladon, J’ignorais encore que ce latin de nom s’appelait Cupidon. C’est au moment où j’appris que celui-ci était sa progéniture Que débuta pour moi une épique et rocambolesque aventure. Car, après avoir visité son rejeton et fait montre d’affinités, Je ne pouvais penser que la latine Vénus userait de sa féminité. EUGÉNIA Es-tu sûr qu’elle ne voulait point te défaire de ton affliction ? JANUS Si tel était le cas, se serait-elle offerte sans aucune restriction ? EUGÉNIA Lui as-tu dit que tu aimes une reine qui la surpasse en beauté ? Qu’un galant entiché n’est point disposé à fauter ! JANUS Je le fis mais, pressé que j’étais de poursuivre ma folle épopée, J’ajoutai même que l’élue de mon cœur s’appelait Ganopée. N’appréciant guère que j’aimai la même en mieux, L’éconduite qui n’était pas disposée à me faire ses adieux Me confia que qui, dans l’Olympe refuse l’acte d’amour, Prolonge d’au moins dix-sept jours la durée de son séjour ! EUGÉNIA As-tu craint qu’à l’étreindre cette furie te contraigne ? JANUS Pas vraiment mais, en lui prouvant qu’à l’aimer je dédaigne, La déesse qui savait que j’avais porté ombrage à sa renommée Me retint prisonnier par un procédé, qu’ici, je n’ose nommer. Alors, elle fit venir des bellâtres pour lui faire les yeux doux, Persuadée que ces minaudiers finiraient par me rendre jaloux. EUGÉNIA J’imagine que ne se prenant pas pour la première venue, Sans échec connu, elle ne s’attendait pas à pareille déconvenue. JANUS Après qu’elle eu eut bu mon refus de faire vous devinez quoi, Elle m’avoua que jamais mortel ne s’était opposé à sa loi… EUGÉNIA Il va sans dire que tu es plus habile que d’aucuns ne le croient ! JANUS Si cela n’était pas, je n’aurais pu atteler le cheval de Troie ? EUGÉNIA Mon enfant, tu n’as pu, ne fût-ce qu’une fois, Seller un équidé fait de dosses et de rondins de bois. APOGÈNE Janus, comment peut-on courir jusqu’à en perdre le souffle Sans savoir que reine n’a d’yeux pour l’amant qui s’essouffle ? EUGÉNIA Pourquoi donc mon fils ferait-il dans le calcul, Puisque dans la paillardise, lui, jamais ne bascule… JANUS (montre le fatal flacon) Monsieur, aurais-je avalé l’entièreté de ce mortel poisson Si je ne souhaitais pas quitter la tiédeur de cette maison ? ÉGIDE Vous aussi ! N’en finirons-nous jamais de ces suicides ! Saurons-nous un jour qui, en ce bas monde, décide ? La Mort, auprès de qui souffre serait-elle sans écoute ? Lui a-t-on dit, qu’à la peur, la souffrance s’ajoute ? Janus, puisque cela est, partez, rentrez votre juste colère L’ami Apogène saura essuyer les larmes de votre mère… APOGÈNE Docteur, si à l’insulte je pardonne et à la punition je sursois, C’est parce que je m’interdis de rosser un plus petit que moi. JANUS Puisque, désormais, mes minutes sont comptées, Mère, rapportez à la reine mes dernières volontés… EUG ÉNIA (confession faite) Fils aimé, ne me demande pas de croire en un dieu Incapable de prolonger le moment de l’adieu ?!... JANUS Pour suivre Thyphanie et rejoindre oncle Cybère. Puisque de mes outrances, moi aussi, je me libère, Telle une ombre drapée dans un corps sans matière, Mon âme hante déjà les allées de mon futur cimetière. Mère, n’est-ce point vain de parler de remords, Quand la vie s’efface au profit de la mort ? ACTE IV SCÈNE PREMIÈRE EUGÉNIA, GANOPÉE EUGÉNIA Votre Altesse, si votre humble servante reste sans voix C’est parce que sa profonde tristesse à fait