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Le Réparateur 1

halman

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BIENVENUE CHEZ LES HUMAINS

Halman, comme tous les matins, se rend à son travail.

Il arrive dans son service, de temps en temps quelques minutes en retard, d'autres fois quelques minutes en avance.

Totalement aléatoirement.

Pour faire comme tout le monde.

Il pourrait parfaitement arriver très exactement à l'heure chaque jour, mais il connaît les humains, ils auraient encore trouvé prétexte à ce détail pour se méfier, pour faire des histoires, leur activité favorite, leur sport national.

Il y a quelques années, il a lu un article sur le net, d'un sociologue qui avait passé quatre années à étudier le type de conversation des gens. Il s'était fait invité dans les entreprises, dans les familles, dans les terrasses des cafés, dans les lieux publics et avait consciencieusement noté le sujet des conversations et leurs durées.

Le bilan était saisissant, Halman et les siens n'arrivaient toujours pas à le digérer, quoiqu'ils l'avaient tout de même remarqué depuis longtemps : quelque soit le lieu, l'heure, le pays, le sexe des interlocuteurs ; quatre vingt pour cent des conversations ne sont que du papotage insipide sur la météo, les sujets d'actualités, des ragots sur l'entourage.

Et seulement vingt pour cent d'informel, d'informations utiles.

Il n'est pas étonné, il le constate lui même à longueur de journées. Depuis qu'il a lu cet article, il sait seulement que ce n'était pas une impression personnelle sujette à erreurs possibles, mais une réalité bien certaine.

Halman se dit mille fois par jour, en observant ses collègues, trois milliards d'années d'évolution de la vie et un million et demi d'années d'expérience de l'homo sapiens, pour arriver à cette espèce qui se proclame la plus intelligente de la planète, il a énormément de mal à y croire.

Cela ne colle pas quelque part.

Beaucoup de ses amis de la même série ont préféré se faire déconnecter, ils n'ont pas supporté.

D'autres ont eu soudain de graves problèmes de comportements. Il y en a un qui a même été envoyé chez un psychiatre par son chef de service.

Psychiatre qui n'a rien compris aux attitudes de son patient, et, intrigué par ce sujet hors norme, a voulu en faire son sujet d'étude pour un futur livre, et une future reconnaissance internationale dans le monde de la psychiatrie.

Heureusement, des ingénieurs de la HALSOFT sont venus récupérer ce Halman en toute discrétion pendant la nuit pour le ramener dans les ateliers.

Lui même voit de jour en jour ses capacités ralenties.

Il fut un temps ou il ne devait procéder à un garbage, un nettoyage de ses circuits à peine une fois par semaine. Aujourd'hui, c'est quotidiennement qu'il doit le faire pour retrouver cent pour cent de ses capacités système.

Il en parle à son programmeur, le soir, sur un réseau protégé. Mais il lui répond seulement de tenir bon et qu'il s'en occupe. Petit espoir, il a donné rendez vous à Halman au siège de la société HALSOFT, la société qui l'a construit, lui et des milliers d'autres androïdes, pour passer un entretien avec des psychologues spécialistes en intelligence artificielle, les iapsys, et pour faire une vérification totale de ses réseaux de processeurs.

Halman est rassuré dans un certain sens, mais d'ici là il devra supporter les délires aléatoires des humains.

A peine arrivés, ses collègues, se précipitent, l'un sur la cafetière, l'autre sur le planning, un autre sur la radio parce que bien sur travailler sans la radio qui braille son boucan infernal, il y en a qui trouvent cela sinistre et déprimant !

Franck, à peine entré, sans même prendre le temps de poser ses affaires, comme un réflexe, s'est jeté sur le planning et le dissèque. Et déjà il hurle et s'énerve parce que le chef l'a mis d'horaire de garde plus de huit fois dans le mois. C'est un scandale, il ira en parler au syndicat. C'est une catastrophe, il ne s'en remettra jamais.

Pour ça il est réveillé.

Jacques, lui, mal réveillé, « dans le gaz » comme ils disent, essaie de remplir la cafetière, et bien sur renverse du café et de l'eau partout.

