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Loufiat

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Tout ce qui a été posté par Loufiat

  1. Loufiat

    Changer la vie

    Bonsoir @JOSEPH DELETRE et merci pour vos mots, mais je ne comprends pas, que voulez vous dire par protéger le soi ?
  2. Loufiat

    Du Nihilisme

    Oula Zenalpha, es-tu bien sûr de toi, lorsque tu enseignes que selon l'idéalisme, les "structures opératoires"... dont la théorie de la connaissance proposerait une typologie... appartiendraient au cerveau... ???
  3. Loufiat

    Changer la vie

    Bonjour, Un grand merci pour votre développement. J'accepte évidemment la proposition, avec plus de joie que je ne saurais dire. Il y a un point que je crois devoir clarifier avec vous et @bouddean , que j'associe du coup à cette réponse car de nombreux éléments se recoupent dans vos interventions, au moins par les réponses que je voudrais formuler. Vous avez peut-être compris que je ne crois à aucune réalité plus fondamentale que la communication. Par là, je ne veux pas dire la parole, qui est une toute petite part de la communication, quoi que singulière et possiblement décisive. Je veux dire qu'un chien grognant à votre encontre adresse un message très clair, que vous comprenez parfaitement quelque soit la langue que vous parlez. De même le bleu du ciel, l'étreinte de ceux qui tiennent à vous, le vent hurlant ou la mer plate à perte de vue, le bruit inhabituel d'un moteur détraqué, l'odeur de champignons qui monte d'un sous-bois ou encore le rythme des mots ici même : tout cela est communication au sens où c'est en vain que nous chercherions une réalité fondamentale et définitive derrière, au-delà de ces communications de toutes natures, par définition "ouvertes" et "se faisant", dont nous décodons une petite partie seulement et que nous organisons, pratiquement et verbalement, dans une plus petite mesure encore. Avez-vous remarqué que nous sommes cernés de ténèbres plus épaisses que la plus épaisse des purées de poix, mais que des impressions peuvent malgré tout nous parvenir directement à travers ces ténèbres avant que de pénétrer la sphère des sensations et de l'intellection ? Un exemple commun : vous êtes assise en train de lire, absorbée par votre lecture quand votre regard se lève pour se planter spontanément dans les yeux d'un inconnu qui vous observait de loin et qui trésaille d'être surpris soudain. Vous ne pouviez pas savoir que cette personne vous regardait, elle était hors du champ de vos perceptions. Pourtant vos yeux l'ont trouvée sans aucune hésitation. Toute la vie est à l'image de cet instant : impossible et pourtant. Finalement, je veux dire par là qu'il est entendu que le monde n'est pas figé ou fini, qu'aucune définition ni aucune habitude ne saurait étouffer cette vie quelque soit la désespérance que l'on porte sur ses épaules. Alors, vous évoquez les habitudes et la mémoire, assez à la façon dont Bouddean a évoqué les fausses croyances qui nous enferment. Et quand lui parlait de liberté, vous avez parlé d'énergie, d'impulsion créatrice. Je vous suis entièrement tous deux et il me semble que vos propos sont très proches dans les trajectoires qu'ils dessinent. Je ferai simplement remarquer que ceci doit ou, à tout le moins, peut aussi nous conduire à un niveau sociologique, que vous semblez vouloir éviter pour une raison qui m'échappe, peut-être parce que ce registre ne vous est pas familier personnellement à l'un et l'autre. Mais les habitudes et les croyances trouvent leur dernière raison dans les institutions. Prenons par exemple la croyance que le soleil se lèvera demain. C'est une croyance car personne ne peut savoir une telle chose. Qu'importe à ce titre l'appareil scientifique capable d'étayer cette croyance. En réalité nous n'avons aucune certitude à ce sujet et surtout pas besoin d'y penser, il nous suffit de le croire. Mais la nécessité n'est aucunement celle pour le soleil de se lever, c'est celle que nous croyions qu'il se lèvera pour que nous puissions vivre comme nous le faisons. Si ce n'était pas le cas, si nous devions croire le contraire ou si nous en doutions réellement nous ne pourrions pas vivre comme nous le faisons maintenant. L'immense part de nos vies repose de la même façon sur des croyances qui sont des strates de communication sous-jacentes au sens cette fois de la possibilité qu'un mouvement se transmette de telle sorte qu'on dise des parties d'un tout qu'elles "communiquent" entre elles. La croyance ou les habitudes sont à la vie humaine comme l'oxygène ou mieux, le sol sur lequel se dressent ses institutions. Je vais devoir y revenir mais poste car c'est déjà beaucoup.
  4. Loufiat

