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Affichage du contenu avec la meilleure réputation le 06/04/2021 dans Billets
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Nuit. Il fait froid. Les nuits sont si froides, sur la place, qu'à chaque bouche d'égout de grands nuages de fumée s'envolent et s'épaississent. Les volutes montent... On ne voit plus qu'à quelques mètres dans ce brouillard. Les façades des bâtiments deviennent floues. On ne devine plus que la forme générale de la place — le grand carré verdi. Le parc. Le grillage ne fait qu'un mètre, tout autour des buissons; c'est la fumée et la brume qui donnent l'impression qu'il y a un espace enclos — la place dans la place. Aucune lumière; les façades sont gris clair, les buissons sont gris foncé. D'autres plantes, elles, semblent presque noires. — Et pour peindre dans la grisaille: un souffle, une respiration... et l'on y trace de nouvelles formes sur l'air froid. Personne dans les rues attenantes. Êtes-vous seul? Non: impossible. Car certains sons, cachés par-delà le brouillard, semblent presque humains. Des hurlements. Des voix qui forment presque des mots — et trahissent la présence d'au moins une dizaine de personnes. Il faut sauter par-dessus le grillage, s'approcher du centre du parc... Là, un endroit où à d'autres heures les familles nombreuses viennent laisser jouer leurs enfants: quelques bancs de pierre, abrités par de grands chênes, disposés autour d'un grand espace — La zone n'est pas en béton, mais couverte d'une fine poudre claire, un mélange de terre et de sable qui donne ces gravas très fins, presque comme de la craie, et que la ville choisit de déposer dans tous ses espaces verts. C'est là que les jeunes hurlent. Ils ont tous le regard fasciné, fixé vers le centre de la scène. Là, au milieu, deux hommes barbus et malodorants qui se battent. Ils sont échevelés, âgés. Le combat les a déjà à demi-dévêtus: certains haillons traînent sur le sol, couverts de poussière. L'un d'entre eux n'a plus qu'une seule chaussure au pied. Ils se frappent en poussant des grognements animaux. L'odeur est infecte. À la fois la saleté, l'adrénaline, la sueur... et aussi la légère odeur métallique du sang: sur le sol, de grandes flaques et d'innombrables petites gouttes. Le sang est plus noir que rouge, dans la pénombre. Les deux nez sont déjà cassés. L'énergie des premiers coups est déjà passée: maintenant, les crochets sont maladroits et plus lents, dans de grands mouvements circulaires. Le sang dans les yeux et dans la bouche rend les deux clochards furieux, mais ils sont déjà épuisés et à demi-aveugles. — Alors, la foule des jeunes aboie en rythme, pour leur signifier que le combat n'est pas fini. Le public est assoiffé de sang. Ils veulent que les coups fassent plus de bruit, que la frappe fasse plus mal. Ils veulent que l'un des deux gladiateurs modernes soit terrassé. — Finalement, au bout de longues minutes particulièrement déplaisantes, leur souhait est exaucé: l'un des hommes fait une mauvaise chute après avoir reçu un coup de coude au menton, et s'écroule sur le sol plein de poussière et de sang. Son tee-shirt gris n'est plus qu'un lambeau; il ne porte plus qu'un vieux jeans et des chaussettes semblant avoir cristallisé sur son corps. Mais personne ne lui prête plus attention. L'autre homme lève les bras, incapable de penser, encore fou furieux, et hurle à la mort pour célébrer sa victoire. Son visage est tuméfié. Il est en aussi mauvais état que l'autre. Mais lui est le centre du spectacle: la foule le fête dans de grands cris animaux. Il est le vainqueur. Un jeune en jersey et jogging s'approche finalement — il doit avoir 18 ans tout au plus — et lui tend un bout de papier. Un billet. 20€. Derrière lui, on aperçoit aussi que deux autres hommes âgés et hirsutes commencent à faire de grands mouvements pour s'échauffer. Il y aura un second combat, ce soir. Les deux nouveaux ont l'air plus grands, plus costauds, plus vifs; peut-être sera-ce là l'événement principal. Un spectateur musclé traîne le corps inconscient et sanglant pour le dégager du milieu de l'arène, et l'abandonne plus loin, sur le gazon, en position latérale de sécurité — peut-être la seule attention que le gladiateur vaincu recevra le reste de sa nuit. — S'il survit - ou pas - ce sera un autre combat, celui-là qu'il mènera avec lui-même. Les journaux n'en témoigneront probablement pas le lendemain. Les deux nouveaux combattants se font face. Ils sont prêts à en découdre. Ils se montrent déjà les dents. Ils attendent le signal. Le jeune en jersey éructe: — "À ma gauche, Dédé-le-Vif! À ma droite, Jacquot-le-Gredin! Attention, à mon signal, ça va se hagar!" Elle, la Nuit, est toujours aussi froide.1 point