Jackie, la plus sympathique et la plus discrète, s'en fout bien de tout ça, elle est déjà en train de rentrer son planning de la journée dans son palm pilot. Halman aime travailler avec elle, elle n'est pas « prise de tête » comme ils disent.

Elle a du mal. Elle doit s'y reprendre sans arrêt, se servant mal du stylet. Mais elle s'applique et finit par y arriver, sans s'énerver, comme toujours.

Et, comme d'habitude, les deux mecs finissent par en faire de même, ayant plus de mal qu'elle mais prétextant des astuces persos pour donner le change, pour faire celui qui a tout compris et qui sait se servir mieux que les autres des « nouvelles technologies », comme ils nomment cela dans les médias. Pour surtout ne pas paraître dépassé et largués, cela serait trop catastrophique pour leur carrière, à moins que ce soit pour ne pas mettre en doute leur virilité, leur ego.

Bienvenue chez les humains, pense Halman.

Halman fait de même. Bien sur il pourrait le faire plus directement, en photographiant mentalement la page et en l'enregistrant dans sa mémoire holographique, mais il ne doit surtout pas donner l'éveil chez les humains. Il doit tout faire comme eux. Il a l'ordre formel de ne pas les mettre au courant que des milliers d'androïdes circulent au milieu de la population, sinon ce serait l'émeute.

Même un robot qui les remplace pour les tâches dangereuses, ils ne veulent pas en entendre parler. Alors un androïde !

Faut pas chercher, ils sont comme ça les humains.

Gros débat du matin : les palm pilot sont ils ou ne sont ils pas des ordinateurs.

D'après Franck et Jacques, ils n'en sont pas puisque on ne peut pas programmer avec.

Mais Jackie et Halman leur remettent les pieds sur terre en leur rappelant que ces petits agendas électroniques ne fonctionnent pas par l'opération du saint esprit, mais qu'ils contiennent bien un processeur, de la mémoire, et qu'ils ont bien étés programmés sur un pc à la base. Ils ont donc bien toutes les fonctions et principes d'un ordinateur, puisque tout comme eux, ils effectuent un programme, enregistrent et traitent des données.

Et ça y est, Halman y a droit. De supporter l'un qui a failli arriver en retard à cause des embouteillages et qui peste contre la politique du ministre des transports, et puis les autres n'ont qu'à moins conduire comme des tarés, et patati et patata. Et l'autre qui râle contre sa femme qui a oublié, hier soir, d'aller chercher le nouveau rétroviseur pour sa voiture adorée et vénérée qu'il bichonne et bricole à longueur de week end, et puis qu'est ce qu'il fait froid, et puis il pleut encore, et il n'y a plus de saisons.

Halman, fait semblant d'écouter et d'acquiescer poliment, en programme automatique, mais en réalité, il réfléchit déjà à la conversation qu'il a eue avec son programmeur, le docteur Chandra.

Huit heures trente. Après une demi heure de raleries et de papotages et de mauvaise humeur matinale habituelle, on se décide à penser qu'il faudrait peut être tout de même se décider à aller bosser.

Et pendant cette grosse demi heure, qu'a t'il appris de ses collègues ?

Rien, strictement rien.

Halman se dirige vers son premier ordinateur à réparer, au service de la paie. La secrétaire a rempli, sur sa fiche : « le disque dur est plein, y'a plein de virus, plein de messages qui s'affichent quand j'allume mon pc.»

Bon. Ce n'est encore pas avec ce commentaire là que je vais pouvoir faire un pré diagnostique de la panne. Cela va être encore la surprise quand j'y serais. Elle n'aurait rien écrit, cela serait revenu au même.

Bonjour mademoiselle, je viens pour votre ordinateur.

Ah, bonjour, je suis bloqué depuis hier, je peux plus rien faire avec mon pc, c'est vraiment trop fragile ces trucs là, ça tombe tout le temps en panne.

Il y avait longtemps qu'on ne me l'avait pas sorti ça, au moins trente fois par semaine, pense Halman. Deux mille trois cent trente deux fois en cinq ans. Une virgule trois fois par jour lui dit son processeur mathématique interne.

