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Annalevine

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Tout ce qui a été posté par Annalevine

  1. Cette discussion, sur le matérialisme, m’a conduit à ressortir les vieux livres sur la question, du temps où j’étudiais le Capital, et que je me posais la question : comment changer le monde ? Il y a cet opuscule, principes élémentaires de philosophie, écrit par Georges Politzer, à l’intention du monde ouvrier. Il y a vraiment là des pensées étonnantes que j’avais totalement oubliées. Par exemple : qu’est ce que l’Etre ? C’est la matière. Qu’est ce que c’est la matière ? C’est ce que nos perceptions nous présentent. Nous voyons déjà là une certaine naïveté. Nos perceptions, comme des prophètes, nous présentent...nous révèlent...Le monde extérieur nous est révélé. Nous savons aujourd’hui que nos perceptions sont largement construites par des processus qui nous sont propres. La présentation du monde extérieur est loin d’être une révélation, c’est déjà une construction qui doit largement à des processus cérébraux élaborés sur des milliards d’années. Politzer se demande ce qui est le plus important, l’être (la matière) ou l’esprit ? Il dit le plus important ( des événements) c’est celui qui est antérieur à l’autre. Donc c’est la matière. Il fonde la valeur ( morale ?) sur l’antériorité. Étonnant. Bien sûr je ne souscris pas à sa vision. Pourtant il pose cette question à la fin de son premier chapitre : est ce que l’homme pense parce qu’il a un cerveau ou est ce que l’homme pense parce qu’il a une âme ? Le matérialiste répond : parce qu’il a un cerveau. L’idéaliste répond : parce qu’il a une âme. Or je réponds moi aussi : parce qu’il a un cerveau. Pourtant je ne suis pas matérialiste. Il y a donc un chemin entre le matérialiste et l’idéaliste, chemin que je suis depuis toujours en train de pratiquer. C’est passionnant de pratiquer un chemin inconnu.
  2. Il y a toujours dans ces débats entre matérialisme et idéalisme quelque chose qui me paraît puéril. L’idéaliste affirme que l’esprit crée la matière. Le matérialiste affirme que la matière crée l’esprit... débats vains depuis que le concept même de matière a explosé en vol et que le concept de réalité inaccessible à l’homme s’impose même chez les non- croyants un peu instruits. Il fut un temps où le matérialisme était décliné dans ses variantes, le matérialisme dialectique, le matérialisme historique, etc, le matérialisme venait à l’appui du marxisme. Le matérialisme annonçait un nouveau monde social débarrassé de l’idéalisme religieux bourgeois destiné lui à figer les rapports de classe. Le matérialisme a fini par s’effondrer avec Lénine et même par s’abîmer avec Staline. Aujourd’hui le matérialisme a complètement dégénéré : il ne s’agit plus que d’une arme de guerre de type idéologique destinée à briser les dieux et les rêves des croyants. Il ne construit plus rien, il fait la guerre à l’Autre, celui qui n’est pas matérialiste. Le matérialiste rejoint ainsi le christianisme et l’Islam dans leur intolérance. L’athée fait la guerre au croyant, il est tout content, l’athée, de travailler au meurtre de la croyance de l’autre . Ainsi le matérialiste et l’athée ne se déterminent plus que comme Violence, violence faite à un autre. Il est pourtant possible de penser que le Dieu de l’autre n’existe pas sans devenir athée. Mais ça, ça dépasse les petits esprits.
