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Dompteur de mots

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Tout ce qui a été posté par Dompteur de mots

  1. À mon sens, pour qu'il y ait métaphysique, il faut que le mouvement séparateur du monde soit enfermé par le repli cynique de la rationalité. De ce point de vue, un artiste qui produit une œuvre manifestant l'atmosphère schopenhauerienne n'est pas automatiquement un artiste qui en porte aussi la métaphysique. Je peux réfléchir avec Schopenhauer sans m'enfermer dans sa métaphysique, interpréter une situation, un thème, un évènement d'une manière schopenhauerienne sans que cela ne devienne la condition de ma pensée. C'est pour cela que, paradoxalement, si la métaphysique est détestable, les pensées des métaphysiciens peuvent être fort intéressantes. ... tend à justifier une morale précise. Question: est-ce que la métaphysique de Schopenhauer découle toute entière de la Volonté ? Est-ce que celle-ci en est le principe ? Sur papier, définitivement. Dans les faits ? Laisse-moi rire !
  2. Moi aussi j'ai des opinions. Des tonnes d'opinions. Mais quelle importance au fond ? Aucune.
  3. À vrai dire, il me semble que nos idées sont assez semblables. C'est dans la manière de les articuler que nous différons. Merci. Le christianisme vise à accomplir un amour qui est déjà défini, qui a déjà ses commandements, sa Loi, qui a une atmosphère donnée, un esprit donné. En théorie, la construction chrétienne de la pensée pratique n'est qu'une application de la Loi. Nietzsche se permet de qualifier Kant de chrétien perfide parce que par le biais de l'impératif catégorique (et de tout le bataclan qui l'accompagne), il lui semble que Kant cherche à traduire en termes philosophiques, et plus particulièrement métaphysiques, l'esprit de la Loi chrétienne. Nietzsche aussi parle d'amour. Que dit-il ? Que la Loi nous fait aimer par convention, par raison. Qu'il faut retrouver ce que l'amour a de proprement fulgurant, de non-métaphysique.
  4. Lorsque je dis "pratique", il ne s'agit pas du même "pratique" que tu utilises lorsque tu dis que ta fourchette est "pratique" pour manger. Si je dis que "Dieu est ceci et cela", alors je suis dans la théorie, je suis dans le divorce, je me place dans un au-delà de la vie, j'épuise la vie, je fais de la métaphysique. Si je dis, à l'instar du philosophe québécois Pierre Vadeboncœur que "Dieu est la question", alors là, je n'épuise rien, et je suis plutôt placé dans la posture où j'ai nécessairement à m'interroger sur ce que peut être Dieu au regard de mon existence. En fait, la notion de "pratique" remet en cause la notion de "raison nécessaire et suffisante" elle-même. "J'aime ma fille": bien sûr que je conçois cet énoncé comme étant vrai, et non comme étant "pratique". Mais il n'y a aucune espèce de structure métaphysique qui pourrait venir à bout d'une telle vérité. En fait, je ne sais même pas de quoi je parle lorsque je dis "aimer". La seule chose qui m'est accessible par la pensée, c'est d'interroger chacun de mes gestes, chacune de mes pensées afin de savoir s'ils vont dans le sens de cet amour. Oh, il y a bien entendu des structures qui se mettent en place, des lignes de pensée. J'utilise la connaissance humaine pour interroger cet amour. C'est que je me dois de trancher. L'amour m'intime de trancher. Je vais jouer à savoir (lorsque je lui ai demandé si le jeu était métaphysique, HD a-t-il seulement entrevu le côté critique de la question ?), jouer à connaître la vérité par amour, parce qu'un enfant a besoin de savoir que quelqu'un sait. Mais toujours, le mystère se réinstalle. Dès que possible, je lui enseignerai que personne ne sait. Qu'il n'y a rien à savoir, mais tout à aimer. Qu'il faut savoir par amour. D'abord par amour, ensuite en vertu de quelque raison suffisante que ce soit. Médite la notion de jeu. Moi, je vais la méditer en tout cas. La métaphysique commence peut-être lorsque nous ne savons plus que nous jouons. Je pense que ceci devrait avoir un tintement agréable aux oreilles de Ping. Euh... Oui, on peut poser des règles éthiques pour éviter de s'entretuer, mais ça ne signifie pas qu'il faille arrêter de s'interroger par la suite. Quiconque trouve un aboutissement dans la règle éthique tu as énoncée est A) un métaphysicien, B) un idiot.