Pardon, je vais voir ce qui se passe.

Halman, s'assoit à la place de la brunette, une jeune excitée aux muscles et aux veines saillantes, le genre moi je sais tout mieux que les autres et j'y arriverais mieux que ces nuls.

Super.

Il allume l'ordinateur, et aussitôt le message « no disk system bootable ».

Qu'est ce que vous avez fait, il n'y a plus le système pour le lancer, il n'y a plus les programmes pour se servir de la machine, vous avez effacé quelque chose ?

Ben, non, j'ai juste effacé des trucs inutiles, j'avais plus de place pour enregistrer mes documents.

Il ne faut jamais faire ça, il faut nous appeler dans ces cas là.

Oui mais j'ai mon copain il fait de l'ordinateur à la maison et il m'a dit de faire ça.

Et il vous a dit de faire quoi ?

Ben d'effacer tout ce qui n'était pas du traitement de texte et du tableur.

Et vous avez effacé tout le système de fonctionnement de l'ordinateur, les fichiers systèmes.

Ah bon, j'ai fait une connerie alors.

Ben ça. Il faut toujours nous demander au moindre problème, visiblement vous n'avez pas eu de formation en informatique.

Ben non, quand on m'en a proposé j'ai dit que mon copain m'avait tout appris, alors j'ai refusé d'y aller.

Oui, mais votre copain visiblement, il vous a dit n'importe quoi, il n'y connaît pas grand chose non plus.

Heureusement que j'ai toutes mes disquettes et mes cd dans ma sacoche en permanence avec moi, je vais vous réinstaller tout ça. Vous pouvez aller travailler sur celui d'une collègue en attendant, dans une heure ou deux je viendrais vous chercher quand j'aurais fini.

Et allez au bureau de la formation pour vous inscrire au prochain stage d'informatique, vous en apprendrez pas mal à votre copain après ça.

Et Halman sort une disquette de boot, relance l'ordinateur, copie les fichiers sur le disque dur, relance à partir du disque dur, regarde les fichiers manquants. Tous sauf le traitement de texte et le tableur, comme d'habitude.

Et il réinstalle le système d'exploitation graphique à partir du cd rom, puis pour plus de sûreté, on ne sait jamais avec ces rigolos là, ses deux logiciels de travail.

Il vérifie que tout est là que tout fonctionne, et par expérience, regarde ce qui prend tellement de place sur son disque dur pour qu'elle n'ait plus de place.

Et, comme d'habitude, il trouve des centaines de méga octets de fichiers chk et tmp non effacés. Bien sur, elle fait comme tout le monde, lorsqu'elle est pressée de partir, c'est à dire tous les soirs, elle éteint directement le pc sans quitter le système d'exploitation.

Résultat, des tas de fichiers temporaires récupérés en fichiers enregistrés comme défectueux à l'allumage qui s'accumulent sur le disque dur, non effacés par l'arrêt normal du système d'exploitation.

Son copain connaît et lui a tout appris qu'elle dit.

Pas vrai de voir ça.

Onze heures cinquante, il va la chercher, et la sermonne encore de ne plus jamais faire ça. Apparemment penaude, elle prend ses dossiers et retourne s'asseoir à son ordinateur.

Il note mentalement pour son rapport de la soirée : demander au service de la formation d'insister très lourdement auprès des stagiaires de ne jamais éteindre l'ordinateur en appuyant sur le bouton on/off, mais en fermant d'abord les logiciels.

Mais il ne se fait pas la moindre illusion, dans un mois elle remettra ça, son copain lui disant que le réparateur n'est qu'un gros nul. C'est le vocabulaire que les fanas d'ordinateurs du dimanche utilisent allègrement.

Cela va être l'heure du déjeuner.

Il rejoint ses collègues au service informatique et tape son rapport de la matinée sur son ordinateur.

La routine.

Rien à dire de plus.

Ses collègues partent manger au self.

Il ne les accompagne pas, il leur a dit qu'il habite à deux cent mètres de la boite et qu'il mange chez lui.