place à la joie. Si hier, je ne souhaitais que votre retour aux affaires, Aujourd’hui, je sais l’avantage que cela me confère. GANOPÉE Me servirais-tu encore si le peuple venait à me désaimer ? EUGÉNIA Oui, à condition que de sa Gracieuseté m’autorise à l’aimer Et qu’elle ne mes dise plus qu’une servante sans cervelle Ne peut être porteuse d’une heureuse nouvelle. Pour ce faire, il faut que sa Majesté ne doute pas Que sa femme de peine sait ce qui se passe ici-bas. GANOPÉE Doute ou pas, par le ciel, expliques-toi clairement ! Je n’ignore pas que l’heure est au dénigrement Et que, n’ayant plus l’aura de naguère, Désormais, on à que faire de mes prises de guerres. EUGÉNIA Le peuple souhaite qu’un galantin entre dans l’arène Vous aime assez fort et y sème mille petites graines. N’avez-vous pas devoir de laisser descendance ? Demain, vous saurez ce que pense dame Providence. GANOPÉE M’estimes-tu incapable de penser par moi-même ? EUGÉNIA Majesté, je sais que mon souci va devenir votre problème. GANOPÉE Que t’arrive-t-il ?... De qui tiens-tu cette audace ? M’oserais-tu imposer ce que tu ne saurais faire à ma place ? EUGÉNIA Dois-je taire le nom de qui use de pratique arbitraire ? GANOPÉE Es-tu sourde ? Ne viens-je de te dire son exact contraire ? Je sais que des félons fomentent coup d’état à la cour Et qu’ils n’ont point l’intention de me parler d’amour. EUGÉNIA Est-ce à dire qu’ils ne sont plus ce qu’ils furent autrefois ? GANOPÉE Cela n’est pas ton affaire ! Dis-moi plutôt ce qu’ils disent de moi. EUGÉNIA Majesté, je n’ose vous conter les horreurs qui furent dites. À commencer par vos proches que chaque action discrédite. Quand l’un loue votre port de tête pour cacher son dessein, Un autre rêve de le déposséder du diadème qui la ceint… ACTE IV SCÈNE II ÉGIDE, GANOPÉE, EUGÉNIA ÉGIDE Hier, on recrutait, mécréants et autres revanchards. À présent, il ne reste que les pochtrons et les couards. Fini le temps où poitrail au vent on mourrait en chantant. À présent, on n’écoute plus les complaintes d’antan. À quoi sert d’enrôler bleusailles ou badernes valides Puisque, in fine, vous n’aurez qu’une armée d’invalides. GANOPÉE Bien que ton constat ne soit pas sans fondement, Point n’est besoin de noircir plus avant l’évènement. (Puis, découvrant la présence d’Apogène et de Donatien) Dis-moi plutôt ce que font ces laquais sans ouvrage commencé ? ÉGIDE Si j’étais sûr de ne pas vous attristé par mes sombres pensée, Je répondrais que ces personnes ne sont pas concernées Parce qu’ils font ce que les oiseux à longueur de journée. Et si vous me demandez de quoi se nourrissent ces gens-là, Je dirais qu’ils se gavent de ce que d’ordinaire ils n’ont pas… GANOPÉE Devant ce qui, manifestement, elle n’avait pas vu Puisque tu as réponse aux questions que tu te poses, J’espère que tu pourras me dire ce que fait cette chose Dûment affalée et allongée tout de long. EUGÉNIA Altesse ! Je n’ose vous expliquer la raison de cet abandon. GANOPÉE Effrontée ! Je t’ordonne de me dire ce que fait ce garçon ! EUGÉNIA Majesté, comprenant et faisant miens vos légitimes soupçons, Je comprendrais que son Altesse m’en veuille mordicus, Quand je lui dirais que ce céladon porte le nom de Janus Et que c’est à l’oreille que me fut confiée l’ultime volonté D’un célestiel élu, aimé et connu pour son immense bonté… Votre grâce, ne sachant point que la mort le guettait, Je me devais de faire ce que ce Janus souhaitait. GANOPÉE Avoues-tu connaître les dessous de cette folle histoire ?! EUGÉNIA Pourquoi le nierais-je puisque belle et grande sera votre victoire !