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Loufiat

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Tout ce qui a été posté par Loufiat

  1. Hey ! Je lirais bien la suite si d'aventure tu voulais nous la proposer. Pas forcément en capacité de te faire un retour technique super élaboré mais... J'ai cru voir deux coquilles mais tu les auras sans doute notées. Au tout début les tournures peuvent sembler un peu lourdes, avant que tu te mettes vraiment dedans. Vraiment les premières phrases. Voilà voilà à plus
  2. Loufiat

    De malo

    Je ne sais pas... d'expérience, il y a un "frémissement", une certaine "vibration" des violents pathologiques quand, dans leur cycle, ils approchent d'un accès de cruauté. Les enfants apprennent à repérer les signes par habitude quand c'est un proche... c'est une intonation, une certaine fébrilité, une certaine sauvagerie dans le regard. Mais quand c'est un étranger... comment une enfant pourrait-elle s'en prémunir ? Comment pourrions-nous éviter que ces situations se présentent ? Je ne vois pas.
  3. Loufiat

    De malo

    Triste sujet. Je rebondis au hasard sur la question de la préméditation. Il aurait déjà tenté une première fois. Déjà il a un plan, il raconte une histoire. Est ce que ce plan il l'a formenté avant ou c'est arrivé sur le coup ? Est-ce qu'une fois une petite fille l'a aidé à chercher son portable égaré et la pensée l'a traversé "si je voulais, là je pourrais..." Alors il a répété la scène ? Bref. Il y a déjà une trame dans sa stratégie pour éloigner la petite. Une pré-préméditation au moins. Mais la première fois il s'est manifestement arrêté. Quelqu'un a-t-il surgit et ça l'a découragé ? Il ne voulait pas de toute façon aller au bout ? Ce qui me frappe, pour qu'il y ait passage à l'acte, c'est l'état extrême de dissociation dans lequel il doit être. Que représente la victime au moment où il agit ? J'imagine (en me trompant sans doute) qu'il y a entre elle et lui une pellicule, elle est un objet symbolique à ses yeux, il ne voit pas clairement, peu lui importe en fait qui elle est, elle est le support de... quelque-chose qu'il détruit ou assouvit en la tuant. Puisque ça pouvait être elle ou bien une autre, le facteur déterminant son choix étant la vulnérabilité, au-dela ce n'est qu'un support interchangeable. Il y a dissociation et délire. Mais délire dans un sens assez commun. Pas nécessairement de l'ordre psychiatrique. Assez comme un autre va se scarifier en étant son propre support. La pulsion est ce besoin de matérialiser, précipiter quelque-chose qui est dabord de lordre d'une atmosphère. Comme se faire mal permet de passer de l'indeterminé de la souffrance psychique au déterminé de la douleur physique. Ainsi j'espère retrouver un contrôle. Voilà comment j'imagine les choses. Mais la réalité est sans aucun doute toute autre encore..
  4. Le principe est fixe mais le contenu varie. Son principe c'est l'adéquation des paroles avec les actes (dire ce qu'on fait, sait, etc.). Dans son contenu c'est un développement ("j'étais parti faire les courses mais Gertrude a appelé au secours en panne sur l'autoroute donc j'ai pas pu te ramener tes petits caramels comme promis trop désolé mon trésor en sucre")
  5. Loufiat

    Philosophons

    Les philosophies courent sur un arc qui va d'une vocation prophétique à une vocation poétique. Dans la vocation poétique, il s'agit d'intensité. D'esthétique. Reprendre l'existant en lui insuffisant un nouveau relief, une nouvelle charge signifiante (pu le vider d'une charge quil aurait eue). Ce sont des philosophies de tailleurs de pierres. Dans la vocation prophétique, c'est la charge morale qui prédomine. Un jugement tombe sur le présent à partir d'un point inaperçu du seul horizon proche. Toute la vie présente est percutée par cette révélation. Toute la vie présente se charge moralement. Les deux vocations ont en commun des discours habités par un Autre. Un Étrange, Étranger qui les habite et veut diffuser à l'intérieur du connu, de la vie connue. Un Autre plus ou moins radical, qui vient dire "ce que tu crois connaître, c'est faux. La vérité est ailleurs, regarde :" La philosophie est morte parce que ces deux vocations sont désormais prises en charge. Il n'y a plus d'espace esthétique que l'intégration de la révélation technoscientifique aux anciennes manières d'être et de faire. L'intérêt est très limité. Quant à la vocation prophétique elle doit maintenant se borner à faire l'apologie ou la critique de la nouvelle ère. La philosophie est dans l'impasse. On observera un retour vers la religiosité. Et une forte tendance à la pensée magique. Superstitions etc iront galopantes.
  6. Loufiat

    Que signifie penser ?

