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Tout ce qui a été posté par Ambre Agorn
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L'utérus artificiel, vers une plus grande émancipation des femmes ?
Ambre Agorn a répondu à un sujet dans Philosophie
Visiblement, le sujet autour de ce que pourrait devenir l'humain vous préoccupe, ou alors vous avez quelque chose à vendre. Sur quoi vous vous appuyez pour dire que la grossesse est une contrainte pour la femme? Vous pensez que la femme a besoin de s'émanciper. Selon vous, elle doit s'émanciper de sa capacité à donner la vie? Elle serait donc esclave de sa nature, c'est ça que vous pensez? J'essaye juste, pour le moment, de tenter de cerner ce que vous dites, en tentant de m'extraire de la façon dont vous vous exprimez. -
L'utérus artificiel, vers une plus grande émancipation des femmes ?
Ambre Agorn a répondu à un sujet dans Philosophie
Bonjour Yemaia Pourriez-vous m'expliquer ce qu'est la "nature de l'homme". C'est juste pour comprendre ce que vous dites, merci Bonjour Ephron Vous avez une façon de vous exprimer qui ressemble à s'y méprendre à une technique de persuasion! Vous avez un discours manipulateur -
La douleur, la souffrance Je viens d'enterrer mon père. Il est mort subitement et, même si intellectuellement on a tous compris ce qui se passait, quelque chose en nous n'arrive pas à faire surface, à s'assembler. C'est comme si l'on se trouvait sur une terre inconnue dont on ne saurait rien ni des lois naturelles ni des lois établies par ses habitants: l'ignorance nous projetant à la merci de tout et tous, sans protection aucune. Une immobilité et une gangue d'inertie nous ramenant continuellement à la réalité et sa nécessité immédiate, impossible à s'envoler ou s'échapper. Comme si on n'avait pas encore choisi de souffrir ou de passer à travers les intempéries sans fondre, juste être mouillés sans être effondrés. Ma propre inertie me glaçait, je voulais réchauffer mon corps, mon "âme", je voulais pleurer les larmes que mes frères et sœurs n'arrivaient pas à lâcher. Pourtant, comme moi, je sentais un monde d'amour contrarié, silencieux derrière leurs yeux et chacun de leur geste. Des regards plus longs que d'ordinaire comme pour quêter une aide, un signe de compréhension, un miroir où se mirer et se reconnaître. Des attentions qui émeuvent. Des mots qui se perdent en cours de phrase aspirés dans un souvenir cueilli comme un fruit précieux. Un souvenir revécu et ce constat qu'aucun regret ne pointe alors que celui qui fut notre père reposait dans son cercueil attendant d'être enterré. Cette honte de ne rien ressentir de l'ouragan de douleur qu'on nous promettait, et pourtant ne pas accepter de jouer la comédie. Cette ignorance de ce qui est attendu et de ce qu'il faut faire, comment être, comment se comporter. Cette précieuse ignorance que je retrouvais dans chacun d'eux, faisant écho à la mienne, et qui les rendaient beaux, véritables, entiers et sincères. L'ignorance de ce qu'est la mort malgré son frôlement, malgré le trou béant qu'elle ouvrait dans notre quotidien. La saveur nouvelle découverte dans les petits gestes du quotidien, la densité de ce qui se passe, la distorsion du temps, l'inéluctabilité qui nous entraîne dans son cortège. Un temps dans le temps. Et puis il y a le choc: la confrontation des réalités. L'immense indélicatesse de ceux qui veulent à tout prix se rappeler à nous par des condoléances qu'on ne comprend pas, qui nous rappellent et nous attirent dans un rôle à tenir. Il sont là pour montrer qu'ils pensent à nous, qu'ils compatissent, qu'ils savent à quel point ça doit être dur pour nous. Eux aussi ne savent pas, alors ils jouent un rôle qu'ils ont déjà vu faire et le répètent sans savoir ni même imaginer les conséquences. Personne ne sait, et c'est un ballet de jeu de rôle, celui derrière lequel il faut se cacher pour paraître. Il y a ceux qui compatissent, mais je n'arrivais pas à trouver l'écho en moi de la souffrance qu'ils montraient, qu'ils pensaient voir. Et puis il y a les indélicats, ceux qui font des jeux de mots sans imaginer le potentiel dévastateur de leurs mots fins ou grossiers. Même eux n'arrivaient pas à nous sortir de l'état dans lequel nous étions. Et puis il y a ceux qui ne parlent pas, qui sont proches et discrets, qui sont comme un négatif de ce que nous sommes, qui sont le creux dans lequel le poing s'enfonce, qui sont le calme quand la confusion s'empare de nous, qui sont immuables quand tout s'écroule, qui sont la braise quand la veilleuse s'éteint, qui sont l'âme de la maison quand elle faillit, qui soutiennent l'élan quand l'énergie manque. Ils sont rares et souvent font partie de ceux qui sont le plus atteint, ou qui ont été le plus atteint. Ils sont presque invisibles, indétectables car ils s'oublient pour être ce dont on a besoin. Face à maman, je ne pouvais qu'imaginer sa souffrance, face à la fratrie les autres ne pouvaient qu'imaginer notre souffrance, même entre nous, nous nous jaugions, nous nous observions, concentrés, attentionnés. Alors on réagis tous à ce que l'on imagine, ce que l'on interprète, et parfois les dégâts sont irréparables, rarement le réconfort atteint sa cible. Quelqu'un m'avait dit un jour à quel point il avait mal vécu l'intrusion des autres dans sa douleur, ou plutôt la distraction forcée pour le sortir de son monde de douleur. Il voulait qu'on le laisse vivre et consumer la douleur qui l'atteignait, mais personne ne le laissait en paix et continuellement il devait s'oublier pour répondre aux condoléances, aux courbettes et aux rappels de souvenirs. Et puis le temps passe et il s'est retrouvé seul. Seul quand il est sorti de sa torpeur, seul face à la solitude et sa froideur. Si seul et diminué que, malgré son rang et sa notoriété, il était contraint de s'adresser à moi, la serveuse du restaurant, une inconnue présente. Voir quelqu'un souffrir est très déroutant. Celui qui souffre a une aura particulière, il a un statut à part. Sa souffrance est incompréhensible et on est projeté contre l'impossibilité de réaliser, on ne peut juste qu'imaginer. Et c'est cette imagination qui va nous guider dans les mots, les gestes les attitudes face à celui qui souffre. Il faut un dénuement particulier pour espérer atteindre le monde reculé de celui qui souffre, pour l'atteindre sans le brutaliser, le rejoindre sans nier sa souffrance mais sans la sacraliser. Ca ne s'improvise pas, il faut s'entraîner au quotidien, trouver la fluidité et l'unité indispensable pour être digne d'arpenter les terres inconnues de l'autre, l'autre qui nous appelle de hurlements muets et de danses immobiles.
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Bonjour Je ne jetais pas la pierre aux enseignantes dans l'école de mes filles. Je disais qu'elles n'étaient pas formées pour répondre aux vrai besoins des enfants, elles ne sont chargées que de former, d'inculquer une masse d'information dans leur petit tête. Je sais bien qu'il est impossible de demander à la maîtresse de se dresser contre le système éducatif, moi seule peut le faire. Je suis reconnaissante envers la maîtresse qui s'occupe de mes filles: elle est douce et aimée des enfants. Elle n'est pas responsable du désastre que je perçois, que mes enfants supportent et subissent. Et, apparemment comme vous, j'ai déjà pris en main l'apprentissage de la lecture pour l'aînée et maintenant pour la seconde, et autre matière. Tout simplement parce que mes parents ont fait ainsi avec tout leurs enfants et que j'ai constaté les bienfaits de cet apprentissage en me comparant aux autres, en nous comparant aux autres. Et je passe une bonne partie de mon temps en déconstruction de ce que mes filles me rapportent de l'école. Je ne veux pas qu'elles croient que c'est la seule vérité qui leur est enseigné et qu'il y a beaucoup plus large que cet éventail de techniques qu'on leur y inculque.
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Bonjour! J'ai eu des doutes concernant le ton que vous auriez utilisé en écrivant ceci. Et puis j'ai décidé que ce n'était pas ironique de votre part. En effet j'ai entendu parlé du métavers, mais il n'y a rein de nouveau dans le concept, il ne fait que se développer.