… GANOPÉE Par Jupiter, parle donc, ne vois-tu point que je t’écoute ?! Sache qu’il t’en cuira si, en moi, tu introduis le doute… EUGÉNIA À quoi bon dire ce que fut la vie d’un aimant sans statut Si vous refusez d’entendre que quelquefois la folie est vertu… Que celui qui vous aime, élevant votre nom au-delà du sacré, Préféra se défaire de la vie plutôt que de vous aimer en secret. L’amour tue parfois les guerriers les plus aguerris. Janus souffrait d’un mal que nul médecin ne guérit… GANOPÉE Il suffit ! Dans quel siècle crois-tu vivre ? Une reine se doit-elle taire Quand une servante lui conseille de laisser les choses seules se faire ? Oublier la folie d’un sot qui, avec sa reine, fit des projets d’avenir. Dire oui à son fol désir ? Laisser poindre les évènements à venir ? ÉGIDE Altesse, vous ne pourrez vivre en accord avec vous-même En refusant celui qui s’est tué en disant qu’il vous aime ? Est-ce sa faute, si l’amour est un fruit qui pousse sans graine ? GANOPÉE Qu’espères-tu ?... Désires-tu que d’un mort je m’éprenne ?!... ÉGIDE Majesté, si vous daigniez m’écouter, je lèverais tous soupçons, En avouant que Janus est l’enfant d’Eugénia, son unique garçon. GANOPÉE Ainsi tu es mère ! Une sans cœur, que l’amour de son fils indiffère, Une maman estimable eût empêché son rejeton de la vie se défaire ! … ÉGIDE Vivre sans l’amour de son prochain n’étant plus de ce temps, Lui interdire de montrer ses élans n’eût-t-il point été révoltant ? GANOPÉE En croirai-je mes oreilles ?!… Veux-tu que je te complimente ? EUGÉNIA Mieux que cela !… Épousez Janus !... Devenez femme aimante !… GANOPÉE L’épouser ?!... Que ferais-je d’un niais ? D’un amant affalé ? Apprends qu’une reine ne saurait s’enticher d’un valet ?! EUGÉNIA J’ajoute que Néhadès, en vous destinant à ma progéniture, A dressé une liste de bienfaits afin que je vous en fisse la lecture… GANOPÉE Le désir d’une reine ne s’écrit pas dans les pages d’un livre ? Janus n’étant plus de ce monde, il ne peut m’obliger à le suivre ! EUGÉNIA Altesse, interrogez gens de cour ! Faites parler votre médecin ! Tous diront que contre le mal d’amour point n’existe de vaccin. On dit qu’en Néhardie, un baiser dure une heure et l’étreinte une nuit. Puisque Janus est en vous, vous ne pouvez être sans lui ! Refusant les avances d’une Vénus qui n’en crut pas ses yeux… Sur les conseils de son Dieu, ne visita-t-il pas chaque lieu ?!... GANOPÉE Même si cela m’affecterais que je ne saurais l’approuver, Réfléchit, Assiégeant l’Italie, comment m’eut-il pu trouver ? Peu importe ! Achève ton récit ! Qu’a-t-il fait après cela ? A-t-il poursuivi ses recherches ? S’est-il arrêté là ? EUGÉNIA Non certainement pas car, Néhadès observant sa détresse Refusa qui s’aille sans n’avoir reçu son pesant de caresse. Altesse, c’est ainsi qu’ordre donné et, miracle faisant, Relevant que cette situation n’avait rien de plaisant, Songeant que de ne vous plus voir n’avait rien de plaisant Décidé qu’il était à fuir son funeste et mortel tortuage, Janus, se mit à dessiner un beau mais faillible nuage. Aussi, dès qu’il apprit que le froid glacerait l’habitacle, Il sut que sans pantacle il ne pouvait espérer de miracle. C’est alors que, dame Providence qui n’à