    Penser, c'est comme ouvrir et fermer des boîtes. Il y a les pensées que nous avons : celles qui nous traversent la tête, exprimables plus ou moins. Ce sont des mouvements "de l'esprit". Et puis il y a des pensées qui nous constituent, qui sont closes et engrammees dans des comportements. Celles-ci, nous n'y pensons pas, nous découvrons que nous les pensions, par leurs effets indirects ou quand elles sont détrompées. Par exemple, au moment de passer la porte pour aller faire les courses, je ne me demande pas chaque fois si la rue et les magasins existent encore. Je le crois. Ces pensées sont des boîtes closes mais qui s'ouvrent quand les comportements auxquels elles correspondent sont pris à défaut. Ce sont généralement des moments de crise. Je crois aussi qu'il est possible qu'une crise d'ordre intellectuel vienne bouleverser les comportements. Alors ces "im-pensees" sont à nouveau pensables, jusqu'à ce qu'une nouvelle croyance se mette en place, que nous enclosons dans des comportements et qui y restent engrammees, latentes, implicites. L'essentiel de nos apprentissages semble passer par ces boîtes closes. Au total, penser c'est éclaircir le sous-sol de nos croyances pour constituer un sol viable qui nous permette de vivre.
  7. Oh si il y a des points communs entre le fascisme et un Musk. Les fascistes voulaient l'homme nouveau, renouvelé, augmenté par la technique. Le dépassement de la démocratie et de ses lenteurs, lourdeurs, de ses précautions et scrupules. Il s'agissait que le plus puissant l'emporte, tout simplement. Comme une sorte d'anti-idéologie en fait, de retour à des valeurs naturelles (figurées comme : domination pure et simple) mais en intégrant tous les avantages du "progrès". Le progrès étant donc : ce qui augmente la puissance. C'est assez précisément le monde dans lequel vit Musk. Quant à Trump et Musk, ce ne sont pas des animaux idéologiques. Ils se rejoignent sur la puissance. Le fric me semble réducteur. Le fric suit. Ce qu'ils aiment c'est l'hubris. L'exploit. Conquérir, dominer. Et la gloire.
  8. Avec Trump, Musk et le public avide que nous constituons, la politique devient jusque dans ses formes le point de rencontre entre l'économie et la technique (au fond : le spectacle). Un héritier business man, un entrepreneur de la tech et des milliards de spectateurs : la Sainte Trinité. La "société du spectacle" n'est pas nouvelle, mais je crois qu'il y a effectivement un basculement qui est en train de s'opérer... A l'orée du siècle, deux grandes alternatives se dessinaient pour l'humanité : une planification mondiale soutenue par un pouvoir international fort (une dictature donc, à une échelle jamais vue) ou bien une sorte de guerre généralisée, larvée d'abord, mais ouverte à terme. Nous oscillons entre ces deux tendances depuis un demi-siècle... Il semble maintenant que la guerre s'imposera. Un premier temps au moins.
  9. Loufiat

    Que signifie penser ?

