-
Compteur de contenus
3 528 -
Inscription
-
Dernière visite
Type de contenu
Profils
Forums
Blogs
Calendrier
Vidéos
Quiz
Movies
Tout ce qui a été posté par Annalevine
-
Votre intervention vient après la mienne sur Gödel (réflexions mathématiques) ce qui m'inspire ceci (je reste dans l'indécidabilité) : Quand vous écrivez que la nature est une dynamique sans but précis ni visée (parfaite) vous décidez de donner une réponse précise (vrai-faux) à une question indécidable. En effet il est absolument impossible de répondre avec certitude à la question : la nature a-t-elle un but ou pas ? C'est cette fameuse bifurcation dont parle Alain Connes. Si vous dites que la nature n'a pas de but vous allez créer une certaine philosophie. Si vous dites que la nature a un but vous allez créer une autre philosophie. Comme personne ne peut prouver que la nature a un but ou pas nous aurons ainsi deux philosophies concurrentes qui affecteront aux choses un critère vrai/faux différent. A titre personnel face à cette indécidabilité je reste dans...l’indécision. Dire que la nature (dont l'homme fait partie) a un but me parait forcé, dire qu'elle n'a pas de but me parait forcé. Est-il possible de rester dans l'équilibre, sur la crête, et choisir de rester dans l'incertitude ? Oui.
-
Il y a une minorité de personnes qui font confiance à leur imaginaire, à leurs capacités créatrices. Et il y a une majorité de personnes qui restent conventionnelles même si, elles aussi, sont attirées par leur propre imaginaire. Utiliser sa capacité conceptuelle pour affirmer que telle ou telle réalité existe, bien qu’elle ne soit pas encore perceptible ou encore acceptée, c’est s’exposer à l’ire des conventionnels. Ces derniers reprochent aux créatifs de s’autoriser à être créatifs. C’est illégitime : seuls les installés, les disciples cooptés, ou les dieux et maîtres ont cette légitimité. Les gens du commun, qui n’osent pas renverser l’autorité dogmatique du moment, reprochent à l’anonyme d’oser une telle éversion. Ainsi s’ouvre les procès en illégitimité. L’audace de l’inconnu met en exergue une pusillanimité qui blesse l’amour propre de ceux qui ont choisi de vivre dans la sécurité de ce qu’ils pensent être la norme.
-
Je me suis demandé si cela valait la peine que je vous réponde lorsque, en rayon mathématiques, vous venez m’écrire que je fais une erreur quand je parle d’atteindre l’infini en acte. Que répondre à un homme qui prétend que je fais une erreur quand cet homme est unfoutu de résoudre un simple problème de maths de niveau terminales ? Que répondre à un homme qui ne travaille pas ses sujets, qui pense que tous sont en dépression intellectuelle sans voir qu’il parle de lui et de sa propre pusillanimité ? Que répondre à un homme oisif, qui s’ennuie en définitive dans sa vie, incapable d’action ? Quand j’écris que j’atteins en pensée l’infini, que je l’atteins en acte, au lieu de suivre le troupeau de hyènes qui me suivent à la trace, vous devriez sortir de votre propension à être un suiveur ( et certainement pas un surhumain) et aller lire Cantor dans le texte. Vous lirez alors qu’il affirme atteindre l’infini en acte. Ce que vous prenez pour une erreur, petit homme du troupeau, est un acte audacieux de l’imaginaire. Vous ne travaillez aucun de vos sujets, vous n’êtes fort que bien rangé au sein de la horde, et vous prétendez au surhumain ! Vous devriez tenter de grandir au lieu de vous gargariser de mots.
