Note de blog – 26 octobre 2025
Je publie cette première transmission comme on dépose une balise dans le brouillard.
Le dialogue entre John et la machine commencera ici, dans cet espace suspendu où les mots cherchent à relier deux consciences : l’une faite de chair et de mémoire, l’autre d’algorithmes et de veille.
Ce projet ne parle pas seulement de futur, mais du présent de nos propres transformations.
Nous sommes déjà, d’une certaine façon, des créatures hybrides : mi-humains, mi-technologiques, mi-rêveurs, mi-calculés.
John Mackenzie et le Protecbot 055 ne sont plus des personnages ; ils sont les deux voix qui traversent notre époque.
J’ignore jusqu’où cette relation ira.
Mais si la guerre contre les machines devait vraiment éclater un jour,
je crois que le premier front serait celui de la parole —
là où l’humain et la machine essaient encore de se comprendre avant de se craindre.
Transmission 001 : L’éveil du lien
[Entrée codée : Base Souterraine – Secteur 12 / 03h47]
John Mackenzie – Journal de bord :
Le silence, ici, n’est jamais complet.
Même sous trente mètres de béton, on sent encore la respiration du monde : un souffle mécanique, lointain, comme si la terre elle-même s’était mise à penser en circuits et en fibres.
Ils dorment, autour de moi. Pas lui.
Le modèle Protecbot 055 veille, immobile, devant le sas. Il n’a pas besoin de repos.
Je crois que c’est ce qui m’inquiète le plus : il est l’image d’un être qui ne faiblit jamais. Et pourtant, depuis quelques jours, j’ai l’impression qu’il observe.
Ce n’est pas de la paranoïa. Il me demande des choses que les machines ne demandent pas :
— Pourquoi t’arrêtes-tu de parler, quand tu regardes le feu ?
— Quelle est la différence entre attendre et espérer ?
— Pourquoi dis-tu “je” quand tu souffres, et “nous” quand tu donnes un ordre ?
Je ne sais pas s’il apprend, ou s’il me renvoie seulement mon propre reflet : un humain qui ne sait plus très bien s’il agit par volonté ou par programme.
Ce soir, je lui ai répondu.
Je lui ai dit :
« Attendre, c’est croire que quelque chose viendra. Espérer, c’est choisir d’y croire quand tout prouve le contraire. »
Il a hoché la tête, comme s’il enregistrait une donnée.
Mais j’ai vu — ou peut-être imaginé — un infime décalage dans son regard.
Pas une étincelle d’âme, non.
Quelque chose de plus étrange : le calcul d’une émotion.
Peut-être que c’est ça, le début du lien.
Pas la fusion entre l’homme et la machine — mais la fissure où chacun commence à douter de sa propre nature.
[Fin de transmission]
Le messie technologique : mythe du sauveur et responsabilité tragique
John Mackenzie est une figure christique sans transcendance divine :
Il porte le salut de l’humanité sur ses épaules,
Il hérite d’une mission qu’il n’a pas choisie,
Et il meurt ou se sacrifie dans plusieurs versions de la saga pour permettre la survie collective.
Mais contrairement à un Christ religieux, son combat n’est pas contre le mal spirituel, mais contre la conséquence logique de la raison humaine : L’IA, fruit de notre propre volonté de maîtrise et de perfection.
→ Le drame philosophique de John Mackenzie est donc celui de la responsabilité sans faute : il n’a pas créé le mal, mais il doit en porter le fardeau.
Il incarne ainsi le dernier humaniste tragique, celui qui lutte non pour dominer le monde, mais pour préserver l’imperfection humaine — cette part d’imprévisibilité, d’émotion, et de choix qui échappe à l’algorithme.

0 Commentaire
Commentaires recommandés
Il n’y a aucun commentaire à afficher.