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De l'étude de la philosophie
Dompteur de mots a répondu à un(e) sujet de Dompteur de mots dans Philosophie
Je me vois mal répondre à l'étudiant: "veuille-le, et sois motivé". Peut-être tes observations sont-elles valables d'un point de vue scientifique Frelser, ou d'un point de vue extérieur, contemplatif, où nous observerions la corrélation entre la volonté et les oeuvres humaines. Peut-être en effet que tout ce qui se joue dans les oeuvres humaines est un problème lié à la motivation et à la volonté. Mais ici, nous sommes bien concrètement engagés dans le problème, dans la mesure où nous sommes tous, pour le bien de la discussion, collègues de cet étudiant, et donc solidaires de son désarroi. Nous n'avons donc pas le luxe de nous abstraire de la situation. Il nous faut répondre à ce désarroi de la manière la plus concrète et la plus probante. La question devient alors de savoir s'il est possible de susciter ou d'inspirer la soif qui est inhérente à l'étude fructueuse de la philosophie, ou du moins de suggérer les contours que peuvent avoir une telle soif. De la même façon au fond que, devant un ami dépressif, je pourrais fort bien y aller de considérations sur la volonté de vivre et sur la détermination à régler ses problèmes. Mais encore là, ce serait un acte de désolidarisation. De toute façon, il est probable que cet ami soit au fait de ces considérations. La question est plutôt de voir s'il n'y aurait pas une façon de lui faire retrouver le fil de son goût de vivre, en s'intéressant à sa situation particulière et en s'y plongeant. Tout à fait d'accord. Ce frissonnement est précisément la manifestation physiologique de la faculté de souvenir. -
De l'étude de la philosophie
Dompteur de mots a répondu à un(e) sujet de Dompteur de mots dans Philosophie
Il conviendrait ici de distinguer la mémoire du souvenir, tel que le fait Kierkegaard dans son In vino veritas (mais j'en fais ici une restitution libre): - La mémoire comme faculté de reconstituer le déroulement causal des choses. En philosophie, je puis ainsi par exemple avoir une excellente mémoire de la progression conceptuelle des raisonnements d'une philosophie, tout en étant dénué de souvenirs forts de cette même philosophie; - Le souvenir comme propriété de l'être de s'imprégner du déroulement des choses, d'en tirer une substance telle qu'elle puisse participer à ce que je suis. Nous avons par exemple souvent des souvenirs tirés de notre enfance dont l'agencement causal que nous leur donnons est peut-être en bonne partie erroné, mais cela n'importe guère puisque l'essentiel est que cette représentation est liée à quelque chose qui fait désormais partie de nous. Les rêves fonctionnent d'ailleurs uniquement sur ce mode: les agencements causaux que l'on y trouve sont absolument farfelus, mais les représentations qu'ils contiennent n'en sont pas moins absolument significatives. Or, le point est que la philosophie ne saurait certainement pas se limiter au seul usage de la mémoire. -
De l'étude de la philosophie
Dompteur de mots a répondu à un(e) sujet de Dompteur de mots dans Philosophie
C’est une remarque fort judicieuse. Ma curiosité pour ces choses ayant été établie avant que je ne prenne contact avec la littérature philosophique, je n’ai pas une compréhension naturelle de celui qui est dans le deuxième cas. Cela dit, il ne s’agit pas tant de questions précises que d’une soif – de sens, de compréhension, de plénitude, etc. Or, cette soif, nous l’avons tous, mais à des degrés différents, ou du moins je le pense. S’agit-il alors de l’attiser chez ces esprits qui ne savent trop que faire de la philosophie ? Est-il seulement possible d’attiser une telle soif ? La philosophie peut-elle se donner pour mission d’édifier les individus jusque dans l’intimité même de leur volonté ? Ou alors ne doit-elle prétendre qu’à un ouvrage de canalisation des volontés ? Je ne suis pas certain. Je n’ai jamais navigué au moyen de questions, mais seulement à l’instinct. Je suppose qu’il y a deux types de navigateurs : ceux qui cherchent la route des Indes, et ceux qui cherchent l’aventure elle-même. C’est plutôt dans le partage, dans ce que la philosophie a de collectif que la formulation de questions précises devient utile. Tout comme il est beaucoup plus facile d’embarquer un équipage de matelot lorsqu’on leur propose une destination et qu’on leur fait miroiter une rétribution possible que lorsqu’on les convie à une entreprise de pure aventure. Un moyen en vue de quelle fin ? :cool: A priori, c'est tout à fait exact. Mais j'ai une telle confiance et un tel amour pour la nature humaine que je ne peux m'empêcher de me demander de quelle façon il serait possible de lui apporter la charité, de le pousser vers les lumières de la compréhension. Enfin... je suppose que le travail est encouragé et facilité par l'aisance qui accompagne le talent. Cela me fait penser au film Amadeus de Peter Schaeffer, où le médiocre compositeur Salieri devient littéralement fou de jalousie et d'amertume lorsqu'il découvre le talent divin du jeune Mozart, lequel parvient à accumuler les chefs d'oeuvres par un minimum d'efforts et malgré la légèreté de ses moeurs. -
De l'étude de la philosophie
Dompteur de mots a répondu à un(e) sujet de Dompteur de mots dans Philosophie
Avec Fresler, tout est prétexte à divagations. -
Tout cela est bien gentil mais en l'occurrence, ce n'est pas de la philosophie. Allez, du vent !