    Je lisais récemment un passionné traducteur de platon qui a créé tout un site dédié à sa traduction et interprétation, site où l'on peut suivre l'evolution de sa comprehension intime de Platon depuis une vingtaine d'annees qu'il se consacre au sujet. Je retrouverai ça à l'occasion si tu veux. Ce monsieur s'étonnait beaucoup de l'interprétation courante du mythe de la caverne, qui provient selon lui d'une incompréhension héritée du moyen âge. Selon ce traducteur, l'allégorie exprime en réalité les possibles relations des hommes au langage. Enchaînés, ils emploient des mots qu'ils ne comprennent pas et qu'ils prennent pour des réalités : ce sont les sons qu'ils répètent, qui se rapportent à des ombres. Sortis de la caverne, c'est à dire des pièges du langage, ils font face aux choses mêmes, mais elles dépassent infiniment les mots qu'ils peuvent employer pour les désigner. Et le philosophe, qui s'intéresse aux choses mêmes, n'a d'autre possibilité, pour libérer ses congénères, que de retourner dans la caverne: d'exprimer les pièges du langage dans le langage même de ceux qui en sont prisonniers. (Le dialogue socratique.) La théorie des idées est, selon ce traducteur, une invention des commentateurs qui se sont trouvés bloqués par l'absence de solution explicite, chez Platon, aux problèmes fondamentaux qui sont posés dans ses textes. Et toujours selon lui, cette absence de solution est précisément volontaire. Et je disparais... 🫡
  10. Loufiat

    Merci pour...

    Je découvre... Merci !
  11. Loufiat

    Merci pour...

    Eh oui... ainsi va la vie
  12. Loufiat

    Merci pour...

    Mais oui !!! Bon, c'est bien plus beau. Merci à toi c'est tout à fait ça !
  13. Loufiat

    Merci pour...

    Je l'ignore... alors disons, à qui voudra bien recevoir cette gratitude.
  14. Loufiat

    Merci pour...