nulle pareille Sachant qu’âme humaine ne peut vivre sans soleil, Décidée de vous vite sortir de ce funeste piège Agissant avant que l’eau du ciel ne fasse neige, Elle couvrit les nues d’un linge chaud fait d’étoffes bourrues, De peur que de froid, par trop tôt, votre amour ne mourût… GANOPÉE Foutaise ! N’aurais-tu pas pour dessein d’attirer mon attention ? EUGÉNIA Altesse ! Ce qui suit vous dira que je n’en ai point l’intention… GANOPÉE Par le ciel, ignore-t-elle qu’union roturière n’a pas cours ? EUGÉNIA Dame Providence sait que vous aimeriez mon fils d’amour. ACTE IV SCÈNE III DONATIEN, EUGÉNIA, GANOPÉE, ÉGIDE DONATIEN Eugénia, dans quelle ignorance avez-vous élevé votre enfant ? EUGÉNIA Donatien, je ne suis allée qu’au-devant de la cause qu’il défend !… Sachez que si à ma reine, en ce jour, mon Janus je donne, C’est parce qu’une pythie l’augure et qu’un dieu me l’ordonne. Si vous lisiez le registre qui consigne l’heure de départ de chacun, Vous sauriez que la reine ne sera plus à l’aube du vingtième matin. GANOPÉE Sachant qu’à me faire aimer de ton fils jamais tu ne renonceras, Que mère, même mauvaise, tu es et tu le resteras, Que mon temps de vie est sans égal à celui qui me fut alloué, Parce que qui aime d’amour vrai ne mérite pas le fouet, Parce qu’à tout prendre, contre Janus, je préfère me blottir, Doux seigneur, je t’offre ma vie si tu m’aides à partir… Si une force inconnue contraignait Janus à me fuir, Aux enfers, je prierais les forces du mal de me vite conduire. Eugénia, n’oublie pas de haïr celle dont le peuple s’est vengé Pour avoir conseillé aux sans pain de brioches manger… Si bleue et inhumaine n’était point la couleur de son sang, Aurait-elle insulté l’indigence en voyant mourir tant de gens ?... EUGÉNIA Votre Altesse, faites vôtre ce flacon, buvotez ce breuvage divin Fait d’ambroisie, d’hydromel et d’un filet du plus noble des vins. ÉGIDE Par Zeus, Eugénia ne voyez-vous pas que la reine défaille ? EUGÉNIA Si je ne l’aide point, comment voulez-vous qu’elle s’en aille ? ÉGIDE Pour aller où !?... Connaître quoi ? …Ou chercher ses bienfaits ?! EUGÉNIA Seuls la Vie, la Mort et l’Amour en connaissent les méfaits Ganopée à Égide Où je vais, tous veulent aller mais aucun ne veut mourir ! Si le mensonge vainc, la vérité, elle, est née pour souffrir… Où je vais, l’élu n’est point tenu de gagner sa pitance Là où je vais les lundis sont bannis au profit des dimanches… C’est parce que tu es plus vil que d’aucuns ne le supposent Que, sur la plus belle des choses, jamais, ton regard ne se pose… Avertie que Néhadès ne punit que les auteurs d’infamies, Je te lègue les richesses de mes mille royaumes endormis… ACTE V SCÈNE PREMIÈRE EUGÉNIA, DONATIEN, APOGÈNE EUGÉNIA Devant une foule réjouie, accoutrée d’une étrange manière, Pensez-vous que plaisant fut l’acte quatre de la scène dernière ? DONATIEN Le succès remporté ne me paraît guère discutable ! EUGÉNIA Si cela est, reste à savoir si celui-ci nous sera profitable ? APOGÈNE Anaède évoquait ce problème avant son départ pour Paris. EUGÉNIA Effectivement, c’est précisément cela qui me contrarie ! APOGÈNE Si par malheur un événement venait conforter cet avis Cela voudra dire que son séjour à Paris ne lui aura point servi. A la réflexion, sachez que je pourrais me joindre à vous, Si j’avais le sentiment que l’on ne se moque pas nous ! DONATIEN Cette pensée est vôtre, je pourrais facilement là contester, Si l’heure n’était pas venue de choisir entre partir ou rester. Et puis, n’avez-vous point refusé l’offre proposée, En n’ayant que survolé ce que disait le fameux exposé ? APOGÈNE Je ne le nie pas ! Aussi, je relève que, selon l’expression, Partir fuir ou rester est laissé à notre entière discrétion ?