    Du Nihilisme

    Ces messieurs obéissent à un autre dieu, tout aussi jaloux que les anciens, qui exige que le verbe et l'existence soient vidés de leur substance.
  5. Loufiat

    Du Nihilisme

    Malheureux, parler de vérité sur un forum intitulé "philosophie", quelle mouche a bien pu vous piquer ? Il fallait vous attendre à ce que tous les philosophes du forum vous tombent sur le coin de la figure, c'était inévitable.
  6. Loufiat

    Changer la vie

    Merci pour ce développement Bouddean. Et même cette synthèse. Seulement, je n'ai pas de connaissance nouvelle ou fondamentale à apporter et comme tu dis, je ne peux pas laisser prendre ce que je n'ai pas.
  7. Loufiat

    Changer la vie

    Lorsque j'ai découvert vos mots hier après-midi ils m'ont fait l'effet d'un tisonnier brulant enfoncé entre les côtes. Je vous aurais giflé. Puis la soirée, la nuit sont passées et ce matin la lecture des mêmes mots est renouvelée. Je sais pour qui je peux mourir, d'expérience, parce que la situation s'est présentée. C'est peut-être pourquoi la colère est apaisée, car le doute immiscé par vous a été détruit. Ce qui permet de réfléchir plus posément à la question soulevée en creux, qui mérite d'être retenue, de l'autre et du don, de l'engagement total. Il n'est pas dur de se sacrifier dans le feu de l'action pour ceux qui dépendent de vous. Lorsque le troupeau s'est rué sur nous à cause du chien, il n'y a eu aucune hésitation. J'étais plus âgé et responsable, c'était la seule possibilité. Aucun héroïsme pour la même raison : l'action s'est faîte et ensuite seulement les jambes en coton et la nausée. De même je sais quels enfants et adultes ont déposé l'étincelle, ce phénomène que vous connaissez peut-être lorsque vous sentez la une larme de lumière descendre dans votre estomac pour venir reposer dans le bas ventre. Les choses se compliquent quand on sort du cercle des proches et du jeu des instincts et des valeurs. (Le troupeau lui-même s'est rué pour protéger ses petits de ce qu'il a perçu comme une menace.) S'il faut penser sa participation et son action dans un monde élargi et non plus réagir et penser a postériori, ce qui revient le plus souvent à justifier ce qui était appelé par les circonstances. C'est pourquoi j'insiste sur Ellul, à cause de l'efficacité de ses analyses pour nous maintenant. Mais les adultes bouffis d'orgueil refusent d'être peut-être déstabilisés en considérant sérieusement qu'ils aient pu rater quelque chose. Tant pis pour eux, je poursuis ma réflexion et qui veut peut la rattraper. Le reste alors, dépend de la capacité à porter la contradiction, à la maintenir ouverte et de notre qualité d'attention. Dans tous les cas, chaque seconde de l'existence est un engagement total, il faut s'en rappeler. Tout ce que nous savons, face à ça, ne vaut rien. C'est pourquoi aussi vous êtes en colère. Parce que l'inactivité est responsable de la misère contre laquelle vous vous battez. C'est le manque d'attention, c'est le manque d'énergie, d'envergure, de possibilités créatrices, bref la médiocrité dont nous pouvons tous nous rendre coupable. Aussi il faut vous remercier de nous rappeler sans cesse que nous sommes, que nous le voulions ou non, les pointes brulantes de la création pour le court temps qui nous est imparti.
  8. Loufiat

