Les corbeaux
Seigneur, quand froide est la prairie.
Quand, dans les hameaux abattus.
Les longs angélus se sont tus...
sur la nature défleurie
Faites s'abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux
Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids !
Vous, le long des fleuves jaunis,
Sur les routes aux vieux calcaires,
Sur les fossés et sur les trous
Dispersez-vous, ralliez-vous !
Par milliers, sur les champs de France,
Où dorment des morts d'avant-hier,
Tournoyez, n'est-ce pas, l'hiver,
Pour que chaque passant repense !
Sois donc le crieur du devoir,
O notre funèbre oiseau noir !
Mais, saints du ciel, en haut du chêne,
Mât perdu dans le soir charmé,
Laissez les fauvettes de mai
Pour ceux qu'au fond du bois enchaîne,
Dans l'herbe d'où l'on ne peut fuir,
La défaite sans avenir.
Rimbaud
L'Arbre aux corbeaux de Caspar David Friedrich
La présence du corbeau est pratiquement relevée dans les mythologies de tous les continents , de toutes les cultures. Sa représentation est presque partout bénéfique à l’exception de l’Europe où son aspect négatif serait apparu tardivement notamment dans les campagnes. Les populations nomades lui auraient été plus favorables que les populations sédentarisées par l’agriculture . Il prend aussi un aspect négatif où il est considéré comme messager de la mort et au Laos où les eaux souillées par le corbeau sont impropres aux ablutions rituelles.
Partout ailleurs, parfois animal prophétique , parfois guide ou protecteur, sa représentation est favorable souvent attachée à un mythe solaire .