  3. Il y a quelque temps ce genre de discours aurait enfanté en moi de la colère. Pourquoi ? Parce que j’aurais été persuadé qu’un tel discours relevait de la mauvaise foi. Aujourd’hui je me rends compte qu’un tel discours ne relève pas d’une mauvaise foi mais d’un défaut d’intelligence. Etablir une identité entre réaction chimique et émotion participe malheureusement d’une pensée pas très fine, c’est le moins que je puisse dire. Cela relève de le même légèreté d’esprit qui consiste à dire : c’est mon cerveau qui pense, ou encore : je regarde mon cerveau en train de penser. Ne pas discerner qu’écrire des trucs pareils est une pure absurdité révèle tout de même une certaine mauvaise foi. J’ai beau écrire ici, donnant des références de docteur es sciences physiques, etc, que le son par exemple que je perçois n’est pas identique à la vibration de l’air, que le son en tant que tel n’est pas la vibration de l’air ( en plus même cette vibration de l’air est encore un modèle !!! Bon passons) je n’y arrive pas. Non la réaction chimique que j’observe n’est pas identique à l’émotion que je vis, non la vibration de l’air n’est pas identique au son que je perçois, non la fréquence de telle radiation n’est pas la couleur que je perçois . Non le neural n’est pas le mental. Cette rupture entre la chose observée et la chose vécue, entre par exemple la description chimique de l’émotion et le vécu de l’émotion, entre la longueur d’onde du bleu et le bleu tel qu’il apparaît dans le champ conscient, entre la vibration de l’air et le son que je perçois, est cruciale. Elle me fait penser à ces deux petits nuages que les physiciens du début des années 1900 pensaient être sans importance : le problème du corps noir ( rayonnement considéré alors comme continu de l’énergie) et celui de la constance de la vitesse de la lumière qu’elle que soit la vitesse du corps qui la produit. Ces deux petits nuages ont conduit à des découvertes inouïes qui ont remis en cause les fondements de la physique. Non ce que l’individu vit et dont il a conscience n’est pas identique aux réactions chimiques qui l’accompagnent ( on ne sait même plus aujourd’hui si le mental est toujours une conséquence du neural, dans la mesure où il semble que parfois c’est bien le neural qui suit le mental et non le contraire. Il y a d’excellents travaux actuellement menés là dessus par des neuro psy). Le monde reste un mystère qu’il est passionnant de découvrir.
  4. Vous parlez plus haut de votre histoire et je vous saisis ainsi un peu mieux. Nous avons des rapports où je vous affronte et où parfois je vous frôle avec empathie. Et vous réagissez comme il est bon que vous réagissiez. Je ne lis pas les MP, les MP pervertissent les dialogues. J’aime vous lire mais j’aime aussi le combat.
  5. Bonjour Ambre, Vos réflexions, certaines, me renvoient à la connaissance de l’autre. Ici un philosophe a écrit que nous pouvons connaître quelqu’un rien qu’en le lisant. Lire un auteur ne permet pourtant pas de le connaître, cet auteur. Vous ne pouvez pas émettre l’hypothèse qu’il suffit de me lire pour me connaître, qu’il suffit que je vous lise pour vous connaître. Je n’ai pas répondu à cet interlocuteur, mais revenu seul avec moi-même, je me suis rendu compte qu’il était possible de commencer à connaître quelqu’un ou un peuple quand nous commencions à connaître son histoire. Tant que nous ne savons rien de l’histoire de l’autre nous n’avons de lui ou d’elle qu’une connaissance trop sommaire. Cela me rappelle les tableaux des impressionnistes. Ils représentent la lumière par exemple par des taches de peinture jaune. Si vous regardez chaque tache vous ne voyez pas la lumière, si vous regardez l’ensemble des taches vous voyez la lumière ( c’est une métaphore, bien sûr, je ne m’intéresse pas, là, au mécanisme de la vision). Et bien un individu, vous, moi, nous ne pouvons le comprendre que si nous parvenons à le resituer dans un ensemble plus vaste. Dans un tableau la tache de peinture isolée n’est pas déterminée pour autant de manière mécanique par les autres éléments de la peinture, non elle entre en interaction avec les autres éléments du tableau, il n’y a pas déterminisme mécanique, il y a un va et vient entre un élément de l’ensemble et chaque élément du même ensemble. Puis vous laissez aller votre esprit dans son travail qui pour vous reste hors du champ de votre conscience. Comme le tireur ajuste en toute conscience sa cible, alerte ses capacités d’attention puis laisse faire son esprit hors de toute conscience ( l’esprit opère alors des calculs et des ajustements si colossaux que votre conscience serait bien incapable de les produire). Donc vous laissez faire votre esprit et là quand vous revenez sur la tache vous ne voyez plus seulement une simple tache mais une réalité soudainement chargée de sens, le sens qu’elle aura reçu ou donné au reste de l’œuvre, un sens et une connaissance issue de la lumière de l’ensemble.