    Le chant du beurre dans la poêle, l'eau fraiche qui roule sur ta peau brunie, la morsure du soleil et le pépiement de la source sauvage, le vent dans les arbres, la première bouffée glaciale d'un matin d'hiver, la chaleur moite et torve d'un pub miteux un soir de décembre, le regard des gens, les clapotis de l'eau sur la coque, la panique, les terreurs de la nuit et les éclaircies du matin, le café qui roucoule et embaume le salon, la cuillère qui tinte dans ton mug, ce coeur qui bat à 100 à l'heure, les cuivres rutilants et fiers du paquebot, l'horizon sans fin du désert, les mains et les avant-bras, une nuque une chute de reins, l'herbe fraîche entre les orteils, les enfants qui courent et crient et rient, les pleurs aussi, les nuages qu'on se raconte, les dénouements étranges du destin, le mystère insondable d'une naissance, une église qu'on voit renaître aux chants grégoriens, les ruines, le passé, la nostalgie, l'envie, l'élan, la danse, la joie, la certitude qu'on existe et qu'on existera à jamais, la santé après la maladie, la façon qu'on a de marcher, le feu dans l'âtre, le dégel du sol spongieux, les mots qu'on susurre la nuit et qui coulent au fond de l'âme, l'amitié, la bravoure qu'on découpe en morceaux, ces mots que j'effacerai bientôt, ton rire éclatant, mes bras autour de toi, la biere perlant dans la barbe du gigantesque Bruno, les petits plats de Samy, l'éternité dans l'instant, le flash d'un appareil, nos têtes hébétées, les allées d'un marcher où l'on s'est perdus, le labyrinthe étincelant de Syros, la poétesse de Naxos, l'avenir qu'on lit dans le marc de café, les regards complices et les rires étouffés.
  15. On dirait que ta mère a sauté du coq à l'âne pour te faire des reproches qui n'ont rien à voir avec ce dont tu lui parlais. Ça a dû être agaçant. Le mieux dans ce cas est de lui demander de quoi elle parle en fait. Cela dit, mon petit doigt me dit que ce que ta mère te reproche en fait, dans cette histoire, c'est de ne pas entretenir tes relations avec assez de serieux. C'est un vieux truc de mamans : "on ne sait jamais ce qui peut arriver et de qui on pourrait avoir besoin un jour". Si ta mère réfléchit comme la mienne réfléchissait, elle a du trouver que ton amie, qui t'as fêté ton anniversaire deux fois malgré que tu aies oublié le sien deux fois, s'est montrée plus adulte et responsable que toi, ce qui a pu l'irriter, si elle estime que c'est à elle de t'apprendre à entretenir ton réseau de connaissances- car c'est vraiment, réellement quelque-chose d'utile dans la vie, et qui peut faire toute la différence dans un moment de difficulté. Apprendre que tu as oublié, deux fois, de souhaiter son anniversaire à cette ancienne copine a pu faire sonner une alarme dans sa tête "ma fille ne sait pas entretenir son réseau de connaissances !" Et elle n'a peut-être pas trouvé les bons mots pour le dire.. Enfin, ce n'est qu'une idée, je me plante très certainement
  16. Non chacun a besoin de l'autre pour développer sa pensée. La raison est un phénomène socio-historique qui se reflète et se répercute en chacun. Et on peut synthétiser ce phénomène comme le fait que les êtres humains s'interrogent entre eux. Mais c'est peut-etre trop simple pour vous ? L'ego c'est le moi. Le moi n'a pas rien à voir avec la personnalité, évidemment. Ce qui suscite la formation du moi, c'est d'abord d'être identifié à un nom. Vous vous appelez Jacques Bidul, vous êtes né à Grenoble en 1977. Vos parents s'appellent... etc. Ce qui amène la constitution d'un individu psychologique c'est en particulier la responsabilité à laquelle les autres renvoient celui-ci. On fait "comme si" il est capable de poser des actes et d'en répondre. C'est un artifice de la langue, au même titre qu'une date de naissance repose sur des conventions. Mais c'est très utile pour la vie en société. En tout cas, on n'a pas encore trouvé mieux. Bien sur puisqu'il faut déjà tout un travail de la langue pour en arriver à s'interroger les uns les autres et tenter d'y répondre. La logique se développe par contradictions successives. On prend conscience, ou on découvre la non-contradiction, etc., par le dialogue. On découvre et on édifie en même temps les règles de la grammaire, syntaxe, ce que c'est que la langue. Elle se forme sur des siècles. C'est un développement socio-historique. Ce développement suppose au moins l'existence du nom, donc ego et personnalité. La langue commence par le nom. Le chien comprend le nom, l'association entre un son et une chose. Mais il ne dépasse pas ce stade. Alors que chez les êtres humains la langue va bien plus loin et parvient notamment au concept. Pierre n'est pas Jacques ni Ahmed mais ce sont trois noms qui renvoient à trois personnes. Nom et personne sont des concepts. Un concept est un artifice. Un voile qui dévoile, permet d'ordonner une certaine fraction de chaos. Chaque brin d'herbe est différent, singulier, etc. Sans le concept il y a un brin puis un brin et nous ne ferions pas le rapport. Mais le concept opère en même temps une coupe, et on y perd la singularité. Quand nous vivons enfermés dans les concepts, nous étouffons, au même titre que nous nous noyons dans le chaos si le concept fait défaut. C'est l'expérience autistique du monde.
  17. Non c'est face à la règle que l'empirisme s'édifie. Pas face à l'inédit. Empirisme et inédit = chaos². La colonne vertébrale de l’empirisme c'est la règle théorique, qui lui permet de se placer en altérité par rapport à elle, et de revenir sur elle, pour l'ajuster. Mais toujours en vue de la règle. Bref au fond ce n'est pas une question d'empirisme ou non. C'est un argumentaire poussé à l'extrême pour éviter une condamnation qui est due. Mais dont il pourrait être "empiriquement" gracié, par notamment du sursis au lieu de prison ferme. Mais entre l'esprit de la loi et son application empirique, il peut y avoir un monde. Mais si on détruit l'esprit de la loi, alors il n'y a plus de justice à rendre, soi-même ou non.
  18. Bonjour, La raison est le fait que les êtres humains s'interrogent entre eux. Elle est historique. Elle connaît un développement. Des régressions. Ce que vous appelez l'égo, j'appelle ça la personnalité. Elle est un artifice de la langue. Mais sans elle la raison n'est pas possible. Pas plus que la mémoire au sens historique, etc. Vous tenez un premier paradoxe. Je me permets de vous conseiller : faîtes la paix avec ce que la langue permet. Elle permet beaucoup de choses. Mais ce sont des artifices, ce sont des "jeux". La langue, comme le prénom, comme l'égo, n'ont pas vocation à enfermer le tout de l'être. La vie reste sauvage et pure, aussi brute qu'on puisse le sentir. Quels que soient les artifices de la langue, il y a une dimension où tout reste intact de toute éternité. Sachant que vous baignez là-dedans, soyez-vous même. Les deux sont possibles.
  19. Loufiat