… EUGÉNIA C’est exact ! Notez que grâce à l’engagement de chacun, Nous n’allons plus à vivre sous le giron de quelqu’un… Cela dit, insensé serait de refuser ce prometteur avenir Sans même savoir si celui-ci nous pourrait convenir. DONATIEN Pour ma part, je ne souhaite pas prolonger mon séjour Dans un lieu sans ciel, sans porte ni fenêtre sur cour. L’autre raison est que je me refuse de ne vous plus voir… EUGÉNIA Voyons, ce que vous me dites ne se peut concevoir. Ajouter à cela que fréquenter le bel homme que vous êtes, Aura l’avantage de me mieux faire connaître le poète… Aussi, n’ayant plus de factums à lire ni personne à maudire, Me direz-vous enfin ce qu’hier vous me promîtes de me dire ? DONATIEN Si vous pensé qu’aisé est de quitter la tiédeur de ce lieu, Ou trouvez-vous le remède qui guérit des affres de l’adieu ? Ayant compris qu’une autre peau nous devons revêtir, J’ose redire qu’il nous faut choisir entre rester ou partir… EUGÉNIA Si nous voulons connaître les coutumes de ce monde, Nous devons nous vite préparer sans perdre une seconde. ACTE V SCÈNE II ALEXIA, EUGÉNIA, APOGÈNE, DONATIEN, ALEXIA Qui me connaît sait que je me nomme Alexia Pipelet, Fille de la pieuse Ernestine dite l’égraineuse de chapelet. Après vous avoir fait moquer les travers de cette planète Priver de voir le ciel, même, avec d’épaisses lunettes, Caché qu’étant né avec le nominal appelé bébé lune Des chances de vivre à l’air libre vous n’en eûtes aucune. Ce disant, sachez qu’il m’importe de vous expliquer Ce qui pour nous est simple et pour vous compliqué. EUGÉNIA Alexia ! Bébé lune ... Bébé lune…Que dites-vous là… Ignorez-vous qu’aucun de nos livres ne parle de cela ? Toutefois, je trouve fort beau l’énoncé de ces mots ! ALEXIA Cela serait si cette épithète ne cachait pas de terribles maux ? Car, indiquer un malheur sous un romantique patronyme, C’est cacher que ce dernier est riche d’autres synonymes. Aussi, désigné pareille affliction que part un surnom, C’est taire que cette affection n’a de beau que le nom. Sachez aussi, qu’inscrit sous l’intitulé d’enfant mal né, Restait encore à trouver comment occuper vos journées… Entendu qu’à toute éventualité il fallait que l’on pourvoie On décida de vous isoler afin que personne ne vous voie… APOGÈNE Alexia, sommes-nous des êtres à ce point rebutant ? ALEXIA Bien sûr que non ! Vous n’étiez porteur que d’un gène mutant. Après avoir évalué les carences de votre système de défense, Restait à prévoir comment se passerait votre petite enfance. Bien entendu, ne sachant soigner le désordre de votre corps, Nous nous mimes à chercher ce que nous ne savions pas encore. Ignorant pourquoi ce gène à tout antidote s’oppose, Nous ne savions pas non plus sur quoi ce mal repose. Cela dit, notez que sans l’émergence d’un libérateur remède, Nous n’aurions jamais autorisé la récente sortie d’Anaède… APOGÈNE S’est-elle vraiment allée voir à quoi ressemble votre monde ? ALEXIA Oui ! Elle tenait à savoir si celui-ci pouvait lui corresponde. Nous l’attendons. Son séjour à Paris se termine aujourd’hui, Autant dire