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Si la réalité est si plastique, qu’est-ce que peut être le réel ? La réalité c’est l’illusion. Mais pourquoi deux mots s’ils décrivent le même phénomène ? Je parlais du livre. Le livre m’apparaissait comme le précurseur de la réalité virtuelle. Les livres invitent à l’évasion et ceux qui proposent une certaine libération ou ouverture d’esprit sont peut-être les plus enfermant, sont la clé de voûte qui assure la solidité de la réalité illusoire. Invité à s’évader, mais s’évader de quoi, d’où ? J’aurai répondu il y a quelques temps qu’ils invitaient à s’évader de la réalité, s’évader de ce qui est solide et inchangeable, immuable. Ce que je touche dehors, l’eau dans laquelle je me baigne, la course avec le chien du voisin, les arbres sur lesquels je grimpe, les pierres déplacée pour monter les murs, le bois ramassé pour le feu, tout ceci faisait partie de ce que je nommais réalité. La réalité était une ancre, un point de repère autant qu’une prison. Aussi loin que je peux remonter mes souvenirs, je me vois en continuelle révolte. Mais je n’ai sans doute jamais compris contre quoi je me battais. Plus j’y pense et plus je me dis que le livre est peut-être le précurseur de la réalité virtuelle, mais il n’est pas à l’origine de cette volonté de s’échapper, de conquérir de nouveaux espaces, d’aller plus loin, toujours plus loin, toujours ailleurs qu’ici et maintenant. Mais là encore, qu’est-ce qu’ici et maintenant sinon une illusion que mes sens vivent ? Vouloir nommer n’est-il pas déjà la démonstration de ma volonté de conquérir, d’enfermer quelque chose dans ma perception sensitive et asservir intellectuellement et rationnellement ce qui est perçu, pour la construction d’une réalité ? Pourquoi ce désir de construire et en même temps ce désir de détruire ? Pourquoi construire des murs et vouloir s’en échapper ? Serais-je mon propre tortionnaire ? Je me suis tout d’abord révoltée contre un certain classement qui m’empêchait d’évoluer en société et qui me maintenait dans un milieu que je refusais comme déterminant. Puis je me suis révoltée contre les études en général, contre le système éducatif, préférant la confrontation directe avec le monde et son indissociable prédation. Alors je me suis révoltée contre les mots, les discours et ceux qui les utilisent qui manipulent. Vient maintenant la révolte contre le livre et la réalité virtuelle. Pourtant en quittant les études, je me suis lancée dans la société, dans le milieu qui était le mien et j’ai brisé quelque chose. Dans ma révolte contre les mots, j’ai étudié ces mêmes mots, m’en suis servie et j’ai explosé quelque chose. A chaque fois, je suis obligée de me confronter à une réalité, l’explorer jusqu’à ses racines, jusqu’à ses arcanes les plus secrètes pour la faire cesser, l’anéantir, l’annihiler. C’est pour cela que j’ai commencé à lire, même si c’est un supplice. Le pouvoir que maintient le livre, ou les médias, doit trouver son annihilation en moi car c’est sans doute aussi ici qu’il puise son pouvoir. Les sens sont ce qui me défini le plus … définitivement. Pourtant ce n’est que paramétrage, encodage (ou illusion ou éducation ou formatage), et il est possible de changer ces paramètres, réécrire les codes. Possible dis-je ? Mon erreur a été de croire que je n’étais qu’une utilisatrice de mon corps et qu’il fallait que je m’y fasse, que je fasse avec, voire parfois faire contre ou malgré lui. Mais en fait je ne suis pas qu'utilisatrice, je suis l’encodeur, l'outil et la main qui le manie, la magicienne, le dieu (j’allais mettre la déesse, mais ce mot est moins fort, moins absolu : la langue française est misogyne). Je suis tout, la même et son inverse, la même et tous ses inverses ; le pouvoir est en moi, il n’est pas extérieur, même s’il est aussi extérieur. Encore faut-il que je m’approprie ce pouvoir factuellement.
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Je me suis enfin mise à lire! Je suis donc en train de lire un livre....horrible. Les livres m'ont toujours laissé cette impression qu'ils cristallisaient une réalité et concourraient au fait que cette réalité vivait et restait un bloc que plus rien ne peut désormais briser. A chaque fois qu'un lecteur se présente, il reçoit cette réalité en bloc. Je parle de bloc parce qu'un livre se lit de bout en bout qu'on soit en accord ou non avec ce qui est dit. C'est un laisser-parler à celui qui écrit sans aucun pouvoir de l'arrêter ou de se récrier. Même si je ferme le livre, je sais bien qu'il continue sans moi à faire vivre cette réalité. Le livre est lu par d'autres, le livre emporte sa réalité qui prend de la texture et de la solidité à force d'être lu et propagé. Instinctivement, j'ai su que les mots ont un pouvoir. L'avantage que je peux trouver dans le fait qu'on me forçait au silence, c'est que je n'ai jamais eu à construire une réalité de façon très solide, et surtout j'ai eu tout mon temps pour écouter, apprendre à écouter ce qui est dit, mais aussi ce qui est tu. Car écouter passe aussi par les yeux, et j'ai vu des gens parler, j'ai vu des corps bouger, j'ai enregistré sans le savoir des schémas de réaction, des expressions corporelles, des batailles d'influences dans des discussions qui semblaient être simplement des discussions de famille, des intonations et jeux de rôles pour différentes situations et interlocuteurs. Les gens mentent, c'est un fait. Mais parler n'est qu'une façon de mentir. Ce n'est pas avec les mots que la vérité peut être dite ou montrée. Manier les mots, c'est apprendre à mentir, et surtout apprendre à croire à ses propres mensonges. Le problème, c'est que le mensonge, dans la société, a cette connotation péjorative. Et j'entends partout "Ho! Moi, tu sais, je suis direct, et je dis ce que je pense", sous-entendu, je suis une personne sincère et de confiance. Qui dirait et accepterait le fait que parler est un synonyme de mentir? Mon éducation a été de croire que mentir était péché et que c'était mal. Seulement ce qui n'a pas marché dans cet essais de lavage de cerveau, c'est qu'en m'empêchant de parler et de m'exprimer, j'ai pu voir et constater l'ironie de ce qu'on m'enseignait! Quel poids peut avoir cette façon de voir les choses: mentir est mal et constater que parler c'est mentir! Plus rien ne tient à partir du moment où la réalité enseignée est visiblement cousue de fils blancs. Alors j'ai appris à mentir. D'autres diront que c'est la séduction qui compte et la persuasion. Ceux-là aussi me font rire et j'espère bien qu'ils comprendront que j'utilise uniquement le verbe mentir pour dire la même chose qu'eux. J'ai toujours pensé qu'on créait la réalité qu'on concevait. Je sais pertinemment que mon cerveau aura tendance à confirmer ce que je pense et mes sens seront alors paramétrer pour trouver autour de moi la confirmation de ce que je pense, d'où mon constat. Et, tout en sachant ceci, je me sert de ces capacités, mes capacités pour concevoir un monde tel que je le sens depuis que j'ai conscience de la "texture" de ma vie. Croire que parler c'est mentir et les menteurs sont partout. Ne plus croire aveuglement ce qui est dit. Si tout le monde ment, sans intention bonne ou mauvaise pour autant, il est alors bien plus facile d'accepter les erreurs des uns et des autres, il est bien plus facile de concevoir que l'humain reste aimable. Nos pensés sont faite de mots, d'images plus exactement, et c'est ainsi que nous fabriquons la réalité. Une fois que cette constatation m'a percuté, j'ai réalisé à quel point la réalité est plastique, à quel point je m'accrochais fermement à certains aspects de cette réalité, à quel point il est difficile de se décaler des parties de réalité commune à d'autres, voire à tous (la réalité de la pesanteur est extrêmement puissante car partagée par tout et tous). Comme si la réalité, plus elle est partagée et vécue semblablement par d'autres, plus elle est solide et inviolable, inchangeable. D'où mon désintérêt général pour les livres, d'où ma révolte dans la lecture d'un livre. Le livre n'est qu'une technique de persuasion massive dans le sens où il sert de liant pour créer une réalité. Plus le livre est lu, plus cette réalité se cristallise, plus il est difficile d'en sortir. Penser écrire un livre qui utiliserait la même technique pour contrebalancer son pouvoir, c'est encore une fois se leurrer. Car ce n'est plus une bataille dirigée contre la réalité décrite dans le livre, mais c'est encourager la réalité qui permet au livre de créer une réalité. Plus clairement, croire contrebalancer la réalité d'un livre en écrivant un livre avec une autre réalité, c'est louper son combat, car la bataille ne se situe pas là, la bataille se situe dans le phénomène même du livre en soit. Et encore, je crois que supprimer les livres ne supprimerait pas du tout le phénomène qu'utilise le livre. Et peut-être même que le livre est de loin l'arme la moins utilisée pour créer la réalité. Il y a bien plus efficace aujourd'hui: l'accès à internet, la télévision, les médias en général. Mon seul accès à ces médias se limitent à ce forum pour le moment pour une raison bien précise dans le cadre d'une expérimentation. Depuis que j'ai commencé cette expérience, j'ai réalisé à quel point la réalité est bien moins angoissante que ce qu'on tente de me faire croire dans les médias. Je ré-apprends à interagir avec mon environnement, avec mes semblables autour de moi, à voir la réalité de mon environnement direct, à vivre aux rythmes divers et variés qu'offre mon environnement naturel. Dans un autre fil, que j'avais appelé "la révolution par la terre", je réalise maintenant ce que j'avais pressentis alors: le retour à la terre est symbolique, mais il est exactement ce qui manque. Il manque ce système simple de repères qu'on oublie peu à peu, mais qui est notre nature profonde, organique. Je constate à quel point je m'éloignais de tout repères quand je me lance dans la vie telle qu'elle est présentée quand on naît, et à laquelle on nous initie. Je vois bien que les parents que je côtoie à la sortie de l'école constatent de plus en plus le malaise des enfants et leurs difficultés à comprendre et à répondre. Ils ont des enfants qu'ils emmènent vois des psychologues, des orthophonistes et pourtant le malaise est toujours là. Ces enfants sont punis parfois à cause de leur comportement jugé inacceptable à l'école, ils sont mis à l'écart, et ils réagissent en retournant leur malaise envers les autres enfants qui sont inaptes à comprendre et donc répondre convenablement à ce genre d'appel au secours. Je n'ai passé que deux jours dans l'école de ma fille, et j'ai été touchée, bien plus profondément que j'aurai bien voulu l'avouer, par l'horreur et la tristesse de ce qui s'y passe. Le plus terrible est de constater l'immense incompétence des adultes face à tout ces enfants. Leurs formations n'est pas du tout adaptée à répondre à ce malaise que ressent les enfants. Ma première réaction à été de chercher comment sortir mes enfants de là, mais je voudrais tous les faire sortir. Je les vois bien souffrir, je les vois changer, je les vois être de plus en plus sensibles et perméables à ce malaise. Mais quel est ce malaise? Ce malaise c'est la rupture d'avec notre nature profonde animale, organique au profit d'une réalité dite rationnelle mais qui n'est autre qu'une réalité machinale, objective et complètement déconnectée des besoins essentiels de l'être humain. Mais vous ne les entendez pas hurler ce malaise? Il n'y a pas ceci qui crie en vous? C'est la folie d'aujourd'hui: c'est de ne pouvoir dire le mal qui nous ronge et pourtant en être conscient, c'est de vivre la division et l'arrachement sans pouvoir voir d'où il vient et comment y répondre.