    Changer la vie

    Je suis aussi étonné que vous de lire "qu'il faut voyager pour rencontrer les personnes qui sont dans le besoin" et "qu'il est nécessaire d'aider les autres pour son harmonie personnelle". Vous n'avez pas lu ça ici. Mais vous m'invitez du coup à faire un point. L'objectif est de parcourir le pays à la rencontre de ses habitants. Le dépouillement est un passage nécessaire à titre personnel, c'est ce qu'intime la vision qui m'habite. L'aide proposée ne sera qu'un moyen pour poursuivre ce voyage et réaliser ces rencontres, étant donné le dépouillement et la volonté de sortir du "commerce". La fin est de changer la vie. Il y a une vision, mais elle se perd au-delà de cette nécessité du dépouillement et d'aller au-devant d'autrui, d'être un pont entre les êtres et les situations. Je pense que ce voyage est nécessaire pour en savoir plus (si ce n'est pas un leurre et une simple chute que je justifie, ce que je redoute bien sûr.)
  9. Loufiat

    Changer la vie

    Bonjour Bouddean, peux-tu développer ces points ? Voilà un texte qui ne manque pas de piquant, merci. Vous avez raison, l'exploitant de la Beauce n'a que faire d'un coup de main improvisé. Cela dit, à côté de l'automatisation et même de l'automation il reste une large part de bricolage et de débrouille dans des types d'exploitation divers. Parfois chez les mêmes, champs de maïs côtoient vergers et jardins "à l'ancienne" destinés aux paniers bios ; sans parler de tout ce qui est adjacent, en quoi on peut se rendre utile. Mais ce paysan qui pourrait avoir besoin d'un coup de main n'était qu'un exemple - connu d'expérience. Dans tous les cas, une telle entreprise (la mienne) repose sur le double présupposé que je saurai me rendre utile et que cette démarche trouvera un accueil favorable.
  10. Loufiat

    Changer la vie

    Quand on prend conscience de la singularité du système technicien, du fait qu'il existe et qu'il est cette chose-là, on comprend qu'il ne se confond pas avec la société, il est d'une autre nature. Ce n'est pas une institution comme les autres, parmi d'autres mais une réalité nouvelle, dans laquelle les individus et leurs institutions trouvent maintenant leur contexte. Je n'ai donc pas à me conformer en disant : toute société produit ses lois, la vie est toujours contrainte, etc. Ce n'est pas dans la Rome antique ou au moyen âge que j'ai à vivre mais ici et maintenant aux prises avec cette réalité-là. Mais de plus, s'il faut entrer dans la comparaison, aucune institution traditionnelle ne peut l'égaler en contrainte (ce qui rend possible le totalitarisme, non plus en puissance mais sa mise en acte, c'est lui). Il n'y a aucune compétition possible à ce niveau, alors qu'il reste toujours possible à des personnalités hors normes, inadaptées de tordre les milieux sociaux et les institutions, d'impulser un changement, etc., lorsqu'elles sont assez fortes. Enfin et par anticipation, une cage dorée reste une cage et un animal trop effrayé pour en sortir n'en est pas moins captif. J'attends que vous l'étudiez comme je vous ai vu étudier Kant, vous verrez par vous-même qu'il ne s'agit pas d'une répétition de Heidegger et qu'il n'y a pas d'équivalent.
  11. Loufiat

