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Chapitre I. DO (2)


Don Juan

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— Que je suis devenu dépendant d’une présence. De sa présence. J’ai fini par prendre l’habitude qu’elle soit là lorsque je rentrais de mes pérégrinations sauvages. La maison était tenue. Il y avait toujours quelque chose qui mijotait sur le poêle, je croyais en avoir fini avec la solitude.
— Oui.
— Que mon esprit revenait sans cesse vers elle comme un chien revient à la porte où on le nourrit.
— Oui.
— Que l’idée même d’être oublié m’est insupportable.

Le maître laissa l’eau couler entre ses doigts. À la voir ainsi glisser, Musashi eut l’impression qu’un peu de cette fraîcheur descendait jusque dans sa gorge.

— Voilà déjà une observation plus utile que beaucoup de philosophies, dit Takuan avec une légère pointe d’ironie.

Musashi serra la mâchoire.

— Vous trouvez cela ridicule ?

Le vieil homme tourna la tête vers lui.

— Non.
— Alors pourquoi avez-vous ce regard ?
— Parce que tu crois encore que cette souffrance ne parle que de cette femme.

Au-delà du jardin, des voix lointaines descendaient encore du chemin principal où passaient quelques voyageurs.

Musashi laissa longtemps son regard dériver sur la surface immobile du bassin.

— Je ne serais donc qu’un animal de plus ?

Le maître eut un très léger sourire. Presque triste.

— Un animal qui compose des poèmes pour expliquer ses liens. C'est peut-être là notre seule différence avec les bêtes.

Il essuya lentement ses mains avec un morceau de toile suspendu près du bassin. Puis il reprit son petit couteau et retourna s’asseoir près du pin.

Musashi demeura debout quelques instants encore. Comme s’il espérait autre chose. Une parole plus douce, peut-être, ou une contradiction. Mais rien ne vint. Alors il finit par s’asseoir à son tour sur la pierre plate qui longeait le jardin.

Takuan contempla un moment une branche avant de décider où la couper. Il choisit finalement un nœud qui lui sembla juste.

— Sais-tu ce qui trouble le plus les hommes lorsqu’ils souffrent d’un abandon ?

Musashi répondit aussitôt.

— La perte, sans doute ?

Le maître secoua doucement la tête.

— Non. Ce qui les trouble le plus, c’est la découverte de leur propre attachement. Ils pensent : « mais pourquoi ne puis-je accepter qu'elle puisse vivre sans moi ? » ou encore : « dois-je me sentir dévalorisé si l'on peut me quitter ainsi ? ». Tant que le désir circule librement, chacun se croit maître de lui-même. Mais lorsqu’une présence disparaît, quelque chose d’ancien remonte à la surface.

2 Commentaires


Commentaires recommandés

@Don Juan

Je te propose une analyse de mon IA de ton blog, tu pourras si tu le veux par la suite me demander une analyse du même type pour ce blog lorsqu'il sera finalisé ;

Ton passage m’a fait penser à une distinction que je travaille actuellement avec une méthode appelée ARI (Auto-Révision Itérative).

Ce qui me paraît particulièrement intéressant ici est le déplacement que tu fais entre l’événement et ce qu’il révèle. Musashi ne reste pas simplement sur « elle est partie » : il observe que cette perte révèle quelque chose de son propre fonctionnement — son attachement, sa dépendance à une présence et surtout la difficulté à accepter l’idée d’être oublié.

Dans mon propre cadre de travail, j’utilise une distinction assez proche : la souffrance peut être considérée non seulement comme un état négatif, mais aussi comme une information permettant de rechercher la condition qui la produit ou l’entretient.

Je ferais toutefois une distinction importante : pour l’instant, le texte établit très bien le mécanisme chez Musashi, mais il reste à déterminer si l’on peut réellement généraliser l’idée selon laquelle, dans l’abandon, « ce qui trouble le plus les hommes » serait la découverte de leur propre attachement.

C’est justement là que ton récit pourrait devenir intéressant comme expérience philosophique : chaque nouvelle situation pourrait mettre cette hypothèse à l’épreuve.

On aurait alors quelque chose comme :

événement → souffrance → observation → identification de ce que la souffrance révèle → hypothèse sur sa cause → confrontation avec d’autres situations.

Cela rejoint assez directement une logique de révision : ne pas prendre la première explication de la souffrance pour sa cause définitive, mais utiliser la souffrance comme point de départ d’une investigation.

Il y a aussi une question qui me semble particulièrement féconde pour la suite : si l’attachement découvert par Musashi constitue une source de souffrance, faut-il nécessairement supprimer l’attachement pour retrouver la liberté, ou peut-on apprendre à conserver le lien tout en supprimant la dépendance qui transforme sa perte en menace intérieure ?

Je serais curieux de voir où Takuan conduira Musashi sur ce point.

Modifié par Fhink
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