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Annalevine

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Tout ce qui a été posté par Annalevine

  1. Bonjour, Le sentiment est défini comme une perception intérieure dans un manuel de philo que je n’ai pas là, sous les yeux. La première fois que j’ai lu ça je fus surpris. Le sentiment est une perception ? Je me suis dit que cela méritait d’être étudié. Mais pourquoi une perception « intérieure » ? Je suis moi-même issu de la culture française en premier, même si, dans le cadre familial, donc affectif, je reçus de fortes influences juives et russes. Mais, dans le cadre de l’enseignement français, le sentiment est toujours dévalorisé et c’est cet enseignement officiel que j’ai reçu. Si bien que moi même j’ai toujours dévalorisé le sentiment sans voir que je dévalorisais ainsi et moi même, et mes héritages russes et juifs. Le sentiment est une perception. Rien que d’affirmer cela nous nous retrouvons en lutte contre la culture dominante française pour laquelle le sentiment est un état d’âme, un résultat chimique, une disposition cérébrale secondaire. Dire que le sentiment est une perception au même titre que l’arbre que je vois est une perception, que le son que j’écoute est une perception, cela va loin. Car une perception informe de quelque chose qui existe indépendamment de moi. Le son, certes n’existe pas dans la nature ( tout de même que le sentiment « angoisse » n’existe pas dans la nature) mais le son dit quelque chose d’une réalité, qui certes m’échappe, mais qui, tout de même existe indépendamment de moi. Dire donc que le sentiment est une perception c’est dire que le sentiment révèle quelque chose, une réalité qui certes m’échappe, mais qui, tout de même, existe indépendamment de moi. Ce qui est une affirmation ou une hypothèse assez fantastique. Le sentiment est une perception qui ne passe pas par l’image. Ni par les mots écrits ou prononcés silencieusement dans notre esprit. Quand je suis angoissé, l’angoisse je ne peux pas d’emblée la dire, ni l’imager. Si je veux passer par l’image ou la communiquer, je vais devoir passer par une image caractérisée par exemple par un paysage, par une scène spécifique, par une allégorie, etc. Il semble que l’art soit la forme adaptée à l expression du sentiment. Heidegger cite par exemple l’ennui comme sentiment. Comment exprimer, dire à l’autre l’ennui ? En revanche entre l’arbre que je vois et l’ennui que je sens il y a un point commun : j’ai bien conscience de l’un comme de l’autre. Pour l’instant j’en suis là. L’émotion me paraît tout autre. Je ne la vois pas comme une perception mais comme une sorte de réflexe. La lettre sur Uriel da Costa est le résultat d’un travail commun où j’interviens comme rédacteur, tandis qu’une femme intervient comme éditrice ( ici et ailleurs) et tandis qu’un jeune Judéen en fait un objet d’étude.
  2. Lorsque les personnes viennent assister à la cérémonie des Césars, déjà je sais que ces personnes communient ensemble dans le viol de l’enfant. Sinon elles n’auraient pas assisté à cette cérémonie. Ensuite chacune, chacun va tenter de faire avec sa jouissance. Chacune, chacun va se battre avec son orgasme spirituel : je communie dans le viol de l’enfant. La féministe va tenter de se démarquer du pédophile, difficilement. Au fond d’elle elle sait qu’elle jouit avec le pedophile. Ça la dépasse. Elle est dépassée par des puissances en elle qui surgissent de l’antiquité. Elle va se rassurer : le viol de la petite fille est immonde, mais elle jouira dans sa solitude en se disant : putain qu’est-ce que c’est excitant le viol du petit garçon.
  3. Polanski viola une jeune fille. La jeune fille lui pardonne. Bien. Tout va bien ? Nous pourrions dire : oui. Telle femme sur le forum parle de son viol. Elle a construit tout de même sa vie. Bien. Telle personne, adulte, finit même par justifier le viol. Pourquoi pas ? Chacune, chacun tente de construire sa vie. Celui, celle qui réussit à construire sa vie va donc relativiser le viol. Bien. Si je suis de plus un être dominant je vais même dire que c’est moi qui suis responsable du viol. Bien. Mais est-ce si bien que ça ?