  5. Ce n'est pas l'aboutissement qui marque le divorce. C'est de croire en un aboutissement. "Autant ne pas en faire": c'est pas si bête comme conclusion !
  6. Justement: c'est le propre de la thèse métaphysique de prétendre épuiser le monde. La thèse métaphysique se place au-dessus du tout, elle l'explique, le réduit à elle-même. Une "métaphysique relative", ce n'est plus une métaphysique. C'est comme la "vérité subjective": ce n'est plus vraiment la même chose que le concept classique de vérité. Un métaphysicien peut reconnaître que sa recherche n'est pas encore aboutie, et que par conséquent ses positions sont encore relatives, il n'en croit pas moins à la possibilité de cet aboutissement, et donc il se meut a priori dans une atmosphère, dans un état d'esprit qui porte les marques du divorce avec la vie - sa vie.
  7. Tu auras beau dire Quasi, il est maintenant clair que tu n'es qu'un chrétien perfide !
  8. Nous pourrions définir la métaphysique comme la recherche et l'étude des fondements premiers de la pensée. Toute l'activité du métaphysicien repose précisément sur la thèse selon laquelle il est effectivement possible d'atteindre à ces fondements. Schopenhauer peut intituler son ouvrage sur l'amour "Métaphysique de l'amour" parce que dans cette étude, il ne se contente pas de livrer des réflexions éparses sur l'amour, comme aurait pu le faire un Nietzsche par exemple. Il étudie plutôt son sujet en remontant jusqu'à des principes universels qui épuisent son sujet. Ou du moins, telle doit être la prétention d'un tel ouvrage. Maintenant, pourrait-on dire des pensées de Nietzsche que malgré leur caractère épars, elles découlent toutes, prises individuellement, de principes universels qui ont pour optique, ne serait-ce qu'implicitement, d'épuiser leur sujet ? Ce serait un peu comme affirmer que la vérité existe, mais sous une forme subjective: l'énoncé est frauduleux parce qu'il met en jeu deux concepts complètement différents: celui de vérité objective ou métaphysique, qui est sous-entendu, et celui de vérité subjective. Le première vérité pose un au-delà du monde qui règle le cas du monde, tandis que la deuxième se veut plutôt un principe interprétatif: c'est-à-dire un principe qui n'est pas posé au-delà du monde mais à l'intérieur du monde, pour l'être concerné et qui ne peut très bien valoir que pour un problème donné, dans une situation précise. C'est dire que le principe interprétatif a une portée essentiellement pratique, tandis que la portée du principe métaphysique est foncièrement théorique d'abord, et pratique seulement par accident. Voilà sans doute ce que nous pourrions dire des pensées de Nietzsche: qu'elles découlent de principes interprétatifs. Quelle est la métaphysique la mieux réussie du monde, la plus solide, la plus convaincante, la plus claire ? Celle de Schopenhauer. Le philosophe lui-même ne se gênait d'ailleurs pas pour l'affirmer haut et fort. Les critiques de Schopenhauer ne s'attaquent jamais à la structure de sa théorie, mais bien plutôt à son esprit général. C'est-à-dire à sa teneur métaphysique, à sa signification existentielle. C'est presque un euphémisme de dire que la métaphysique schopenhauerienne a une portée théorique: elle n'est que ça ! On peut dire qu'il s'agit d'une véritable philosophie du non-agir. Normal: si une théorie épuise le monde, alors elle épuise aussi l'esprit, et donc le corps. L'être n'a plus qu'à contempler le monde sous le prisme de cette théorie en se réjouissant que les choses puissent enfin se dévoiler dans leur vérité finale, une posture en laquelle consiste précisément le grand aboutissement éthique de l'ouvrage du philosophe allemand. Rien de la sorte chez Nietzsche. On peut parcourir d'un bout à l'autre l'oeuvre du moustachu philosophe, on peut retourner les textes de tous les côtés, rien n'y fera: le lecteur en ressortira la tête à peu près vide de réponses, et pleine de questionnements. Mais qu'en est-il alors de son concept de Volonté de puissance ? N'a-t-il pas une portée métaphysique ? Nietzsche n'affirme-t-il pas lui-même qu'il enveloppe la totalité des choses ? En fait, la Volonté de puissance est une chose extrêmement foireuse. J'aurais payé cher pour apercevoir le sourire malicieux de Nietzsche lorsqu'il sortait ce joker de sa manche. J'interprète la Volonté de puissance comme un concept ironique, comme un virus polémique injecté dans l'organisme de la métaphysique. Pour tout dire, elle ne signifie rien. Rien de théorique; elle n'est porteuse d'aucune espèce de vérité. "Tout est Volonté de puissance": je mets quiconque au