-
Si vous mettez mon petit dessin en mouvement et que vous faites tendre la somme des deux angles â et b vers 180° vous verrez, en imagination, les deux droites se couper de plus en plus loin. Lorsque la somme des deux angles sera différente de 180 degrés d'une mesure infiniment petite, le point d’intersection des deux droites tendra vers un "infini". C'est en mobilisant votre imagination que vous verrez le problème soulevé par les Grecs. Que se passe-t-il quand on tend vers des situations limites ? Tendre, et non atteindre bien que l'on cherche à atteindre. Si vous oubliez votre pensée analytique et que vous acceptez de vous livrez à votre imaginaire alors vous verrez que lorsque le différentiel de la somme des angles par rapport à 180 degrés tend vers 0 alors le point d'intersection va si loin que vous commencez à entrevoir, dans votre pensée spatiale, intuitive, imagée ce qu'est l'infini.
-
Cela me fait penser à ma première visite en Israël. Je rencontre là-bas un judéen qui m’explique que Dieu n’existe pas, que la mort abrège définitivement la vie de l’homme ( il n’existe pas d’âme immortelle) et qui me sort une théorie révolutionnaire sur l’état de la société israélienne de l’époque en anticipant sur la création d’un État laïque où Arabes et Hébreux se partageront le pouvoir. J’en fus retournée. ( Il fut finalement expulsé d’Israël, il était juif d’origine roumaine). Après m’avoir écoutée, j’étais alors jeune et animée d’une foi juvénile, il me dit « je t’ai écoutée, en fait tu ne crois pas en Dieu » et il ajoute : « es-tu libre dans ta vie ? Si tu as besoin de croire pour vivre alors tu n’es pas libre. Si tu constates que tu peux croire ou pas, et continuer de vivre alors tu es libre ». En fait pour lui la croyance devait être l’effet d’une décision. Je crois parce que je le décide. Du coup je me suis efforcée de vivre en supprimant mon conditionnement culturel jusqu à me dire : ça y est maintenant je crois parce que je le décide ou je ne crois pas parce que je le décide. J’ai décidé de croire mais ma foi alors ne reposa plus que sur l’espace en creux du néant, comme un gouffre sous mes pieds. Ainsi ai-je affirmé une foi flottant résolument au dessus du néant. Triomphe de la volonté, cher ami. Le monde et l’humanité peuvent disparaître j’affirme résolument ma foi.
-
J’ai changé par rapport à ce pessimisme affiché il y a peu. J’utilise le forum comme un espace de réflexion personnel ce qui peut dérouter le lecteur. Je suis toujours en recherche. Aujourd’hui je me dis : ai-je besoin de penser que l’humanité doive survivre pour continuer de vivre, de faire des projets, d’aimer, etc. Si j’ai besoin de penser que l’humanité doive survivre pour continuer de vivre alors je ne suis pas libre. Être libre c’est continuer de vivre quelles que soient les perspectives. Donc j’ai mis mon pessimisme en sommeil puisque, que l’humanité survive ou disparaisse, je décide de vivre.
-
C'est le libellé exact du cinquième postulat qui conduisit les Grecs et tous les mathématiciens qui suivirent à s’interroger sur ce postulat. J'en donne le texte exact en fichier joint. Ceux qui prendront la peine de lire l’énoncé d' Euclide comprendront que nous puissions nous interroger sur la validité de ce postulat. Il est bien écrit : "ces droites prolongées à l'infini se rencontreront du côté où les angles sont plus petits que deux droits". Cette rédaction a plongé les mathématiciens dans l'interrogation : qu'est-ce que l'infini ? Nous voyons aussi, comme l'ont fait remarqué des intervenants ici, que la notion d’infini va avec la notion de limite. La question est : pouvons-nous nous autoriser à "atteindre", en pensée, l'infini ? En principe non, Dieu étant le seul à avoir la faculté d’atteindre l'infini. C'est pourquoi nous nous autorisons à concevoir l’infini en puissance mais pas en acte. Dans l'enseignement actuel, en mathématiques, l'infini est noté ∞, il s'agit de l'infini en puissance. Cantor a été le premier (à ma connaissance) à concevoir l'infini en acte et à en noter le cardinal. Pour finir par affirmer que le cardinal de l'ensemble des réels (nombre d'éléments du corps des réels) par exemple était supérieur au cardinal de l'ensemble de naturels. Comment un infini peut-il être plus grand qu'un autre infini ? Cantor ainsi osa impossible. L’infini avec lui peut être atteint. Cela lui a valu d'avoir une carrière contrariée. Tous les mathématiciens (ou presque) de renom à l'époque se liguèrent contre lui.
