L'évangile de Nicodème partie - 5
14 « Nicodème, comme je te le disais il y a un instant, les humains ont dû accomplir un chemin au travers des siècles et au travers de l’obscurité de leur esprit ; il leur a fallu apprendre ce qu’il était bon de faire comme ce qui ne l’était pas, et cela leur a demandé beaucoup de générations. Bien qu’ils aient pu penser à la nature de leurs décisions et de leurs actes, ce n’était pas ce pouvoir qui gouvernait leur vie, et c’est encore le cas aujourd’hui... » Je l’interrompis à nouveau tant ma peur de ne pas pouvoir suivre ses pensées était grande en mon âme, n’était-ce pas notre seigneur qui gouvernait le destin des hommes ? « Non mon ami, c’était leurs instincts et seulement les leurs, et ceux-ci seraient comme ceux des autres animaux s’il n’y avait pas eu cette décision de désobéissance qui nous accorda la réflexion sur nos actes. En vérité je te le dis, c’est une forme de liberté, notre première liberté. Ces règles que sont ces « tu dois, tu ne dois pas, il faut que, il est interdit de tuer ou de voler, ceci est mal, ceci est bien, etc. Tout cela contient les premiers parfums d’une indépendance dont l’homme n’a peut-être pas pris toute la mesure ». Jusque là je te suis, mais tu disais que le discernement entre le bien et le mal ne présente pas un lien direct avec cet amour que tu proposes à l’espèce si rude et brutale à laquelle j’appartiens.
15 « Oui Nicodème, la morale est un pas de l’animal à l’homme alors que ce que j’appelle « le grand amour » est un pas de l’homme vers le divin ». Veux-tu dire Dieu, Rabbi ? « J’ai bien dit le divin, et je vois que ce terme te pose quelque souci, dis-moi quel est ton trouble ! » Merci Rabbi, je me demandais quelle différence il fallait saisir entre la personne de Dieu et le divin ; jusque là j’employais ce mot comme un qualificatif, alors que toi, tu sembles le désigner… comme… une autre personne. « Toi, un docteur de la loi, tu me demandes cela ? En effet, si Dieu peut être considéré comme une personne, la première personne de cet univers, le divin est son émanation, comme le parfum du lilas est son émanation. C’est par son émanation que le lilas entre dans ta maison, te poursuit dans la rue et te précède aussi souvent dans la synagogue. Et même, avec l’aide du vent, traverse les déserts et réveille le berger endormi qui oublie ses brebis. Le divin est partout, il est au cœur des nuages et dans l’air, il est aussi dans la terre et le cèdre le laisse monter par ses racines jusqu’en haut de ses branches. Il est ce qui donne son goût au sel, à l’eau et à toute autre matière, mais il n’est pas une personne, il ne pense pas, il ne veut pas, il n’a aucune décision à prendre ni aucun jugement à livrer. Vois-tu ce mortier qui tient assemblées toutes les pierres de ce mur sur lequel nous sommes assis, et bien le divin est comme ce mortier, et sans lui, rien ne saurait tenir uni ». Alors, dis-je à Jésus sur un ton nourri d’ironie, avec ce divin là, on pourrait presque se passer de Dieu !? Et nous rîmes de bon cœur avec le cri d’une chouette à l’affût dans un olivier secoué par une bourrasque soudaine. Et ce fut comme si le monde entier riait avec nous.

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