que, si besoin, précieux sera votre appui. Sachez que là ou vous aller, c’est-à-dire, dans l’autre monde Si beaucoup d’hommes sont bons, d’autres sont immondes… Car, si nombre d’entres eux dans l’ignoble se vautrent Il s’en trouva un qui aida son fils mais aussi les sept autres J’affirme que grâce à son soutien le pire jamais n’arriva Et qu’un dénommé Ovide tout bonnement vous sauva. Taire sa douleur, le père d’Ovide lui aussi dut le faire. Mais, s’y refusant, celui-ci déclara s’en vouloir défaire. EUGÉNIA Pourquoi nos livres n’ont-ils point abordés ce sujet ? ALEXIA Sachez qu’en parler était en quelque sorte se déjuger… Car, vos ouvrages étant tous écrit sur demande Ne pouvait à la fois dire vrai et inventer des légendes. Le père d’Egide, pour qu’existe l’histoire du Messin, Obtint que l’on attribue à son fieu le titre de médecin… C’est ainsi que ceux qui, à votre cause fédèrent, Ne sachant pas à quoi tenait votre côté suicidaire Estimèrent que mieux valait vous en ôter l’envie, Plutôt que continuer à dire que belle est la vie. Aussi, quand survint la guérison de Thyphanie, Restait à vous débarrasser de votre monomanie. APOGÈNE Guérie ! Dites-vous ? De quelle guérison parlez-vous ? Ne vous en déplaise, Thyphanie s’est éteinte devant nous ! Vous ne pouvez soutenir que celle qui fut notre égérie Ne fut point la première victime d’une longue série. ALEXIA Thyphanie était guérie, une surdose d’antidote l’a tuée. Elle vivrait si cette dernière eût été mieux évaluée. APOGÈNE Guérie ! Si Thyphanie l’était, le sommes-nous aussi ? ALEXIA Être guérit sait savoir que la mort et la vie jamais ne s’associe Sait savoir aussi qu’à la délivrance nul ne doit faire barrage, Sait savoir enfin que l’ignorance est le plus grand des naufrages. APOGÈNE Pour que l’on déteste la mort, lui enlever tout crédit, Était-ce besoin de nous faire jouer cette divine comédie ? ACTE V SCÈNE III JANUS, DONATIEN, CYBÈRE, EUGÉNIA JANUS Décidons-nous ! Montrons au monde que nous sommes résolus. DONATIEN Oserons-nous partir sans celui qui joua si bien son rôle d’élu ? JANUS Malgré le quiètement que Cybère exige de ses nuits, Il va de soit que le laisser serait une source d’ennui. Amis, s’acquitter de cette tâche n’est point chose facile, D’autant que cet animal est tout sauf une monture docile … CYBÈRE (ouvre un œil) Morbleu ! N’en finirez-vous jamais de vos bavardages ?! N’avez-vous point de respect pour les gens de mon âge ? (Avisant Donatien) Il me semble vous connaître ! Ne seriez-vous pas Donatien ? DONATIEN Monsieur, pourquoi vous cacherais-je que ce nom est le mien ! CYBÈRE Puisque, semble-t-il, de mes nobles intentions, vous me voulez priver Sachez que je vais tout faire pour que, jamais, cela ne puisse arriver Une torture pour l’oreille n’étant point un délice pour les yeux, Dans les jours à venir, à vous tous fuir, je ferai de mon mieux… JANUS (à Cybère) Puisque votre indigent point de vue jusqu’à moi est venu, Est-ce trop demander de me parler avec plus de retenue. CYBÈRE Soit ! Mais comment puis-je envisager mon propre avenir, Quand, en ces lieux, prisonniers, sont mes chers souvenirs. DONATIEN Pourquoi refusez-vous de mettre fin à votre vie d’esseulé Sachant que plus rien n’interdit d’aimer et de pacte scellé ? Possibilité qui se vient, j’en conviens, un peu tard venu, Et qui, finalement, ne va puisque nous avons aussi obtenu Un droit souverain, qui, hier, nous