    Changer la vie

    Qu'il y ait rapport entre capital et technique n'est pas en question, mais considère d'une part les transformations que le développement technique fait subir à l'activité économique dans toutes ses dimensions, jusqu'à la valeur elle-même (information) (avec la relation inverse : le capital peut aussi être un frein, lorsque des développements techniques demandent des investissements trop lourds avec un espoir de retour trop faible par exemple), et considère d'autre part, à l'extérieur du domaine économique, tout ce qui sort de la relation "capital-technique" mais qui a bien une incidence directe et majeure : dans l'éducation, la psychologie contemporaine, la politique, le droit, l'art, les modes de vie, la vie religieuse, les sciences... Si tu confonds simplement capital et technique, il t'apparaît que c'est le capitalisme qui façonne ce monde. Mais si chaque fois tu détermines précisément, concrètement quelle est cette action, tu verras que tu retiens des facteurs qui relèvent du technique avant que de relever du capital. De même, si tu parcoures, depuis les années 60, les écrits des observateurs qui ont cherché à analyser les mutations du capitalisme, tu verras qu'ils retiennent systématiquement des éléments d'ordre techniques, ce qui leur crée des complications conceptuelles inimaginables, et les précipite dans une rhétorique infinie. Lorsqu'on parle de capitalisme "cognitif", qu'est-ce qui fait de ce "capitalisme" qu'il soit "cognitif" exactement ? Etc. etc. Fais l'exercice, et tu observeras qu'à chaque fois, ce sur quoi les observateurs essaient de mettre le doigt, cette transformation globale du capitalisme mais aussi au-delà, c'est le système technicien qui permet de le synthétiser. Ca implique en premier lieu de prendre conscience de la singularité de celui-ci, ce que refuse le public français. Pourtant dans le monde anglosaxon, l'analyse d'Ellul (la trilogie consacrée à cette question) est considérée comme incontournable, une clef de lecture essentielle du monde contemporain. (C'est Kaczynski qui a été lecture d'Ellul et non l'inverse.) Par ailleurs quand tu dis que le capital est accumulé en de moins en moins de mains, c'est évidemment faux ! Plus exactement, le problème ne se pose plus dans ces termes. A qui appartient Black Roc ? Ce sont des dizaines de millions d'épargnants, qui délèguent à des experts la gestion de leurs épargnes. Ceux-ci travaillent dans un monde entièrement informatisé, avec derrière eux l'intelligence artificielle la plus avancée au monde. Aussi, il faut aller plus loin et se rendre compte que la question de la valeur est entièrement transformée dans ce monde. La valeur c'est l'information. Je reviens sur plus tard sur la seconde partie, les "systèmes sociaux" parce que l'expression en elle-même est significative.
  12. Loufiat

    Changer la vie

    Tu voyages en bateau ? On m'a proposé un tour du monde en catamaran il y a longtemps, un vieil homme qui voulait refaire tous ses voyages une dernière fois en deux ou trois ans, mais il n'avait plus la force de naviguer seul. J'étais fasciné par son bateau, son organisation tellement ingénieuse, les murs de tiroirs étiquetés avec toutes les pièces imaginables, les caches insoupçonnables, les souvenirs d'îles inconnues et le balancement régulier de cet univers complet comme suspendu à un fil. Il brassait sa propre bière là-dedans ! Finalement j'ai pris peur, trop jeune.
  13. Loufiat

    Changer la vie

    Personne ne pouvait prévoir le dépassement du capitalisme dans le système technicien. Il n'y a pas de rupture brutale, c'est une subversion progressive, un changement d'échelle en même temps que de nature. Mais il y a bien changement de nature. Je n'ai pas particulièrement mal vécu le covid à titre personnel. Je suis vacciné, etc. Je vis mal le fait qu'on brutalise les gens. Que l'efficacité (supposée) l'emporte sur le respect le plus élémentaire de la personne humaine. Ici j'utilisais cet exemple parce qu'il est l'illustration parfaite du fait que le "capitalisme" n'est plus du tout déterminant par rapport au système technicien. C'est ce dernier qui lui assigne ses limites et ses fins. Mais si tu n'as pas lu Ellul je comprends que ceci te semble contre-intuitif. Pour la seconde partie, le système technicien et la société ne se confondent pas. Ils s'opposent à certains égards, ils sont dans une relation dialectique. Il me faut vivre avec mes semblables, même en réduisant ce commerce au minimum. Je n'ai jamais prétendu à une supériorité morale. J'ai cru comprendre que tu avais toi même pris le large un certain temps, je me trompe ?
  14. Loufiat

