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Intelligence, bêtise et Logique du Pivot : quand l'intelligence se retourne


Fhink

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Dans le premier billet, nous avons proposé de considérer l'intelligence sous un angle particulier : non pas seulement comme une capacité à connaître, calculer ou résoudre des problèmes, mais comme une capacité à obtenir un résultat favorable avec le moins d'effort, de pénibilité et de souffrance évitable possible.

L'exemple de la poulie permettait d'en donner la forme la plus simple. Une charge doit être soulevée ; plutôt que de mobiliser inutilement davantage de force, on utilise un dispositif qui permet d'obtenir le même résultat avec moins d'effort. La poulie constitue ainsi un véritable levier d'efficacité.

À partir de là, une question apparaît immédiatement :

Que se passe-t-il lorsque cette recherche d'efficacité est confrontée à l'erreur ?

Et surtout :

Que se passe-t-il lorsqu'une meilleure solution devient évidente ?

L'intelligence peut se tromper

Définir l'intelligence par son efficacité ne signifie pas qu'une intelligence doit être infaillible.

Une intelligence peut ne pas connaître la meilleure solution. Elle peut manquer d'informations, faire une erreur de raisonnement, disposer de moyens insuffisants ou simplement ne pas encore avoir découvert un meilleur procédé.

L'erreur initiale n'est donc pas nécessairement une corruption de l'intelligence.

Ce qui devient déterminant est ce qui se produit après la découverte de l'erreur.

Supposons qu'une solution A produise un résultat favorable avec une certaine quantité d'effort et de pénibilité. Puis qu'une solution B soit découverte et démontrée : elle permet d'obtenir un résultat au moins aussi favorable avec moins d'effort et moins de souffrance.

La découverte de B constitue alors une information nouvelle.

Une intelligence orientée vers le Bien devrait pouvoir effectuer le mouvement suivant :

«erreur ou solution imparfaite → découverte d'une meilleure solution → rectification → amélioration du résultat → diminution de la pénibilité et de la souffrance évitable.»

L'intelligence n'est donc pas nécessairement celle qui a immédiatement trouvé la solution parfaite.

Elle peut être celle qui sait corriger sa solution lorsqu'une meilleure devient accessible.

C'est ici qu'apparaît la notion de falsifiabilité.

La falsifiabilité comme possibilité de correction

Une proposition réellement falsifiable doit accepter la possibilité d'être confrontée à un fait ou à une démonstration susceptible de la mettre en défaut.

Appliqué à notre définition, cela signifie que l'affirmation :

«« Cette solution est la meilleure solution favorable accessible dans cette situation »»

doit pouvoir être contestée.

Si une autre solution est démontrée, réalisable dans les mêmes conditions, qu'elle permet un résultat meilleur ou équivalent avec moins d'effort, moins de pénibilité et moins de souffrance, alors la première affirmation est falsifiée pour cette situation.

Mais cette falsification ne signifie pas que l'intelligence a disparu.

Elle permet au contraire à l'intelligence de progresser.

Le véritable problème apparaît lorsque l'information permettant la correction est devenue suffisamment claire, que la meilleure solution est accessible, et que malgré cela la solution moins favorable est maintenue volontairement.

Il faut alors distinguer :

«ne pas savoir»

de

«savoir et refuser de corriger.»

La première constitue une limite de connaissance.

La seconde peut devenir une corruption de l'orientation de l'intelligence.

De l'intelligence à la malice

C'est ici que réapparaît la distinction entre intelligence et malice.

Si l'intelligence consiste à trouver le meilleur moyen pour obtenir un résultat favorable avec le moins d'effort et de pénibilité, la même capacité d'optimisation peut être retournée vers une autre finalité.

Une intelligence peut chercher :

«le moins d'effort pour le meilleur résultat favorable.»

Mais elle peut également chercher :

«le moins d'effort pour produire le maximum de nuisance.»

La capacité d'optimisation demeure.

C'est sa finalité qui change.

On obtient alors ce que nous pouvons appeler l'intelligence du mal, ou la malice :

«une capacité d'optimisation conservée, mais orientée vers la production ou l'amplification de la souffrance.»

Le « malin » ne serait donc pas nécessairement celui qui manque d'intelligence. Il pourrait au contraire être celui qui possède une capacité à trouver efficacement les moyens d'atteindre une finalité, mais dont cette capacité est orientée contre les conditions favorables.

C'est une intelligence devenue efficace dans la mauvaise direction.

La Logique du Pivot

Cette distinction permet alors de faire intervenir une autre idée : la Logique du Pivot.

Un pivot est ce qui modifie la trajectoire d'un système. Il ne se définit pas seulement par ce qu'il est en lui-même, mais par l'effet qu'il produit sur la dynamique considérée.

Une même capacité peut donc changer de signification selon le côté depuis lequel on l'observe.

C'est particulièrement visible avec l'intelligence et la bêtise.

Si une action augmente les conditions favorables, réduit la souffrance et permet une meilleure formation avec moins d'effort, elle constitue une intelligence pour le Bien.

Mais exactement cette même action peut être défavorable à la souffrance.

Du point de vue de la souffrance, ce qui constitue une intelligence pour le Bien devient donc une bêtise pour la souffrance.

Inversement, lorsqu'une stratégie permet à la souffrance de se développer efficacement, elle peut constituer une forme d'intelligence pour le mal, mais elle devient simultanément une bêtise pour le Bien, puisqu'elle détruit les conditions favorables.

L'intelligence et la bêtise deviennent alors des notions réciproques selon le référentiel considéré.

