L'évangile de Nicodème partie - 6
16 Après un silence dans lequel je m’étais enroulé comme dans une couverture et dont la durée échappa complètement à mes sens, je repris la parole et demandai à Jésus : « aimer son prochain comme soi-même », n’était-ce pas une chose suffisante, pourquoi fallait-il l’aimer plus que soi-même ? Le maître répondit : «
Je te le dis, en vérité, l'Écriture est l’œuvre de l'homme, tandis que la vie et tous ses hôtes sont œuvre de notre Dieu. Pourquoi ne prêtes-tu pas l'oreille aux paroles de Dieu qui sont écrites dans ses œuvres ? Et pourquoi étudies-tu les Écritures dont la lettre est morte, étant œuvre de la main des hommes ?1 » Il a été donné à l’homme, par la voix des prophètes, un certain nombre de consignes qui plaisaient à Dieu. Cela a formé notre livre des lois, et tu connais bien ces lois. La loi du Talion par exemple, dans laquelle Dieu ordonne qu’il soit rendu à l’homme qui nuit à autrui l’équivalence de ses actes. Nous résumons bien cette loi à une formule devenue populaire ainsi : « œil pour œil, dent pour dent ». Et tu m’as entendu dire quelque chose de très différent, n’est-ce pas ? ». Oui Rabbi, tu nous as demandé presque le contraire de cette loi, non seulement de ne pas rendre les coups, mais en plus de tendre la joue comme une offrande aux coups suivants… Comment pourrions-nous lire les lois de Dieu ailleurs que dans les Écritures ? Où sont-elles donc écrites ? Lis-les pour nous là où tu les vois, car nous ne connaissons pas d'autres Écritures que celles dont nous avons héritées de nos ancêtres. Enseigne-nous les lois dont tu parles, afin qu'après les avoir entendues, nous puissions être guéris et justifiés.2 « C’est exact, alors, qu’en déduis-tu, est-ce que ma parole s’oppose à celle de mon père ? ». Je ne sais quoi dire, cette annonce m’a laissé dans un trouble et une incompréhension qui me hantent toujours. Nous avons tous ressenti, en de nombreuses occasions que tes mots annulaient ou remettaient en cause la parole des prophètes. Il en est de même pour la femme adultère dont tu as empêché la lapidation, ce qui revient à dire que nul ne peut juger s’il n’est pas sans péché. Or, qui donc peut se vanter d’être sans péché ? Par cette intervention as-tu retiré au peuple d’Israël son droit au jugement ?
17 « Non pas seulement au peuple d’Israël Nicodème, mais à toute l’humanité. Tu as raison, je suis venu aussi pour vous enseigner le pardon plutôt que la condamnation. Comment concilier l’acte de punir et l’acte d’aimer ? Nos lois nous ont accompagnés jusqu’à ce jour et ont fait de nous ce que nous sommes. Mais le chemin de l’homme est encore loin devant lui, et les générations futures auront besoin de nouvelles lois, à la mesure du destin qui attend ceux qui vont nous suivre. Aimer son prochain comme soi-même, c’était de bon conseil dans ce temps où nos pères et nos mères ne pouvaient penser qu’à survivre. Mais la survie est au cœur des instincts dans le règne des bêtes sauvages, cela ne nous permet pas de nous hisser au-dessus de la condition de nos cousins les animaux. Cette pratique de l’amour a encore un caractère trop marchand, comprends-tu mon ami ? L’homme doit pouvoir aimer d’une manière gratuite, il lui faut pour cela apprendre à donner sans rien attendre en retour, et tout donner. Car il est trop aisé de prétendre aimer autrui comme soi, plus on s’aime et plus c’est difficile d’aimer autre que soi et si l’on ne sait bien s’aimer, que vaudra cet amour dirigé vers autre que soi ?
1Tiré d’un apocryphe « évangile de Jean » traduit par Edmond Székely
2Tiré d’un apocryphe « évangile de Jean » traduit par Edmond Székely

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