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Ha, bon, ben je suis complètement à côté de la plaque!
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Excuse-moi (oui je passe définitivement au tutoiement!), j'ai juste relevé le fait que pour mentir il faut vouloir tromper l'autre en ayant en tête ce qu'il ne faut pas que l'autre voit. C'est à dire qu'il est mécaniquement impossible de mentir si on ignore totalement. Mais je vois bien par ce que tu dis que pour toi mentir n'est pas ce que je viens de décrire car tu continues en disant qu'ils se mentent, c'est à dire que les adultes n'ignorent pas , mais ne veulent pas de cette vérité et intègrent dans l'éducation le mensonge comme vérité. Ces enfants ne connaîtront donc pas la vérité, mais sachant un mensonge comme base, vont consolider le monde créé par l'adulte et donner de la texture et de la solidité au mensonge (c'est du blanchiment de mensonge!) Ces enfants devenus adultes (je parle ici d'adulte physique), vont à leur tour enseigner un mensonge qui, pour eux n'en sera pas un. Avec le fil du temps la réalité sera forgée et bien trop solide pour être ne serait-ce qu'imaginée fausse ou potentiellement autre. Au risque de t'agacer peut-être, tu parles sans doute de personnes qui ne sont justement pas des adultes. Et les mensonges n'ont jamais empêché un enfant de grandir pour devenir adulte. La vérité n'est pas au-dehors, ni dans la bouche d'une autorité quelle qu'elle soit, mais bien en soi. Et, quelque soit le contexte, tout le monde a une chance égale de trouver cette vérité. Peut-être aussi que les personnes dont tu parles font ce qu'elles peuvent. Voir quelque chose ne signifie pas qu'on ai la capacité d'agir. Il est d'autant plus dur de voir clairement le mur et se savoir incapable d'agir. J'ai envie de croire que vous avez raison, en tout cas, mon curseur est plutôt assez en accord avec ce que vous dites...a voir par la suite. Tu veux qu'on parle "travail" si t'as la tête à ça? Je te vanne: j'ai compris que t'avais pas le temps et pas l'énergie! Alors, t'"aider" sur un autre fil, je suis partante parce que je ne sais pas du tout à quoi je m'engage! Ce qui est fou et insensé me paraît parfois faisable. Si tu le demandes: mon cœur te lance la corde (jeu de mot: a-corde +le latin cor, cordis le cœur, ne crois pas à une déclaration d'amour)
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Ho! Je crois avoir trouvé la réponse à ma question, peut-être même celle que vous m'auriez faite (dans les grandes lignes, parce que je ne prétends pas utiliser la même façon de parler) Je discutais des émotions avec mon voisin, et j'ai fait tout haut la réflexion que je m'étais faite en lisant le fil en philosophie sur le ressenti et les émotions: "il y a, dans l'utilisation du concept ou du mot émotion, des mécanismes qui s'enclenchent chez les individus, et le fait que ces mécanismes ne renvoient pas aux mêmes conceptions, fait qu'il est difficile de faire comprendre aux autres ce qu'on dit vraiment, même si chaque mot, chaque phrase peut être saisie intellectuellement. Pour peu que ces mécanismes ne soient pas identifiés n'arrange pas les choses."Bon, je ne vais pas discuter ici des émotions, mais ça m'a fait comme un déclic quant à vôtre phrase: "Il y a une cohérence implacable entre nos modes de vie et nos conceptions." Et voilà la réponse que j'aurai pu me donner. Parler de la mort ou parler des émotions, c'est comme parler de la couleur de la roche pour décrire un pays: c'est peut-être utile, mais ce n'est pas la roche qui est le pays, ce n'est pas le même sujet. En fait, quand on répond à l'enfant: la mort c'est n'être plus rien et que ça enclenche une volonté de profiter de tout les plaisirs possibles, alors c'est juste que cette réponse enclenche un mécanisme. Il faut donc repérer ce qu'est ce mécanisme. On pourrait croire que c'est dû à ce qu'on appelle la consommation, mais je crois que ce n'est pas suffisant de dire ça. En fait ça fait partie d'une stratégie qui n'est pas dirigée par des humains, mais bien par le mécanisme lui-même. Comment dire? Le fait que le plaisir est recherché systématiquement est un "symptôme" et non pas une maladie en elle-même. Cette recherche de plaisir est dans la même lignée que la production systématiquement excessive et l'agrandissement du contrôle des capacités de chacun. Mais je ne crois pas du tout que ce soit le fait d'une volonté humaine dans le sens où je ne crois pas du tout à une théorie du complot. On dirait qu'il y a un système auquel l'humain a donné vie, à développé et est devenu son esclave. En fait, pas son esclave, mais l'un de ses propres rouages. Ainsi la recherche du plaisir n'est que le fait de la production de plaisir systématique et exagéré, la production d'humains systématique et exagérée, etc... Je crois que je suis un peu confuse, parce que les idées et les ponts se succèdent trop vite pour que j'arrive à les mettre en mots. Croire que c'est la recherche de plaisir qui fait profiter de la vie et croire que l'évolution et le développement continuel est la clé de notre survie, c'est en effet la cohérence entre nos conceptions et nos modes de vie. C'est à peu près ça que tu avais en tête quand tu as écris ça? Ou en tout cas je suis sur la bonne voie?
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Cool! Vous avez parlé des effets dévastateurs sur les enfants de nos conceptions de la vie et de la mort. Vous dites, si j'ai bien compris, que les adultes répondent à l'enfant que la mort c'est n'être plus rien et que cette idée violente l'enfant et l'empoisonne durablement. Vous, que répondriez-vous à l'enfant, comment lui expliqueriez-vous la mort? Vous dites aussi que les adultes mentent et ignorent le sens de la vie. A part la formulation maladroite, qu'avez-vous voulu dire? Vous voulez dire qu'ignorant le sens de la vie, ils feraient mieux d'avouer leur ignorance? Que pour répondre à ce genre de question il est primordial de comprendre le sens de la vie? Ou alors qu'ils savent qu'il y a un sens dans la vie et que, ne le connaissant pas, ils mentent car ils savent pertinemment que leur réponse ne peut pas être juste? Vous avez une réponse à cette question: quel est le sens de la vie? Vous dites cette phrase: "Il y a une cohérence implacable entre nos modes de vie et nos conceptions." J'ai l'impression que vous sous-entendez (plutôt dans l'idée générale de vos écrits que dans cette phrase) que vous avez une vision de quelque chose qui pourrait briser cette cohérence, je me trompe? Si je ne me trompe pas, vous pouvez en parler plus amplement ou ce serait bien trop long, ou tout simplement visible dans ce que vous écrivez, comme une trame qui se dessine au fur et à mesure que la navette dépose son fil? Je suis consciente que je pose beaucoup de questions et j'envisage aussi les difficultés à y répondre, mais vous avez abordé un sujet au milieu du reste et je suis restée sur ma faim: trop peu pour moi! Après je comprends bien que ce fil n'a pas vraiment pour vocation de débattre des idées de chacun, mais je voulais en savoir plus sur les vôtres justement. (les autres questions une prochaine fois: je pars au travail) Oui, elle travail déjà, mais peut-être plutôt le manque de débouché par la suite? Aujourd'hui, elle a découvert d'autres horizons, d'autres façons de mettre ses compétences à profit, je n'ai pas senti qu'elle ait de regrets.