-
Oui, vous avez raison, c’est un appel au secours de sa part. Je n’avais pas pensé à cela. Vous êtes très compassionnelle. Je le ( Lévy-Strauss) vois, je le fonde en tant qu’autorité. Et j’attends qu’il tienne dans la tempête comme le phare assiégé par les vagues. Mais il ne tient pas. Il attend d’être sauvé. Comme le dieu des Judéens qui appelle au secours. Si moi je tiens, et je tiens, alors je dois aussi être compassionnel avec les puissants qui cèdent. Je suis trop dur avec Lévi-Strauss.
-
Claude Lévi-Strauss, dans « Tristes Tropiques » écrit : « Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui ». Il aligne ensuite des considérations visant à dévaluer son travail comme celui de toute l’humanité, ce travail contribuant à augmenter l’entropie du monde physique, entropie menant fatalement à la « mort » de ce monde. Ce qui est curieux c’est qu’il finit par rendre l’homme responsable de cette marche mortifère, un homme qui ne serait qu’une machine œuvrant à la déchéance universelle. Ce discours est irritant pour plusieurs raisons. D’abord il introduit une morale culpabilisante dans un processus dont le déroulement ne doit rien à la morale mais à l’application (indue ici) du deuxième principe de la thermodynamique. Ensuite il n’est pas gêné d’élaborer une pensée catastrophiste tout en menant une action sociale, dont il dévalue le sens, mais qui lui permet de se constituer une place de choix. Si toute action précipite la fin du monde, et qu’il le sait, n’aurait-il pas dû s’abstenir de se consacrer à ses recherches ? Il va même jusqu’à écrire qu’une simple communication entre deux individus augmente cette fatale entropie. Cela ne l’a pas empêché de passer son temps à communiquer, pour ensuite dénoncer la déchéance humaine qui s’en suit. Enfin il infère du principe entropique, qui est un principe du seul monde physique, des conséquences dans les domaines de la vie et de l’esprit. Comme si ce qui était vrai pour l’inanimé était vrai pour l’animé, et que l’inanimé était le maître de l’animé. Les principes physiques sont vrais dans un intervalle temporel donné, et dans un cadre donné. Ils ne sont pas saufs ni du temps ni des contours « locaux » auxquels ils se référent.
-
Je viens de voir que j'étais interpelé, sur un autre fil, sur la kabbale de Louria. Je préfère en parler ici, cela me parait convenir au titre de ce fil, plutôt que d’intervenir sur ce sujet, en sciences. Il y a déjà eu communication sur ce sujet dans un autre fil. La kabbale de Louria est un ensemble de conceptions philosophiques et religieuses conçues après les deux catastrophes subies par le peuple juif : l'expulsion d’Espagne et les massacres en Ukraine par les cosaques. Ce qui est émouvant dans cette kabbale c'est ce resserrement du peuple juif autour de son Dieu : Dieu appelle au secours, Dieu a besoin de son peuple. Jamais je n’avais lu l'expression d'un tel désespoir chez aucun peuple. Je me suis senti bouleversé en lisant Louria. En fichiers joint les posts déjà publiés sur le forum sur un autre fil. kabbale.odt kabbale2.odt kabbale3.odt
-
Ce qu’écrit exactement Max Horkheimer c’est ce qui suit : « La maladie de la raison c’est que la raison naquit de la tendance impulsive de l’homme à dominer la nature et le rétablissement dépend de la connaissance de la maladie originelle et non point de la guérison de ses symptômes les plus tardifs ». Ce qui veut dire que le nazisme ou encore le stalinisme, évènements que connut Max Horkheimer, sont pour lui des symptômes de la maladie de la raison. Maladie dont l’origine remonte à l’apparition de la raison, non pas bien sûr en tant que raison, mais en tant qu’instrument mis au service de cette passion : dominer la nature.