  6. Par la seule lecture d’un écrit que pensez-vous connaître de l’autre ? Mais il y a un moyen de vérifier votre hypothèse d’une possible connaissance de l’autre par le seul écrit, c’est d’observer ce qui se passe sur le forum. Pensez-vous connaître quelque chose de moi par le truchement de mes écrits ? Puis- je prétendre connaître quelque chose de vous par le truchement de vos écrits ? Quand nous abordons l’autre par le seul écrit nous ne pouvons prétendre connaître par ce seul moyen quoi que ce soit de l’autre. Croyez-vous connaître quelque chose de Heidegger en lisant ses œuvres ? Ce que vous penserez connaître de lui par le seul truchement de son œuvre écrite ne sera qu’une représentation de votre imaginaire. Ce que les gens pensent de l'autre, ici, sur le forum, ne sont que des constructions de leur imaginaire. Ce sont nos imaginaires qui se côtoient ici. C’est d’ailleurs passionnant et cela le reste tant que nous savons que ce sont nos simulacres qui mènent ensemble la danse ici. En écrivant ici nous entrons en relation avec notre propre imaginaire stimulé, nourri parfois par ce que nous imaginons être l’autre. C’est idem pour vous et Heidegger. Vous imaginez le personnage de Heidegger, vous imaginez le sens du dasein, vous imaginez l’Etre. Ce n’est pas Heidegger qui vous ébloui c’est ce que vous imaginez qu’il est. Vous êtes ébloui par votre propre imaginaire qui se révèle à vous sous la stimulation des écrits de cet homme, écrits qui jouent le rôle de l’agitateur chimique. Heidegger n’est que le messager d’une puissance tutélaire qui se révèle à vous. Maintenant ce qu’il faudrait c’est que vous parveniez à sortir du fétichisme des mots, comme le mot dasein, pour en trouver le sens, celui que cette puissance tutélaire a déposé en lui, en ce mot, pour vous. Sens dont il est possible et même probable qu’il n’a aucun rapport avec le sens que lui donna Heidegger. Nous commençons par connaître quelque chose de l’autre quand nous commençons par connaître quelque chose de son action dans le monde. Nous commençons par connaître quelque chose de l’autre ici quand cet autre nous dévoile son action dans le monde, bref quand il nous parle de lui ( ou d’elle).
  7. Le mot "sauver" est abondamment employé dans le monde religieux. On y emploie souvent le mot "salut". Chercher le salut. En philosophie aussi ce mot, "salut", est employé. Luc Ferry écrit que la philosophie permet de trouver le salut sans Dieu. Je trouve cette façon de parler très grandiloquente. Je me garde de ce mot. Je le trouve un peu prétentieux. Le mot "réparer" me convient mieux, il est plus fin, plus humain aussi, et surtout il correspond mieux à la réalité vécue. Vous devriez forger vous-même le sens des mots, au lieu d'aller en chercher le sens chez tel ou tel penseur. Croyez en vous. En votre capacité, en votre puissance à enfanter le sens. Restez critique devant tout prophète, même s'il s'appelle Heidegger, et même si Dieu lui-même vous apparaissait, encore restez critique avec Lui. Jacob lutta bien contre l'ange toute une nuit, il n'en subit pas pour autant un châtiment !
  8. C’est la première fois que je sors dans le jardin, sur l’arrière, depuis l’automne. Sans même m’en rendre compte. Tout en pensant à la « réparation ». Il y a les poteaux qui soutiennent la glycine à redresser, des arbustes que j’aurais dû tailler, les grenades éclatées qui pourtant gardent encore quelques grains, les oiseaux aussi sont là...un coup d’œil sur la toiture, la lucarne semble avoir un peu gonflée sur l’un de ses jambages. Le parfum entêtant et envahissant des coronilles. La réparation... Au début je voyais les choses avec le sentiment lumineux que j’allais transmettre. Je voulais transmettre aux ado déshérités, issus de familles riches ou modestes, peu importe, mais des ado en déshérence, exclus du système scolaire, incapables de suivre les cours privés de qui que ce soit. Puis je me suis rendu compte que j’étais loin de la transmission de savoirs, qu’il me fallait des heures durant être attentif à ces jeunes, gagner leur confiance, partir à la recherche de leur défaut de raisonnement, il me fallait réparer leur mental. Parfois j’essayais de donner ce sens valorisant pour moi : je les sauve. Mais non, ce terme, sauver, état décidément grandiloquent. Je n’ai fait que tenter de réparer leur mental. Et cela m’ a épuisé. Épuisé à un point extrême. Cela fait un an que j’ai arrêté et je vois bien que je n’ai plus l’énergie. Réparer le mental de ces ado abimés est difficile. Louria a raison : il est nécessaire de réparer ce que le monde a abîmé. Mais le sens qu’il donne à cette entreprise me paraît trop poétique. Je veux bien croire qu’il existe une puissance tutélaire blessée. Mais cet imaginaire émouvant ne peut pas me suffire. La cousine de Londres transportée hier à l’hôpital va mieux. Le coronavirus l’épargnera in fine. J’en suis heureux. Cet autre cousin, à Paris, est en réa. Les probabilités qu’il y reste sont élevées.