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Vous n'avez pourtant pas l'air de rire! L'une de mes sœurs, dans son parcours universitaire, devait commencer sa thèse. Elle est "en lettre moderne" (cette façon de classer me fait assez rire). Et puis, on lui a fait comprendre qu'il fallait qu'elle choisisse un sujet dans l'air du temps pour qu'elle ait un minimum de chance d'être soutenue et financée. Elle avait donc un choix tout à fait "dirigé", non pas par des personnes telles que des référents ou des conseillers, mais par un idéal, un air dans le vent, une mouvance intellectuelle, une lubie passagère, une direction qui a la cote. Son désir, sacrifié sur l'autel d'une image de notoriété, mourut dans l'œuf: elle a quitté l'université. Bien beaucoup de mots pour juste dire que nous encourageons ce système de sélection et de direction des études. Et je dis bien "nous". Comment? En consommant la donnée qui provient de ces sélections de savoirs, et en relayant ces informations, même pour les dénigrer ou appuyer un avis contraire. Ne croyez pas que je vous jette la pierre (j'ai cru comprendre que vous avez vous aussi beaucoup étudié), loin de là et bien au contraire, je suis juste admirative du geste de ma sœur qui, sans même le conscientiser, a eu la sagesse de ne pas mordre à l’hameçon. J'en profite pour vous poser quelques questions. Si vous avez un peu de temps (80h de travail par semaine, ça ne laisse plus beaucoup de temps pour autre chose que du sommeil et l'organisation du logis, je crois le savoir, je l'ai fait), pourrai-je poser des questions sur des posts précédents? (je ne suis pas très souvent connectée et j'ai laissé passer des questions qui pourtant me font "pétiller") Et au risque de me faire huer, @zenalpha, ce texte, publié par vous hier, qui, je crois, est chanté par Goldman, se veut bien larmoyant! J'ai particulièrement pas aimé la dernière phrase: comme si nous ne passions pas notre temps à choisir des camps! En tout cas, merci, ça m'a fait bien rire.
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Bonsoir Annalevine Permettez-moi d'utiliser ce que vous avez écrit pour rebondir. En fait je me sentais partagée et j'ai eu besoin d'écrire pour mettre des choses à plat. Cette capacité rationnelle dont font preuve certaines personnes m'hypnotise, et j'ai été tentée de m'approprier cette capacité que je trouve très puissante. Et ça ne me réussit pas trop mal, enfin, sans prétention je crois avoir fait quelques progrès. J'ai été fascinée par le sentiment de puissance que j'ai ressenti, j'en ai eu un peu peur: comment ne pas abuser avec ce pouvoir entre les mains, dans la bouche? Pouvoir rétorquer et fermer le clapet aux plus arrogants, aux plus bavards, avoir le cran de parler alors que je ne pipais mot depuis que j'avais cru comprendre que je me nommais silence; tout ceci fut grisant pendant un temps. Mais ce n'est pas moi. Non pas que je sois accrochée à une représentation de moi-même, mais je ne vois pas l'intérêt de changer de côté de barrière et devenir celui qui fait taire les autres parce qu'il prend toute la place pour parler. Ce rôle ne m'intéresse uniquement pour apprendre ce qu'est cette place, vu que je connaissais celle de celui qui est silencieux par impuissance. A force de tourner en rond, je sais enfin ce que je voulais mettre en mot. Je manque cruellement de constance! Je me suis sentie repoussée par ceux qui voient le monde de façon mathématique comme vous dites. Et puis j'ai voulu voir ce que ça donnait de voir comme eux et, même si j'y ai trouvé quelques "bienfaits", je n'ai pas aimé et je leur en voulais d'être ce qu'ils sont. Je me rebellais contre cette façon d'utiliser un pouvoir facile et d'asservir ceux qui ne fonctionnent pas pareil. Je me maudissais d'avoir la capacité de prendre ce pouvoir et n'en pas vouloir. Rien de bien extraordinaire: je suis une bonne râleuse! Et puis j'ai réussi à tordre mon esprit: vous savez me persuader d'une chose jusqu'à ça en devienne une réalité palpable. J'ai réalisé que je ne pouvais pas me fâcher contre les rationnels sous peine de me fâcher contre une partie de moi-même. C'est comme les reproches, je disais qu'on m'en faisait, mais c'est inexact. En réalité j'appelle ça des reproches, mais ce n'est qu'une façon pour quelqu'un de dire les choses comme il les vit. Il n'y a que des capacités différentes, pourquoi certaines seraient négatives et d'autres pas? Si l'autre me voit féministe, il n'y a que sa façon de concevoir le féminisme qui m'intéresse. Non pas pour le féminisme en soi, mais pour avoir peut-être une chance d'entendre ce qui le blesse ou lui plaît dans cette image qu'il me colle. C'est une inestimable chance qu'il m'offre pour me montrer là où je pourrai avoir une plus grande attention, que ce soit envers lui ou envers mon comportement. Je ne dis pas non plus que je ferai des reproches aux autres sous prétexte que ce serait une chance pour eux, non. Un reproche, c'est comme repousser l'autre, même si ce n'est qu'en partie. Pourquoi refuser quelqu'un alors qu'il est autant celui qui me forme que celui que je forme, il est mon contexte, mon milieu, mon déterminant que moi le sien. Il n'y a pas vraiment de différence entre lui et moi, uniquement des détails qui nous font perdre la tête et nous empêche de voir clairement. Lui, je le trouve trop bavard, mais n'est-ce pas seulement moi qui ai une certaine incapacité dans l'oreille, une certaine jalousie pour ce talent d'orateur? Que cache cette volubilité que je n'arrive pas à voir? Je ne sais plus où je voulais en venir... plutôt décousu tout ça! Veuillez excuser mes idées qui m'entraînent ailleurs...
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Là où je vis, il y a un problème. Sans doute pas un seul problème, mais je ressens dans ma chaire des dissensions qui me mettent mal à l'aise. Non pas que je recherche du confort, mais quand je percute quelque chose je veux tout disséquer pour tenter de comprendre et ainsi mieux me placer pour l'"équilibre ambiant". J'en étais restée à la vérité niée si l'on prouve à l'autre qu'il a tord. C'est un mécanisme sournois que je vois bien souvent et qui ne semble pas exister pour la plupart des personnes que je côtoie. J'ai même du mal à l'exprimer tellement je me confronte aux bornages de chacun, moi compris. J'en suis arrivée à un point où j'ai baissé les bras en acceptant le fait qu'on est tous sur des planètes différentes et qu'il est vain et illusoire de croire pouvoir se comprendre. Mais, récemment, j'ai tenté de remonter mes manches et ré-attaquer le problème. Un homme m'a dit "J'aimerai tout dire, mais les autres ne peuvent pas supporter ce que j'ai à dire, je ne veux pas tout détruire". Alors je réfute tout, je refuse cette façon de formuler et présenter les choses. Dans le mot construire, il y a, au-delà de l'étymologie, le son "st" qui forme l'idée de se tenir debout, l'image d'une force verticale faisant face à des forces contraires. Dans le mot détruire, il est maintenu la racine "struire" à laquelle on a soustrait le son formé du s et du t. Justement parce que détruire ôte l'idée de la force maintenant une cohérence face à une cohérence contraire. Cette personne qui dit ne pas vouloir détruire et en même temps désirer dire ce qu'elle aurait à dire se retrouve dans une tempête, une tempête de contradiction. Au-delà de ce qu'il exprime par les mots, il exprime un malaise. Il y a ce désir de destruction par les mots et en même temps ce désir de maintenir par le silence un système en place. L'opposition crée un certain équilibre, mais c'est un équilibre basé sur la violence. Pour que cet équilibre se maintienne, il faut qu'il soit contenu, et il est contenu bien souvent en nous-même. Mais vient un élément perturbateur, et tout explose à cause de la fragilité du contenant: la violence s'incarne, car elle est en germe à l'intérieur de soi. Dire les choses ainsi, est tellement révélateur du malaise ambiant: l'autre est responsable. Si cet homme veut tout dire et que dire représente pour lui la destruction, destruction entrevue à cause de l'incapacité de l'autre, alors il est à parier qu'il veut dire pour détruire. La négativité de sa vision , même si elle peut paraître altruiste vis-à-vis de l'autre (je le protège de moi-même), entraîne un monde négatif par le pouvoir qu'il investit dans cette idée même. Ainsi l'autre reste incapable d'entendre ce qu'il a à dire, et la destruction est la vision apocalyptique de ce constat, il en découle que l'autre est responsable de la destruction entrevue, imaginée. L'idée est plus que partagée et personne ne dit, parce que dire représente la fêlure qui va faire exploser les contenants. "Il ne faut pas dire sous peine de se fâcher. Se fâcher n'est pas une chose souhaitable. L'équilibre est fragile. Il faut attendre que l'autre soit dans de bonnes dispositions pour entendre ce qu'il y a à dire. L'équilibres est au prix d'immenses efforts consentis pour supporter l'autre au quotidien pour son bien, etc..." Ce monde s'engendre de lui-même et ne peut plus sortir de sa propre logique. Je me retrouve à me battre contre des détails qui me concernent tout autant qu'ils concernent ce monde dans lequel j'évolue. Je joue avec des grains de sables. Je me bat pour des tournures de phrases, contre des attitudes mécaniques qui me blessent, contre des choses "bonnes" servant un système que je déplore. Je ne dis pas que ce que je veux engendrer est mieux, je dis juste que je veux déconstruire quelque chose qu'il n'est plus possible que j'entretienne. J'utilise les lois et forces en jeu pour dévier leur propre pouvoir ou réinstaurer une construction que je souhaite potentiellement plus adaptée. Je suis consciente que c'est par rapport à ma propre analyse que je veux déconstruire quelque chose en place, consciente que c'est ma propre vision qui est privilégiée pour engendrer un monde que je juge mieux. Je suis aussi consciente d'être déterminée autant par ma génétique que par le milieu dans lequel j'évolue. Ce que j'appelle mes idées, ma vision du monde ne m'appartient uniquement parce qu'elle est engendrée par le milieu qui me détermine. Ainsi donc, ma vision, mes idées, mes actions sont autant déterminées par le milieu qui me forme qu'influentes sur ce même milieu. Si j'ai la vision de dysfonctionnements, c'est qu'il est nécessaire pour ce milieu que je sois sensible à ces dysfonctionnements. Je ne peux pas être seule à juger qu'il y a matière à déconstruire et matière à influencer, je n'ai donc aucun mérite ou sujet à fierté si je revendique et tente d'incarner une vision du monde qui semble différente. Tout est lié, je ne suis qu'un intermédiaire pour un compte qu'il m'importe peu d'identifier, de déterminer ou de cerner. Je m'égare un peu. Pour ré-équilibrer ce que cet homme dit, je lui fais remarquer que ce qu'il engendre m'est inacceptable. Il est vrai que j'ai passé une bonne heure à tenter de dire et redire ce que son positionnement avait comme direction stérile, comme force centrifuge et aliénante, je ne suis pas arrivée à trouver les mots pour éveiller en lui le degré de sensibilité qui lui ferait percevoir la part de vérité dont je veux témoigner. C'est justement en ça que je mets l'accent: ce n'est pas lui qui est en tord, dans le faux ou incapable, ni moi d'ailleurs. Je pourrai me laisser aller à avoir l'impression d'avoir échoué, mais c'est inexact. C'est qu'il manquait quelque chose, une erreur d'aiguillage, de gestion du temps, de maturité, qu'importe la raison, cet événement n'a pas eu le résultat que j'avais imaginé, ça n'en est pas pour autant un échec. Les mots que j'ai ne sont pas encore ceux qui bousculeront l'ordre établi, ou alors nos temps ne sont pas accordés. (il me faudra encore une suite: j'éprouve d'énormes difficultés à exprimer ce qui doit l'être et je me perds en détours...) @Annalevine, pardon, mais je n'ai pas encore lu votre réponse. Mais je ne risque pas de l'oublier ou l'ignorer!