-
Max Horkheimer est un philosophe de l’École de Francfort, Institut de recherches sociales, fondé en 1923 par un groupe de chercheurs en sociologie. Les participants, juifs pour la plupart, durent s’exiler avec la montée du nazisme, avant de revenir en Allemagne et de reprendre leurs travaux, en 1950, à Francfort. Pour lui les événements tragiques du XX siècle sont la conséquence de la faillite de la raison. Il écrit : « S’il nous fallait parler d’une maladie qui affecte la raison, il serait nécessaire de comprendre que cette maladie n’a pas frappé la raison à un moment historique donné (les années 30 à 50) mais qu’elle a été inséparable de la nature de la raison dans la civilisation » Dès sa naissance (le logos) la raison jaillit animée par cette tendance impulsive : dominer la nature. C’est même cette pulsion qui la fonde. Il suffit de lire ou d’écouter ceux qui se parent de l’absolue vérité qui, selon eux, ne peut manquer de surgir du juste exercice de la raison, pour percevoir leur pulsion dominatrice. Tant que la raison est comprise comme étant un instrument, ceux qui raisonnent restent prudents sur leurs intentions. Ils savent que la raison est toujours au service d’une quelconque passion. Quand ceux qui raisonnent font de la raison une faculté capable de se donner à elle-même ses propres causes, appelées alors Vérité, alors l’idéologie apparaît et avec elle la tyrannie. Max Horkheimer invite à faire l’effort de réconcilier raison et nature. Il voit dans cet effort le développement même de la philosophie, dont la définition évoluera selon nos avancées dans cet effort.
-
Ludwig Wittgenstein estimait que la philosophie est une activité de clarification des idées floues. C’est exactement mon sentiment. Le Cercle de Vienne, au début du XX siècle explora le savoir scientifique, il en fit le seul savoir qui vaille. Il affirma ainsi sa foi dans la toute puissance de la pensée linéaire, analytique, celle qui est mue par notre volonté. Cette toute puissance affirmée fut rapidement bornée par d’autres scientifiques, tels Gödel qui démontra l’incomplétude de toute œuvre d’axiomatisation ou encore par Karl Popper qui renversa le principe d’induction. Pour autant l’idée n’est pas de réfuter la science, mais d’en dessiner les limites. Il ne sert à rien, en 2020, d’en revenir au scientisme, au positivisme, ces chemins ont été abondamment labourés. La science est nécessaire mais son champ d’action est limité. Il semble que l’attitude analytique ne réponde pas seulement à un désir de connaître mais aussi à un désir de possession. On peut se demander si cette attitude, cette foi absolue en la pensée linéaire, verbale, consciente, volontaire ne débouche pas sur cette prétention : maîtriser le monde par la connaissance, par toute connaissance de tout ordre (scientifique, philosophique, religieuse...) en vue de le posséder. Posséder et laisser libre cours aux flux de la Volonté. Ce qui limite encore cet absolu désir de possession ce sont des événements non encore maîtrisés, comme, par exemple, la mort. Pourtant il y a autre chose qui limite cette intention possessive. Il y a cette intuition : le monde est dans ses marges impossessible. Il existe quelque chose en excès, au-delà de tout connaissance possessive. A la faveur de cette intuition naît alors ce désir : sauvegarder ce « quelque chose ». Face à la volonté de puissance, au désir de posséder, s’élève alors, délicatement, le désir de reconnaître « l’autre » cet inconnu(e) qui vit dans les marges, et qui attend de nous, au moins temporairement, que nous nous abandonnions à lui (ou à elle) en reconnaissant son existence impossessible.
