L'évangile de Nicodème partie - 2
5 Le Maître me regarda avec un sourire bienveillant au coin des yeux et finit par me répondre par ces mots dans un ton empli de patience : « Non Nicodème, les sages et les philosophes n’ont pas parlé de cet amour dont je vous parle depuis que j’ai commencé mon ministère, et mes disciples n’ont pas saisi correctement mon message. Ils ont tenu le
parchemin entre les mains, ils l’ont ouvert, mais leurs yeux n’ont pas pu lire les mots qui sont fidèles à ma parole, leurs oreilles n’ont pas pu entendre les mots que j’ai prononcés, et leur esprit n’a pas pu traduire les notions que j’énonçais. Ainsi : « aimer son prochain plus que soi-même » est devenu dans leur bouche : « aimer son prochain comme soi-même ».
6 Mais Rabbi, lui dis-je, je crois que je ne comprends pas non plus ; qui peut donc parvenir à aimer son prochain plus que lui-même, et par quel instinct ou élan naturel serait-il possible à un homme d’aimer son prochain plus que lui-même ? Jésus ne souriait plus, son visage s’était recouvert d’une gravité habitée pendant qu’il semblait compter les étoiles dans le septentrion. Au bout d’un moment qui me parut long, il reprit la parole ainsi : « tu as raison cette fois-ci Nicodème, aimer l’autre plus que soi n’est pas un acte naturel, mais où as-tu vu que j’enseignais des actes naturels, est-il naturel de tendre l’autre joue lorsque quelqu’un te frappe, est-ce naturel de dire à un paralytique de naissance « lève-toi, prend ta couche et va », est-ce naturel de marcher sur les eaux de la mer ou de ressusciter une personne décédée depuis quelques jours ? Non, je ne suis pas venu pour vous indiquer de faire ce que la nature fait très bien, je suis ici pour vous donner une mission, celle d’accomplir ce que la nature ne sait pas et ne peut pas faire. C’est ce que je réalise devant vous, chacune de mes pensées et chacun de mes actes sont produits au-delà du cercle naturel ; ma venue dans ce monde n’a pas attendu l’accord des lois naturelles et mon départ de ce monde s’accomplira selon les mêmes volontés ».
7 En entendant ce discours du Maître cette nuit là mon esprit fut plongé dans une grande confusion. Pourquoi voulait-il que l’homme se hisse au-dessus des lois naturelles ? La vie n’était-elle pas déjà un périple difficile et atteindre la connaissance et le respect de ces lois n’était-il pas une tâche ardue ? Dieu, n’avait-il pas conçu cette planète et cette nature telles qu’il désirait qu’elles soient pour notre espèce ? Ce sont ces pensées que je finis par lui exprimer après une pause qui ne me permit pas de calmer l’agitation des émotions qui me parcouraient et Jésus me répondit : « Nicodème, dis-moi, que peut signifier « aimer son prochain plus que soi-même », quelle forme d’acte cela peut-il prendre en ton esprit ? ». Rabbi, lui dis-je, ce que je comprends de ces mots c’est qu’il faut être prêt à donner sa vie pour ceux que l’on aime, comme la mère peut la donner pour ses enfants, est-ce cela que je dois saisir ? Mais qui est mon prochain, Jésus ? Car si je comprends ce qu’est l’instinct maternel qui donne force et courage au parent de lutter pour protéger ses enfants, je ne connais pas d’instinct qui m’intime l’ordre de me sacrifier pour ceux qui sont les plus lointains. Si je t’ai bien compris, tous les hommes sont tes prochains, n’est-ce pas vrai ? « En effet mon ami, tous les hommes sont frères, et issus de la même mère, aurais-tu oublié cela ? C’est pourquoi tu m’as entendu dire : « celui qui veut être le premier sera le dernier ». Si tu veux me suivre, tu dois pouvoir offrir ta vie pour toutes les vies que tu rencontres. Comme je le fais devant tes yeux chaque jour et comme j’offrirai aussi ma mort pour que tu t’en souviennes ».
Modifié par Don Juan

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