    Philosophie

    Voilà j'imagine un topic où discuter ce que c'est la philosophie. Une sorte de banquet où, un peu ivres, entre amis, on se livre à l'exercice : c'est quoi la philosophie ? Je donne une réponse provisoire : la faculté de mettre en question des sentiments. À vous...
  20. D'ailleurs @Neopilinaje voulais te demander ce qu'il y a de spécifique avec l'ancien testament selon toi, plus precisement où tu vois que la mauvaise conscience prendrait le dessus ? Ou si tu arrives à synthétiser la lecture Nietzscheenne (dans mes souvenirs Nietzsche regarde favorablement l'ancien testament, c'est davantage le christianisme qui pose problème - et je me suis d'ailleurs demandé, penses-tu que Nietzsche connaissait les traditions védiques, notamment les lois de Manu ?)
  21. T'es gentil le troll tu me cites plus, d'accord ? Coucouche panier
  22. Faut voir... Dans mon entourage, les syriens sont plus quheureux et pour certains la question du retour se pose. Dans certaines regions les pressions de l'armée se faisaient de plus en plus sentir ces dernières années, avec des visites répétées dans les foyers dont les jeunes hommes étaient partis (quand on entendait les enroler). Si tout ou parti des jeunes hommes avait emigré, leurs parents, restés sur place, étaient donc des traîtres... pour eux, savoir que cette situation s'arrête est déjà un immense soulagement. Ce sont des familles entières qui vont pouvoir envisager de se réunir à nouveau, partout dans le pays. Je doute que la "diaspora" européenne rentre en masse au pays. Mais le seul fait que les relations se normalisent va jouer beaucoup : possibilités de voyager, d'investir... or il y a une manne énorme puisqu'il faut tout reconstruire. Tout va dépendre des prochaines semaines, prochains mois. Quels cartes va jouer la Turquie ? (La Syrie va-t-elle devenir une province turque ?) Que vont faire les kurdes ? Et les Russes qui ne peuvent absolument pas perdre leurs accès à la méditerranée et donc à l'Afrique ? Ils semblent totalement dépassés, mais ça ne dure généralement pas longtemps.. Je pense qu'on a peu de chance de voir un dictateur surgir, en tout cas d'abord. Parce qu'il y a trop d'intérêts en jeu. Le risque c'est plutot que le pays reste morcelé et dévoré par les guerres par proxy des puissances régionales et internationales..
  23. Or donc l'homme se crée une morale. Se trouve insatisfait de ce que la nature lui a donné. Refuse la peine, la souffrance, la mort et se trouve en même temps incapable d'y échapper : les vit comme condamnations. Les tuniques sont un premier acte de rébellion à l'égard de sa propre condition qui commence à lui apparaître. Il ne se contente pas de voir quelque-chose (il est nu), cette prise de conscience le pousse à agir dans un certain sens (il s'habille), et cette action porte en elle la marque de la prise de conscience, de la connaissance qui a motivé son acte. La Bible ne dit pas du tout que la morale est une bonne chose, à ce stade. Elle la situe comme un premier acte à la fois de rébellion et de déchéance, dans une sorte d'enfoncement de l'homme, de retrait et d'enfermement vis à vis du monde. Il n'accepte plus sa condition originelle, première, de sa "création" : il va se construire son propre monde en face et contre sa condition. Bref il va tenter de se libérer. Mais rien ne pourra faire qu'il accède à la vie éternelle : vie et mort resteront hors de sa portée en même temps qu'elles lui apparaîtront comme telles. A partir de là il y a, encore une fois, inimitié. La femme jalouse l'homme, l'homme domine sur la femme, l'homme peine à la tâche pour finalement retourner d'où il est venu... La poussière, l'oubli, la mort. Et en face de ça il se constitue une morale (des idoles), une descendance, une mémoire, il se dote d'une histoire. Et ce qui est curieux alors ensuite c'est comme constamment Dieu intervient pour briser ses certitudes, entraver ses tentatives, l'empêcher d'atteindre à "la vie éternelle". Pharaon, qui est quasiment un Dieu sur terre, qui domine sur tous les êtres, vient buter sur le petit caillou qu'est le peuple élu : le plus misérable des peuples, un peuple d'esclaves. Comment osent-ils contester Pharaon, son empire ? Et le voilà balayé, il n'est plus qu'un souvenir, même pas une momie puisqu'il finit avalé par les eaux.
