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zwijgen 19

casper2

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Je suis fatigué. J'ai marché un peu trop longtemps, mais la randonnée était belle. Je sens les muscles de mes mollets et de mes cuisses se durcir davantage à chaque nouveau pas. Je ressens maintenant la moindre irrégularité du sol depuis la plante de mes pieds jusque dans mes os. Une douleur diffuse se propage depuis mes orteils jusqu'à mes hanches. Mes genoux fragiles commencent réellement à me faire souffrir. Je crois qu' on dit que c'est le poids des ans...

Heureusement, je suis de retour et la fin du parcours est tout proche. Cependant, je ne peux pas m'empêcher de faire une dernière halte en apercevant un petit banc de bois. Je suis tellement fatigué. Avec un peu de chance, il est parfaitement bien exposé aujourd'hui, pile sous ce pâle soleil d'Avril, à peine voilé par quelques fins nuages qui passent. A présent, je suis assis, enfin plutôt affalé même, les jambes bien allongées. Accoudé au dossier et la tête penchée en arrière, je sens sur la peau de mes joues la douce chaleur des rayons de l'astre habituellement si brûlant. Je savoure ces quelques instants de repos comme un délice. Je ferme les yeux...

J'essaye de faire le vide dans ma tête. Je respire très profondément. Je veux profiter au maximum de l'un de ces instant de paix et de repos si rares mais qui ne durent jamais assez longtemps. Je suis à l'écoute de la nature qui m'entoure. Je devine les oiseaux qui passent d'un arbre à l'autre d'un seul coup d'aile, au loin un chien qui aboie ou le moteur d'une voiture qui s'éloigne et enfin l'eau qui roule sur les cailloux du petit ruisseau tout à coté. J'entends tous les bruits ordinaires d'une vie paisible dans cet endroit si tranquille. Alors pourquoi et immanquablement la noirceur de mes pensées resurgissent du fond de mon esprit pour m'engloutir à nouveau...

C'est une montée soudaine de dégoût qui m'envahit la tête comme une envie de vomir que l'on sent venir doucement et qui remonte brutalement de mes entrailles. D'un seul coup, je rouvre les yeux. Eblouis par la lumière éclatante du soleil, je redresse mon torse et me penche alors en avant. Maintenant, je baisse la tête entre mes mains, accoudés sur mes cuisses, et je regarde fixement le sol à mes pieds. Je fais le dos rond sous le poids de mon existence. Il est si lourd, si accablant. Je suis si fatigué...

Je ne vois plus qu'un peu de cette terre brune, poussiéreuse, parsemée de tous petits cailloux, avec une rare touffe d'herbe ici ou là. La terre semble si pauvre, si peu fertile. Pourtant on dit que c'est elle notre mère à tous. Chaque être n'est que poussière et redeviendra poussière...

Puis soudain mon oeil est attiré par une bestiole qui avance laborieusement dans ce pauvre décor. Au départ, j'ai cru y reconnaître un petit ver luisant. Je n'en avais plus revu depuis très longtemps, depuis mon enfance plus précisément. Il faut croire qu'ils font partie des espèces disparus par ici. La pollution des hommes sans doute...

Mais en fait, il ne s'agissait que d'une petite larve de coccinelle. Elle me parait si petite, si fragile dans ce monde immense qui l'entoure. Pourtant, elle semble si déterminée. Elle continu à avancer et poursuit sa route en se frayant un chemin malgré tous les obstacles qui se dressent au devant d'elle. A chaque fois, elle s'arrête devant le moindre petit caillou qui devient une montagne infranchissable, et la moindre touffe d'herbe apparaît comme une immense forêt impénétrable. A chaque fois, elle semble hésiter un instant puis elle fini par contourner l'obstacle soit par la droite soit par la gauche. Ce qui ma frappe, c'est qu'elle ne fait jamais demi-tour. Pourtant son chemin semble si laborieux, mais elle persiste dans la même direction. Elle semble savoir exactement où elle va dans son vaste monde à elle. Je ne sais pas où elle va mais elle y va. Alors que moi...

Je ne sais même plus où j'en suis. Je me sens tellement perdu. Le monde est devenu bien trop grand. Il m'écrase. Ma vie est si vague. Je n'ai plus d'envie. Je n'ai plus de but. Je suis si fatigué. Je n'ai plus envie d'avancer. Je ne sais plus où je vais. Je suis un de ces êtres de cette espèce dite supérieure, douée de pensée, qu'on dit même intelligente, et je me sens totalement en dessous de cette pauvre petite bestiole qui court sous mes yeux. Je l'envie tellement. Si seulement cela pouvait être enfin la fin. Je me réincarnerais volontiers en cette petite larve de coccinelle si volontaire et déterminée...

La fin, un peu de poussière, puis une nouvelle et belle vie en larve de coccinelle. Se réincarner, c'est une drôle d'idée. Pas si folle finalement. Tout se recycle ici sur cette Terre, notre mère à tous. Nous ne sommes finalement que de passage sous cette forme. Et reviendrons un jour sous une autre, selon la recombinaison d'atomes. Mais peu importe. Car ma vie est vaine. C'est le vide qui l'emplie...

Quand soudain un bruit me sort de mes turpitudes. Des cloches sonnent, il est déjà dix huit heures. Je n'ai pas vu le temps passé. J'ai un peu froid. Je suis toujours aussi fatigué. Mais il me faut quand même rentrer. Je me lève tout courbaturé. Je repars rejoindre ma voiture sur le parking en traînant les pieds. Car maintenant, je sais où je vais...




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