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Il y a un temps pour tout, il y a un temps pour nous tous de dire adieu à une petite part de nos vies. Il est 21h, un dimanche soir classique, un week end tout ce qu'il y a de plus classique à ce détail près que leurs vies ne sont plus que côtoiement et non partage. Des mots durs, des actes forts, des envies différentes et différées, des peines qu'on ne partagent plus, des joies que l'on veut secrètes...plus rien ne jointe la vie à deux. On se tient par un fil, on se retient pas le fil du rasoir. On tente de recoller mais les bris sont trop nombreux et épars pour savoir par où commencer, par quoi commencer...reste les plaisirs de la chair, les hormones, il ne reste plus que cela de la fusion passée. Mais cela ne suffit plus à faire sens à deux. L'intuition que quelque chose d'irréparable va se passer... Une promenade en fin de week end a priori anodine qui arrive sur la discussion que l'on ne veut pas comprendre : l'une dit que le ras le bol est présent, l'autre n'entend que "rien n'est totalement fini", il ne faut surtout pas prononcer le mot fatidique, celui qui signifie qu'on ne revient plus en arrière mais que les chemins qui se sont croisés doivent se séparer. Rien n'est pire que de ne pas vouloir comprendre que le moment est venu : peur du vide, peur de se retrouver seul à nouveau, peur...peur...peur... Se dire que l'on est jeté alors qu'en fait on se jette mutuellement depuis des mois. Se dire que si on ne veut plus de nous c'est qu'on nous raye d'un trait de crayon d'une vie. On se sent seul, vide, la douleur est infernale, interne, destructrice, incommensurable. On sent qu'il y a quelqu'un d'autre mais comment en être sûr...la solution arrivera très vite : on annonce que le week end d'après un rendez-vous est fixé avec quelqu'un qui est présent dans la vie de l'autre depuis plusieurs mois, à distance...sentiment de trahison qui omet de rappeler au cerveau que l'autre n'est pas tout propre non plus et qu'après tout les signes étaient là depuis des mois...le week end arrive...elle ne rentrera pas le dimanche soir...elle rentrera uniquement parce que le travail est là...ce week end...un autre et puis un autre et encore un autre...une douleur terrible, impossible de mettre les valises dehors parce que les sentiments sont certainement là, présent, moins importants mais présents...l'aime-t-il encore ou est-ce la peur d'être seul qui fait qu'il croit qu'il l'aime encore ? Il n'en sait rien lui-même... Et puis l'histoire s'arrête là...pour elle...le bel l'a mise dehors mais elle n'aurait nulle part où aller...alors...l'autre accepte son retour...en ami...en amant...drôle de situation...drôle de mec...drôle d'histoire...un week end normal, un week end sans rien d'autre que le doute...encore et toujours le doute...croire en une seconde chance mais en se disant que c'est utopique...croire comme un imbécile que rien d'avant ne s'est passé...alors que tout s'est passé, tout est fini...un week end normal où elle part...prendre la décision encore et encore...lui dire qu'il ne tient plus à sa présence non pas parce qu'il ne l'aime plus mais parce qu'il est jaloux de la perdre...alors elle doit partir...mais la violence de la nouvelle la prend de froid...les portes claques, la communication est coupée...se reverront-ils ? Il n'en est pas là...il doit se reconstruire seul...mais il l'a en tête comme un enchantement, une sorcellerie dont on ne se sépare qu'en disparaissant... Une communication un jour...un week end...elle a retrouvé quelqu'un pour quelques fois mais elle ne comprend pas ce qui lui arrive, elle se sent délaissée...alors il vient lui expliquer...l'écouter...la soutenir...au final un week end, ils se rapprochent et se rappellent leurs étreintes passées...mais est-ce bien raisonnable...le doute encore le doute...toujours le doute...alors il est temps de se dire...adieu...un week end...lui dire qu'ils ne se reverront définitivement plus, tout bloquer...se dire adieu définitivement...un week end d'adieu1 point
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