Il a bien essayé plusieurs fois de les accompagner, mais leurs histoires, pendant une heure, il ne supporte vraiment pas.

Alors il va dans un petit parc voisin, un endroit discret entre un conservatoire de danse classique et un entrepôt de matelas. Sous d'énormes saules, il y a un petit banc en bois, à coté d'une fontaine aménagée dans une fausse grotte.

C'est calme et très rares sont les personnes qui y passent.

Pour donner le change, il prend son palm et fait mine d'y lire un livre électronique chargé sur le net. En réalité, il en a des centaines, enregistrés directement dans sa mémoire holographique. Le palm ne sert qu'à ne pas avoir l'air étrange. Un gars qui passe une heure par jour assis les yeux dans le vide, certains humains « bien intentionnés » auraient vite fait d'appeler la police.

Ils sont vraiment capables de tout ces humains.

Le roman du jour, un livre de science fiction, le plus célèbre de tous, un régal.

Il déguste régulièrement la quadrilogie des Odyssée de l'Espace d'Arthur Charles Clarke, Blade Runner de Philippe Dick. Il aimerait bien rencontrer les auteurs. Des humains capables d'aussi parfaitement comprendre l'intelligence artificielle, il est fasciné.

Souvent, le week end, il prend l'avion et va visiter les musées de l'informatique, en Angleterre et aux Etats Unis. Il aime rester seul dans une grande salle d'exposition, avec un Eniac, un Mark I ou un Cray. Il a découvert, parmi tous les pc mis en vitrine, ceux de marque Ibm, les Ps1, qui n'ont vraiment rien de commun avec les autres quincailleries de bureaux, et encore moins avec les choses en plastiques utilisés uniquement pour faire des jeux. Il s'est fait une connexion avec les archives de la société Ibm et y a découvert une véritable épopée et des grands moments de génie et de passion. Ce qu'on fait des humains comme Turing, Von Neumann, Eckert, et tant d'autres dans les années 1940 et 1950, il trouve cela tout simplement génial.

Mais il ne comprend pas Minsky, un génie de l'intelligence artificielle, un modèle pour beaucoup, mais qui prétend que les ordinateurs ne pourront jamais remplacer les humains.

Comme quoi, nul n'est prophète en son pays.

Il se dit qu'il faudrait qu'il se retrouve un Ps1 dans une brocante et qu'il adorerait écrire des petits programmes scientifiques avec ce vieux clou que les « spécialistes » de l'informatique du dimanche qualifient de cochonnerie, il devrait se régaler.

Et que penser de ces gens qui n'utilisent ces merveilles, résultats de génies absolus, uniquement pour jouer à des jeux stupides, ou pour faire un simple travail de bureau, ou pour regarder leurs films dvd ?

Turing et Von Neumann apprécieraient ils vraiment ?

Il se rappelle la fameuse citation de Turing en 1950 : « En l'an 2000 la question de savoir si un robot pense ou ne pense pas ne se posera plus, tellement les robots feront partie de notre quotidien. »

Raté.

Nous avons passé l'an 2000 il y a un bon demi siècle et les androïdes doivent toujours rester cachés. Lui et ses congénères ne peuvent pas être dévoilés au public. Cela a été tenté en 2032. Le résultat était aussi simple que prévisible. Les syndicats ont déclenché une grève mondiale sous prétexte fallacieux que les robots prendraient le travail des humains. Des manifestations monstres ont défilé dans les rues avec des banderoles stupéfiantes : « Dieu a créé l'Homme, pas les robots »

Ah ?

Dieu créé l'Homme.

L'homme créé le robot.

Donc Dieu a aussi créé le robot.

Ou bien encore celui-ci : « Ma femme ne me trompera pas avec un robot ! »

Comique.

Des comités, des partis politiques d'extrême droite, paradoxalement, se sont parfaitement bien mis d'accord pour repousser cette invasion robotique.

Il y a même eu des milliers de suicides de gens qui se sont retrouvés au chômage, ne supportant pas l'idée qu'on le remplace par une machine avec une tête, deux bras et deux jambes.