défi de me dire ce que cela signifie exactement. Allez lire l'article wikipédia sur ce concept: vous n'y trouverez que du vent... ou des boufonneries, comme chez Adler. En fait, on peut faire dire ce que l'on veut à ce concept - en cela réside son secret. Les nazis l'ont bien compris. Que l'on s'imagine Schopenhauer installé dans le ciel, aux côté de sa Volonté et de son Génie de l'espèce, tous en train de contempler le monde. La Volonté de puissance, c'est le ciel qui botte le cul de Schopenhauer et qui le renvoie sur le plancher des vaches, les pieds bien enfoncés dans la merde, avec sa Volonté comme une suce à la bouche et son Génie comme une doudou. C'est le tonnerre qui éclate dans le ciel et qui lui crie: "maintenant gros empoté, arrête tes conneries et vis ! Pense pour vivre !". Peut-être pourrions-nous dire qu'il s'agit d'un concept-limite. Comme dans à la limite de la métaphysique. Il enveloppe le tout, mais pour en libérer la richesse, et non pour l'épuiser. En conclusion ? Qu'une pensée n'est pas intrinsèquement métaphysique. Elle prend une teneur métaphysique parce qu'on lui en donne une, parce que l'on s'ingénie à remonter jusqu'à ses fondements premiers, ou parce que l'on envisage cette recherche. C'est parce que HD saisit métaphysiquement l'envie de caca qu'elle prend pour lui une allure métaphysique. C'est sa pensée qui est une teneur métaphysique, pas celle de celui qui a envie. Ma fille, lorsqu'elle me dit qu'elle a envie de caca, use certes de certains principes interprétatifs. Mais quant à la valeur de vérité de cette interprétation, elle s'en balance éperdument. Elle veut juste que je vienne l'essuyer. Et si je viens pas assez vite à goût, elle va gueuler, grogner, pleurer. Comme un animal. Ce ne sera pas très différent à vrai dire. Dans le grognement, elle abandonne simplement les technicalités, les petites précisions et attentions qu'elle met habituellement dans son art de commander à Papa. Peut-être qu'un jour elle sera assez rusée et, à vrai dire, assez tordue pour me convaincre métaphysiquement de la nécessité de l'essuyer ou pour simplement prétendre que cela est métaphysiquement fondé. Ce jour-là, je vais la laisser grogner à sa guise.
  9. Qu'est-ce que la "pleine conscience" ? Tu as eu des expériences de "pleine conscience" toi ? Voilà une grande bouffonnerie. Il faudrait plutôt dire que nous ne croyons jamais rien en "pleine conscience", pour la bonne raison que cela n'existe pas. Encore mieux: l'idée que nous puissions "décider de croire", et en "pleine conscience", bien entendu. Le nec plus ultra de la bouffonnerie. Il faudrait plutôt dire que lorsque nous croyons, nous cédons à quelque chose qui s'impose à nous, oui. Conséquence: si nous ne pouvons nous empêcher de raisonner et d'expansionner nos croyances, tout discours qui prétendrait remonter jusqu'aux fondements de ces croyances est une entreprise vouée à l'échec. Mais, dans la perspective où nous n'avons plus à évaluer les croyances en terme de vérité ou de non-vérité - car nous avons admis qu'une chose telle qu'une "pleine conscience" n'existe pas, nous pourrions toujours l'interpréter en termes de signification vitale pour son auteur. Dans une telle perspective, il n'y a pas d'échecs: que des postures qui manifestent de la force, et d'autres qui relèvent de la dégénérescence. Tout ce que je raconte là, je le crois en toute inconscience. Et j'affirme que si je puis aisément développer la rationalité d'une telle posture (avec l'excellence que l'on me connaît à cet exercice), je n'arriverai jamais à quelque fondement que ce soit. Si j'avais du temps à perdre, je pourrais sans doute m'ingénier à en inventer. Peut-être même que je parviendrais à endoctriner quelques esprits ici. Mais cela m'indiffère parfaitement. Les fondements, à vrai dire, en toute conscience, je les ai dans le cul. Littéralement. Je veux dire, dans les entrailles. Là j'entends vos cerveaux crépiter du fait que j'aie pu adjoindre ici les mots "fondements" et "vrai". Votre naïveté est touchante. À vrai dire, essentiellement, véridiquement, en toute et pleine conscience interstellaire, les esprits confus qui s'accrochent à l'idée métaphysique me font penser à des gens qui se sentiraient obligés de continuer à vivre avec un trépassé. À lui servir le couvert au souper, à le laver, à l'installer devant la télévision, à lui faire faire des balades en voiture, etc. Allez vite me foutre ça au cimetière ! Cela me fait penser aux vers d'un poète: "Un cadavre est plus important Qu'un homme en vie, c'est évident On ne peut pas en faire ce que l'on veut."