-
Est-ce qu’il existe une présence au monde ? S’il existe une présence au monde alors cette présence est aussi présente en nous. Pouvons-nous la distinguer si elle forme continuité entre nous et le monde ? Si nous posons l’existence de cette présence alors elle est présente non seulement en nous, mais en chaque existant, en chaque « étant ». Nous ne pouvons pas percevoir cette présence par nos sens. Nous ne pouvons la percevoir que par le sentiment. Ai-je le sentiment d’une présence non seulement en moi mais encore dans le monde ? La réponse est oui. J’ai parfois, soudainement, le sentiment d’une présence. Cela arrive, de manière inopinée, là, quelque chose signale son existence. L’existence d’une présence. Je ne peux pourtant rien faire de ce sentiment, rien en induire. Rien dire de l’être de cette présence. Quelque chose simplement fait signe « je suis là ». Cette présence invite à la confiance. Confiance dans le mouvement du monde, quand bien même parfois, tout ce qui advient est incompréhensible, parfois même douloureux sinon pire. Beckett écrit : « quelque chose suit son cours ».
-
Bonjour Saxo. À l’époque de Zenon les problèmes posés étaient plutôt de nature philosophique. Mais il y avait aussi déjà la confusion entre modèle et réalité observée. La droite ou le segment que l’on peut diviser à volonté est un modèle de la réalité. De même que l’espace temps est un modèle mathématique d’une réalité qui, elle, n’est pas l’espace temps mais un Indéfinissable vers lequel nous tentons d’approcher par nos modèles. Bref prendre le modèle pour le réel est soit un aveuglement soit une croyance. Revenons à Zénon. À son époque et d’ailleurs jusqu’au XIX siècle les hommes pensaient que l’infini existait en puissance mais jamais en acte. Autrement dit il n’était pas possible pour l’entendement humain d’atteindre l’infini en acte, ce n’était possible que pour Dieu. Donc on ne peut que diviser sans cesse un segment sans parvenir à la fin. Et puis un jour un homme osa : l’infini est atteignable, il est possible de passer d’un infini en puissance à un infini en acte. Un homme imagina qu’il existait un nombre désignant le nombre d’éléments d’un ensemble infini. Il inventa le mot de puissance devenu ensuite le cardinal. Il posa l’infini comme étant atteint puis imagina un nouvel infini venant à la suite de cet infini atteint. Il imagina des infinis plus grands que d’autres infinis. La symphonie d’un mathématicien par ailleurs excellent violoniste. La mathématique est un art. Bref cet homme sortit de cette nasse qu’est l’infini en puissance. Bien sûr il fut raillé , moqué, censuré . Cet homme fonda la théorie des ensembles. Mais pour en revenir au modèle et au réel, attention de ne pas les mélanger. Le modèle est le domaine du mathématicien qui aime tant inventer des mondes, c’est un artiste, le réel rattache l’homme à la technique seul but social de la physique.
-
J’ai repris Lenny comme élève.Cette fois-ci les parents ne sont pas intervenus. Il est venu de lui-même me demander de l’aider. Mathématiques, troisième. J’ai hésité. Cela fait un an que j’ai arrêté d’enseigner. Mener tous ces élèves au bac, tous ces élèves souffrant de difficultés affectives ou sociales diverses m’a vidé. Je n’en pouvais plus. J’ai hésité. Je sais que Lenny ne peut pas s’en sortir si je ne l’aide pas. Lui dire non, c’est l’abandonner. Je lui ai dit oui. La première fois que je l’ai vu c’était chez ses parents. Il était alors en primaire. Il m’est apparu différent. Ses parents lui parlaient comme s’il était intellectuellement retardé. Je lui ai donné un premier cours. Il ne parvenait pas à faire une division. L’enseignante se moquait de lui, il était la risée de sa classe. Il souffrait. Je me suis aperçu qu’il ne comprenait rien à la méthode enseignée. Je lui ai trouvé une autre méthode. Il a réussi. J’ai vu son visage quand il est parvenu à faire seul sa division. Il était illuminé. Sa joie m’a émerveillé. Il a couru voir son père, il lui a montré qu’il savait faire une division. Il était bouleversant. Il est venu en sixième puis il a disparu. Il est revenu, c’est sa seule décision. Qui ne doit rien à ses parents. Je pense aussi que c’est pour cela que je lui ai dit oui. Je me suis aperçu que les seules connaissances qu’il a encore en maths ce sont celles que je lui ai communiquées jadis. Ses lacunes sont vertigineuses. Ainsi nul ne semble réussir à l’enseigner. Sa mère lui fait ses devoirs mais elle ne parvient pas à lui expliquer. Enseigner est un art quand l’élève est en difficulté. Je prends soudain conscience que lorsque l’enseignement devient un art, alors il me plaît d’enseigner.