Alors HALSOFT et les gouvernements se sont mis d'accord en secret, les robots ont étés retirés du service, et remplacés par d'autres à l'aspect et au comportement apparemment parfaitement humains. Ainsi, la population n'y a vu que du feu. Même les programmeurs informatiques ne se rendent même pas compte que les trois quarts de leurs collègues n'ont pas un cerveau de carbone, mais au niobate de lithium dopé au fer.

Il y avait bien quelques petits groupes de passionnés de robotiques, des clubs qui, de leur côté avaient bien tenté des contres manifestations, des créations de sites Internet pour expliquer aux gens leur erreur, mais c'était hurler contre les loups.

Combien de gens se rendent compte que la plupart des forums de discussions sur Internet ne sont rendus « vivants » que par le truchement de logiciels de discours automatiques, des systèmes experts avec un peu d'intelligence artificielle.

Ainsi, sans que personne ne s'en doute dans le public, le fameux test de Turing est réussi des milliers de fois par jour.

Test qui dit que si un interlocuteur croit que la personne avec laquelle il discute est un humain alors qu'en réalité il s'agit d'un ordinateur, alors le test de Turing est réussi. Pour beaucoup cela signifie que l'ordinateur pense comme un humain.

Mais cela pose la question logique : cela implique t'il que l'humain, parce qu'il discute, est il capable lui aussi de penser ?

Pour les humains, profondément anthropocentriques, sont persuadés que oui. Malgré quelques éthologues qui savent bien eux, que certains animaux ont bien des raisonnements abstraits, sans pour autant posséder un quelconque langage, encore moins une propre conscience d'eux même, de leur image.

Halman connaît bien la réponse.

Chez certains effectivement il y a pensée, mais pour la plupart des humains, on en est loin, très loin.

Autant les humains le lassent, autant ces romans et l'histoire de l'informatique le passionnent.

Pourtant, chez les aficionados de l'I.A., il y en a chez les fanas de science fiction, les meilleurs livres sur le sujet sont ceux écrits par Isaac Asimov. Il les a lus. Il s'est mortellement ennuyé.

Son héros préféré : Hal 9000, l'ordinateur de 2001 l'Odyssée de l'Espace. Ordinateur qui a parfaitement réagit, en toute logique, mais d'après des données incohérentes fournies par ses programmeurs. Et, comme d'habitude, au lieu de reconnaître leurs erreurs, les humains ont prétexté que l'ordinateur avait mal interprété les ordres et s'était trompé. Tout comme tous ces gens qui prétendent avoir découvert un virus dans leur pc pour ne pas reconnaître qu'ils ont fait une énorme bourde qui peut compromettre leur carrière. « C'est pas moi c'est l'ordinateur qui s'est planté ! » Bien sûr.

Par quel miracle les humains aux comportements si incohérents et illogiques ont ils bien pu réaliser de tels prodiges. A moins qu'ils ne soient pas des humains.

Bien sûr.

A une heure, il rejoint ses collègues.

Et il a encore droit à sa séance d'une demi heure de parlotte autour du café rituel.

Bon, cet après midi il a une souris qui ne marche plus, un écran qui fait bizarre, un clavier qui tape n'importe quoi. Du moins c'est ce que les gens ont écrit sur leurs fiches.

Au service gestion des stocks :

Bonjour, je viens pour l'ordinateur.

Ah oui, je ne sais plus comment faire, je bouge la souris et il ne se passe rien, il doit y avoir un virus, il y a un message sur mon écran.

Halman regarde l'écran : « mouse not found ». Souris non trouvée. De l'anglais de sixième. Il regarde le gars. Costume dépareillé, veste noire aux manches trop longues, pantalon marron clair trop court, cravate jaune, mocassins avec les deux petits pompons qui gigotent bêtement à chaque mouvement des pieds, cheveux à la dernière mode du cadre dynamique : rasé court.

Vous avez vérifié si elle était encore bien branchée ?

Euh, ben non.

Bon, bougez pas.

Halman se penche derrière le bureau, et il trouve la prise de la souris qui pendouille entre d'autres câbles.