  10. Il y a évidemment un tronc commun entre la plus banale des affirmations et la plus sophistiquée des littératures. Appartiennent-ils pour autant à la même catégorie ? Les mots "langage" et "littérature" signifient-ils la même chose ? Que fais-tu du cas d'un type comme Artaud qui affirme que toute la littérature n'est que de la cochonnerie ? S'agit-il seulement d'un jeu de mots ? Ou faut-il au contraire considérer cette sentence saugrenue avec sérieux ? Que penser de cette obstination à libérer le "dire" de son recouvrement par la littérature ? N'y a-t-il pas effectivement un danger à tout recouvrir de littérature ? Ne risque-t-on pas d'y perdre la signification primordiale du "dire" ? Quel argument fallacieux ! Évidemment, si on applique tes prémisses à mon raisonnement, on peut tirer toutes sortes de conclusions tout aussi loufoques les unes que les autres. Ce que je dis équivaudrait plutôt à affirmer que la marche et la marathon sont deux choses fort différentes; qui appartiennent à un même genre mais qui se distinguent néanmoins, tout comme le langage et la littérature, ou la pensée et la métaphysique se distinguent. La marche n'est pas l'accomplissement d'une performance brute dans le mouvement du corps par les jambes comme tu sembles le sous-entendre, il est plutôt déplacement d'un point A à un point B, et cela en vue d'un objectif donné, qui lui-même découle d'un appel du corps, de l'être. La performance brute n'est qu'un objectif particulier. À ce titre, il est fort possible que le marathonien s'accomplisse dans la même mesure que le flâneur, qui ne marche au fond que pour faire l'expérience de sa propre liberté de marcher. Au fond, la marche s'accomplit lorsque l'on sait où l'on va. En même temps, ce "sait" recèle une complexité qu'il ne faut pas négliger. Si le fait de savoir où l'on va suppose certainement que le choix de la direction s'établisse avec cohérence, donc d'une façon logique, il implique aussi un important commerce avec le fonds obscur de notre être: nous "savons" où nous allons dans la mesure où nous nous abandonnons à notre propre mystère. Les hommes qui fourmillent ne savent pas où ils vont: ils suivent le flot du mouvement qui est induit par l'affairement du monde. Le marathonien peut être un grand fourmilleur. Au contraire, les gens qui savent où ils vont sont capables d'errance. J'aime une marche qui recèle des éléments non-productifs. J'aime l'homme qui se trompe de chemin ou qui ne prend pas le raccourci car celui-là, il est capable d'errance. Dans l'errance, le marcheur sort la tête du fourmillement.