  9. Louria part de l’idée que le monde doit être réparé. Cette idée est une conséquence, si je me réfère à la genèse de sa pensée, d’une brisure originelle. Si je me dégage de cette genèse il reste cette proposition : le monde doit être réparé. Cette vision vise à restaurer la puissance tutélaire du monde qui est blessée. Louria donne à la réparation un sens étrange. Libre à moi de donner à la réparation un sens moins périlleux que celui qu’il nous donne. Mais si je regarde mon action dans le monde ces huit dernières années ce fut bien une action ( sociale ) de réparation. Cette action dont le sens m’échappait prend sens dans la vision de Louria. Pourtant le sens , en ma conscience, reste inachevé. En réparant l’esprit blessé de dizaines d’adolescents, en les accompagnant sans cesse dans leur parcours scolaire heurté, qui en vérité tentai-je de réparer ? La puissance tutélaire blessée ? En tout cas oui mon action fut une action de réparation, cela je ne l’avais pas discerné.
  10. Penser, au sens large, à partir du « Je » ou à partir du « Nous » me rappelle une ancienne discussion avec mon frère, lorsqu’il était encore vivant, il y a bien longtemps. Alors que nous parlions de Platon et d’Aristote nous étions tombés d’accord au moins sur ce point : nous avions de la « sympathie » pour Platon, nous n’en avions pas pour Aristote. Et nous étions convenus que nous aimions chez Platon sa « façon » synthétique de penser et nous n’aimons pas, chez Aristote, sa « façon » analytique de penser. Nous sommes sans doute clivés, nous les humains, par des « façons » qui nous dépassent. Je pense que cela, ces « façons » différentes voire contraires de penser expliquent nombre d’incompréhensions. Quand @Groenland parle de l’essence de l’homme je ne comprends même pas ce qu’il veut dire. Quand je pense « homme » je vois une totalité en action, en mouvement : synthèse. Je ne parviens pas à voir l’homme à partir de ses éléments constitutifs, dont l’essence ferait partie selon Groenland. Ou alors il faudrait que je parte de la totalité que je perçois et que je la dissèque. Mais même en disséquant je ne trouve pas l’essence dont il parle.
  11. Il peut m’apparaître parfois que mon désaccord avec mon interlocuteur réside dans la pensée. Un désaccord conceptuel donc. Pourtant je me rends compte que le désaccord le plus souvent ne vient pas de la pensée mais de l’attitude culturelle. Je parle à partir d’une culture différente, d’une civilisation différente. Les Français eux-mêmes sont divisés entre au moins deux « civilisations ». Pour signifier cette différence culturelle je peux prendre l’exemple de la mise en forme des questions. Il y a ceux qui vont ainsi questionner : D’où viens-JE ? Et ceux qui vont questionner ainsi : D’où venons-NOUS ? Il y a ceux qui questionnent ainsi : Et maintenant que vais-JE faire ? Et ceux qui questionnent ainsi : Et maintenant qu’allons-NOUS faire ? Deux civilisations s’affrontent en France, la civilisation du JE, et la civilisation du NOUS.