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De l'étude de la philosophie
Dompteur de mots a répondu à un(e) sujet de Dompteur de mots dans Philosophie
Simplement: je n'ai pas accès à ce livre, donc je suis curieux de savoir ce que vous en avez retenu ! Thomas Edison affirmait que le génie consistait en 1% de talent, et 99% de travail. Nietzsche abondait dans le même sens, mais de manière moins extrême. -
De l'étude de la philosophie
Dompteur de mots a répondu à un(e) sujet de Dompteur de mots dans Philosophie
Qu'avez-vous retenu de ce bouquin ? Donc, la philosophie est à considérer comme une entreprise d'emmagasinage de données ? Il s'agit de trouver le meilleur lubrifiant pédagogique pour faire entrer les données dans les cerveaux ? Même chose que pour Fresler: la philosophie est-elle donc une entreprise d'emmagasinage de données ? Peut-être conviendrait-il ici de distinguer la mémorisation du souvenir... D'accord comme méthode de vérification. Mais il ne s'agit pas de vérification ici. -
Je suis aux prises avec une interrogation de la plus haute importance. Un étudiant, collègue d'un cours de philosophie que je fréquente actuellement, m'a récemment écrit, ayant remarqué que j'avais une aisance et un talent naturels (sinon surnaturels) pour cette matière, afin de me demander des conseils sur la manière dont il convient d'étudier la philosophie. Car voilà qu'il est un peu pris au dépourvu, qu'il ne parvient pas à trouver le fil conducteur de sa matière, qu'il ne sait trop comment s'y prendre et qu'il peine à retenir quoi que ce soit. En bref, il me demande comment il faut étudier la philosophie. Or, je dis que c'est une question de la plus haute importance car elle renvoie tout d'abord à la question de savoir ce qu'est exactement la philosophie, puisque l'idée est de, je crois, lui présenter la matière de manière à ce qu'elle puisse avoir du sens en son âme et conscience. Devant un aussi épineux problème, je vous demande donc à tous de m'aider à établir ou du moins à proposer des idées quant à ce qui conviendrait de répondre à un tel étudiant. Je m'attends donc à ce que les intervenants aient effectivement étudié la philosophie, en dilettante ou d'une manière plus académiquement formelle. Merci,
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Et ? Le plaisir rime à quoi ? Si on construit une machine à donner du plaisir virtuel, sera-t-ielle apte à donner tout son sens à notre vie ? Courons annoncer cette bienheureuse nouvelle aux suicidaires qui n'auront enfin plus à se tracasser avec cette question. Les suicidaires seront heureux de l'apprendre. Il y a une section religions. En philosophie, il s'agit plutôt d'énoncer une raisonnement. Oui, une bonne façon d'éluder la question, c'est de la remettre dans les mains d'un héritier.
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Avez-vous déjà lu La nausée de Jean-Paul Sartre ? Je me souviens qu'il s'y trouve un personnage, l'Autodidacte, dont l'occupation consiste à lire systématiquement chaque livre d'une bibliothèque, en ordre alphabétique, ainsi que chaque entrée du dictionnaire. Ce personnage m'avait frappé par l'absurdité parfaite de son activité, et dont la fréquentation ne fait qu'ajouter au désarroi du personnage principal.