  11. "Je pense que", "je suppute que", "il est probable", "il est douteux que", etc. Les modulation sont infinies. Le modus exprime toujours la modalité du lien entre le sujet et le prédicat. Dans la proposition "il a possiblement envie de caca", "possiblement" est le modus du sujet "il" et du prédicat "avoir envie de caca". Maintenant, dans la proposition "Il est vrai qu'il a possiblement envie de caca", "il est vrai" n'est plus un modus, puisqu'il devient le prédicat du sujet constitué par la première proposition. Tout devient plus clair si nous standardisons la 2e affirmation en la ramenant sous la forme sujet-copule-prédicat: " "Il a possiblement envie de caca" est une proposition vraie." Quant à savoir ce que cela signifie, il faudrait que le contexte soit élaboré. De manière absolue, toute proposition affirmative se veut une connaissance et se veut donc vraie. Même le constat d'une hypothèse constitue une connaissance. Dire que le constat d'une hypothèse est une proposition vraie est donc une tautologie. Ce qui confirme ce que tu disais, à savoir que cela n'en change pas le sens. Maintenant, si je dis "il est vrai qu'il a envie de caca", alors le sens de la proposition est changé - cela laisse penser par exemple qu'elle est fondée sur des observations empiriques (dont nous ne voulons pas connaître la nature). D'où le fait que les gens que tu critiques d'écrire "il est vrai que..." puissent avoir leurs raisons de l'écrire et que ces raisons puissent être légitimes. Le sont-elles ? Voilà la question. Mais ton point de départ consistait à affirmer que tu ne peux imaginer une pensée qui ne prétendrait pas à la vérité. Certes, l'hypothèse, en sa qualité de proposition, est en quelque sorte sur le chemin de la vérité. Mais une pensée n'est pas forcément une proposition affirmative. Et encore: si toute affirmation peut effectivement faire l'objet d'une analyse logique, peut-on pour autant affirmer qu'elle répond intrinsèquement aux catégories de la logique ?
  12. L'analogie avec la littérature me paraît dissonant. Le rapport avec la métaphysique serait plutôt inverse: dire que tout est métaphysique équivaudrait à dire que tout assemblage de lettres constitue de la littérature. Que par exemple d'assembler les lettres qui forment les mots "j'ai envie de caca" me propulse automatiquement au sein d'un univers langagier régi par ses propres lois - notamment esthétiques.
  13. C'est drôle. Le 17 décembre 2016 à 2:47 exactement, tu faisais la même remarque pour un autre sujet. Je t'avais alors offert cette réponse éclairée: En logique, on appelle le petit bout d'énoncé dont tu parles le modus, car il s'agit d'un élément qui exprime la modalité du lien entre le sujet et le prédicat, c'est-à-dire sa qualité. Cela revient à dire que c'est le modus qui exprime la qualité de la connaissance qui est exprimée par l'énoncé, ce qui est ma foi une fonction très importante. La nature du modus peut faire toute la différence entre une hypothèse et une affirmation catégorique. *** Maintenant que faire des prétentions de ce philosophe à moustache qui affirmait que désormais, la vérité d'une proposition n'était plus son critère premier, mais bien plutôt sa valeur au regard de la vie ? Est-il possible que je puisse affirmer quoi que ce soit sans sous-entendre que "c'est vrai que...", mais que cela émane plutôt d'un appel du corps et que j'assume par conséquent la fausseté potentielle de cette affirmation ? Au fond, toute la métaphysique tient dans ce "c'est vrai que...". Et ce "c'est vrai que..." découle lui-même d'une construction qui vient en quelque sorte se surajouter au langage. La logique est une proposition synthétique a priori à propos du langage. Est-ce que je peux penser en-dehors de cette proposition synthétique ? Drôle de coïncidence que tu sortes aussi cette vieille notion kantienne !
  14. C'est très bien HD ! Je ne voudrais surtout pas que tu me traites comme une grosse perruque ! Je dois dire que tu es d'autant plus insupportable ici que je ne peux lever les yeux sur tes interventions (ce qui n'empêche pas que j'aie raison ).
  15. Si par exemple je pense que j'ai envie de faire caca, il s'agit d'une pensée métaphysique.
  16. Affirmerais-tu que le jeu délimite un espace métaphysique ? Quand je joue au scrabble par exemple, est-ce que je me meus au sein d'un espace métaphysique ?
  17. Disons que... tout est dans la manière de considérer les grandes questions. Pour moi, la métaphysique est une scientifisation de domaines de la pensée qui ne relèvent pas de la science. Mais ce terme de scientifisation peut prêter à confusion, car comment pourrait-on parler de scientifisation là où il n'y a pas de science ? Je parlerai donc de géométrisation. La théologie est une longue entreprise de géométrisation de la foi. Mais en même temps, quelle importance ?