fut bonnement interdit. Tandis qu’en l’instant, peut se faire si le cœur vous en dit. EUGÉNIA L’ennui est que nous ne savons pas comment la chose se fait… DONATIEN Déplorons-le car ceux qu’ils l’ont fait ont vanté ses bienfaits. EUGÉNIA Si cet usage relève du bon vouloir de chaque individu, Pourquoi donc cet acte essentiel nous fut-il défendu ? DONATIEN On ne le saura jamais, la page deux explique comment s’y prendre. EUGÉNIA Il n’empêche que cela reste extrêmement difficile à comprendre, Bien que ces feuillets parlent de bien être pour le corps et l’esprit. ACTE V SCÈNE IV GANOPÉE, JANUS, ÉGIDE GANOPÉE Janus, que dire d’autre que je ne vous espérais plus ! Avec l’éternité, vous a-t-on dit quel accord j’ai conclu ? JANUS Puisque notre histoire se termine sans dommage, Je sais bien que l’heure n’est point à l’hommage. GANOPÉE Si, jadis, être folle d’éteintes folles, fut blasphème, Comment vous dois-je dire qu’aujourd’hui je vous aime ? Puisque reine ne saurait vivre sans étreintes fortes, Cette nuit, je laisserais grande ouverte ma porte… Savez-vous que mes lèvres ignorent la chaleur du baiser. Que jamais main d’homme n’a osé sur ma peau se poser. Aussi, je n’oserais vous souhaiter la bienvenue Si je n’étais point la plus chaste des vestales connues. Et si je vous avoue aimer à en rendre les autres jaloux, C’est parce que je ne saurais appartenir à un autre que vous. JANUS Vous savez bien que pareille invite n’est pas de saison, Faillir, c’est renoncer à quitter notre natale maison. Si, naguère, votre cœur m’eût parlé, inspiré de l’amour, Croyez bien que le mien ne serait point resté sourd… GANOPÉE Si votre âme n’était pas aussi noble que vos vers sont doux, Dites-vous bien que jamais je ne me serais éprise de vous… ÉGIDE (à Ganopée) Voyons ! Janus n’est guère plus poète que je ne suis médecin Je vous affirme que vous séduire n’était point son dessein. Le temps des seigneurs n’est plus, il faudra vous y faire… De vos rêves de princesse, vous devez vous défaire ! ÉGIDE (en aparté) Si Ganopée refuse de croire que fol est son esprit, Cela veut dire qu’elle croit encore à ce qu’il lui fut appris. ACTE V SCÈNE V ÉGIDE, ANAÈDE, DONATIEN ÉGIDE Venez vite ! Aidez-moi à soutenir mademoiselle Anaède ! ANAÈDE Laissez-moi me débrouiller, je peux y arriver sans votre aide ! ÉGIDE Peut-être bien mais, si vous ne nous aviez point délaissés, Il y à peu de chance que vous ne nous reveniez blessée ? ANAÈDE Égide, quelle valeur accorder à un petit mal de genou, Comparé au plaisir que j’ai de revoir notre chez nous !... ÉGIDE Dans ce cas, parlez, nourrissez donc notre soif d’apprendre ! Votre silence peut ruiner l’espoir de renaître de nos cendres, Si ce n’est point pour réactiver une énigme jusqu’alors cultivée, Je ne vois pas l’intérêt de nous cacher ce qui vous est arrivé. ANAÈDE Délibérément soumise à l’outrageante épreuve purgative… De retour de géhenne, ai-je mérité pareille invective ? Égide, si vous ne passiez pas votre temps à critiquer, Vous sauriez pourquoi vous me voyez claudiquer. Aussi, je me dis que si votre pouce était exempt de mépris, Il saurait qu’un mesquin cor au pied n’affecte pas l’esprit. Ai-je le droit de préférer celui qui pense à celui qui croit ? Si oui, je loue qui sait à celui qui croit en n’importe quoi ! Monsieur, cessez de battre un fer qui refuse de s’agrandir, D’autant que l’on gagne à se taire quand on n’a rien à