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C'est pas si con comme analyse Diablotin. Je t'en félicite. Ton idée est donc que la question est a priori absurde, puisque l'idée de sens implique un contexte précis que ne peut nous fournir la vie prise au sens large, puisque cette vie renferme en elle-même tous les contextes possibles et toutes les relations de causes à effet parmi lesquelles il soit possible de déterminer un but ou un sens à nos actions. En somme, la vie est la condition d'existence et de possibilité du sens, aussi est-il absurde d'en demander le sens. C'est un raisonnement intéressant mais par contre, il ne suffit pas à dissiper l'idée que notre vie, que notre existence demande à être chargée de sens. Nous avons besoin de savoir et de sentir que notre existence n'est pas seulement un long convoi funéraire visqueux et inutile. Mais voilà: ton ingéniosité diablotin consiste à ce que tu nous forces à établir deux significations quant au concept de sens: 1) le sens entendu matériellement comme fil conducteur de la causalité; 2) le sens entendu comme sentiment de plénitude (laissons pour le moment ce dernier concept de plénitude dans le vague qui lui convient, et ne l'associons surtout pas avec le plaisir, le bonheur ou quelqu'autre béatitude). Plus encore diablotin, tu nous forces à établir deux modes de perception du sens: 1) par le raisonnement causal; 2) par le sentiment, ou mettons l'intuition. Votre exigence est honorée madame.
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Ma foi, celui qui sourd tout au bout de la question "Pourquoi vivre ?" en est un exemple intéressant. Toujours. Mais ma défintion de "clown" n'inclut pas tout individu susceptible de faire rire. Le courage d'affronter ses zones d'ombres par exemple, de se regarder tel que l'on est, d'examiner ses préjugés, etc. L'humour est une excellente arme pour décharger nos préjugés.
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Il faut vite courir annoncer aux suicidaires qu'il n'y a pas de raison de désespérer, puisqu'ils participent à l'accroissement entropique de l'univers !
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De la nourriture de volaille.
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Le sens du ridicule n'est souvent qu'un maquillage qui camoufle la peur de s'exposer aux zones d'ombre de l'existence. Les clowns sont les créatures les plus infectes de la terre. Leurs cabrioles sont à la culture ce que la moulée est à la gastronomie. L'humour devrait toujours servir à donner du courage aux hommes, et non à les infantiliser.
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Qu'est-ce que tu appelles "sens" exactement ? Parce qu'au fond, en répondant à cette question, il y a déjà une bonne partie de la réflexion qui sera accomplie.
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Croyance en Dieu et philosophie sont-elles compatibles ?
Dompteur de mots a répondu à un sujet dans Philosophie
Oui, et je sais que tu as apprécié mes petits sobriquets coquins, tel que "petite sophiste". Moi je pense que tu joues sur les mots, question de te donner une contenance. Laisse-moi donc le plaisir de te mettre à nu. Par "supériorité", on entendra la légitimité que se donne un individu d'en asservir d'autres. Et donc par "infériorité", on entendra la propriété par laquelle un être peut être légitiment asservi par un de ses supérieurs. Ça te va ? Or, l'affirmation de Spinoza ouvre certainement grande ouverte la porte par laquelle l'homme peut légitimer l'asservissement de la femme. Car en la déclarant inégale à l'homme, ce dernier est justifié de prendre les commandes indépendamment de ce qu'en pense la femme. Maintenant, tu pourras certes affirmer que malgré tout, pour Spinoza, le fait que les femmes soient mises à leur place, c'est-à-dire comme subordonnées des hommes n'est pas forcément une marque d'asservissement mais bien plutôt au contraire une forme de respect des capacités et caractéristiques réelles du tempérament féminin. Mais peu nous importe et à la limite, qu'il aille au diable notre ami Spinoza ! Le fait est qu'en vertu de nos critères moraux actuels, cette idée est certainement une marque asservissante ou du moins, comme je l'ai dit, qui ouvre toute grande la porte à la légitimité de cet asservissement. Que la doctrine des Droits telle qu'elle existe ou de l'égalité des hommes et des femmes puisse être discutée, je veux bien mais dans ce cas, il faut le dire clairement et ne pas jouer sur les mots en entretenant une vaine discussion. Alors, maintenant que tu es belle et bien déshabillée, voyons voir quelle sera ta prochaine offrande ! La concupiscence masculine est une force bien plus terrible que celle des règles. -
Non, précisément, non. La philosophie ne consiste pas en une compilation d'avis divers. Mais en un effort pour structurer son questionnement à l'aide de concepts. De plus, si le sujet n'est pas au départ situé à l'intérieur de balises quelconque, ça va partir rapidement en gros n'importe quoi, comme c'est le cas actuellement. On n'obtiendra pas un effort commun et global pour s'attaquer à la question, mais plutôt à des efforts individuels et incohérents qui ne mènent à rien du tout. Dépêche-toi d'aller annoncer la bonne nouvelle aux suicidaires. Et ? Quel sens y a-t-il à participer à l'oeuvre humanitaire ? Ça revient à la bouillie de Mic1: le sens de la vie serait de vivre. Alors, pourquoi faudrait-il faire quelque chose de sa vie ? En vertu de quoi ? Pourquoi c'est sensé ? Qu'est-ce que ça donne ? Ça fait partie d'un plan universel ? Ça fait plaisir à Jésus ? En tout cas, tous ces mauvais traits d'esprit ne donnent certainement pas un sens à la vie.