    Changer la vie

    Individuellement les gens ont des besoins variés ponctuels. On peut se rendre utile d'une multitude de façons simplement en ayant une paire de mains et un peu de jugeote, rien de sorcier. (Ce que je peux offrir.) Par contre ce dont les gens ont le plus besoin dans ce monde, c'est d'une telle généralité je ne sais pas. De quoi as-tu besoin comme participant à ce monde, qui ne soit pas une évidence comme se nourrir, etc. ? J'ai besoin de temps pour finir deux trois choses, le départ risque de coïncider avec l'automne, peut être l'hiver. Donc objectif : sud, en prévoyant un itinéraire avec des étapes.
  15. Loufiat

    Changer la vie

    non je pense que tu doutes du sens de ce que tu lis alors tu hésites à dire ce que tu penses. Mais si je devais parier je pense que tu aurais beaucoup à dire sur ce sujet. Je t'invite à te libérer. N'essaie pas de me faire changer, sois libre de partager ton expérience.
  16. Loufiat

    Changer la vie

    Il faut l'espérer oui. Pour moi, je pense qu'il faut ce passage par le feu. Un dépouillement pas tant en protestation qu'en signe de confiance. Mais bien sûr je crains que ce ne soit pas un chemin de paix mais dur et plein de ronces. D'être finalement comme un animal piégé dans les filets d'un choix réduit à la possibilité de précipiter une chute en espérant que la gravité s'annule en cours de route... Cela dit, je crois que vous comprenez parfaitement. Le pari fou, c'est effectivement de rencontrer soi en cours de route ; que la gravité se suspende. Hey ! haha hum oui mais où veux-tu en venir cher Bouddean ? je te sens trottiner autour, c'est pour placer ton uppercut au moment opportun c'est ça ?
  17. Loufiat

    Changer la vie

    Merci pour ces précisions. Il en faudrait davantage pour que je comprenne de quoi il est question vraiment, mais je crois deviner que l'exemple est meilleur enseignant dans ces choses que des notions qu'il est toujours loisibles de tourner et retourner tant qu'on n'est pas bien arrimé dans l'expérience. Y a-t-il des exemples que je pourrais trouver de cette expérience ? Ou bien, des indications supplémentaires importantes ? Peut-être qu'en me reprenant, ce sera mieux : si je poursuis dans la direction indiquée, le soi serait le dépassement du moi, ce silence et cette vacuité en moi, finalement cet oubli à la faveur duquel un autre rapport vient s'établir à travers "soi". Le moi est individuel. "Moi" et "toi". Le soi est unique, c'est le même que nous retrouvons tous dès lors que nous transcendons les contingences pour accéder au principe. Mais comme tu écris aussi "un soi", je doute, j'ai l'impression que tu parles peut-être de quelque chose de plus précis et concret que ça. Dernière image... je vois le clavier sur lequel je tape. Il y a le qui, moi, et le quoi, le clavier que je vois et sur lequel je tape. Généralement dans la vie quotidienne je navigue du qui au quoi qui sont des termes à la fois opposés et indissociables. Mais je peux aussi me situer à un autre niveau qui est celui de la vision en tant que telle. Le soi est-il de cet ordre ?
  18. Loufiat

    Changer la vie

    Ce dont ils auront besoin selon où j'irai et ce que je peux offrir. Oui, ce n'est pas très précis... mais combien de personnes agées esseulées sont en galère, combien de paysans auraient besoin d'un coup de main, combien de jeunes pour construire leurs baraques... c'est à ce genre de choses que je pense. Contre un salaire minimum en nature et pas de cotisation, compte en banque, etc.
  19. Loufiat