  4. Cette question du viol est étrange. Je me rends compte qu’elle renvoie à de puissants mythes. Depuis que je parviens à me libérer de la puissance des émotions, grâce aux événements de la vie, je prends conscience que le viol est un lieu obscur de notre civilisation. Je me suis rendu compte que le seul viol qui laisse muet tout le monde c’est le viol du petit garçon. Les femmes et certains hommes s’insurgent contre le viol des femmes et des petites filles. Mais le viol du petit garçon créé un silence. Les féministes se taisent. Les femmes se taisent. Les mères se taisent. Les hommes bandent. Le viol du petit garçon est un événement qui laisse muet tout le monde ou, c’est ce que je commence à comprendre, fait mouiller les femmes, y compris les féministes et les mères, et fait bander les hommes. Comment se fait il que le viol du petit garçon excite ainsi la libido aussi bien des hommes que des femmes ? La destruction de l’enfant mâle semble être un vestige du sacrifice antique d’Isaac par Abraham. Dans l’inconscient de tous et toutes le sacrifice de l’enfant mâle raisonne comme une totale jouissance. C’est étonnant.
  5. Quand je reprends votre développement sur l’essence de la civilisation je m’aperçois que votre point de départ c’est un SENTIMENT. Ce sentiment c’est que le libéralisme conduit à la fin de la civilisation et aussi à la fin de la démocratie ( darwinisme social). Là où il y a problème c’est que vous passez du sentiment à la pensée et vous tentez de dire, à vous comme aux autres, que ce sentiment est la conséquence d’une réflexion conceptuelle. Mais la réflexion conceptuelle que vous exposez vous en faites une pensée universelle. Et bien sur vous êtes alors attaqué ou critiqué car votre pensée c’est la vôtre, pas forcément la pensée universelle. Néanmoins vous êtes irrité car cette pensée universelle c’est en fait la pensée que vous élaborez avec vous même. Problème : quand vous exposez votre pensée sur un lieu public vous ne vous rendez pas compte que votre pensée est ressentie comme affirmation d’une pensée universelle. Cela dit ce qui est intéressant dans votre exposé ce n’est pas votre développement conceptuel, c’est votre Sentiment : que le libéralisme va à l’encontre de la civilisation. Ce sentiment est respectable bien sûr, il est même partagé par beaucoup.
  6. En relisant votre texte je me rends compte que vous êtes, comme nous tous il est vrai, dans l’émotion. Vous exprimez un dépit. Et une blessure. Nul ne vous comprend intellectuellement et, en plus, vous êtes agressé. Ce qui est étonnant c’est que ceux qui communient avec vous dans l’expression du dépit et de la blessure ne vont pas pour autant trouver en eux la générosité de débattre sur le fond avec vous des sujets que vous lancez. Je suis de plus en plus convaincu que c’est la nature même du medium forum qui engendre toutes ces incompréhensions. Je me suis dit, dans un premier temps, que pour vous répondre, j’allais faire une brève analyse de la nature même de la rédaction de vos sujets. Par exemple s’agissant de l’essence de la civilisation vous exposez une pensée que vous imposez d’emblée au lecteur : l’essence de la civilisation, c’est d’interdire la violence. Vous auriez pu écrire : je pense que l’essence de la civilisation est d’interdire la violence. Du coup le lecteur n’aurait pas eu le Sentiment ( comme quoi le sentiment est bien une perception) d’être forcé de vous suivre dans une considération qui est la vôtre, et non pas celle de tous. D’emblée donc vous êtes dans la non communication. Mais je ne peux pas vous en vouloir. C’est la nature même du medium qui nous égare. Car nous écrivons en nous croyant seul avec nous-même, du coup nous exprimons notre pensée singulière comme si elle était universelle. Nous ne prenons pas conscience de l’existence de l’autre. En ne prenant pas conscience de l’existence de l’autre ( après tout à qui nous nous adressons ?) nous exposons notre pensée sur un mode universel qui choque les interlocuteurs. Du coup réponse agressive. L’interlocuteur se sent nié.
  7. Il est manifestement impossible de venir réfléchir sur le monde, sur le forum, sans réfléchir, au préalable, sur l’influence de la nature même d’un medium comme le forum, sur l’élaboration de la pensée. Il y a tout de même une réalité que j’ai réussi à percevoir, grâce au forum, c’est que, dans la culture dominante française, la perception sentiment est niée ou dévalorisée. Ainsi dans l’enseignement officiel universitaire de la philosophie, en France, mais sans doute dans d’autres pays, le sentiment est nié comme perception. Du coup cela aiguille la pensée française exclusivement dans la pensée conceptuelle. Cela va plus loin. Même si je fais remarquer ici que le sentiment est considéré comme une perception authentique par certains penseurs allemands par exemple je reste inaudible. Celui qui a été formé dans la culture conceptuelle française ne PEUT même pas envisager que le sentiment puisse être une authentique perception. Mais il y a autre chose. La nature même d’un medium type forum est de rendre impossible la perception sentiment et la perception cinq sens de l’autre. Nous ne percevons pas réellement nos interlocuteurs. Ce qui est étonnant c’est que l’impossibilité de la perception de l’autre semble en revanche libérer l’émotion. Ce qui fait que toutes et tous sont sans cesse dans l’émotion. Mais l’émotion renvoie sans cesse à soi. L’émotion dit quelque de nous mais elle ne dit rien de l’autre. La considération de nos propres émotions a donc tout de même une utilité : prendre mieux conscience de quoi nous sommes faits.