  12. À titre personnel je participe à la fois du monde chrétien et du monde juif. Mais, toujours à titre personnel, dans l’ordre de ma représentation du monde je ne fais pas partie de la communauté chrétienne ni de la communauté juive: je parle de l’extérieur de ces deux communautés. C’est en restant à l’extérieur de ces deux communautés que je peux graduellement les comprendre et les connaitre. Il est vrai que je suis particulièrement attaché à la communauté juive par le cœur. Il est patent que le Dieu des chrétiens, et, puisque je vis aussi entouré de musulmans Arabes ( il existe des lieux très cosmopolites dans la région parisienne) le Allah des musulmans n’ont rien à voir avec le « Dieu » des juifs. En fait on ne devrait même pas employer le même mot : Dieu pour désigner les croyances de chacun. D’ailleurs les juifs les plus fins n’emploient pas le mot de Dieu. Même le mot Yahvé est interdit d’être prononcé. L’appellation que je trouve etre la plus profonde, même si elle n’ est connue que des lettrés, est : En Sof. J’emploierai désormais ce mot qui a l’avantage de n’avoir rien à voir avec le mot Dieu. Ce qui est passionnant chez la communauté juive c’est qu’elle est depuis toujours en mouvement. Alors que le Dieu des chrétiens et le Allah des musulmans est immuable depuis des siècles, même le En Sof se transforme. Ce en quoi croit les juifs est lui même en mutation constante. Les écritures sont constemment réinterprétées, constamment repensées. L’Esprit sans cesse en mouvement agit comme s’il reconstruisait sans cesse le sens de l’écrit. Même En Sof vit. En Sof peut appeler au secours son peuple. Imagine t on le Dieu des chrétiens ou le Allah des musulmans appeler au secours leur communauté ? Non car il s’agit pas du tout du même Dieu.
  13. Il y a une méprise ou une ignorance lorsque, parlant du monothéisme, certains mettent sur le même plan le monothéisme des deux religions que sont le christianisme et l’Islam, et le monothéisme des Hébreux. Le monothéisme des Hébreux est un monothéisme pour eux mêmes, pour le peuple juif, pas pour les autres « tribus » alors que le monothéisme des chrétiens et des musulmans est un monothéisme totalitaire, une idéologie prosélyte : ces deux religions tendent vers la conversion de tous. Et parfois elles massacrent celles et ceux qui refusent la conversion. Les Hébreux n’imposent pas leur Dieu aux autres tribus. Si nous faisions une recension de toutes les tribus, de toutes les sociétés dites primitives, de toutes les sectes, nous trouverions un nombre important de ces collectivités mettant haut une foi en un « être » créateur du monde, puissant, etc. Mais ces tribus n’exigent pas pour autant que leur « être » soit vénéré par les autres « tribus ». C’est pourquoi si nous appelons religion le christianisme et l’islam alors le judaïsme n’est pas une religion. C’est une vision du monde que s’est donné un peuple.
  14. Non, Martin Heidegger dit, dans un entretien accordé au Spiegel en 1966, ceci : « Seulement un dieu peut encore nous sauver. Il nous reste pour seule possibilité de préparer dans la pensée et la poésie une disponibilité pour l’apparition du dieu ou pour l’absence du dieu dans notre déclin » Ainsi Heidegger revient à l’attitude religieuse chrétienne classique : attendre la révélation, attendre l’apparition du dieu. Enfin peu avant sa mort Heidegger dit encore ceci, en parlant de Holderlin : « J’ai parlé ( note : en 1964) de la fin de la philosophie et de la tâche de la pensée. J’y ai fait une distinction entre philosophie c’est à dire la métaphysique, et la pensée telle que je l’entends. Cette pensée est ... beaucoup plus simple que la philosophie...Elle exige un nouveau soin apporté au langage, et non une invention de termes nouveaux comme je l’avais pensé jadis. Un penseur à venir... sera peut être placé devant la tache d’assumer effectivement cette pensée que j’essaie seulement de préparer » Il annonce au passage la mort de la philosophie définitivement dévorée par la science. Et il oppose désormais à la philosophie...la pensée. Il me rend raison finalement quand je parlais de la pensée comme mode de connaissance. À la pensée il adjoint la poésie, qui, pour moi, est un autre mot pour désigner le sentiment. La poésie ou le sentiment comme autre mode de connaissance. Nous en revenons toujours à la base de toute connaissance. Puis Heidegger cite le mot de Kleist. Ce qu’il y a d’étonnant c’est que Heidegger retrouve là le messianisme chrétien, il se coule dans la peau de saint Jean Baptiste. Après avoir tenté, avec les nazis, de combattre la pensée chrétienne qu’il voyait comme issue de la pensée juive, après avoir tenté de faire face à la pensée chrétienne y voyant l’expression de la pensée juive en lui opposant l’Etre grec (pensée issue prétendument de la pensée aryenne, cette autre invention nazie) Heidegger cède. Il n’est plus question d’aller à la recherche de l’Etre, il est question d’attendre le dieu. Notons au passage qu’il estime s’être trompé lorsqu’il passait son temps à inventer de nouveaux mots.