    Changer la vie

    Je me permets deux précisions, au risque d'être trop bavard : je n'ai pas parlé d'état de nature ni de monde capitaliste. Il me semble que la réalité de ce monde, ce n'est plus le capitalisme. Le capitalisme marchand, décrit par Marx, c'était un tout autre monde. Aujourd'hui, quelque soit le régime, ce qui demeure inébranlable c'est le système technicien (J. Ellul). Un exemple : tous les pays du monde adoptent aujourd'hui les mêmes stratégies face au virus, à quelques différences mineures prêt. A ce sujet, deux remarques. D'abord le virus n'est pas une réalité indépendante. Bien sûr il y a un phénomène "naturel", c'est indéniable. Mais ce phénomène naturel nous le connaissons seulement à travers nos "outils", nos institutions au sens le plus large. Et ceci reste vrai, que le virus soit né d'un laboratoire ou non. Dans le phénomène "covid", on ne peut pas départager une réalité qui serait indépendante de la réalité sociale pour laquelle ce virus "est", et est perçu comme réalité naturelle. Les deux vont ensemble, sont solidaires et indissociables. Il y a deux cents ans, personne n'aurait remarqué "le covid". Aussi, le virus est un phénomène technique... c'est un effet involontaire, imprévu du système des techniques, "concrétisé" à travers elles. Second point : tous les pays, peu ou prou, adoptent les mêmes attitudes contre cette menace, indépendamment des régimes. Ceci devient flagrant,ainsi flagrant, mais c'est le cas depuis quasiment 50 ans en fait : les alternatives ne sont plus politiques. La politique est surdéterminée. Elle n'est qu'une caisse d'enregistrement des nécessités techniques. Et c'est très clairement assumé maintenant. C'est ça, le "précédent" que crée cette crise du covid : ce qui était caché, est désormais assumé et accepté par la vaste majorité. Il y a encore dix ans, on faisant semblant d'avoir le choix. Aujourd'hui on assume clairement : c'est ça ou rien. Donc, nous ne sommes plus dans un régime capitaliste. Les mesures prises en Europe, aux US le démontrent encore. Nous sommes dans des économies dirigées mais éminemment chaotiques. Là encore les deux réalités sont solidaires et se résolvent finalement dans le système des techniques, qui permet d'expliquer les deux caractères apparemment opposés. Second point, je n'ai pas parlé d'état de nature mais de milieux naturels, que j'ai opposés au milieu urbain - au singulier. Les milieux naturels appellent la constitution de milieux sociaux. Ces réponses sont variables - mon propos n'est pas de dire que c'était mieux avant ou pas - d'après quoi ? Mais les civilisations passées étaient qualitativement différentes, incommensurables entre elles. D'ailleurs, malgré tout ce qu'on peut dire et les échanges qui sont soulignés sans cesse, elles formaient des ensembles autocentrées relativement hermétiques les uns aux autres, avec leurs logiques propres et assez peu d'échanges (du coup notables) comparés à ce dans quoi on vit aujourd'hui. A contrario, le milieu urbain est devenu universel et total (la "mondialisation" : de quoi ?). Il y en a un et un seul, qui s'étend de Paris à Shanghai en passant par le Qatar et les bidonvilles de Calcutta. C'est un organisme continu (qui rencontre des régimes différents, comme autant de freins : il "presse" en faveur d'ensembles techniques toujours plus unifiés, coordonnés, "interopérables"). Bien sûr des disparités demeurent. La variété n'est pas annulée. Mais désormais, nous sommes dans un "système monde", un seul référent totalisant - qui donc accroit la compétition : là où il y avait incommensurabilité, il y a commune mesure, c'est-à-dire possibilité de mesure, donc aussitôt compétition. (Au même moment nous célébrons la diversité des cultures, etc. etc. selon le mécanisme bien connu.) Donc dans ce raisonnement que j'esquissais, il n'y a pas vraiment d'état de nature à supposer, mais plutôt des milieux naturels qui demandaient la constitution de milieux sociaux variés grâce auxquels les êtres humains "dominaient" la nature, avant que d'entrer dans l'aventure capitaliste puis technique. Les conclusions s'imposent : il n'y a pas d'échappatoire. L'écologie n'est pas une échappatoire : c'est vraisemblablement ce qui risque de refermer le couvercle sur le système. En effet tout "presse" pour une coordination parfaite de tous les éléments de "l'organisme" nouveau qui se nourrit de la réalité humaine. Le système des techniques produit sans cesse plus d'effets imprévus et indésirables (le covid, le dérèglement climatique) qui viennent le renforcer, et ainsi de suite (J. Ellul n'a pas été détrompé sur ce point). Je n'imagine donc pas retourner à l'état sauvage ou que sais-je. J'aime les gens. Je compte bien les côtoyer. Simplement je ne peux plus être solidaire de ça. Donc il me faut agir sur ces constats que je suis capable de tirer maintenant avec une clarté suffisante, sinon comment me regarderais je encore dans le miroir demain, et après demain, etc. ?
  20. Loufiat