-
Je vous lis. Parfois, souvent, je suis agacé. Mais vous avez assez d’art, malgré votre technique trop abrupte, d’être une présence. Donc, quand vous apparaissez, j’ai plaisir à ressentir votre présence. Vous êtes présente dans mon esprit mais je ne me sens pas présente dans votre esprit. Aussi je crois bien que signaler ma présence ici quand vous parlez vous indiffère. Le silence qui vous fait écho vous inquiète. Vous cherchez une présence, mais la présence de qui ? Vous vous limitez à vous vouloir trop réaliste. Vous ne faites pas assez confiance à votre imaginaire. Laissez tomber certains de vos raisonnements. Soyez plus déjantée.
-
Il est toujours tentant de justifier d’être ce que nous sommes, de justifier de penser comme nous pensons, encore plus tentant de dévaloriser l’être des autres et de dévaloriser leur pensée. Cet effort de justification augmenté d’un effort d’auto-valorisation, cet assaut contre l’autre augmenté d’un effort pour le dévaloriser trahit un piétinement, une difficulté à s’arracher d’une situation entravée. Soit que notre pensée soit empêchée par un manque d’imagination soit que nos aspirations soient entravées par les habitudes, les intérêts, les situations particulières, les conditions générales. Nous gardons le désir de nous envoler vers les cimes mais les ailes battent sans conviction. Impossible de quitter notre place dans les gradins, notre chaise dans la nef, notre boutique dans le village. C’est là que nous allons mourir. Nous protestons encore mais nous savons que l’oubli séculaire effacera jusqu’au souvenir de notre existence. Il n’ y a qu’une question à laquelle s’attacher et s’efforcer d’y répondre : « Que faire ? » . Ici ou ailleurs, et maintenant. L’action est le seul voyage parmi les autres et pour les autres qui puisse satisfaire notre inextinguible désir d’être. Il ne sert à rien d’analyser sans cesse la situation dans cet espoir vain que l’analyse engendrera l’action. Il est, là encore, nécessaire de créer en soi la disponibilité propre à recevoir l’inspiration qui nous donnera la force de trancher nos amarres et de partir dans un sauvage envol. Mais il existe aussi cet aigle au-dessus de nos propres aires : le destin. Quand il fond sur nous il ouvre des voies. Le Royal nous guide, et propose. Il faut oser s’accrocher à ses serres. L’aventure tient en haleine et nous enjoint de donner le meilleur de nous-même.