  8. La base du raisonnement des intervenants est incomplète. La perception ne s’achève pas dans les cinq sens. Il y a aussi la perception par le sentiment. Est-ce propre à l’enseignement français que d’évincer le sentiment comme perception ? Comment se fait-il que, dans d’autres pays, le sentiment est réellement considéré comme une perception et pas en France ? En ne prenant pas conscience, en refusant de prendre conscience que le sentiment est une perception, concurrente de la perception « cinq sens » les intervenants rendent impossibles le dialogue et la communication. Peut être est-ce là le secret de l’impossible éviction de l’agressivité dans les dialogues. La dévalorisation du sentiment conduit immanquablement à la dévalorisation de l’autre ou au sentiment que l’on est soi-même dévalorisé. Ce qui est extraordinaire, dans la culture française, c’est cette étonnante négation du sentiment comme perception consciente. Comme le sentiment, de toute façon, fait partie de notre mode de perception, en le niant ou en le dévalorisant nous nions ou nous dévalorisons l’autre. Tout de même que nous nous nions nous-mêmes ou nous nous dévalorisons. Dans la vie réelle , que l’on tienne le sentiment pour rien ou pour une perception dévaluée, en fait nous tenons toujours compte de la perception sentiment. Pas sur le forum. Sur le forum la perception « sentiment » de l’autre est annihilée. Pas consciemment, pas volontairement. C’est la nature même du medium forum que d’annihiler la perception sentiment. Mais la perception « cinq sens » n’existe pas non plus. C’est vraiment curieux. Mais ce que je peux observer c’est que l’annihilation des deux perceptions, cinq sens et sentiment, libère exclusivement : l’émotion. Chacun est livré à ses émotions. Les siennes. Chacun reste dans son propre monde.
  9. La vertu de la raison ( acte de raisonner) est de faire des distinctions, des séparations, des regroupements, des classements, etc. J’utilise la raison dans mon comportement quotidien sans doute parce que j’ai décidé d’en faire le fondement de mon action. Dire que la pensée scientifique est identique à la pensée religieuse est sans doute vraie pour vous, mais dans mes choix fondamentaux, je fais la distinction. Dans le cadre de la pensée scientifique par exemple je ne vais pas tenter de m’envoler en battant des bras en me jetant du dixième étage d’un immeuble. Dans le cadre de la pensée religieuse en revanche je laisse l’imaginaire agir et structurer mon esprit, ce qui me conduira à agir de telle ou telle façon dans mon rapport humain avec les autres. Vous voyez à quel point chez moi les deux pensées sont différentes. Chez vous elles sont identiques. Chez moi elles sont distinctes.
  10. C’est exactement ce genre d’intervention qui au début, et là je plaide coupable, m’a aiguillé vers un comportement semblable à celui de @Blaquièreou de @zenalpha et de bien d’autres : dégrader l’interlocuteur, l’avilir. Je ne reproche pas à ces gens-là d’être ce qu’ils sont, je me reproche d’avoir manqué de caractère et d’avoir calqué mon comportement sur le leur. On pourra toujours m’objecter que @Maroudijiest lui même méprisant. C’est vrai. Cela pourtant ne doit pas inspirer un comportement calqué sur ce mépris des uns pour les autres.
  11. Les deux énoncés ne sont pas conçus dans le même champ de pensée. L’un, Ganesh a rédigé le Mahabharata, prend son sens dans le rapport qu’entretiennent entre eux des hommes et des femmes dans une communauté donnée. Son champ est le champ religieux. L’autre, la terre est une sphère, est prononcé dans le champ de la pensée scientifique, il concerne le rapport des femmes et des hommes avec le monde matériel, avec la nature. Ce dernier énoncé a servi de base aux voyages des Portugais et des Espagnols dès la fin du XV siècle en quête d’une route vers les Indes permettant de ne plus dépendre du verrou ottoman. Nous connaissons les conséquences de cet énoncé, des lors qu’il a été pris au sérieux. Je ne connais pas les conséquences sociales du premier énoncé. Cet énoncé a t-il structuré la société hindoue ? Il faudrait pour cela étudier l’histoire du continent indien.