  18. Je dirais en fait que nous ne voyons plus d'au-delà. C'est ce qui frappe de notre monde: chacun a les yeux scotchés sur le cours tranquille des choses. Chaque regard porté vers le ciel est condamné comme étant un signe d'arrière-pensée. C'est peut-être pourquoi Heidegger disait que l'accomplissement de la métaphysique correspond au règne de la technique: la métaphysique aurait été ce long processus par lequel l'homme a tissé et projeté sa toile géométrique sur le ciel jusqu'à l'obstruer complètement, si bien que les hommes ne voient plus le monde que sous cet éclairage géométrisant. Ainsi affadit et géométrisé, le monde ne serait plus que le lieu d'un affairement infini - l'affairement étant le seul horizon possible d'un monde de technique. L'au-delà irrationnel dont tu parles n'est en fait pas un au-delà. L'irrationalité, le flou, l'incertain, l'indécis, c'est en nous que les trouvons, mis en boîte par la rationalité, sous le terme d'ailleurs négatif d'irrationalité, preuve que nous ne savons plus commercer avec notre pensée sauvage. Ou s'il y a un au-delà, c'est cet espèce de melting-pot dégénéré, édifié à même les restants épars des grandes représentations métaphysiques du passé, lié par la technique, je parle du Spectacle de la vie moderne dont parlait Debord dans la Société du spectacle. Le concept d'irrationalité prête à confusion. D'un certain point de vue, les gourous sont des marchands de rationalité, en ce sens qu'ils donnent à la pensée un cadre structuré (que la structure soit laide n'y change rien). Ils donnent à une pensée sauvage de quoi se territorialiser. J'ai toujours pensé que la science et la religion (occidentale du moins) menaient un combat complémentaire et qu'ils ne s'opposaient que d'une manière somme toute superficielle. Dans un superbe texte de mon blogue, je définis la spiritualité de la sorte (m'inspirant d'Artaud pour le coup): "[...] la vie est un mystère des plus impénétrables, [...] nous sommes cernés de toutes parts par un opaque brouillard d’ignorance, [et] s’il y a sur terre une spiritualité qui soit vraiment digne de ce que devrait être une spiritualité, alors elle est le travail et l’effort constants par lequel l’homme entretien une sorte de dialogue avec tout ce qui relève de ce mystère, de cette obscurité qui sourd du fond de son existence [...]" C'est une pensée sauvage positive finalement, ou qui du moins prend sur elle le défi de l'aventure que lui pose sa propre sauvagitude (c'est sans doute l'une des carences les plus importantes de la langue française que l'anglais wilderness n'y ait pas son équivalent). Et suivant cette définition, nous pourrions dire que la métaphysique est l'un des moyens parmi l'attirail spirituel de l'homme - à savoir une sorte d'enflure de sa faculté géométrisante.
  19. Un homme qui ne ferait que poser ces questions ne ferait pas de métaphysique. Celle-ci commence lorsque l'on tente de répondre à ces questions. Mais le poète peut aussi répondre à ces questions, à sa manière. Ou le romancier (salut HD !). Pourtant, ceux-là ne font pas de métaphysique pour autant. Mais, dira-t-on, autant le poète que le romancier que celui qui ne fait que poser des questions font de la métaphysique malgré eux, car ils ne peuvent qu'envisager ces questions, ou envisager les réponses selon un arrière-fond métaphysique. Évidemment, tous les hommes sont déterminés par des composantes culturelles ou psycho-mythologiques inconscientes mais ces composantes ne constituent toujours pas de la métaphysique. La spéculation scientifique appartient à la science, point final. Si le scientifique s'amuse à spéculer hors du domaine de la science, alors seulement cela devient de la philosophie, et possiblement de la métaphysique. *** La métaphysique naît dans le giron de Platon et d'Aristote. Qu'est-ce qui caractérise, chez ces deux philosophes, les méditations que l'on associe généralement à la métaphysique ? Il s'y manifeste pour la première fois l'idée que l'on puisse parvenir à des vérités universelles par le biais d'un parcours méthodique de la pensée. Chez les présocratiques, l'idée de vérité universelle se manifeste bien, mais toujours via des poussées poétique, où l'on s'adresse plutôt à une faculté de ressentir, ou d'intuitionner. Il y a toujours quelque chose de foncièrement corporel chez les présocratiques. Chez Platon, et encore plus Aristote, le corporel cède au théorique. On s'y adresse à la ratio. Qu'est-ce que la théorie ? C'est, essentiellement, une pensée spectatrice. Ici, si l'on m'a bien lu, le théorique s'oppose au corporel ou, pour le dire autrement, celui qui se pense comme esprit devant-le-monde s'oppose à celui qui se pense comme corps engagé-dans-le-monde. Il faudra attendre Montaigne, puis Nietzsche et Kierkegaard avant que l'esprit des présocratiques ne se manifeste à nouveau. Ceux qui critiquent les attaques de Nietzsche contre la métaphysique affirment souvent que le moustachu philosophe instaure lui-même sa propre métaphysique. Évidemment, s'ils saisissent cette philosophie d'une manière purement théorique, il trouveront certainement les constituants d'une métaphysique. Si par contre ils délaissent leurs ornières théorico-dialectiques, comme le demande d'ailleurs Nietzsche lui-même, par force d'ironie (même la Volonté de puissance est un concept ironique - Heidegger est un bouffon de ne pas l'avoir vu), alors c'est un tout autre monde qui s'ouvrira à eux - non pas sous la forme d'une révélation illuminatrice de la doctrine nietzschéenne, mais plutôt d'un retour joyeux à une pensée qui ne cherche pas à fuir le monde. J'aborde ce thème sous un autre angle, à cet endroit.
