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L'évangile de Nicodème partie - 4


Don Juan

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11 La question était si étrange qu’il me fut impossible d’y réfléchir. Ce que Jésus appelait « amour » était-il un sentiment ? Voilà ce qui prenait toute la place dans mes pensées. Il parlait de lumière au cœur de toute chose, cette lumière, était-elle un sentiment, était-elle de l’amour ? Les sentiments que j’étais en mesure de nourrir au fond de moi déterminaient-ils la lumière qui m’animerait et me ferait devenir autre que celui que j’étais ? Comment allumer ce « feu du dedans » pour qu’il embrase mon assise, me réchauffe et répande sa chaleur au-dehors de mon être ? Le Maître me regardait me débattre dans mes émotions comme un chien tombé dans un bassin s’épuise à vouloir se hisser sur les bords en lançant des appels à l’aide désespérés. Comme je finis par retrouver un équilibre entre mes pensées et mes émotions je tentai une réponse à celui qui devint le maître de ma destinée.

 

12 J’ai l’impression Rabbi que parfois c’est ma chair qui ressent et mon esprit qui ajoute du sens à ce qu’elle lui communique. Et parfois j’ai l’impression que c’est le contraire, que mes pensées, au cœur de ma conscience, transmettent à mon corps un message qui prend une autre forme, dans un langage qui doit être celui du sang et de la chair, vois-tu dans quel trouble ta question m’a laissé ? « Tu as essayé de trouver une réponse satisfaisante, reprit Jésus, pour cela, tu as regardé au fond de toi. Et tu as vu le jeu de balle auquel ton corps et ton esprit se livrent lorsqu’ils se trouvent confrontés à ce que le langage des hommes appellent un sentiment. Mais tu n’as pas pu voir au-delà, alors l’expérience ne pouvait apparaître que comme ton bien propre. Tu as naturellement pensé que tes sentiments et tes pensées viennent de toi. Mais l’eau que ta femme puise dans ce puits et qui te désaltère chaque jour, penses-tu qu’elle vienne seulement de ce puits ? Non, n’est-ce pas, tu sais qu’elle vient de plus loin, peut être des montagnes, ou d’encore plus loin, peut-être du ciel, ou des étoiles. Elle jaillit dans ce puits comme elle a jaillit auparavant dans une chaîne sans fin de puits et de sources, sans s’arrêter dans l’espace et dans le temps. En toi, en tous, elle passe, nous traverse afin que nous la rendions à sa source mère, peut-être un peu souillée et nous traversant elle nous lie. Elle reviendra à toi lorsqu’elle aura accompli son cycle, comprends-tu ce que je te dis ? ».

13 Jésus, ce que je crois saisir, c’est que cet amour dont tu nous parles ne vient pas d’ici, de ce sol et de ce ciel qui est au-dessus de nos têtes. Cet amour vient de plus loin, de l’espace, des confins de l’univers peut-être, et que c’est pour cette raison que nous, les humains, et nos cousins les animaux, ne le connaissons pas. Pas plus que la simple idée de son évocation, cet amour est un étranger dans ce monde, il n’habite pas nos pensées ni nos sens ni nos imaginaires, il ne peut donc voir le jour dans nos esprits. Alors pourquoi fait-il tout ce chemin jusqu’à nous ? Pourquoi venir d’aussi loin, et pourquoi n’était-il pas avec nous depuis la création de notre espèce ? Était-il présent dans ce jardin dont parlent nos prophètes, Adam et Ève ont-ils baigné dans sa chaleur avant de goûter au fruit défendu ? Telles sont les questions que je présentai au Maître et c’est avec beaucoup de patience qu’il me répondit ainsi : « Les êtres humains ont fait un long chemin depuis qu’ils se sont séparés des animaux. Comme le dit notre livre, dont tu es un fin connaisseur, c’est dans le moment où ils connurent le bien et le mal que cette séparation marqua un temps fort. Si l’on doit croire tout ce qui est écrit et tu sais, pour m’avoir entendu souvent le dire que les écritures sont soumises à des interprétations qui appartiennent à une autre époque que la nôtre ce fut par une désobéissance dÈve que nos ancêtres ont franchi ce pas essentiel pour la suite de notre histoire. En effet, lorsque notre mère à tous osa dérober le privilège des Dieux, elle écrivit sans le savoir les premières lignes de notre humanité. Ce geste fut considéré avec horreur par les premiers historiens, et pourtant, il n’était pas, comme ils le pensèrent, suffisamment conséquent pour faire de nous l’égal des Dieux, non, seulement des humains, voila ce que l’audace de nos parents nous offrit. Mais découvrir la conscience de ce qui est bien ou ne l’est pas, ne représente pas une grande avancée pour ce qui concerne l’amour dont nous nous entretenons cette nuit… » Maître, pardonne-moi de t’interrompre, mais pourquoi notre Seigneur et créateur ne nous a t-il pas parlé de cet amour particulier dès notre création ?

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