  12. @Quasi-Modo Ce que vous reprochez à vos contradicteurs c’est de profiter des failles de vos raisonnements pour s’y engouffrer et vous dévaloriser. Ce réflexe de dévalorisation voire pire de dégradation ou d’avilissement de l’autre est en effet usuel ici. Mes premiers développements ici ont immédiatement été suivis d’attaques visant la dévalorisation. Récemment je lisais une intervention de @deja-utilise qui, en exergue de son discours, dévalorise tous les intervenants du forum sauf @Dompteur de mots qui, lui, carrément m’insulte. @Blaquière finit toujours par tourner les écrits des intervenants en dérision manière à lui de pratiquer la dévalorisation. @Léna-Postrof finit par m’insulter sur mon âge. @Maroudiji affirme souvent avec morgue la supériorité de sa pensée. Bon, je ne vais pas citer tout le monde. Moi-même une fois attaqué je me suis lancé dans l’attaque, et je suis devenu à mon tour dévalorisant. Bref tout ça est assez puéril et j’ai moi-même participé à cette attitude infantile. Pourquoi sommes nous, tous et toutes, surtout en philo, dans l’émotion, dans la dévalorisation de l’autre ? Je n’en sais rien. Pour éviter de tomber dans cette fondrière je n’utilise plus le forum que comme un détour pour mener mes propres études, le seul fait de publier ici stimulant une certaine exigence dans mon travail. Bien sûr il pourrait être interessant de lire les interventions des contradicteurs. Mais toutes et tous ne contredisent que pour détruire, dévaloriser, ironiser, etc. Finalement chacun se dit et dit : ma pensée est vraie, intelligente, et tous les autres sont des cons, ou encore des pourris ou encore, pour paraphraser Sartre des lâches. Après tout Sartre ne se gênait pas non plus pour dire que tous ceux qui ne pensaient pas comme lui étaient des lâches ou des salauds. Il me semble que cette attitude n’est pas l’apanage de ce forum. Des que l’on s’attarde sur des questions philosophiques, scientifiques ou religieuses, cela tourne mal sur des media aussi spécifiques que les réseaux sociaux. Ce type de medium semble être exclusivement dédié à l’expression des émotions. Cela dit vous pourriez attendre donc de moi concernant vos sujets une attitude plus constructive. Pourquoi pas. Je réagis parfois émotionnellement à la lecture de vos sujets. Je vous dirai dans un autre message en quoi vos sujets m’agacent parfois. Je pense que cet agacement provient de votre manière de présenter les choses.
  13. Extrait d'une lettre envoyée à un jeune Judéen, extrait qui va avec l'étude sur le sentiment de Heidegger : Pour Spinoza la Torah était un manifeste politique écrit non par Moise mais par les scribes et les religieux dirigés par Esdras lors de l’exil à Babylone. De retour en Judée Esdras utilisa cet écrit pour fonder un nouvel Israël. La Torah n’était pas un texte révélé. Comme Uriel da Costa il disait « que les âmes mouraient avec les corps et qu’il n’ y avait de Dieu que philosophiquement ». Pour lui, Dieu, réalité sans cause (incréé donc), était identique à la Nature. Dieu était l’univers naturel en mouvement, un système qui avançait imperméable aux faits et gestes des hommes. Ce « Deus sive natura » (en latin) soit ce « Dieu ou la Nature » ou encore « Dieu c’est-à-dire la Nature » était moralement indifférent, autosuffisant, sans histoire. Ce Dieu-Nature était universel, il n’appartenait à aucune religion révélée. Ce faisant Spinoza rompait avec le judaïsme. Il rejoignait ce que beaucoup, Juifs y compris, appelaient et appellent les Juifs séculiers, c’est-à-dire les Juifs athées. Pourtant s'il ne croyait plus en un Dieu anthropomorphique il refusa toujours avec vigueur l’athéisme. C'est pourquoi nous pouvons dire de lui qu'il fut un juif laïque et non un juif séculier. Spinoza répétait que l’univers n’était pas une machine matérielle qui se serait créée d’elle-même (comme le pense par exemple l’illustre physicien Hawking). L’essence de l’univers pour lui était identique au Dieu sans cause. Formule obscure, incompréhensible. Du coup nul ne comprit rien à Spinoza (et pratiquement personne encore aujourd’hui comprend quelque chose à Spinoza). Il fallut attendre des hommes tels Albert Einstein pour que quelqu’un finisse par le comprendre. En effet Albert Einstein ne croyait pas non plus en un Dieu