    Changer la vie

    Hello ! J'apprends plutôt vite, j'ai fait pas mal de chose, de la menuiserie, manutentions de toutes sortes, restauration... et monté une petite boîte qui se porte pas trop mal. Pourquoi ?
  21. Loufiat

    Changer la vie

    Pas toujours de la même façon. (Et il n'est pas besoin d'idéaliser les mondes passés, je laisse ça de côté.) Il y a un mal qui sévit en Occident, qui coïncide avec l'urbanisation et la modernisation. Il touche surtout, en tout cas de façon plus évidente la jeunesse. C'est flagrant depuis les années 60-80 dans toute l'Europe, le monde occidental en général. La jeunesse devient triste, elle est habitée par un malaise diffus qu'elle a le plus grand mal à dire, circonscrire et à combattre. Mais pourquoi sont-ils tristes, se demandent les adultes ? "Vous avez tout ! Vous faîtes des études, vous voyagez, vous avez la sécu, etc. etc. : vous êtes pourris gâtés !" Ils disent à cette jeunesse prise d'un mal incompréhensible, une véritable épidémie dans tout l'Occident. Je crois que ce mal n'est pas si difficile à comprendre, mais dans son innocence même il est porteur d'une telle contestation que nous ne pouvons pas l'admettre, parce qu'il ferait exploser notre monde. Pour en prendre conscience, on peut partir de la différence simple entre les milieux naturels et le milieu urbain. Ce qui caractérise le milieu urbain c'est la fonctionnalité. Non pas que tout fonctionne parfaitement, au contraire ; mais tout y est rapporté à cette norme. Faisons un tour en ville : d'abord il y a le petit appartement tout confort, dans notre barre d'immeuble plutôt agréable, avec son petit parc fleuri. Tu sors de chez toi : le couloir, l'ascenceur si t'es au top. Le parking et le trottoir qui marque où tu dois marcher. Le feu est rouge ou vert, tu passes ou t'attend. Puis le bus t'attrape, enfin le métro et puis le centre ville. Tu vas bosser, tu fais les boutiques, que sais-je. Tout ce temps, tu es l'objet de cet environnement, il attend de toi certains comportements précis. Tu es "usager" dans un univers fonctionnel. Ce n'est pas un gros mot, simple constat. C'est le métro qui te prend autant que tu prends le métro. Pour que le métro fonctionne, il faut que les usagers adoptent un certain comportement : ils sont libres dans cette limite. Si certains descendent sur les rails parce que "pourquoi pas", tout est en vrac. De la même façon, cet environnement dans son ensemble et ses détails attend constamment de toi quelque chose, des comportements bien déterminés, appelés par cet environnement et qui sont sanctionnés (ainsi l'ordinateur par excellence ! tu es libre de faire à condition de respecter scrupuleusement son fonctionnement). Les espaces de "créativité" sont circonscrits dans les limites de cette fonctionnalité. Et ils deviennent "vitaux". Cf. les espaces dits "verts" dans toute la réflexion de l'urbanisme qui est la science de cet environnement. Comparons ceci au milieu naturel. Le milieu naturel n'attend rien de toi. Il se dresse face à toi dans une royale indifférence. Il n'est pas du tout fonctionnel ! Bien sûr tous les intelligents t'expliqueront que l'homme façonne son environnement depuis toujours, comme s'il n'y avait aucune différence, une parfaite continuité. Mais précisément. Le milieu naturel demande de notre part une action créatrice. C'est comme un défi. Tu dois tracer un chemin et ce chemin est essentiellement fragile, il risque à tout moment d'être englouti dans le chaos et l'indifférence du milieu qui l'environne. Tu dois "ordonner" ce chaos (symbolisme, langage), l'apprivoiser, le soumettre. Exactement comme si demain tu partais vivre en forêt, tu créerais bientôt ton organisation, tes chemins, tes repères, tes manières de faire au milieu de cette forêt. Je pense que l'être humain vient encore au monde adapté aux conditions du milieu naturel dans lequel il a grandi et évolué depuis toujours, sauf très récemment. Lorsqu'il grandit dans un univers fonctionnel de part en part, ceci constitue pour lui une violence inouïe, c'est comme s'il était délesté de lui-même : il n'a plus de raison d'être. Cette violence bien sûr demeure cachée dans la mesure précisément où il n'y a pas d'autre horizon que cet univers. Et il faut qu'elle demeure cachée, il faut que l'enfant, puis l'adolescent se soumette. S'il parvient à intégrer cette fonctionnalité, il peut redevenir viable et retrouver une solidarité avec le monde par l'intermédiaire du travail. Il a trouvé sa place dans le camp de concentration, il peut décorer sa cellule. Sinon, ce sera un rebus comme notre société en produit à la pelle. Parce qu'en dehors du camp, il n'y a plus rien.
  22. Loufiat