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Au cours d'une conversation, il m'a été fait des reproches: "Tu es ainsi et je le déplore" ou bien "tu as fais ou dit ceci et ça m'a blessé" ou encore "ta réaction était inappropriée, démesurée", etc. Mon élan naturel, ou plutôt mon élan ordinaire en réponse à ce genre de reproche ou même de tout reproche en général, est de prendre la place de la fautive et de m'excuser, de faire profil bas et me jurer de ne jamais me faire reprendre sur ce fait. Mais, à force de repérer certains fonctionnements, j'en arrive à les éviter avant que je ne subisse la réaction. Je me sais non fautive. Je sais aussi avoir bien autant de choses que je pourrai me laisser aller à reprocher à l'autre, à mon interlocuteur. Le fait que les reproches puissent être réciproques me force au silence. Pourquoi? Tout simplement parce que ces réflexions, ces reproches sont le reflet d'une vérité et il m'est vital de tenter de chercher cette vérité. Pour cela il faut laisser la place au reproche, et ne pas le réfuter sur le coup (ce ne sont pas des ordres que je donne, mais plutôt une analyse de ce que je fais, du cheminement que je tente de retracer pour en vérifier chaque rouage si c'est possible). J'ai remarqué que, bien souvent, il y a peu de place pour la parole qui naît dans le silence. Je ne parle pas du silence qui se fait quand deux ou plusieurs personnes ne parlent plus, je parle du silence qui fait disparaître les "choses". De la même manière je ne parle pas de la parole qui encombre et perturbe la quasi totalité de nos relations en discours plus ou moins sonores et en monologues plus ou moins flagrants. Je parle de la parole qui naît dans le silence, ce silence des choses disparues que cette parole fait naître, que la parole crée ou réinstaure. Depuis maintenant quelques années, j'ai pris en considération des remarques telles que "mieux vaut parler que se renfermer dans le silence" "il est important de faire attention aux mots utilisés". De telles réflexions, dans le milieu dans lequel j'évolue actuellement, ont une certaine importance, en tout cas le crois-je. Quand j'ai introduit ce milieu, j'ai décidé de m'approprier le langage dans son sens général tel que j'en ai perçu l'incitation, l'invitation. C'est à dire que j'ai pris au pied de la lettre, pour en éprouver la véracité ou l'utilité présentée, l'importance accordée aux mots, l'importance accordée à la communication verbale. Pour la réussite d'un tel projet, je me suis impliquée totalement et entièrement dans cette vision d'importance verbale. Et je crois avoir touché certaines limites que je ne pouvais alors pas voir. J'ai maintenant la capacité à mettre des mots sur des problèmes qui me touchaient mais dont j'étais incapable de conscientiser de façon verbale ou rationnelle; rationnelle dans le sens où il y a conscience dans le fait d'être sensible à quelque chose sans pour autant pouvoir en témoigner avec des mots, mais ne pas savoir qu'en faire m'est inutile dans la vie concrète qu'est la relation en général, c'est pourquoi j'amalgame la parole à la rationalité (raccourcis que les puristes me pardonneront j'espère!). Pour plus de simplicité, être sensible est une forme de conscience. Si on souhaite changer quelque chose ou juste inciter l'autre à une attention particulière ou réveiller la même sensibilité chez l'autre, il est alors important d'avoir recours à une sorte de communication qui a le plus de chance d'atteindre la compréhension de l'autre. C'est en cela que la parole, là où j'évolue, est d'une grande importance. Pour en revenir aux reproches qui m'ont été fait, je disais donc que je les laisse dire. Non pas que je m'en détache et qu'ils glissent sur moi comme sur les plumes d'un canard. Je les écoute et fait disparaître, dans la mesure du possible, tout ce qui pourrait venir ternir, affadir, éclipser ou faire disparaître l'importance du moment et le contenu de la communication en cours. Autrement dit, je dois faire silence, ce silence qui fait disparaître des choses pour qu’apparaisse la parole créatrice. La parole créatrice n'est pas uniquement le fait de celui qui parle. Celui qui parle peut faire vivre sa parole, ou plutôt charger sa parole de créativité, de "pouvoir". Celui qui fait silence peut aussi transformer une parole en parole créatrice par la façon qu'il aura de faire silence. Je veux souligner par là que la parole et le silence ne sont pas forcément soumis aux mêmes lois que celles qu'engendre une paternité quelconque. Il y a, dans les reproches formulés, une certaine vérité évidente qui est en général bousculée et surtout niée. Il y a plusieurs façons de nier à commencer par celle qui consiste à laisser dire et ne pas tenir compte de quoi que ce soit. Il y a aussi la façon, bien plus simple de se fâcher, soit parce que c'est jugé faux, soit que ça fait trop mal de l'admettre. Et il y a une façon plus sournoise de nier la vérité en donnant des arguments précis qui prouvent que l'autre à tord. Mais si on prouve que l'autre à tord, alors c'est qu'il était dans l'erreur, non? Pour moi, il est évident que non, et je sais bien que je l'écris ici tout simplement parce que je peux me dédouaner de supporter l'incompréhension pour ce que j'écris. Je sais bien que dans mon milieu, le raisonnement logique, la rationalité est presque un dieu. C'est à dire qu'il faut partir d'un fait, d'un raisonnement, d'une parole pour construire un monde stable, ordonné, précis qui laisse très peu ou pas de place pour la fantaisie qui est vue plutôt de façon péjorative ou juste sans intérêt. Etant donné que je n'ai pas été formée et éduquée ainsi, je laisse beaucoup plus de place à la fantaisie et au ressenti tout intuitif et non construit soit-il. Pour m'accaparer le langage, j'ai donc fonctionné différemment, non par conviction, mais plutôt par incapacité de faire autrement. C'est sans doute pour cela que je cherche de la vérité là où beaucoup verraient une erreur. Pour mieux me faire comprendre, je vais rentrer dans les détails. Imaginons quelqu'un me faisant le reproche d'être féministe. Je ne me définis par comme féministe, avec des raisons bien précises et réfléchies que je pourrai formuler pour montrer que ce qui est dit de moi est faux. Mais c'est faux uniquement par rapport à ce que moi j'ai comme information, faux uniquement par rapport à ma propre façon de voir le féminisme, ma façon de me percevoir. Si je parle pour asséner ma propre vérité, je dénie la vérité de l'autre. La vérité n'est sans doute pas ce qui est dit de sa part ou de la mienne, mais elle est contenue de la même manière dans l'un ou l'autre. Je suis parfois étonnée par la force de sa propre vision du monde, des événements et des autres. J'ai fait plusieurs expériences pour tenter de mettre en évidence ce que je pressentais, à savoir que j'engendre le monde que j'imagine, que je pense, que j'encourage par ce que je fais ou dis. Je me suis impliquée dans une idée, qu'elle soit vrai ou fausse, et j'ai agis en conséquent. C'est à dire que je me suis persuadée d'une "vérité" quelconque et tout ce qui en découlait tentait de vérifier et confirmer cette idée. Au point que, même si je savais l'idée de départ fausse, je tentais de tordre ma perception pour faire coller l'idée à la réalité au point qu'elle pouvait même se faire réalité à mes yeux. Suivant la force de ma conviction, je peux même observer le changement de la réalité chez les autres, le changement de leurs idées. (interruption inattendue, la suite au prochain numéro...)