anthropomorphique mais il se voulait juif sans équivoque et ne voulait pas se dissocier de l’histoire juive. Mais que dit Einstein, lorsqu’en 1929 il fut pressé de s’exprimer sur sa croyance ? Il dit ceci : « Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l’ordre harmonieux de ce qui existe et non à un Dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains ». Par ailleurs il éprouvait un certain mépris pour l’athéisme commun qui, disait-il, restait sourd à la « musique des sphères ». Parlant ainsi Einstein, spirituellement, réintégra Spinoza dans la communauté juive. Il est nécessaire d’être attentif à ce dit Einstein. Il dit que le Dieu de Spinoza se révèle dans l’ordre harmonieux de la nature » ou encore dans « la musique des sphères ». Mais cet ordre harmonieux ou cet ordre musical n’est pas un ordre Pensé c’est un ordre Senti. Einstein tout de même que Spinoza ne sont plus dans la pensée spéculative, ils sont dans le sentiment, ils ne se positionnent plus comme des penseurs mais comme des artistes. Ils « sentent » en eux l’émerveillement les envahir, grâce à la conscience même qu’ils ont qu’il existe une réalité. Et ce sentiment (émerveillement, paix, étonnement, etc.) pour eux révèle l’existence d’un Inconnu qu’ils appellent Dieu par commodité lors même que ce Dieu reste en fait un Mystère. Pour comprendre Spinoza puis à sa suite Einstein il est donc nécessaire d’abandonner la pensée classique faite de raisonnements et de relations de causalité, il faut adopter l’attitude de l’artiste qui perçoit par le sentiment qu’un mystère se révèle à lui. Lisons Einstein dans son texte enregistré au profit de la Ligue des droits de l’Homme en 1932 : « L’expérience la plus belle et la plus profonde que puisse faire l’homme est celle du mystère. Sentir que derrière tout ce que nous pouvons découvrir il y a quelque chose qui échappe à notre compréhension, et dont la beauté, la sublimité ne peuvent nous parvenir qu’indirectement, voilà ce que c’est que le sentiment du sacré. Et il me suffit de pouvoir m’émerveiller devant ces secrets et de tenter humblement de saisir par l’esprit une image pâlie de la sublime structure de tout ce qui est » Le « indirectement » signifie que le mystère ne nous est pas révélé directement mais qu’il se signale par le sentiment qu’il imprime en nous, tel un être invisible qui se manifesterait à nous par la marque de son empreinte dans notre esprit, cette empreinte étant le sentiment, le « senti ». Sans doute, tout ce que je t’écris là est difficile à comprendre. Mais tu parviendras tôt ou tard à comprendre tous ces mots, car tu as en toi cette tension inextinguible qui te porte à toujours aller plus loin dans l’élucidation des mystères. Même Spinoza et Einstein sont appelés à être dépassés par ces chercheurs inlassables que sont les « étoiles vagabondes » comme le furent Uriel da Costa ou encore Spinoza.
  14. Bonjour Bluehawk. Il est difficile voire impossible pour le commun de faire la différence entre l’œuvre et son auteur surtout à l’époque actuelle. A titre personnel je peux apprécier telle ou telle œuvre et pourtant m’interroger sur son auteur ( je pense là, précisément, à Céline). A titre encore plus personnel je peux m’interroger sur l’oeuvre scientifique d’un certain personnage ( œuvre scientifique telle que nul ne peut la remettre en cause au contraire d’une œuvre artistique qui relève du goût et qui peut à ce titre être contestée) et son comportement privé. Pour réussir à penser à ces questions ( l’art ou la science contre la morale, contre le respect dû aux enfants, aux femmes, aux minorités) il est nécessaire de commencer à séparer l’œuvre de l’auteur. Mais à notre époque l’œuvre sert à mettre l’auteur en valeur. Nous ne sommes plus au moyen âge ou la ferveur religieuse conduisait certains créateurs à choisir l’anonymat et à s’effacer devant l’œuvre. Aujourd’hui il n’y a plus de transcendance de type religieux ou autre, et seul compte la mise en valeur de l’auteur ou de l’acteur. C’est pourquoi dans cet obscurantisme triomphant votre distinction auteur/œuvre tombe à plat. C’est en effet Polanski qui est mis en valeur et son œuvre est un moyen de l’honorer. Vous avez un courage certain de vous affirmer face à la meute bestiale qui vous poursuit ici. Ssalutations.