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Croyance en Dieu et philosophie sont-elles compatibles ?
Dompteur de mots a répondu à un sujet dans Philosophie
Comme si tous les phénomènes que nous regroupons synthétiquement sous le concept de "raison" n'étaient pas induits par des phénomènes corporels tout aussi triviaux que les influx d’hormones dans le corps féminin ! Comme si cette raison de l’homme était un phénomène froid, détaché du corps et purement abstrait ! Comme si l’homme n’était pas lui-même sous le joug d’une foule d’instincts plus asservissants les uns que les autres. Enfin, je dis « asservissant » pour respecter la ligne de discussion que vous avez établie – car l’asservissement n’est pas tant le fait de ce qui émane du corps que du dialogue qu’entretient le corps avec le reste du monde. -
Croyance en Dieu et philosophie sont-elles compatibles ?
Dompteur de mots a répondu à un sujet dans Philosophie
Mais personne ne dit qu’il est impossible de les comparer ! Mais c’est une chose que de comparer, et c’en est une autre que d’assimiler l’un à l’autre. Je puis établir une étude comparée des pommes et des oranges sans souiller leur singularité propre, comme je puis aussi entretenir ce point de vue perfide qui consiste à affirmer que l’orange n’est qu’une pomme infirme. Vous ne l’avez pas sans doute pas affirmé explicitement, petite sophiste, mais vous l’avez certainement laissé sous-entendre dans ce genre de proposition, où l’orange est dite infirme : « La capacité intellectuelle de la femme dite "intelligente" est de ce fait un acquis lorsqu'elle est davantage de l'ordre de l'inné chez l'homme qui a une prédisposition naturelle pour l'action. » À vous lire en tout cas, c’est certes une thèse qui devient de plus en plus séduisante. -
Peux-tu à tout le moins nous dire à quel problème s’intéresse Ellul ? Ah bon. Et de la même manière, je suppose que nous pourrions dire que si la vie n’a pas de sens – de sens objectif s’entend, alors il n’y a pas vraiment lieu de vivre ? Lorsque je lis un philosophe, je cherche quelque chose, mais ce quelque chose n’est certainement pas une interprétation vraie, mais bien plutôt ma propre interprétation, puisque l’idée est précisément de me faire réfléchir, de développer ma propre pensée. Que diable ai-je donc à faire d’une interprétation vraie ? Et encore, cherche-je vraiment quelque chose ? Il y a certains philosophes que je lis pour m’instruire sur des sujets précis, mais il y a d’autres philosophes faisant partie de mes lectures « sérieuses » que je lis sans motif précis. Ou alors, en vertu d’une vague intuition, à savoir l’intuition qu’il puisse y avoir là une occasion de me reconnaître ou encore, pour les philosophes qui me rebutent, l’occasion de délimiter mon miroir. Me reconnaître afin de donner du relief à ma pensée et donc à ma vie, au lieu d’avoir le regard rivé au reflet difforme renvoyé par l’onde fluctuante de la masse. Or il n’est pas utile d’assimiler cette intuition ou cette volonté de reconnaissance à la vérité. Je te dirai que ce lecteur n’est pas vraiment à la recherche d’une interprétation vraie. On peut plutôt penser que la lecture du texte donné lui inspire une intuition qu’il a peine à décrire par les mots, une intuition qui peut-être est celle précisément que voulait lui inspirer l’auteur, mais peut-être pas non plus – l’essentiel est qu’en aucune façon ce lecteur n’est tenu de s’efforcer à reconstituer une intuition originale, qui serait supposément la vraie, puisque si un tel effort s’avérait, alors le lecteur ne serait qu’un futur dogmatiste. D’autre part, on ne provoque pas une intuition : c’est elle qui se manifeste et il nous appartient de savoir la capter lorsqu’elle passe. On ne peut que déployer des conditions qui favorisent l’estompement momentané de nos acquis de conscience et qui nous poussent dans un univers d’appréciations étrangères. Notre lecteur a donc lu le texte et quelque chose