  20. Dompteur de mots

    Le combat

    Pourquoi le combat serait-il opposé au bonheur, au bien-être et à la paix ? Ultimement, et paradoxalement, la paix ne signifie jamais la fin des hostilités, ou de la confrontation des différences, mais seulement un changement de régime, une montée en intelligence dans cette confrontation.
  21. Ton propos sur la violence n'est pas du tout inintéressant Demonax. En fait cela rejoint certains points de mon article à ce propos: La philo qui fait boum. Le mot est souvent utilisé pour désigner toute atteinte à l'intégrité physique ou psychologique d'autrui mais en fait, étymologiquement, il a une extension beaucoup plus ample, désignant toute impétuosité ou bien phénoménale ou bien sensitive. Une fois ceci digéré, on se rend compte que ce n'est pas tant la violence qui est mauvaise puisque, par exemple, une joie peut être violente. C'est l'idée qui l'induit qui est mauvaise. Il est possible que l'espèce d'apathie induite par la vie moderne puisse susciter un appétit pour de la violence. Il est aussi possible que cela soit une aspiration tout à fait légitime. Maintenant, ce qui est mauvais, c'est peut-être la récupération de cette aspiration par la société marchande.
  22. Il ne faut pas contre-argumenter avec quelqu'un comme Demonax, mais seulement se reculer un peu, et s'attendrir devant tant de trésors de naïveté.
  23. Finalement, j'ai décidé de consacrer un article entier à répondre à l'intervention de Tison.
  24. La qualité est quelque chose que le sujet de cette qualité possède effectivement. La vertu est un idéal, une aspiration. Pour tendre à la réalisation d'un idéal moral, il faut, comme tu le dis, nécessairement avoir la faculté de pouvoir réfléchir nos actes - c'est la conscience morale. Maintenant, cette conscience morale n'est pas seulement une raison; la moralité ne se développe pas seulement à coup de raisonnements. Elle implique aussi par exemple le développement d'une sensibilité, d'un monde affectif, d'une capacité à admettre l'ambiguïté en soi, etc. D'où le fait que l'on ne dira pas que la raison constitue une vertu en tant que telle. Pour affirmer que la raison constitue une vertu en tant que telle, il faudrait croire qu'il existe une chose telle que la science du bien. Or, l'histoire nous enseigne qu'une telle croyance est susceptible d'engendrer les pires horreur morales, et qu'elle est donc porteuse de sa propre contradiction. On peut pardonner à Socrate et à ses disciples d'y avoir cru, eux qui œuvraient à donner ses première bases à l'édifice philosophique. Quant à nous qui avons le bénéfice de pouvoir méditer sur le temps qui s'est écoulé depuis, nous n'avons pas d'excuses. L'autre erreur consisterait à affirmer que puisque ce que je viens de dire, je l'ai dit grâce au concours de la raison, alors c'est que c'est la raison qui préside à la réalisation de la vertu. Mais voilà: c'est une chose de dire la vertu, mais c'en est une autre de la réaliser. La raison me permet de mettre de l'ordre dans mes pensées de telle façon que je puisse les communiquer d'une façon intelligible, mais ce n'est pas avec la raison que je puis développer ma sensibilité, mon affectivité, ma réceptivité à l'ambiguïté, etc.
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