  15. Il m’est nécessaire de lire et relire le petit opuscule de Heidegger sur la métaphysique tant sa manière de percevoir le monde est étrangère à la manière de percevoir en France. Il m’avait semblé que la distinction pensée/sentiment était propre à Jung. Mais en relisant attentivement Heidegger je vois écrit ceci : ce que nous appelons sentiments n’est pas un épiphénomène fugitif du comportement de notre pensée... Il oppose bien sentiment et pensée. Cette opposition paraît incompréhensible en France. Ici nous opposons en fait raison et passion. Nous identifions raison et pensée d’un côté, sentiment et passion de l’autre. Ce n’est pas du tout le cas en Allemagne. La raison, dans cette culture, est l’apanage aussi bien de la pensée que du sentiment. Néanmoins il me faut nuancer. Kant par exemple est plus proche de la culture française que de la culture allemande. Lui aussi oppose pensée et sentiment en dévaluant d’emblée le sentiment comme une passion inintéressante. La passion n’est pas « ontologiquement » dévaluée en France mais elle n’est pas considérée comme une source de connaissance du monde. Elle est uniquement une source de connaissance sur un individu singulier. La passion, dans la culture française, n’informe que sur une singularité elle n’informe pas sur le monde dans son ensemble.
  16. Des lors que je pose la fonction sentiment comme une fonction autonome, parallèle à la fonction pensée ( pour reprendre le vocabulaire de Jung) une fonction autonome fondée authentiquement sur une perception d’un autre type que la perception usuelle ( celle des cinq sens) je comprends beaucoup mieux le type de relation que nouent avec moi certains jeunes. Il est patent que la jeunesse a developpé et développe un rapport aux autres différent du rapport que ma génération développait jadis avec les autres. Certains jeunes et je pense plus particulièrement à certaines jeunes filles, développent avec moi un rapport de sentiment qui m’étonne. Car chez elles le sentiment est un mode de perception et de relation en soi qui n’est absolument pas une conséquence d’autre chose, une conséquence d’une autre fonction. Le sentiment existe en soi indépendamment de tous désirs ou de tous autres supports. Du coup j’ai visionné la série YOU de Netflix. Ce que je découvre dans cette série c’est le primat et même le règne absolu de la fonction sentiment. Le sexe lui-même n’est plus qu’une activité parmi d’autres qui peut très bien ne pas être pratiqué. C’est totalement différent des modes d’être des gens de plus de quarante ans par exemple. Le sentiment est d’abord posé comme un mode de perception à partir duquel la relation est bâtie. La sexualité n’a absolument plus rien à voir avec la fonction sentiment. C’est à la fois étonnant et, je trouve, encourageant. Car le sentiment dans son expression propre permet une relation authentique entre toute personne quelque soit son genre, son âge, son ethnie, sa religion etc. Cela dit il me semble que lorsque la fonction sentiment devient exclusive de toute autre fonction elle devient un obstacle à l’action. À voir.
  17. Il y a bien sûr une ironie de ma part et une provocation. Je parle de la culture dominante française, celle de l’enseignement par exemple officiel. Et si je parle de province je fais allusion à cette certitude des tenants de la culture française conventionnelle de dire l’universel. Il suffit de lire les intervenants du forum, rayon philo, pour s’apercevoir qu’ils rejettent l’importance de la fonction psychique sentiment. Je parle donc de l’idéologie dominante française. Bien entendu la fonction sentiment existe et est défendue en France ! Mais pour les tenants de la pensée dominante française, en majorité des hommes, mais aussi pour quelques femmes, cette fonction est « inférieure ». Quiconque utilise en premier cette fonction dénote pour eux quasiment une infériorité de « nature ». Cette infériorité de nature les autorise à avilir tout contradicteur qui fonde sa conduite sur cette fonction. Souffrez que je me défende au moins avec ironie contre les insultes et menaces que je reçois même en privé !
  18. À côté de la fonction psychique « pensée » Jung mais aussi Heidegger mais aussi quantité d’autres personnes identifient la fonction « sentiment ». Moi même issu de la culture provinciale française je découvre seulement aujourd’hui à quel point cette fonction est tout aussi importante que la fonction « pensée » grâce surtout à la saga de mes enfants et de mes petits enfants. De les voir vivre à l’étranger me permet de mieux voir le côté provincial français. Comment définir la fonction psychique « sentiment » ? Avant d’en venir à Jung je tente de définir ce qu’elle est pour moi. La fonction « sentiment » réfère au « senti » voire au « ressenti ». Certains la définissent comme une perception interne. Il s’agit bien d’une perception mais d’une perception qui m’affecte, qui nous affecte. Dans cette fonction, la perception engage le sujet au contraire de la fonction « pensée ». Cette perception, qui engage le sujet, qui m’affecte, est bien entendu consciente. Mais la mobilisation de la conscience n’entraîne pas la mobilisation du langage. Le langage n’est pas en connexion avec la conscience du « senti ». Le senti ou ressenti n’est pas la pensée, et le langage n’est pas l’expression du senti ou du ressenti. Cette fonction psychique totalement méconnue en France est une découverte pour moi en cela qu’elle est tout aussi essentielle au développement cérébral que la fonction pensée. Mais en cela aussi que le sentiment ne signale pas une subjectivité singulière, comme le croient les Français, mais une subjectivité propre à tout être humain, une subjectivité au sens : mobilisation du sujet, une subjectivité universelle.