dire… Parlez-nous de ces hippomobiles, sans chevaux devant Qui, sans cocher, se déplacent par la seule force du vent… ÉGIDE Voyons Anaède, comment pourrais-je savoir cela ?!... ANAÈDE On apprend plus à écouter qu’à parler de ce l’on ne sait pas ! ÉGIDE Ne vous m’éprenez pas, trouvant cela fortement abjecte, En aucune façon, je ne saurais vous manquer de respect. ANAÈDE J’ai cru devenir folle en voyant des images sortir d’un mur D’un réalisme surpassant la plus belle des peintures ? Dans une ville usuellement appelée Roissy en Val-d’Oise Qui, paraît-il, jadis, fut longtemps appelée Seine et Oise, Dans un port sans navire curieusement appelé zone portuaire, J’ai vu d’effrayantes machines volantes s’élever dans les airs. DONATIEN Paris n’est-il pas le paradis des cœurs et des âmes errantes, ANAÈDE Donatien, c’est aussi la cité des rencontres fulgurantes. En un lieu appelé Invalides, c’est en traversant l’esplanade, Qu’il me fut donné d’entendre de bien belles sérénades… ÉGIDE Poursuivez, nous sommes impatients de vous entendre, Si tant est d’en dire plus vous daignez condescendre. ANAÈDE Qui à le ciel pour guide et la rue pour demeure Aspire goûter au bonheur avant qu’il ne meure. Moi, je préfère lire ou ne parler que de choses futiles Plutôt qu’évoluer dans un lieu aux limites de l’hostile, Mes amis, aimeriez-vous flâner marcher chaînes aux pieds, En risquant qu’à chaque pas on vous demande vos papiers ? Vu que grande fut ma joie de regagner mon chez moi, J’avoue que, pour-soi, aucunement je ne le conçois. Sachant que possible est de vivre sans barreaux aux fenêtres. Entendu que le plus bel endroit est celui où il fait bon être, Enfin, puisque partir ou rester, il me faut faire un choix Je choisis de rester, si tant est que l’on veuille de moi…
  13. Bonjour Cocoli, Merci pour ton commentaire. Bonne journée. Isotis Bonjour Blaquière, Merci pour ton commentaire. Bonne journée. Isotis
  14. Sans amour, on n’est rien du tout Né dans un siècle qui n’est point le mien, Pourquoi donc n’en dirais-je que du bien. Comment savoir si demain sera mieux, Avant même que je ne devienne vieux ? Ne faisant pas ce que le bon sens me commande, J’échafaude suppose et finalement me demande, Pourquoi le réservé que je suis, jamais n’ose, Poser les questions que les autres se posent. Du mâle prédateur, facile est de faire un diagnostic, À l’instar de l’abeille, il butine de gauche et de droite. En ce monde, il n’est pire chose que naître romantique, Puisque le rêveur est celui qui, en premier, l’on exploite. Le céladon qui ne montre pas sa jolinette au grand jour Doit savoir que cette façon de faire n’est pas de l’amour. Heureusement que je me réjouis et m’enflamme, Lorsque j’observe que mes parents se réclament. Rencontré quelque quarante-six ans plus tôt Éperdus, posant sur une centaine de photos, Quand, furtive serpente la main chaude de mon père, Qui n’a de cesse que d’enserrer celle de sa bien aimée, À le voir faire sienne la froidure de ma douce mère, Je sais que ces deux, jamais, ne se pourront désaimer. Lorsque, impudemment, j’étale mes rancoeurs, En observant mes parents se dévorer des yeux, Sachant que qui est heureux n’est jamais vieux, Récemment éconduit, je sais le poids de l’adieu. Bien que le temps soit aux excès et au couche-partout, Reste que, sans un brin d’amour, on n’est rien du tout.
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