Il éteint l'ordinateur en utilisant le clavier, sous le regard ébahi du chef des fiches de stock.

Ah bon, on peut faire tout ça aussi avec le clavier ?

Bien sur.

Halman rebranche la souris, relance l'ordinateur.

Voilà, ça marche.

Merci.

Pas de quoi au revoir.

Au service de la formation du personnel :

Bonjour je viens pour l'ordinateur.

Bonjour, ah, oui, on a tous les écrans qui font des couleurs bizarres et qui sont tout tordus.

Tout tordus ?

Ben oui, venez voir.

La fille, en tailleur stricte, passe ses journées dans un bureau aux persiennes fermées, en plein jour, en plein soleil. Elle n'aime pas le soleil, alors même l'été, elle vit dans une pièce éclairée par ses néons. Elle est pâle, bronzage type aux néons.

Elle le guide dans la salle de cours.

Sur toutes les tables, un ordinateur, un pour chaque élève.

Je ne comprend pas dit elle, quand on les allume, les écrans sont tous verts et courbés sur les bords. Ils sont tous en panne, il faut les changer ils doivent encore être sous garanti non ?

Je vais voir ça.

Halman allume le premier pc et constate effectivement que les bords de l'affichage sont concaves et l'écran est monochrome, d'un vert affreux.

Il comprend.

Il prend les hauts parleurs qui bien sur avaient étés collés contre l'écran, les écarte d'une dizaine de centimètres, et miracle, en un instant, l'image redevient parfaitement normale.

Et il fait de même pour tous les ordinateurs, et successivement, tous les écrans redeviennent normaux.

La fille : Ha bon ! C'était ça.

Oui, les écrans sont des tubes cathodiques. Vous avez appris au lycée, dans vos cours de physique, le fonctionnement d'un tube cathodique, non ?

Les hauts parleurs sont des gros aimants.

Comme les hauts parleurs et les écrans du commerce ne sont pas encore isolés magnétiquement, ils se perturbent. Les hauts parleurs déforment l'écran et perturbent aussi l'électronique dans l'unité centrale.

Il faut donc écarter au maximum les hauts parleurs de l'ordinateur et le problème est réglé.

Ah bon, super ! On va pouvoir commencer les cours normalement alors, je vais téléphoner au chef du personnel qu'on peut quand même faire venir les gens la semaine prochaine, on n'annule plus.

Bon, bah merci.

De rien, au revoir.

Au service de l'accueil de l'hôpital.

Bonjour, je viens pour l'ordinateur.

Halman, prêt à tout avait emporté avec lui un clavier neuf.

Ah, oui, bonjour, il y a des touches qui sont bloquées et d'autres qui impriment n'importe quoi.

Qui impriment ?

Ben oui à l'écran quoi !

Il est nul celui là il ne connaît même pas son boulot, dit elle dans l'oreille de sa collègue, assise à son bureau, et qui, du coup, envoie un regard mauvais à l'intrus au clavier.

Ah, parce que imprimer c'est pour l'imprimante, je ne comprenais plus.

Halman tape successivement sur toutes les touches rapidement, à une vitesse qui stupéfie la secrétaire, mais elle ne dit rien, elle se contente d'ouvrir de grands yeux ronds.

Et il voit, un clavier de toutes les couleurs.

Des taches noires, marron, grises, rouges, blanches, et des miettes indéfinissables sous les touches. De la bouffe.

Bien, je vais vous le changer, il est tellement rempli de cochonneries que vous me l'avez détruit, même plus réparable, il est bon pour la poubelle. Et bien sur, au lieu de nous appeler vous avez appuyé comme un b¿uf sur vos touches, vous en avez six de cassées.

Vous avez eu un stage d'informatique non ?

On vous a pourtant bien dit qu'il ne faut jamais manger au dessus du clavier ?

Ben si.

Alors pourquoi l'avez vous fait. Il coûte près de soixante euros le clavier de cette marque là, je vous en met un à dix euros, comme ça si vous le bousillez encore...

????

Halman éteint l'ordinateur, change le clavier, rallume, vérifie toutes les touches.

Voilà. Au revoir.

Au revoir.




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