  19. Et bien je vais vous prendre comme interlocutrice ! Jung distingue quatre fonctions psychologiques fondamentales. Commençons par la pensée. Ce qu’il appelle : pensée, est l’acte mental par lequel le sujet se saisit de l’objet. Dans cet acte le sujet disparaît à lui-même et ne s’intéresse qu’à l’objet. C’est en fait la pensée scientifique mais aussi, aujourd’hui, la pensée philosophique, puisque nous appelons philosophie toute activité de pensée. Cette fonction est connectée au langage si j’en crois Dehaene. Cette fonction est considérée comme la fonction dont découlent toutes les autres dans le village francais. Du coup les trois autres fonctions mentionnées par Jung sont dépréciées dans la province française. C’est une fonction adaptée au monde industriel, puisque ce monde est totalement centré sur l’objet, sur la production d’objets, et même sur la transformation en objet de l’individu. Le village français est donc excellemment placé dans la compétition actuelle dite libérale. La pensée procède par jugement. « Penser c’est juger » selon Kant dans la Critique de la raison pure. Attention ici le jugement n’a pas de contenu de valeur. Le jugement est l’acte qui consiste à relier un concept à un prédicat. « Paris est la capitale de la France » est un jugement. Il y a deux sortes de jugement, le jugement analytique ( Paris est une ville, qui n’apporte aucune connaissance puisque le prédicat, ville, fait partie de la définition même de Paris) et le jugement synthétique qui apporte une information sur le sujet non comprise dans la définition du sujet. Par exemple : une table est un plateau posé sur un certain nombre de pieds est un jugement analytique, cette table est jaune est un jugement synthétique. Je pense avoir été exhaustif. Passons au sentiment.
  20. La question des valeurs est une question intéressante. Des l’enfance, en observant les adultes, je fus surpris de constater l’énorme différence entre leurs valeurs affichées et leurs valeurs observées dans l’action quotidienne. Je les traitais alors d’hypocrites avant de m’apercevoir qu’ils ne prenaient pas du tout conscience de ce gap. Aujourd’hui je pense que la question des valeurs renvoie toujours à cette autre question : pourquoi afficher des valeurs en les tirant d’une spéculation intellectuelle sans conséquence pratique plutôt que de partir à la recherche de ses propres valeurs tout simplement en s’observant soi même dans ses actions ? Pourquoi ? Parce que si chacun faisait l’effort de découvrir à partir de ses actions la réalité de ses valeurs il ne pourrait pas les afficher tant certaines seraient manifestement contraires à la morale conventionnelle et même à la morale que l’individu concerné veut à tout prix se faire croire à lui-même qu’il la suit.
  21. Il est impossible de continuer l’étude de Heidegger sans s’informer de ce que signifie le sentiment dans la culture allemande. Jung dans « les types psychologiques » donne une intéressante synthèse de la culture germanique à ce propos mais son ouvrage est en définitive assez complexe et demande une étude sérieuse. Si dans le village francais seule existe la pensée ( concepts et idées) qui plus est extravertie, dans le village allemand nous découvrons, avec Jung, quatre fonctions psychiques et non pas une, toutes fonctions mises sur un même pied d’importance, ces fonctions déterminant quatre types psy distincts. Il y a donc la pensée, fonction considérée comme unique dans le village francais, il y a le sentiment, fonction subalterne voire dépréciée dans le village francais, mais il y a en plus la sensation et l’intuition. Jung emploie le même vocabulaire que celui de Heidegger, ce qui confirme une certaine homogénéité dans la culture allemande. Je ne peux pas faire l’économie d’étudier l’étude de Jung si je veux comprendre Heidegger.