L'intelligence qui rend intelligent et la bêtise qui rend bête

Nous pouvons aller encore plus loin.

Une intelligence qui permet au Bien d'être plus efficace ne produit pas seulement une meilleure situation pour le Bien : elle rend le Bien plus intelligent dans sa capacité à se maintenir et à se développer.

Mais cette même amélioration est une perte d'efficacité pour la souffrance.

Ainsi :

«L'intelligence qui rend le Bien intelligent rend le mal bête.»

Et inversement :

«L'intelligence qui rend le mal intelligent rend le Bien bête.»

Il ne s'agit pas ici de dire que le Bien ou le mal possèdent littéralement un cerveau ou une intelligence psychologique. Il s'agit d'une manière de décrire leur dynamique.

Ce qui augmente la capacité du Bien à produire et maintenir les conditions favorables réduit simultanément la capacité de la souffrance à se développer.

Ce qui augmente la capacité de la souffrance à se développer réduit simultanément la capacité du Bien à maintenir ces conditions.

L'un et l'autre se définissent donc réciproquement sur l'axe du pivot.

Chacun est intelligent pour lui-même

Cela conduit à une proposition paradoxale :

«Le Bien et le mal sont bêtes l'un pour l'autre, mais chacun peut être intelligent pour lui-même.»

Pour le Bien, est intelligente toute organisation qui favorise les conditions favorables, réduit la souffrance évitable et permet une formation harmonieuse avec le moins de pénibilité nécessaire.

Pour la souffrance, si nous lui attribuons cette dynamique par abstraction, serait « intelligente » toute organisation permettant de produire davantage de souffrance avec moins d'effort.

Ainsi, une même propriété formelle — l'efficacité — peut être qualifiée d'intelligence d'un côté et de bêtise de l'autre.

Le pivot est le changement de référentiel.

On pourrait alors écrire :

«Intelligence du Bien = bêtise du mal.»

«Intelligence du mal = bêtise du Bien.»

Mais dès que l'intelligence du Bien se corrompt et se met au service de la souffrance, elle change de catégorie fonctionnelle :

«intelligence corrompue → malice.»

Et inversement, lorsqu'une intelligence jusque-là inefficace pour le Bien découvre une meilleure solution favorable et accepte de se corriger, elle retrouve sa fonction première : réduire l'effort inutile, améliorer le résultat et diminuer la souffrance évitable.

L'épreuve décisive : que fait l'intelligence lorsqu'elle découvre mieux ?

Cette conception permet finalement de proposer un critère dynamique.

Ce n'est pas seulement la capacité d'une intelligence à produire une solution qui doit être observée.

Il faut également observer sa réaction à la découverte d'une meilleure solution.

Si elle rectifie :

«découverte → correction → meilleure efficacité → meilleures conditions favorables,»

elle manifeste une capacité d'apprentissage et d'amélioration.

Si elle persiste volontairement :

«découverte → refus → maintien d'une solution moins favorable → souffrance évitable maintenue ou aggravée,»

alors quelque chose a changé dans son orientation.

L'intelligence n'est plus simplement confrontée à une erreur.

Elle est confrontée à la possibilité de savoir qu'elle se trompe.

C'est à cet endroit que la falsifiabilité devient particulièrement importante : elle empêche de transformer une solution en vérité intouchable. Elle oblige l'intelligence à accepter la possibilité qu'un meilleur levier existe.

Et c'est précisément ce qui permet au progrès de continuer.

Vers une définition dynamique de l'intelligence

Nous pouvons alors compléter la définition proposée précédemment.

L'intelligence n'est pas seulement :

«la capacité à obtenir efficacement un résultat.»

Elle est :

«la capacité à rechercher, découvrir et adopter les moyens permettant d'obtenir le meilleur résultat favorable accessible avec le moins d'effort, de pénibilité et de souffrance évitable.»

Et elle possède une propriété supplémentaire :

«la capacité de se corriger lorsqu'une meilleure solution est démontrée.»

La bêtise n'est donc pas simplement l'absence de connaissance.

Elle peut être comprise comme l'échec à utiliser le meilleur levier accessible.

La malice, quant à elle, apparaît lorsque la capacité d'optimisation est orientée vers la nuisance :

«le meilleur levier pour produire la souffrance devient alors une intelligence pour le mal et une bêtise pour le Bien.»

La Logique du Pivot permet ainsi de comprendre pourquoi intelligence et bêtise peuvent être réciproques : elles ne sont pas seulement des propriétés absolues d'une action ou d'un système. Elles peuvent dépendre de la direction dans laquelle le système se forme.

Finalement, tout revient au même critère :

«Efficace pour quoi ?»

Car une intelligence qui sait parfaitement optimiser peut devenir l'instrument de n'importe quelle finalité.

La véritable question n'est donc pas seulement de savoir si elle sait trouver le meilleur moyen.

Il faut savoir quel résultat elle cherche à rendre meilleur.

Et si nous retenons comme référence les conditions favorables, la préservation de la vie, la coopération, la compréhension, la stabilité et la réduction de la souffrance évitable, alors l'intelligence véritablement orientée vers le Bien peut être comprise comme l'art de trouver toujours de meilleurs leviers pour produire davantage de Bien avec moins de pénibilité.

Dans cette perspective, le progrès n'est jamais simplement le fait de devenir plus puissant.

C'est devenir capable de faire mieux avec moins de souffrance.

Et peut-être est-ce précisément cela que devrait rechercher toute intelligence : non pas seulement être plus efficace, mais apprendre à être plus efficace pour le Bien.

Modifié par Fhink

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