    Changer la vie

    J'aimerais que ce soit aussi clair, je voudrais pouvoir dire "oui !". Mais je ne suis pas sûr de ce que tu appelles la rencontre de soi ? Et à contrario quelle expérience, quelle vie ne serait pas, ou éloignerait de la rencontre de soi. Soi, j'ai l'impression que c'est ce que je trouverai dans tous les cas, où que se tourne mon regard. Au contraire il s'agit bien d'un exil, d'un départ et d'une rupture. Une rencontre avec un autre soi alors, peut-être.
  23. Loufiat

    Changer la vie

    Oui mais la tablette est exclue. De toute façon, j'ai déjà beaucoup lu et n'en suis sorti réellement moins bête qu'à de très rares exceptions. "A l'impossible nul n'est tenu." Si vraiment il fallait en emporter un, mon choix porterait sur les sagesses antiques, voire un dictionnaire.
  24. Loufiat

    Changer la vie

    Je ne pense pas en prendre non, seulement des cartes. Les bouquins, la grande majorité ira à une bibliothèque universitaire, les livres rares resteront dans la famille et puis il y aura les livres spéciaux pour telle ou tel. Toi, lequel tu me conseillerais d'emporter ? Qu'est-ce que tu prendrais toi-même, si tu devais ? Je refuse le monde qui s'avance, qui progresse et fait sauter tous les verrous depuis un demi-siècle. C'est un monde de nécessités que nous transformons en vertus, ce qui fait de nous des hypocrites. En cela, nous sommes constants. Mais en réalité, ce n'est pas le monde social de l'être humain, car ceci est encore sauvage, insaisissable, contrairement à la réalité qui est en train de phagocyter ce monde social de l'être humain, qui s'en nourrit et le transforme, à l'intérieur, en un vaste camp de concentration, et à l'extérieur en un désert aride.
  25. Loufiat

    Changer la vie

    On ne saurait critiquer en connaissance de cause que ce dont on use en effet. Autrement, c'est de la justification. Le besoin de justification est le second le plus pressant chez l'être humain, tout de suite après et en proportion de l'appétit de puissance. Je dois tout à autrui. Au niveau familial, je prétends être le seul d'entre nous à pouvoir faire ce geste. Les autres ne le peuvent pas, mais je dois le faire aussi pour eux. C'est ainsi que j'améliorerai le monde selon mes moyens.
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