le chipote – une intuition quelconque disions-nous. Alors il relit et relit, réfléchit et réfléchit, fait tourbillonner les mots en son esprit afin de refaire surgir l’élan intuitif à chaque fois, dans l’espoir que sa teneur se précisera, dans l’espoir que lui viendront les mots qui lui permettront de figer cette intuition, d’en fixer le levier qui pourra à l’avenir l’activer à volonté – bref, dans l’espoir que cette intuition pénétrera tout son être plutôt que de ne rester qu’au rang d’impression fugace et improductive. On voit ici qu’il y a quelque chose de corporel, de vital, et donc de personnel dans tout ce processus, par opposition à une volonté de reconstitution d’une intuition supposément vraie, qui court-circuiterait au fond l’élan vital. Si cet être s’obstine à essayer de reconstituer une interprétation qui serait supposément vraie, alors du coup il travestit ce qui l’anime, il travestit ce pourquoi son être vibre et sourit, à savoir cette arrivée nouvelle, cette naissance imminente en son esprit, ce que nous appelons l’intuition. Un texte philosophique est une occasion de réfléchir, d’approfondir son rapport au monde – l’occasion, comme je le disais plus tôt, de favoriser l’estompement momentané de nos acquis de conscience et de nous pousser dans un univers d’appréciations étrangères – et non pas le réceptacle d’une quelconque vérité qu’il s’agirait d’atteindre. Si je lis un bouquin de Bergson, je ne dois rien à Bergson. C’est pour moi que je le lis. Ce qui n’empêche pas que je puisse me sentir animé par le respect de l’auteur et de l’œuvre. – Je lance cette remarque comme ça : pourquoi se jeter dans un univers d’appréciations étrangères, si ce n’est parce que l’on se sent étranger à soi-même, et que l’on a besoin de se donner un nouveau pays pour apprendre à se redécouvrir ? Mais poursuivre une interprétation vraie ? Ce serait se donner un nouveau pays dont le territoire serait déjà cadastré, donc conditionné, donc pas vraiment nouveau. *** D’un point de vue plus académique, lorsque l’on demande à un étudiant d’interpréter un texte philosophique, il ne s’agit pas vraiment d’interprétation ou du moins, pas au sens où je l’entends; il s’agit plutôt de manipulation logique. Qu’est-ce qu’on attend de la dissertation d’un étudiant ? Essentiellement, qu’elle reformule les termes logiques d’un texte et les applique à des exemples donnés, ou qu’elle compare un texte avec un autre. C’est un travail essentiellement géométrique, si je puis m’exprimer ainsi, un travail de découpage et de redistribution. Il n’y a pas là grand-chose de corporel ou de vital. Mais ici par contre, l’étudiant a certainement un devoir de fidélité par rapport à la construction conceptuelle de l’auteur étudié, autant que l’étudiant en géométrie a un devoir quant à la rigueur des angles ou des longueurs qui font sa matière. Or, peut-on appeler ce devoir ou ce souci un souci de vérité ? Ma foi, si l’on parle de pommes et que l’un se met à parler d’oranges, lui dit-on qu’il déroge à la vérité ? Non : on lui dit qu’il est impertinent, inefficace, hors-sujet, etc. Ou on lui dit qu’il a tout faux, mais cela en un sens restreint, un sens pratique qui s’apparente à celui de l’impertinence, et non au sens ontologique de la Vérité (à la rigueur, au sens de vérité objective d’Habermas, dont j’ai parlé plus tôt). De la même manière d’ailleurs que l’on peut parler du « rien » en un sens pratique : « il n’y a rien dans le réfrigérateur » - qui sous-entend qu’il n’y a pas ce que l’on veut y voir, mais qu’on ne peut parler d’un Rien au sens théorique, car il n’y a nul néant. *** Alors, ton lecteur qui est face à un texte, quelle est sa situation au juste ? Doit-il rencontrer des exigences académiques ? Est-il tenu de manipuler les composantes logiques du texte ? Ne cherche-t-il qu'à s'instruire d'une instruction "géométrique" ? Ou alors s'expose-t-il au texte dans toute la nudité et l'épaisseur de sa vie ?