  15. Je reprends ma recherche. Les Hébreux pensent leur « Dieu » sous ce nom En Sof. Le nom donné par Louria. C’est une pensée extrêmement abstraite. Du point de vue des Hébreux ( des Juifs) En Sof « appartient » à leur communauté, Yahvé appartient à leur communauté. C’est une affaire interne à leur peuple. Que des gens qui s’appellent chrétiens ou musulmans se prévalent de quelque chose qu’ils appellent Dieu ou Allah les Hébreux s’en foutent. De leur point de vue le Dieu des chrétiens ou le Allah des musulmans ne les intéressent pas. Que les chrétiens ou les musulmans se prévalent du monothéisme cela ne les intéresse pas. Les Hébreux ont affaire avec leur puissance tutélaire, la leur. Qu’ils appellent Yahvé bien qu’ils n’aient pas le droit de prononcer son nom. Il n’y a pas trois religions monothéistes il n’y en a que deux : le christianisme et l’Islam. Le judaïsme est une culture propre à un peuple, de même que d’innombrables tribus ont elles aussi leur culture. Le problème pour les hébreux c’est que des gens qui s’appellent chrétiens ou musulmans s’acharnent à piquer, à dérober leur « dieu » pour les dépouiller. Sans la puissance créatrice des hébreux ou encore s’ils avaient eu la prudence de ne jamais dévoiler leur totem ( le verbe) qui signifie leur puissance tutélaire il n’y aurait jamais eu de chrétiens, jamais eu de musulmans. Les hébreux n’ont pas une grande considération pour le dieu des chrétiens ou des musulmans qui n’est jamais qu’une copie de leur propre « dieu ». Comment avoir une grande considération pour des gens qui vous volent votre « création » ? Des chrétiens qui tentent de dérober votre totem, des musulmans menés par un analphabète qui lui aussi s’est emparé du dieu hébraïque. Au pire les hébreux se désintéressent de ces gens qui se réclament de leur propre monothéisme, au mieux ils ont pour ces voleurs une tendresse de frère ainé. Mais les hébreux ont en revanche toujours eu une curiosité pour l’Etre des Grecs. D’abord parce que les Grecs au contraire des chrétiens et des musulmans ont pensé leur propre totem, leur propre puissance tutélaire, l’Etre, ce ne sont pas des voleurs, ensuite parce qu’ils ont le sentiment, les Hébreux, que la puissance tutélaire des Grecs, l’Etre, semble avoir une parenté avec l’En Sof.
  16. Il y a beaucoup de pertinence dans ce que dit Maroudiji. Mais il est obligé de le dire dans une constante agressivité de fond. Il est difficile de surmonter les humiliations jadis subies. Il suffit pour le lecteur de gommer la toile de fond de son ressentiment pour prendre le meilleur de lui.
  17. User du forum avec modération. En abuser rend fou.
  18. Vous divaguez. Je me souviens que Vilaine vous disait d’arrêter de trop vous enivrer (j’espère qu'il s'agit d'un bon cru) quand vous veniez ici. Je finis par croire qu'elle est intuitive. Je vous laisse. Vous n’êtes pas dans un état lucide. Bonne soirée.
  19. Je vais essayer d'être pédagogue. Pessa'h est une fête qui commémore la sortie d’Égypte, elle fête le passage (Pessa'h signifie passage) de l'état de servitude à l'état de liberté. C'est cela qui est important : c'est l'Esprit de la fête. Maintenant cet esprit peut avoir comme support une partie imaginaire, pourquoi pas. Pour un juif l’imaginaire est aussi créateur, l’imaginaire agit aussi dans le réel. Autour d'une même table il peut y avoir un orthodoxe qui croit dur comme fer à la réalité de la sortie d'Egypte et un autre, libéral, qui ne croira pas dans la réalité de la sortie d’Égypte mais qui croira dans l'intention ici fêtée. Moi je trouve ça beau de lire des textes qui commémorent cette sortie, même si je ne suis pas sûr qu'elle ait existé telle que décrite. Cette libération a dû se répéter tellement de fois, en réel, pour les Hébreux, alors que ce soit d'Egypte ou d'ailleurs que les Hébreux se soient libérés, quelle importance ?