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...j'y crois pas trop!!! Et pourtant mon imagination tourne à plein régime quant aux quiproquos qui pourraient advenir!
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Et alors, au musée, ils étaient contents de cette statuette et son air un peu ahuri?
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Bonjour Je crois que généralement, j'aime aussi donner et recevoir. Cependant je comprends aussi certaines personnes qui ne peuvent dire merci. Je dis comprendre dans le sens où je peux agir comme eux en sachant exactement pourquoi je le fais. Je peux prendre plaisir à dire merci comme je peux m'empêcher de le dire, et cela en étant tout à fait claire sur mes raisons. Cependant, il est plus courant de dire merci, et donc, ne pas le dire sous-entend soit une confrontation soit plus simplement une incompréhension, voire une fermeture. Mes réticences viendraient dont plus probablement de mon hésitation à la confrontation ou à la simplicité de ces mots bateaux où les relations sont fluides et assez banales. Tout dépend de ce qu'on recherche, n'est-ce pas? Et peut-être du niveau de relation qu'on recherche. Dans mon milieu, je peux remettre en question le "merci" parce que le milieu s'y prête et la communication est primordiale. Ainsi, si je décide de le supprimer ostentatoirement, soit il y aura questionnement et je pourrai proposer une opinion qui amorcera un débat, ou alors il y aura silence qui démontrera une interrogation muette (une incompréhension si ça s'arrête là). Dans un milieu tel que celui où j'ai grandi, il m'est impossible de remettre en question la formule de politesse. Ce n'est pas si mal, c'est juste que je compte bien utiliser les possibilités diverses des milieux dans lesquelles j'ai la chance d'évoluer.
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Bonjour @Blaquière Je ne sais pas pourquoi il y en a pour qui le merci est impossible ou synonyme de bouche écorchée! Je peux, bien sûr, partir en conjecture et me faciliter la tâche en les classant comme toi dans une classe sociale qui a tendance à croire qu'ils sont un peu supérieurs aux autres et que les formules de politesses sont pour les péquenots et par pour les gens bien (il faut bien se départager quelque part, non?)! Mais ça risque d'être un poil simpliste et je suis loin d'être partisane de mettre tout le monde dans le panier des a priori et me dispenser de faire du cas par cas: il faudra dons que je rencontre de ces personnes et j'aurai un peu plus à en dire! Bonjour @Annalevine Pour ce qui est de l'hybridation, j'y reviendrai de façon plus claire plus tard ou ailleurs. J'ai bien ri à votre second post qui traite du mot "merci". Vous avez cru pouvoir m'enfermer dans le mot "raison" pour vous dépatouiller et me signifier que je ne suis pas vraiment facile à suivre ou tout simplement que j'ai encore bien du travail à faire? Pardon, je vous prête sans doute des intentions un poil malicieuses! Toujours est-il que j'ai oublié de préciser que ma fille à 6 ans et qu'elle a très bien intégré le concept de politesse et de relations humaines. Cela dit, sa question, et je suis bien placée pour le dire, était vraiment portée sur le mot en lui même et sa signification à lui seul: pourquoi ces lettres dans cet ordre et pourquoi il sert à "arrondir les angles". C'était en gros la texture de sa question. Je n'allais sûrement pas la renvoyer vers un dictionnaire et juste dans les choux. Sans parler de forcer ou d'obliger les enfants, si le contexte qui est le nôtre intègre le "merci" comme formule acceptée et plus ou moins attendue par tous, c'est en cela que je disais qu'on les y forçait. Reformulé autrement, je dirai que le merci est un formule de politesse qui est attendue et utilisée par tous et donc ça en devient une sorte d'obligation sociale. Ne pas le dire signifie en quelque sorte sortir des rangs. Ce n'est pas que je trouve la situation intenable, embarrassante ou non enviable, au contraire je serai plutôt d'avis de pas forcément faire ce qu'on attend de nous, cela dit, je préfère que tout soit bien claire pour elle comme pour moi, pour que la remise en question se fasse le plus simplement possible. Avec elle je ne peux pas me contenter d'un "c'est comme ça!", j'aurai l'impression de lui manquer de respect...et elle reviendrait à la charge
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@Annalevine Je suis ravie de constater que vous avez tout à fait compris ce que je tentais d'exprimer! Je m'en retrouve un peu bouche bée, car j'ai l'impression que tout est dit. J'ai entendu parlé de Derrida, et je m'étais promis d'y jeter un œil quand j'aurai l'occasion, et l'occasion se présente chez moi sous le titre "l'écriture et la différence"...il va falloir que je me mette à la lecture. En tout cas, vous me donnez une superbe idée qu'est l'utilisation de la déconstruction. Je crois que mon travail sur les mots est un pas vers ce que vous appelez la déconstruction, car rien que l'énoncé de ce mot m'a fait prendre conscience de ce que je faisais avec mes propres savoirs. En effet en ce moment je suis confronté à un phénomène que vous décrivez bien: celui des "savoirs" (alors je ne sais plus si j'utilise le bon mot...à voir et corriger si besoin) qu'on ne remet plus en question car on ne se rend même plus compte de leur existence. Pour être plus précise, je vais tenter un exemple. Ma voisine fait pousser trois sortes de salade dans son potager .Elles laisse grainer et au bout de la troisième année, les salades qui poussent de ses semis perdent leurs caractéristiques propres et adoptent un peu les caractéristiques des trois variétés. Ca l'embête et va racheter des graines chez le grainetier pour avoir ses trois salades différentes. Je n'arrive pas à lui faire comprendre que ce qu'elle sème est une introduction étrangère dans le biotope où elle évolue. Que cette introduction va modifier la génétique de ce qu'elle introduit, mais aussi celle de la flore locale. Mon observation de la flore sauvage m'a fait repérer les salades sauvages et si j’introduis une salade cultivée, je vais préféré celle qui se rapprochera le plus de son homologue sauvage. Au pire je vais créer une nouvelle variété qui sera un mélange de celle introduite et celle sur place. J'aurai perdu au change, car je récupérerai une seule variété, la variété hybride, en en supprimant deux autres, la locale et l'importée. Mais je me heurte à ce savoir: il faut cultiver divers variété pour maintenir la biodiversité. Alors qu'en cultivant trois variété de salades, on modifie une flore qu'on n'a pas pris le temps de consulter. De plus ces trois variétés sont cultivées par des milliers de jardiniers qui vont eux aussi modifier la flore endémique sous prétexte de sauvegarder une biodiversité! Bon, ce n'est peut-être pas un super exemple, mais il y a ce genre de savoir qui n'est pas remis en question tout simplement parce qu'on ne se rend pas compte qu'il est là. Moi-même je me rends compte que j'ai appris des choses et que je raisonne à partir d'elles. Mais qu'arrive-t-il si ce savoir est obsolète ou juste néfaste et que je ne m'en aperçois jamais? L'autre jour ma fille me demande "Que veut dire "merci"?" Oui, pourquoi je force mes enfants à dire s'il te plaît et merci? Pourquoi surtout je ne me suis jamais posé la question? Au temps de la chevalerie, la "mercie" était une façon de reconnaître son maître, son suzerain, le gagnant d'un duel, c'était montrer qu'on avait conscience de son infériorité face à son supérieur. Mais alors pourquoi cette façon que l'on a de tenir à ce que nos enfants disent merci? Est-ce une façon de maintenir une emprise sur l'enfant et toujours lui laisser l'impression d'avoir un maître à servir? N'est-ce pas la première chaîne d'esclavage qu'on attache à leur inconscient et qu'ils transmettront sans en avoir conscience à leurs propres enfants? N'est-ce pas ce genre de savoir qu'on inculque alors qu'on ne sait même plus pourquoi on transmet ce savoir, sans réfléchir à ce qu'il implique ni s'inquiéter des répercussions. Pourtant il y a de quoi dresser des leçons dans le passé, mais on ne s'aperçoit même plus que ce savoir est en marche. Comme si ce savoir était un maître à lui tout seul et qu'il ne représentait même plus une autorité incarnée par un ou des humains en particulier, un savoir autonome qui est perpétué par des esclaves eux-même qui ne savent plus qu'ils sont esclaves. Pour autant est-il judicieux de tout simplement supprimer le traditionnel "qu'est-qu'on dit?" pour faire dire à l'enfant un "s'il te plaît" ou un "merci"? Je ne le pense pas. Il faut juste retrouver la cohérence de ce savoir et ne le supprimer que s'il est jugé néfaste. Par curiosité, j'ai posé la question de façon anodine à des adultes: "Qu'est-ce qu'on signifie en disant merci, que veut dire merci?". J'ai entendu de tout, même que c'était des réminiscences de religion, sans doute une façon de rendre grâce à dieu. Mais une seule personne m'a fait comprendre qu'elle y avait déjà songé et avait réfléchit à la chose dans son coin. J'ai donc répondu à ma fille que l'enfant était totalement dépendant de ses parents et de ceux qui l'ont en charge. Il est donc nécessaire que l'enfant apprenne à repérer où et comment il est dépendant et précise qu'il reconnais sa place dans la société (on retrouve l'idée de la connaissance selon les Grecs anciens). Dire merci et s'il te plaît n'est pas naturel et demande à l'enfant un effort d'attention. En obligeant l'enfant à cette discipline, en réalité, c'est plutôt un effort d'attention qui lui est demandé. Mais la démarche, qui trop souvent s'arrête là et une fois l'habitude prise tout le monde semble satisfait, la démarche ne s'arrête pas là. En obligeant l'enfant à fournir cet effort d'attention, l'adulte fournit à l'enfant les outils nécessaires pour acquérir son indépendance. Car l'enfant deviendra un adulte quand il aura acquis la capacité de se servir de son propre pouvoir sur lui-même, sans avoir besoin d'une autorité pour le diriger. Mais, si j'ai en partie raison, pourquoi dire encore merci à tout âge de la vie, même quand on est censé être un adulte? Je pourrai facilement répondre que nous trouvons toujours un "maître" dans différents domaines, soit une personne qui en sait plus, qui est plus apte et qui, tout simplement, accomplit un acte qui nous a dédouané de le faire. Et pourtant, n'est-ce pas quelque part une façon enfantine de maintenir une habitude qui nous place dans une certaine insouciance et un penchant à accepter trop facilement d'être assisté? Si nous acceptons des savoirs dire ou des savoir faire dont nous avons perdu de vue l'utilité, ou qui sont tronqués dans leur utilité, comment croire encore à leur bien fondé? En fait, je pourrai continuer des heures durant en décrivant ce genre d'autorités auxquelles on se plie tout simplement parce qu'on ne nous a pas appris à se prendre en charge, mais qu'on nous a appris à accepter ces autorités sans rébellion et sans remise en question possible.