  22. Je vais aller doucement avec vous. D'abord, instinctivement, je me rends compte que j'emploie le féminin pour vous parler. Je me sens femme face à vous. Donc je vais employer le féminin pour vous parler. Il va falloir que vous l'acceptiez (cela étant, dans la vie réelle, je suis un homme). A contrario je vous sens masculine. Cela crée un rapport étrange (voyez dans tout cela non une vérité sur vous, mais l'expression de ma sensibilité). Deuxième point. Si je parle en mon nom voyez-y une décision. Que d'ailleurs je ne respecte pas assez. Mais ce que chacun pense c'est d'abord sa pensée et non la pensée universelle. Le réflexe du commun c'est de faire de sa pensée un universel. Il est nécessaire de se dégager de ce réflexe conditionné. Votre pensée, c'est la vôtre, ce n'est pas la pensée universelle, ma pensée c'est la mienne, ce n'est pas la pensée universelle. Troisième point. Sur quoi porte ma critique quant à votre méthode de pensée ? Vous posez des fins. L'homme (au sens général) tend ou veut ou désire l'immortalité. Attention ! il s'agit là d'un lieu commun. De ce genre de pensée que le commun pense évident. Peut être que vous, vous désirez l’immortalité. Moi je ne la désire pas. Vous allez me dire que ce n'est pas possible. Les Saducéens, les maitres du Temple, ceux que le monde israélite respectait, ne désiraient pas l’immortalité. Vous voyez : les maitres à penser ne désiraient pas l’immortalité là où le commun, lui, désirait l’immortalité. Donc poser comme principe universel que l'homme, en général, désire l'immortalité est une erreur. Mais vous pouvez poser comme hypothèse que vous, vous désirez l’immortalité. Ce ne sera néanmoins qu'une hypothèse sur la teneur de votre désir. Rien ne dit que votre désir est forcément et pour toujours lié au désir d'immortalité. Le commun pense que le désir s'impose. Non le désir lui-même est un produit culturel. Donc je vous invite à la prudence. Ne prenez jamais une hypothèse pour une Vérité. Construisez votre monde en fonction de certaines hypothèses, mais réservez-vous le droit de changer d'hypothèse. Je vous écris en employant l’impératif. Pourquoi ? parce que je sens que vous aimez que je sois, vis à vis de vous, impérative.
  23. Pour parvenir à une représentation finie du monde, achevée, il faudrait aussi vivre dans un monde fini. Par exemple faire comme les moines se retirer dans un monde fini. Ou faire comme nombre de personnes : s’évertuer à vivre dans un monde quotidien répétitif. Mais, dés lors que l’on s’ouvre au monde, et que l’on accepte de faire sans cesse de nouvelles expériences engagées, je dis bien : engagées ( et là nous reprenons contact avec le sentiment, dans sa dimension précisée dans la culture germanique) nous ouvrons aussi nos représentations à de nouvelles considérations vécues, senties ( et non pas seulement pensées) qui nous portent à sans cesse modifier nos représentations. Si la recherche est la stabilité finale de nos représentations il faut alors « finir » la réalité, en vivant sans cesse dans la même réalité et les mêmes actions. Sans doute est- ce pour cela que nombre de penseurs ne réfèrent jamais à l’action engagée. Ils se gardent de telles actions qui pourraient les exposer à l’effondrement possible de leurs représentations.
  24. Je pense que vous parlez de vous. Vous généralisez, sans vous en apercevoir, une description du mécanisme de la pensée qui est, d’abord, le vôtre. Vous écrivez : la peur engendre le repli sur soi. Là vous parlez de vous. La peur chez certaines personnes engendre au contraire l’excitation voir le désir d’en découdre. Vous construisez votre pensée en ayant en vue des fins universelles : la survie, l’immortalité etc. Ces fins sont d’abord les vôtres, puis une fois ces fins posées, vous construisez votre monde, ou vous tentez de le construire. Vous êtes dans un rapport compliqué avec vous-même.
  25. Toutes ces réflexions me conduisent sans que je puisse en discerner la causalité, à cette autre réflexion : aujourd’hui le mot philosophie désigne dans l’imagerie commune toute activité de réflexion. Du coup tout est philosophie dès lors que nous sommes dans une réflexion. Il me semble que c’est abusif. Si nous appelons philosophie toute activité de réflexion alors bien sûr la philosophie n’est pas d’origine grecque. Il me semble que la philosophie, si je me réfère à ses origines grecques, indique un engagement dans le monde, et plus précisément dans le monde social et politique. @Ooos’insurge du fait que certains de ses sujets sont supprimés. Mais il identifie pensée réflexive et philosophie. Je pense qu’il fait erreur. La philosophie, si nous nous référons à l’historique grecque, implique un engagement dans le monde dans son ensemble, pour paraphraser Heidegger. Ce ne peut pas être une simple activité réflexive.
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