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Comprendre le "psychodrame" industriel autour d'Alstom...

Kim417

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De quoi s'agit-il ?

Flash back…

En 2003, le groupe Alstom, en mauvaise santé financière depuis son introduction en Bourse en 1998, fait face à une crise de liquidité qui le conduit droit vers la faillite. Contraint de rembourser des turbines à gaz défectueuses, le constructeur du TGV frôle le dépôt de bilan, avec 1,4 milliard d'euros de pertes et un endettement de 5,3 milliards.

Un premier plan de sauvetage est élaboré par le ministre de l’économie, Francis Mer, mais ce plan est bloqué par Bruxelles en septembre 2003. […] En mars 2004, Nicolas Sarkozy arrive à Bercy et […] parvient à faire accepter à Bruxelles un nouveau plan de sauvetage de renationalisation partielle, le 7 juillet 2004. L’Etat acquiert alors 21,4 % du capital du groupe pour 720 millions d’euros, et dissipe la perspective de la faillite.

En 2006, Bouygues rachète pour 2 milliards d’euros la part de l’Etat. […]. Le groupe de construction poursuit par la suite sa montée au capital d’Alstom, dont il détient aujourd’hui 29,4 %.

On croyait Alstom sauvé, il sera finalement rattrapé par la crise. […] L’ensemble du groupe est plombé par les difficultés de la branche énergie, qui représente 71 % de son activité et qui subit une grave crise en Europe.

Y a-t-il urgence à vendre Alstom ?

Au vu des derniers résultats trimestriels, Alstom n’est pas au bord du gouffre : le chiffre d’affaires a certes baissé de 1 % sur les neuf premiers mois de son exercice 2013-2014 et son carnet de commandes de 12 %, mais celui-ci représente encore peu ou prou un an de chiffre d’affaires. Sa division ferroviaire a par exemple obtenu en 2013 le marché du métro en Afrique du Sud, le plus gros contrat de son histoire, et un autre méga-deal en Arabie Saoudite. Mais il faudra des années avant d'en percevoir les retombées financières.

Les inquiétudes du groupe – et du gouvernement – se situent plutôt sur le moyen terme : la direction a engagé un plan d’économies pluriannuel, des cessions d’actifs non stratégiques et l’ouverture du capital pour sa branche ferroviaire sans que cela ne rassure les analystes et les marchés financiers, le cours ayant poursuivi sa chute en bourse.

Pourquoi Bouygues cherche à vendre

Pour Martin Bouygues, Alstom n’est plus une participation stratégique [et est devenu] d’autant plus encombrant que ses dividendes ont diminué à partir de 2011.

Surtout, […] le groupe de BTP ne peut pas lutter sur deux fronts à la fois : la création d’un quatrième opérateur mobile a mis en danger Bouygues Telecom, prioritaire sur Alstom. Si GE l’emporte, Bouygues touchera quelque 3 milliards d’euros.

Quelles sont les options?

Les actifs d'Alstom font l'objet de deux offres concurrentes, qui visent uniquement les activités énergie et réseau du fleuron français. La première, celle de General Electric, s'élève à environ 10 milliards d'euros.

La deuxième offre vient du concurrent historique d'Alstom: Siemens. Mais son montant n'a pas encore filtré. Le Français et l'Allemand opèrent dans les mêmes secteurs d'activités. Ainsi, le géant d'outre-Rhin ajouterait dans le deal une partie de sa branche transports, dont sa propre technologie de trains à grande vitesse, l'ICE, qui tomberait alors dans l'escarcelle de ce qu'il restera d'Alstom. Il ajouterait aussi des garanties en termes de pérennité des emplois en France pour trois ans.

Plusieurs responsables politiques et syndicaux […] ont appelé le gouvernement à nationaliser en partie et provisoirement Alstom. Mais un tel choix serait délicat du fait de l'état des finances publiques. D'autant que le groupe a déjà été sauvé par des fonds publics en 2004.

General Electric ou Siemens ? sauveurs ou prédateurs ?

S’il est difficile à ce stade d’évaluer l’impact de chaque offre sur l’emploi chez Alstom, qui compte 18.000 salariés en France, General Electric est clairement plus complémentaire que Siemens avec le groupe français.

L’américain est leader mondial des turbines pour centrales à gaz, tandis que le français domine dans les centrales à charbon, les centrales hydroélectriques, ou encore le transport d’électricité. GE emploie certes 11.000 salariés en France, dont 1.800 à Belfort dans l’énergie, mais les turbines à gaz de moyenne et grande puissance qu’il y produit ne sont pas concurrentes de celles d'Alstom.

Mais GE pourrait aussi voir dans cette acquisition l’occasion de prendre sa revanche sur son échec dans l’acquisition de la filiale T&D (un des leaders mondiaux spécialisé dans la transmission et la distribution d'électricité) d’Areva en 2009, au profit d’Alstom....

Siemens (qui emploie 7.000 personnes dans l'Hexagone) compte davantage de doublons avec le français : dans les turbines à gaz et à charbon, dans l’éolien en mer, le ferroviaire... Même si l’allemand s’engage à ne pas licencier pendant trois ans, les syndicats redoutent une sévère casse sociale à moyen terme. Sans parler des cessions que pourraient imposer les autorités de la concurrence, à Bruxelles...

Mes sources :

Sarkozy a-t-il vraiment sauvé Alstom en 2004 ?

Alstom, l’histoire d’un gâchis

Le dossier Alstom en 7 questions

Alstom : un bain de sang industriel et social se prépare

4 questions pour comprendre les enjeux liés à l'avenir d'Alstom

Les 10 questions soulevées par le dossier Alstom

Rachat d'Alstom : qui veut quoi?




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