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Torrent

lalibulle

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Il marchait. Seul, le pas vif, et l’air pressé. De loin on ne voyait qu’une ombre mangée par le noir. De près, on distinguait une silhouette bouillonnante, et tremblante, qu’on n’osait trop approcher. Lui, on ne le voyait pas. Ce n’était que sa présence qui fendait la nuit ; son corps était décharné et absent, mais l’obscurité le protégeait, comme une amante. Comme ces filles contre qui il avait laissé sa tête aller, ces poitrines qu’il avait baisées, ces corps nus qu’il avait possédés. Maintenant, calé contre les reins des ténèbres, porté par la fraîcheur comme il le fut par la chaleur de la chaire, il cherchait à chevaucher cette nuit, et à s’y abandonner comme à une maîtresse. Et pourtant, il était désespéré : et ce désespoir si profond le ravissait. Il croyait voir, savoir, comprendre. Il pensait mourir digne. En réalité il était au plus bas de son humanité en croyant la dominer.

Les feuillages environnants, qu’on ne distinguait qu’avec peine, lui rappelaient les boucles éparses qu’il avait mainte fois contemplées. Il revoyait ses mains jouer avec des mèches folles, caresser des nuques blanche, descendre le long des dos, s’agripper rageusement à des courbes insaisissables, avant de se glisser dans la tiédeur profonde et ondulante des corps sauvages qu’il conquérait. Et quand lui-même se livrait, il sentait les brûlures fiévreuses et rageuses de ces échos hurlants, tout contre sa peau, tout contre ton âme, tout autour de lui ; à son tour prisonnier exalté. Comme un jour de tempête, sur un océan houleux, les frissons prodigieux qui traversaient son corps le poussaient chaque fois plus, il tanguait, et le vent rugissait de plus belle. Piégé et fou, il les voyait comme un bouquet de mille fleurs endiablées, il cherchait à toutes les toucher, les sentir, les goûter. Contre sa peau rugueuses, les pétales l’apaisaient, à ses yeux le pétrifiaient, entre ses lèvres l’enivraient. Et quand il jetait à ses pieds le fruit de ses feux furieux, c’est le tonnerre qui s’abattait en une pluie violente. Coulant délicieusement le long de ces roses rouges et charnelles, il ne se lassait pas de la voir disparaitre. Alors, dans cette nuit de plus en plus froids, il pesait et admirait cette rage qui le faisait vivre, cherchait en vain la volupté qui lui manquait tant : qu’il ne savait plus ressentir. Courant cette fois-ci, heureux de son état de conscience, et perdu dans ses illusions, il avait décidé de s’abandonner pour toujours.



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