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Croyance en Dieu et philosophie sont-elles compatibles ?
Dompteur de mots a répondu à un sujet dans Philosophie
À mon tour de te critiquer Anna ! Il me semble que tu commets ici le péché d'évaluer l’intellectualité de la femme à partir de celle de l’homme, comme si celle-ci constituait un référent absolu. Ainsi, plutôt que d’affirmer que la femme acquiert ce que l’homme a pour disposition naturelle, j’affirmerais volontiers – et je pense que Tison sera d’accord avec moi – que la femme développe une intellectualité qui lui est propre, qui a ses caractéristiques singulières et qui lui est donc innée, tout autant que l’intellectualité qui est propre à l’homme lui est innée (encore que nous parlions ici d’un archétype d’intellectualité tout à fait fictif). Car il n’y a pas seulement un type d’intellectualité ou un type de rationalité; on peut les décliner de toutes sortes de façon. Par exemple, on pourrait affirmer que la rationalité typique de l’homme moderne est celle que l’on peut qualifier d’instrumentale. Et d'ailleurs, l'intellectualité n'est pas seulement le fait de la rationalité. De même que je n’affirmerais certainement pas que l’homme est davantage prédisposé à l’action. Si disposition il a, nous pourrions dire que c’est pour un certain type d’actions, et de même pour la femme. La femme n’a pas par défaut une prédisposition à l’inaction tout de même. Et à l’inverse, je ne pense pas non plus que l’harmonie de l’homme avec sa nature première est inférieure à celle de l’homme, mais qu’elle est plutôt différente, puisque sa nature est différente. Ainsi ton propos, même s'il la cache par des manoeuvres tout à fait perfides, il n'en manifeste pas moins encore cette impression d'infériorité de la femme, que critiquait à juste titre Tison. -
Croyance en Dieu et philosophie sont-elles compatibles ?
Dompteur de mots a répondu à un sujet dans Philosophie
Oui. C'est une thèse avec laquelle je me sens beaucoup plus à l'aise que celles des morales rationnelles ou a priori. Soit dit en passant, j'ai repensé hier sous la douche à ce que tu disais à propos de la Généalogie et la morale et il me semble que tu te fais aussi, si je puis me permettre, quelque peu réducteur à l'endroit de Nietzsche. La critique du moustachu auteur ne se limite pas au christianisme et il me semble qu'à cet effet, les thèses qui concernent l'origine du bon ou du bien tels qu'édifiés par ces "hommes d'airain" fondateurs des sociétés humaines, puis les thèses de la formation de la morale aristocratique puis de la morales des faibles, des hommes du ressentiment, ont une portée qui dépasse de loin le seul christianisme. Ça n'empêche pas que le christianisme soit bien l'objet d'étude principal de Nietzsche et que par suite, son propos demanderait sans doute à être modulé pour s'appliquer à d'autres cultures mais quand même ! D'ailleurs, Bergson, aussi génial soit-il, a le désavantage sur Nietzsche de ne pas prendre en compte l'immoralité fondamentale qui est à l'origine de la morale. C'est vraiment drôle que tu en parles: je suis présentement inscrit à un cours de Mark Hunyadi et le module actuel traite précisément de la philosophie de Habermas. D'ici peu, je serai donc un expert sur la question. -
Habermas distingue 3 types de vérité, et cela pourrait éclairer considérablement le débat: - Vérité objective - portant sur les objets des sens, et étant encadrée par un protocole de validation, comme par exemple dans les sciences de la nature; - Vérité normative - portant sur les préceptes moraux; - Vérité subjective - portant sur des appréciations personnelles. Je lance ceci à titre informatif car je ne me sens pas positionné par rapport à cette idée. Mais je me soupçonne d'être porteur d'une vision plus radicale.
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Croyance en Dieu et philosophie sont-elles compatibles ?
Dompteur de mots a répondu à un sujet dans Philosophie
Que penses-tu de la thèse des deux sources de la morale de Bergson ? Je plussoie. Comme tu dis Tison: l'extraordinaire prégnance de la morale...