  20. Il est possible que la fuite d’Égypte soit un mythe. Ça ne dérange pas les juifs d'ailleurs (les juifs libéraux bien sûr, les orthodoxes c'est autre chose). Il est probable que la Torah a été écrite par les juifs de Babylone (Esdras et Ezechiel). Pourquoi pas. Mais les écrits d'Esdras ont sans doute compilé des écrits très anciens emportés avec eux lors de leur exil. La puissance des écrits ne réside pas dans la réalité de ce qu'ils décrivent elle réside dans l'Esprit qu'ils transmettent. Faire comprendre ça aux païens invétérés que sont les chrétiens ça parait impossible (là je provoque bien sûr !). Le peuple juif se construit dans son histoire, rien à voir avec les chrétiens. Un chrétien si on lui prouve que Jésus n'a pas existé il n'existe plus ! Un juif si on lui dit que Moise est un mythe ça ne change rien. Le judaïsme n'a rien à voir avec le christianisme. Ce n'est pas une religion c'est une mémoire. Construite sur des mythes ? pourquoi pas. Ça ne me dérange pas de fêter Pessa'h (demain) tout en pensant que Moise est un mythe. Ce ne dérange pas les juifs un peu instruits. Les grecs restaient grecs même si on leur disait que Zeus était un mythe. Bernard Henri Lévy peut dire qu'il ne croit pas en la réalité de Dieu il reste juif. Pas pour des raisons ethniques ou génétiques mais parce qu'il adhère à une histoire, à un Esprit (culture, vision du monde, histoire, mémoire, etc.). Bien sûr ça fait bondir les orthodoxes (je ne dis pas les discussions passionnées entre juifs libéraux et orthodoxes !!!!) mais les juifs restent juifs quand ils adhérent tous à l'Esprit du judaïsme.
  21. C'est tout de même un peu n'importe quoi. Les juifs ne sont pas soudain arrivés en Israël pour revendiquer le territoire. De plus il y eut toujours eu une présence de juifs là-bas (au moins en Galilée). C'est bien plus compliqué que ça. Comment diable ne pas savoir que les juifs ont TOUJOURS été présents en Israël, enfin au moins depuis des siècles avant l'E.C. Le problème c'est qu'il y a eu beaucoup de mouvements de population au cours des siècles notamment avec l'arrivée d'arabes il y a très longtemps, qui s'y sont implantés, près des juifs, il y eut aussi l'arrivée de chrétiens ...bref votre image de juifs soudain venus après plusieurs siècles d’absence revendiquer un territoire relève de votre imaginaire. Les juifs n'ont pas été expulsés d’Israël en plus, ils ont été expulsés de Jérusalem à diverses reprises, pas expulsés de tout le territoire. Cela dit beaucoup de juifs ont en effet préféré partir d’Israël, mais ce choix les Juifs l'ont fait dès l’époque de l'exil à Babylone. A partir de cette époque ils ont toujours vécu pour la majorité d'entre eux hors d’Israël, et ce, parce qu'ils l'avaient décidé. Croire que le peuple juif ce sont les Israéliens, là vous êtes à côté de la plaque. Les israéliens sont une partie du peuple juif et en plus c'est une partie minoritaire en nombre. Le désir de revenir en Israël (le messianisme) a toujours suivi des drames énormes, comme l'expulsion d'Espagne par exemple. A chaque fois que les juifs ont été massacrés par les chrétiens ils ont eu envie de revenir en Israël.
  22. Il faudrait soit vous informer soit ne pas intervenir sur un sujet que manifestement vous ne connaissez pas. Le premier exode connu c'est celui de Babylone...enfin bon, il y a trop de travail à faire avec vous. Si vous lisiez les lettres à Samuel vous seriez informé. Je ne vous reproche pas de ne rien connaitre de l'histoire juive ce que je vous reproche c'est de vouloir à tout prix parler d'un sujet que vous ne connaissez manifestement pas.
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