  24. Et voilà qu'on passe d'une séquence à l'autre sans suite logique, avec même, au contraire, les contradictions les plus évidentes. Bon. Pourquoi pas après tout. Et là donc toute cette séquence sur laquelle je disserte sans fin depuis des semaines. L'Arbre de vie, celui de la connaissance du bien et du mal, et enfin la mort. Là aussi il me semble y avoir une progression rigoureuse, très cohérente (mais à l'intérieur d'une allégorie). Je suis assez conscient aujourd'hui, je crois, de la continuité de mon être. Le fait que chaque instant succède à chaque instant et que je suis à travers eux. Donc qu'à la fois je change - je suis pluriel - mais je reste le même. En cela je suis pour ainsi lié à un principe, un principe de vie, qui se perd ultimement dans ma naissance : jusque-là, si j'étais, c'était sans être. Rien n'y fait, c'est une contradiction pour la raison, mais c'est la réalité à laquelle je fais face, du moins aussitôt que la notion de "moi" apparaît. (Et je crois qu'elle apparaît avec la morale, c'est-à-dire avec la responsabilité, qui est toujours amenée par autrui - autrui me tenant responsable, autrui me ramenant à tel ou tel évènement, telle ou telle parole - autrui grâce ou à cause duquel je suis "moi".) Bref. L'arbre de vie symbolise à mon sens cette prise de conscience de l'unité de la personne et du principe de vie : il y a un jaillissement qui me fait être moi dans la durée, qui est d'abord incarné dans mon corps, et en même temps en esprit dans le "moi" lui-même. J'appartiens à une chose : la vie. Qui est un regard "en arrière" si on veut et qui ultimement se perd dans toute l'histoire de l'univers : big bang, formation de la Terre, apparition de la vie dans les océans... Bref. Il y a "vie". Et en face, aussitôt, il y a mort. Je crois qu'il y a en réalité prise de conscience de la mortalité. Que c'est ça qu'il se passe. Jusque-là ni Adam ni Eve n'ont de noms. Il n'y a pas vraiment de temps. On n'a aucune indication du temps qu'il se passe entre l'énonciation de l'interdit et la faute. Aucune. On peut imaginer que ce soient des centaines de milliers d'années. Mais Adam et Eve vivent dans un monde sans temps, et sans se connaître eux-mêmes, sinon comme semblables, l'un provenant de l'autre, l'un se tenant auprès de l'autre. Et même avant qu'ils se tiennent l'un "à côté" de l'autre, il y a la création des animaux. Alors qu'au chapitre précédent, cette création est présentée de façon totalement différente ! C'est, je crois, que ce n'est plus le même sujet. Et qu'y a-t-il de particulier cette fois ? Dieu présente les animaux à l'homme pour voir comment il les nommera. C'est la création de mots, encore plus explicitement qui est en question. La mise en correspondance des êtres qui peuplent cette conscience avec des noms. Mais Adam et Eve n'ont pas de nom, pas plus encore que d'histoire. L'histoire fait irruption avec la morale, et d'abord dans le nom. Ils se nomment eux-mêmes (et se nommer n'est-ce pas un peu comme se vêtir : se couvrir, se manifester dans un apparat). Et à partir de là il y a relation de parents à enfants. Et puis ensuite tout le déroulement de l'histoire du peuple juif. Qui découle de ce point. Avant ça il ne peut pas y avoir histoire. Donc je ne pense pas du tout que Dieu "piège" Adam. Je pense qu'il y a prise de conscience à la fois de la vitalité, de la participation à une chose qui est la vie, et de la mort. Et il ne me semble pas juste de Dire que l'avertissement était trompeur "sinon vous mourrez", car c'est bien ce qu'il se passe "tu redeviendras poussière". Mais encore une fois je pense que c'est l'enchaînement d'une prise de conscience, dont il est question. Or, une fois que j'ai pris conscience que mon horizon est la mort, en tant qu'individu ("personne", nom, responsabilité, etc), eh bien je suis déjà un peu comme une feuille morte détachée de sa branche : rien ne fera que la feuille remonte à la branche. Elle ne va plus aller que s'éloignant de cette source de sa vie. Et cette prise de conscience est inéluctable.