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Votre dernière phrase m'invite à rebondir et je me permets de lancer les idées qui me viennent dès la lecture de vos mots. Ce que vous décrivez, me fait penser aux petits problèmes que je constate en ce moment autour de moi. Je vais tenter d'expliquer. Il y a des habitudes qui s'installent suite à l'approbation générale (il n'y a pas de discours, mais juste l'approbation par le fait d'intégrer un geste et de répéter ce geste autant de fois qu'il le faut par autant de personne acceptant ce geste). Pourtant ces habitudes qui, à un moment donné étaient nécessaires, peuvent devenir inutiles, voire néfastes. Mais parce qu'elles sont devenues habituelles, on ne les voit plus, on ne les conscientise plus, parfois même on n'était pas né ou pas là quand elles se sont mises en place. De plus la lenteur de la dégradation due à leur inutilité n'est pas forcément visible d'un jour sur l'autre, d'un mois à l'autre ou d'une année à l'autre. Ainsi on fait des choses qui dégradent et qui dégradent de plus en plus. Vient un jour où cela va heurter quelqu'un, peut-être même que la nécessité aura incarné une personne sensible à cette état de chose (j'ai peur qu'avec vous j'aille un peu loin avec mes hypothèses! Ne m'en tenez pas rigueur, c'est pour moi une marque de confiance que de me permettre ceci). Cette personne alors réagira, c'est à dire qu'elle ne supportera pas cet état des choses et tentera de manipuler (dans le sens toucher avec les mains au sens physique ou figuré) son environnement pour équilibrer son ressentit intérieur avec le monde extérieur (j'explique avec mes mots, j'espère que vous arrivez à suivre). Mais alors un problème se pose: le degré, la force de l'intervention. La réaction engendre bien souvent l'excès. Cet homme prendra la pelle et la pioche et suera sang et eau pour recreuser ce chemin alors qu'il aurait tout aussi bien pu faire les choses en douceur et attendre la prochaine pluie pour diriger le petit torrent et ravineront ensemble un chemin plus large; utiliser les forces plutôt que d'aller contre elles; développer des synergies plutôt que de s'ériger en maître de l'environnement. C'est vrai que contrer une force m'apparaît souvent comme juste un déplacement de problème. Je crois comprendre ceux qui s'élèvent contre le joug ressentit, mais qu'auront-ils gagné s'il déplacent le joug sur d'autre? Je constate parfois que certains savoirs sont aliénants. Il y a des personnes qui ne peuvent concevoir ce que je leur dit parce qu'elles savent des choses et que ce qui sort de ma bouche n'est pas compatibles avec leur savoir. Je me retrouve à vouloir briser des carcans qui me font parfois me sentir seule. Mais le temps n'a pas la même vitesse pour tout le monde, alors je marche moins vite et je passerai sans heurts à l'intérieur de leur citadelle pour semer des grains de sable dans des rouages.
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Bonsoir. Je vais répondre instinctivement. Globalement, je me représentais la connaissance comme une capacité à se connecter à une sorte de réseau, avoir accès à des informations sous une certaine forme; et le savoir, tout ce qui pourrait être appris, compris et fait dans une vie. Par extension, j'avais imaginé que l'instinct (mais j'ai un peu de mal avec ce mot) et potentiellement la génétique, seraient en quelque sorte des indices ou des débuts de chemins pour retrouver les liens avec la connaissance. Pourquoi cette hypothèse? Tout simplement parce que je me suis retrouvée nombre de fois devant des choses inexplicables, et que j'ai sans doute la manie de vouloir expliquer ou en tout cas tenter de chercher un peu plus loin. Je sais que les baies mûres de la morelle sont comestibles, mais son feuillage, ses racines, sa sève et ses fruits verts sont toxiques cuits et crus. Je l'ai appris, je l'ai testé, c'est un savoir. Mais pour que ceci devienne un savoir, il a fallut que quelqu'un le découvre ou que quelqu'un connaisse cette information pour la transmettre et qu'elle me parvienne. Et je n'arrive pas à imaginer sérieusement que ce savoir se soit forgé au gré d'expériences aléatoires de testeurs qui seraient morts empoisonnés ou seraient restés en vie. Bien trop aléatoire pour être une hypothèse plausible à mes yeux. Par contre mon imagination a très bien réussi à concevoir qu'une telle information soit disponible pour celui qui sait la chercher autrement que par l'apprentissage. Comme s'il y avait plusieurs façon d'appréhender les choses et que le savoir en était une, la connaissance une autre et qu'il y a d'autres façon d'appréhender le monde des formes, des informations ou des ondes, etc. Si j'ai bien compris, vous m'expliquez que la connaissance serait quelque chose qui nous précéderait et que c'est justement cette connaissance qui s'incarnerait en un être, une chose animée ou inanimée (pardon, j'outrepasse vos mot!). Comme si la connaissance était par endroit ou par moment tellement dense que la naissance incarnerait une certaine fusion. Par contre je ne vous suit pas quant à l'enfant qui découvre son ignorance (...ou alors je n'ai pas compris!). Je ne crois pas que l'enfant se découvre ignorant. L'enfant naissant ignore tout et peut tout percevoir. Cela ne lui sert à rien car son espèce sélectionne la réalité, et c'est l'espèce qui va donner forme (former) et calibrer ses sens, et fournir sa palette de perception ordinaire. L'espèce stimule l'enfant et lui incruste sa propre conception du monde. L'enfant est totalement malléable, bien qu'il ait tout de même des déterminants tels que l'espèce dans laquelle il naît, le milieu, la vitesse du temps utilisé par son espèce, etc. Cela dit, je vois bien que vous vouliez mettre l'accent sur le fait que vous ne pouvez expliquer pourquoi on prend conscience de certaines choses à certain moment. Je ne peux pas non plus l'expliquer. Vous voulez dire que la connaissance serait alors justement ce qui ferait naître ce saut de conscientisation, une incarnation de la connaissance? (J'ai peur de n'avoir pas vraiment su tout comprendre ce que vous expliquiez!)
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Bonjour vieil Homme (ne le prend pas mal, je ne pouvais dignement pas te répondre "jeune Homme"!) Alors soit tu as vraiment mal compris, soit je m'exprime tellement mal que tu ne pouvais pas comprendre. Je ne veux pas du tout que l'expérience se fasse seule et sans nous, et bien au contraire. J'étais justement en train de dire que l'expérience c'était justement une implication active de notre physique et de notre intellect pour concrétiser la dite expérience. Et puis, sérieux, j'ai du mal à prendre part aux conversations parlant de l'Etre, du néant, des "avant" avant où n'étions pas, de qui de l'œuf ou de la poule, ça me donne trop l'impression de planer sans chichon. Plus j'en sais sur Picasso, et plus je l'apprécie! Un jour, j'avais 14ans et je rentrais du travail où j'avais appris ce jour les recettes du canard à l'orange et du foie gras en brioche. Très fière, j'ai exprimé à mes parents le désir de leur faire goûter ces merveilles culinaires. Mais, arrivée dans la cuisine de mes parents, il me manquait tout le matériel nécessaire et la quasi totalité du stricte minimum du cuisinier sophistiqué. Dépitée, j'ai fait un canard comme un poulet au four tout nu tout simple et une salade de fruit avec des oranges. A table, je leur ai fait le constat de mon impossibilité à refaire ce que j'avais appris car je n'avais pas le cadre nécessaire pour mettre mes talents en évidence. Et mon petit papa de me répondre: "Prends et apprend la technique et tord-lui le cou". Et bien tu le croiras ou non, mais je crois bien avoir compris ce qu'il voulait dire ou en tout cas j'ai appliqué le "j'ai passé toute ma vie à désapprendre à peindre" de Picasso, mais pour la cuisine ce jour-là, et puis ma vie n'ai pas encore très longue. Bon, tout ça pour dire quoi, que je m'y retrouve? Oui, donc l'expérience. Pour moi ce n'est pas suffisant de dire que l'expérience est un événement, et qu'il nous traverse, qu'on le subit et que quelque chose s'est ancré en nous qu'on nommerait expérience. Non, je ne suis pas d'accord (hey! Je fais la grande là, non!?). Alors bien sûr il se passe bien quelque chose, mais c'est tout de même pas comme ça que je nommerai expérience. Comment tu définirais l'expérience, toi? Et je suis tout à fait d'accord avec toi pour qu'on soit de bric et de broc, et ça me va très bien ainsi...je ne sais pas ce que tu avais compris!?