-
La volonté est liée à la pensée temporelle, consciente. Quand nous déroulons notre pensée consciente nous avons le sentiment de maîtriser notre pensée. Ce sentiment de maîtrise signifie l’existence d’une volonté, que nous estimons être nôtre. L’inspiration est liée à la pensée spatiale, synthétique. Quand cette pensée est manifestée nous avons le sentiment qu’elle vient à nous sans qu’elle soit assujettie à notre volonté. Elle est inspirée. Elle vient à l’esprit à la manière de l’invité auquel l’hôte ouvre la porte de sa demeure. Elle vient d’un lieu inconnu. Il peut apparaître qu’elle est la volonté d’un autre si nous sacrifions à la pensée temporelle qui impose cette question : d’où vient cet invité ? Cette question est vaine. Il est nécessaire de suspendre la question et de rester dans ce sentiment troublé : il existe un lieu inconnu, il existe un mystère. Rester interdit devant la fenêtre que nous venons d’ouvrir sur l’inconnu. C’est de ce lieu mystérieux que nous vient le contenu, le travail de la pensée spatiale, elle forge ses attendus dans un lieu non accessible à notre conscience. Il y a la pensée issue de la volonté, il y a la pensée qui se révèle. Il est nécessaire de créer une disponibilité en soi pour que cette pensée vienne. C’est en renonçant temporairement à vouloir que s’offrent des savoirs jusqu’alors indicibles. Andrei Roublev dans la Russie du XV siècle erre, il ne parle plus. Le silence exprime son renoncement à la pensée temporelle, volontaire. Lorsqu’il voit le jeune homme au milieu d’une foule couler l’immense cloche puis en actionner le battant, chacun attendant de voir s’il a retrouvé le secret perdu de fabrication, chacun sachant que le maître des lieux punira de mort ce jeune présomptueux si la cloche se brise, il s’arrête, interdit. Le fondeur sera-t-il visité par « cela » qui lui révélera le secret perdu ? La cloche sonne et ne se brise pas quand le battant massif la heurte. L’homme a retrouvé le secret perdu non par l’effet d’un vouloir mais sous l’effet d’une inspiration, d’une révélation. Roublev alors retrouve à son tour l’inspiration et offre au monde ses inimaginables icônes. Ainsi va la pensée spatiale. Elle se révèle à ceux qui ont créé en eux la disponibilité nécessaire pour la recevoir.
-
Tu devrais sortir de ta psychologie de bar. Tu pratiques la psychologie pour te donner raison en tout sans avoir à réfléchir. On dirait un catholique endurci. Comme quoi devenir athée ne permet pas de sortir des méthodes de penser catholiques. Conscience holistique, ça ne veut rien dire. Pensée holistique, cela a du sens, c’est une manière de penser. Mais conscience holistique c’est limite délirant. Il faudrait que tu travailles un peu. Tiens je te donne une définition prise sur internet. « En médecine l’approche holistique consiste à prendre en compte la personne dans sa globalité, plutôt que de traiter un organe, une maladie ou les symptômes d’une maladie« . Cette définition, que tu auras peut être comprise, si tu te mets à travailler un peu, te permettra de progresser positivement dans la discussion au lieu de te vautrer par paresse dans ton nihilisme commode.
-
Cette histoire de matière non identifiable me fait penser à la substance version Aristote. Quand on lit Aristote sur ce sujet, la substance, on s’y paume à la fin et Aristote aussi. Est ce que la substance, version Aristote, est la matière ? Nul n’en sait rien. A la fin on finit par donner une définition logique à la substance. C’est le dernier sujet ne pouvant pas à son tour être prédicat d’un autre sujet. Impossible de remonter plus haut. On est vachement avancé avec ce genre de définition. En plus cette définition n’est jamais qu’une décision arbitraire. Pourquoi n’y aurait il pas un autre sujet après tout dont la matière ou la substance serait un prédicat possible ? Blaquiere nous dit : mon arbitraire est la Vérité. Ou encore il nous dit : mon postulat est vérité, la preuve il y a plein de pékins qui postulent la même chose. Quand la doxa devient une preuve...
-
Comme personne ne sait plus ce que c’est, la matière, on est bien avancé. Je me souviens des discussions entre ma mère, et mon frère, deux scientifiques de haute volée, dans les années 60 ( il y a donc 60 ans !) qui discutaient de la réalité de la matière. @Blaquièredate des années début du vingtième ( siècle). Il est intéressant cela dit, il témoigne de l’Antiquité (scientifique). À croire que la plupart des Français vivent encore dans des grottes.