  25. Il y a des contradictions flagrantes, que, pour ma part, je tente de résoudre les unes au regard des autres. Clairement les auteur.e.s sont assez peu regardants quant à la cohérence du texte. Par exemple, il est dit, dans la toute première partie, que Dieu crée les hommes et les femmes et leur dit de multiplier (mais comme il a dit à toutes les créatures qui peuplent sa création de multiplier, et les a fait fécondes chacune en son genre). Dans cette séquences, les hommes et les femmes existent déjà et peuplent la terre. Or, tout de suite après, c'est la création de l'homme ! Puis de la femme, selon cette absurdité qu'elle serait tirée de la côte d'Adam plongé "dans un profond sommeil". Quand-même c'est surprenant quand le texte vient de dire qu'hommes et femmes ont été créés et se répandent déjà sur la terre en se nourrissant de l'herbe, des fruits et des animaux. Comment les auteurs peuvent-ils juxtaposer, tels quels, des textes qui apparemment se contredisent de façon aussi flagrante ? La seule solution crédible à mes yeux, c'est qu'ils se contrefoutent de la cohérence, historique ou "scientifique", parce qu'ils n'appliquent pas ces critères. Mais peut-on comprendre néanmoins ce qu'ils disent, ce que ces textes veulent dire ? S'ils veulent dire quelque-chose, clairement ils parlent par énigmes. Ils disséminent des indices tout en les voilant. Ils te disent une chose, puis son contraire, comme si de rien n'était, et toi tu dois te débrouiller avec ça. Bon si je reprends la première séquence, je vois que Dieu crée le monde à partir d'une terre "informe et vide", Dieu se "mouvant au dessus des abîmes". Il faudrait analyser terme par terme, mais si je prends la séquence d'ensemble, j'ai, au total, un verbe auquel vient correspondre une création et en retour un jugement sur cette création. Le même schéma se renouvelle, du plus général au plus concret : dieu dit "que la lumière soit"... "dieu vit que cela était bon". Création de la terre comme ce qui départage les eaux... des végétaux et notamment des arbres qui portent en chacun sa semence (ceci fait l'objet d'un développement en soi, déjà, et comment ne pas anticiper sur les deux Arbres), puis des animaux et des hommes et des femmes. C'est comme un jour qui se lève. Il y a une progression. Comme une prise de conscience progressive. La lumière. L'espace, la géographie. Les astres qui vont marquer le temps, le déroulement de séquences. Et puis les genres : végétaux, animaux... et l'homme "à l'image", dans une relation spécifique de familiarité avec "Dieu" (ce "verbe") et, par rapport à ça, en relation de domination sur le reste de la création (dominera sur la création, etc.). Pour le moment, je pense que nous en sommes à la découverte du pouvoir de nommer, de nommer des choses qui affleurent à la conscience : l'espace. Le temps. Les êtres qui vivent dans l'eau et ceux qui vivent sur la terre et dans les airs. C'est un pouvoir à la fois de création et de distinction, qui s'applique à une matière qui était là sans être proprement formée jusque-là, c'est-à-dire sans "conscience" et sans capacité de la dire. Nous sommes au plus proche de la forge de l'esprit, de la parole et de l'éveil du jugement. Ce jugement, cette parole, ces choses sont encore impersonnelles, elles commencent à peine à se détacher sur le fond de l'abîme, de l'oubli, de l'informe. Premières prises de conscience, premiers signes (les astres), premières paroles. Puis, avec la séquence sur Adam et Eve, on fait un zoom sur cette question de la morale, de la connaissance du bien et du mal.
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