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Connaissance et savoir (suite et fin) La seconde piste était d’utiliser le mot savoir pour désigner une chose théorique et la connaissance serait une conséquence de l’expérience. Cette distinction me paraît plus simple à cerner et à actualiser, incarner. Cela dit, il y a ce mot expérience qui pourrai être trop vague. J’entends souvent que l’expérience est tout ce qui nous arrive, nous traverse : un claque dans la figure, un deuil, un saut dans l’eau glacée, dix ans d’entraînement de judo, un baiser, tirer avec un revolver, à l’arc, etc. Mais pour moi ce n’est pas suffisant. Bien sûr nous avons accès à quelque chose à chaque fois qu’un événement se passe, qu’une action se place et se répète, à chaque nouvel heurt de nos pas trébuchants, mais il manque comme une sorte de conclusion, c’est comme un avortement, il manque une fin pour valider entièrement l’expérience. Je dirai que l’expérience serait une suite à l’événement, un fruit, une nouvelle base, une validation physique et spirituelle (de l’esprit), comme pour rajouter une dimension qui donnerait de la profondeur, une nouvelle perspective. Je manque de jouteur pour continuer sur cette piste... Merci @Annalevine pour vos précisions. Je n'avais encore jamais appréhendé le mot connaissance comme une capacité à associer, merci! Et j'avais en effet déjà vu l'utilisation du mot connaissance pour désigner la somme des savoirs. Ce fut assez laborieux et j'ai failli arrêter dès la première publication et j'ai tout de même tenu à aller jusqu'au bout même si ce n'est pas très intéressant: j'y suis arrivée! Pour @Noah le seul et unik, je ne connais pas cet adage, et j'aimerai savoir à quoi il est important de participer?
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Connaissance et savoir (suite) Je n’ai pas d’autres sources pour ce sujet que celles que je côtoie au quotidien, là où mes pas me mènent. J’ai donc demandé à tous ceux qui avaient un peu de temps de répondre à ma question : « Peux-tu me dire si tu penses qu’il y a une différence entre le savoir et la connaissance et quelle serait-elle ? ». Je ne m’attarderai pas sur le fait que, suivant les milieux que je fréquente, la réponse est quasiment identique au sein d’un même milieu. J’ai donc retenu deux directions qui me paraissaient les plus intéressantes à suivre. Il y a la façon d’utiliser le concept du savoir comme une chose apprise après la naissance et de parler de connaissance quand on signifie quelque chose qui nous est adjoint en même temps que la vie. Dans cette dichotomie, le savoir est de l’acquis et la connaissance de l’inné. Et il y a une autre façon d’emplir ces deux concepts à savoir le savoir comme une notion intellectuelle, théorique et la connaissance comme quelque chose se rapprochant de l’expérience. L’expérience étant entendue là comme un événement, une action qui va modifier durablement l’être et plus précisément la cellule, sa texture, son rôle et son fonctionnement. Si le savoir est quelque chose qui est appris après la naissance, alors il est extrêmement difficile, voir impossible à un humain ordinaire de pouvoir remonter dans sa mémoire et avoir la capacité de retrouver tout départ de savoir. Se rajoute à cela que je ne vois pas vraiment l’intérêt de travailler dans ce sens. Il m’importerait plus de réfléchir à ce qui pourrait être en moi de l’ordre de la connaissance. Je n’imagine pas la connaissance comme une possession qui nous serait attribué à la naissance, mais plutôt comme un immense réservoir d’information à notre porté. Je constate juste que nous avons perdu le lien et la capacité à s’en servir. Quand j’observe les animaux, je suis toujours fascinée par leur capacité à utiliser l’entièreté de leur être, la façon dont chaque parcelle de leur corps leur appartient et comme ils en ont une maîtriser réelle et efficace. J’ai dû voir au moins dix fois le lapin sauter dans l’aube fraîche ou le chevreuil qui boulotte mes courges passer sans effort 1,20m de clôture, pour enfin me rendre compte qu’il y a plusieurs temps dans un même saut et que je peux suivre ces différents temps sans pour autant pouvoir les effectuer. Je peux aussi m’émerveiller à voir une abeille osmia bicolore construire un nid. Un nid fait d’une coquille d’escargot vide recouverte de centaines de brindilles entremêlées qui cassera la violence des gouttes de pluies. Cette osmia travaille seule, elle est solitaire. Une fois ses œufs pondus, chacun dans une coquille différente, elle finira sa vie accrochée sur une tige végétale, lors d’une nuit trop froide pour lui permettre de se réveiller au matin. La petite osmia qui naîtra détruira tout pour sortir. Comment peut-elle à son tour reproduire des gestes qu’elle n’aura jamais vu, jamais appris, et reproduire un ouvrage qu’elle n’aura jamais pu admirer ? Comment une chèvre du Mexique ou du sud de l’Afrique sait exactement ce qu’elle peut manger ou ne peut pas manger quand elle arrive dans un endroit qui n’a pas la même flore que son pays d’origine, et moi j’en suis incapable ? N’a-t-elle qu’un meilleur odorat ou meilleure vue que moi ? Mais pourquoi son odorat ou son pourrait reconnaître une plante dont elle n’a jamais pu traiter l’odeur, les effluves ou la forme ? Ne serait-ce tout simplement pas parce qu’elle a encore cette capacité à avoir accès à cette connaissance ? Qu’elle a gardé ce lien précieux avec la connaissance, soit un savoir qui les relie par leur naissance à toutes les générations précédentes et celles qui viendront ensuite, et même avec toutes les autres espèces. Pourquoi avons-nous perdu cette capacité ? L’avons-nous déjà eu ? Je suis de ceux qui pensent que nous étions des animaux et que nous nous en séparons. Serait-ce cette volonté de se couper de ce réservoir comme d’une matrice qui nous a fait devenir, ou en tout cas aller vers ce que nous devenons ? J’ai la tentation de penser que nous avons perdu gros quand je vois la simplicité, la douce force et la beauté des animaux quels qu’ils soient. Cela dit, je ne peut me résoudre à croire que nous avons seulement perdu quelque chose et que le seul constat possible serait de dire que nous ne sommes même plus des animaux. L’équation serait incomplète, et si nous avons perdu quelque chose, la question serait : qu’avons-nous troqué ? Qu’avons-nous gagné ? Bien évidemment le savoir. Les animaux n’apprennent que très peu et plus ils sont « évolués » du point de vue biologique et plus leur apprentissage du savoir grandit. Un lionceau aura quelques mois d’apprentissage tandis que la chenille d’un papillon sera autonome dès sa sortie de l’œuf. Et nous avons, quant à nous, plusieurs année d’apprentissage et nous pouvons même apprendre tout au long de notre vie. Quant à nos capacités à avoir accès à la connaissance sont vraiment restreinte et je pense pouvoir en faire rapidement le tour. En effet le bébé connais la marche, mais il perd rapidement cette connaissance et vers 1 an il apprendra le savoir de la marche. Il nage si on le met dans l’eau dans ses premières heures de vie, mais perd cette capacité dans les jours qui suivent sa naissance si elle n’est pas utilisée. Il respire dès qu’il troque le monde aquatique pour le monde aérien, mais les yogis savent que nous perdons notre capacité à respirer correctement et eux-même ont dû apprendre à respirer. Serions-nous capables de nous reproduire si nous n’avions pas la possibilité de voir faire les animaux ou nos semblables ? Comment ne puis-je pas reconnaître les bienfaits d’une plante sur moi quand je suis malade, alors que mon chat connaît l’herbe qui va l’aider à digérer ou celle qui nettoie ses voies respiratoires ou celle qui régule son rythme cardiaque ? Personne ne le lui a appris, et j’ai dû forcer et suer sur un apprentissage phytotérapique pour avoir quelque notions utiles concernant les synergies (relation humain/plante, animal/plante) que je peux utiliser dans mon environnement. J’ai bien sûr appris à utiliser les plantes pour me soigner, pour m’entretenir mais aussi celles qui sont utiles pour différentes espèces, et c’est là que je peux dire que j’ai acquis quelque chose au détriment de mon lien avec la connaissance. J’ai la capacité, grâce à mon apprentissage, de soigner un chat qui a un problème cardiaque léger, de soigner une chèvre qui a un problème digestif, de diminuer la douleur avec l’antalgique que certaines plantes produisent et de provoquer un accouchement. Je suis tentée de dire que nous avons coupé nos lien avec la connaissance et que nous avons ouvert des portes sur des possibles par notre capacité à apprendre à emmagasiner des savoirs divers et variés. Je ne suis pas là pour juger de ce qui nous sert ou nous dé-sert. Pouvons-nous réapprendre à avoir accès à la connaissance ? Pourquoi pas ? (à suivre…)