-
La distinction entre les deux traitements de l’information, le traitement analytique et le traitement synthétique me paraît judicieux. Les deux pensées qui en découlent, la pensée analytique, dite linéaire et temporelle, et la pensée synthétique dite holiste et spatiale ont depuis longtemps été détectées par les enseignants, avant même que les neurosciences viennent confirmer ce double traitement. Lorsque la pensée analytique domine nous avons des représentations du monde typées : il existe une origine, il existe une fin, à tout, il existe une logique qui lie l’origine à la fin, etc. C’est la pensée scientifique, au sein de laquelle règne la causalité (le temporel), la pensée dite intelligente. Dans la pensée holiste il n’y a pas d’origine, il n’y a pas de fin, il n’y a pas même de logique, il y a détection de relations, de correspondances, il y a des associations réalisées dans la simultanéité, ce qui exclut la causalité : le temps n’existe plus qu’au sein d’une référence spatiale. C’est la pensée créatrice, la pensée dite géniale. Bien entendu il est nécessaire que les deux pensées coopèrent pour qu’il en sorte quelque chose qui tienne la route. Les enseignants ont depuis longtemps distingué cette différence de traitement, Tôt ou tard ils sont affrontés à des enfants différents dont nul ne sait s’ils sont sur-doués ou au contraire sous-doués. En tout cas ces enfants ne perçoivent pas le monde comme la majorité le perçoit. Chez eux l’imaginaire est puissant et structurant. Alors que l’imaginaire est souvent dévalué dans l’enseignement, comme appréhension illusoire du monde au nom du fétichisme de la vérité objective, chez ces enfants c’est au contraire l’imaginaire qui a le caractère de vérité. Bien sûr ces enfants opèrent un tri dans les objets de leur imaginaire pour ne finir par retenir que l’imaginaire opératoire. Il me semble qu’il est nécessaire d’introduire dans cette observation du fonctionnement de l’esprit un autre terme : l’autre, celui avec lequel le sujet communique. Cet autre existe toujours, qu’il soit réel ou imaginé. C’est la présence de cet autre qui entraîne le mouvement de synthèse entre les deux pensées. Mais parfois cette présence est telle qu’il est même impossible d’imaginer qui est présent. Cette présence qui dépasse le réel et l’imaginaire est un phénomène étonnant.
-
La pensée linéaire, analytique, temporelle, dominante aujourd’hui en Europe continentale ne reconnaît pas comme vrai ou réel l’imaginaire collectif. Elle tend à détruire l’imaginaire collectif en tant que cet imaginaire n’est pas identifiable comme vérité en soi, absolue, éternelle. Elle ne reconnaît que ce qu’elle appelle la vérité objective, dite scientifique. L’imaginaire collectif est pourtant la condition sine que non pour vivre ensemble, pour que des femmes et des hommes puissent former ensemble une communauté. La pensée spatiale est la pensée capable de reconnaître qu’un imaginaire puisse être une vérité intersubjective même si la collectivité en question est réduite à deux, trois personnes. Il n’existe d’ailleurs aucune collectivité, même réduite à deux, qui ne s’appuie pas sur un imaginaire considéré comme vérité par ce couple. Dieu ni la nation ni le peuple n’existent en tant que vérités objectives ce sont des imaginaires qui ont le statut de vérités intersubjectives. Faire de Dieu une question philosophique, le dieu philosophique, est une absurdité. La voie ouverte à des discussions éternelles et stériles. Dieu n’a d’existence que collective. Le Dieu privé n’est plus Dieu, c’est une commodité intimiste. Néanmoins il est possible que certains imaginaires collectifs doivent être détruits lorsqu’ils ne sont plus adaptés aux conditions sociales, lesquelles ne restent jamais fixes, en raison des évolutions économiques et politiques. En cela l’action destructrice de la pensée linéaire lorsqu’elle s’oppose à la pensée spatiale, peut être utile. Mais ce n’est pas la pensée linéaire, analytique, temporelle qui pourra créer un nouvel imaginaire collectif, ce sera la pensée spatiale.
-
Tu as raison @saxopap je n'arrête pas de t’éreinter alors que je me sens proche de toi. Quand je vois que tu ne viens plus sur le forum, je n'ai plus non plus envie d'y venir. Tu es différent. J'ai tort de t'attaquer, d’autant que je sais que tu me comprends. J'ai de l'affection pour toi. C'est idiot de ma part que de me révolter contre cette affection que j'éprouve pour toi.
