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Le Moyen Age, Age d'or de l'archerie

armanieu

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Le Moyen Age, Age d'or de l'archerie

Le contexte général

La féodalité a pour conséquence de morceler les principautés. En effet, les seigneurs distribuent les terres aux chevaliers méritants, avec tout ce qu'il y avait dessus, bois, terres agricoles, cours d'eau, et ceux qui y habitaient.

Le seigneur propriétaire du lieu doit la protection aux habitants qui travaillent pour lui. Il se sert d'eux également lorsqu'il veut taquiner les frontières du voisin. Voici donc nécessaire d'armer ces habitants et d'en faire des guerriers. Le seigneur lève des armées. Mais souvent l'armement est à la charge du soldat. Les paysans ayant peu de moyens comme les petits artisans, ils possèdent bien souvent un arc pour la chasse ou s'en procurent un. Les voilà enrôlés dans la « piétaille » autrement dit l'infanterie. Il n'y a donc pas d'armée de métier et les archers circuleront le plus souvent en bandes de mercenaires.

Au tout début, les propriétaires érigent des bâtisses en bois, en hauteur, de préférence : les mottes féodales. La pierre commença à se substituer au bois et se dressèrent un peu partout des châteaux-forts. Il fallait alors en assurer la défense, par son architecture, et par la stratégie militaire. On aménagea donc dans les murs des archères (devenues meurtrières), fentes étroites à travers lesquelles les archers embusqués pouvaient tirer. Les créneaux et merlons aussi servirent aux archers et aux autres soldats. Les archers défendaient donc les châteaux mais étaient très efficaces en combat en plaine aussi. Surtout lors de la guerre de Cent Ans, leur utilisation stratégique a été bien souvent déterminante dans les combats et pas toujours en faveur des Français. La supériorité des Anglais ne fait aucun doute. Les stratèges français ont préféré l'arbalète, arme redoutable par sa puissance, mais hélas moins rapide que l'arc. On tirait deux carreaux d'arbalète en une minute contre douze flèches !

Trois exemples de bataille

La bataille d'Hastings en 1066.

La bataille d'Hastings se déroula le 14 octobre 1066 et marqua un tournant dans l'histoire anglaise en faisant passer l'Angleterre sous la domination normande. Cette bataille opposa une armée nationale commandée par Harold II, roi saxon d'Angleterre, et une armée d'invasion commandée par Guillaume, duc de Normandie, qui devint ensuite Guillaume Ier le Conquérant. Guillaume était un prétendant au trône d'Angleterre. Son cousin, le roi Edouard le Confesseur, le lui avait promis. Guillaume s'opposa à l'élection d'Harold comme roi après la mort d'ÿdouard. Avec la bénédiction du pape Alexandre II (de 1061 à 1073), il se prépara à envahir l'Angleterre.

Son corps expéditionnaire, qui comprenait des archers et des régiments de cavalerie lourde, débarqua sur la côte anglaise près de Hastings le 28 septembre 1066. Harold venait de battre son frère rebelle, Tostig, comte de Northumbrie, à la bataille de Stamford Bridge, avec une armée anglaise, forte de 7 000 hommes. Après une marche forcée à travers le Yorkshire, Harold occupa une hauteur appelée plus tard Senlac Hill (lac de sang) sur la route allant de Hastings à Londres, à dix kolimètres environ au nord-ouest de Hastings. L'armée royale (de Harold) était composée exclusivement d'infanterie, armée de lances, d'épées et de haches.

La première attaque normande, déclenchée à 9 heures le 14 octobre, ne réussit pas à déloger les Anglais, qui se protégèrent des flèches ennemies en imbriquant leurs boucliers. Les soldats anglais équipés de haches dispersèrent une charge de la cavalerie normande, qui provoqua la fuite d'une partie de l'infanterie. ÿ ce moment, plusieurs unités de l'armée anglaise rompirent les rangs, contrairement aux ordres de Harold. Ils se lancèrent à la poursuite des fuyards normands. De nouvelles troupes normandes encerclèrent et anéantirent rapidement ces unités. Prenant avantage du manque de discipline parmi les soldats anglais, Guillaume ordonna un simulacre de retraite. La ruse fit se refermer le piège sur un autre important corps de troupes anglaises. Les assauts reprirent. Guillaume avait confiance en ses chevaliers, et il assortit sa tactique d'une brillante utilisation de ses archers réapprovisionnés copieusement en flèches. Ceux-ci furent chargés de couvrir les chevaliers en les suivant de près, puis en lâchant leurs volées de flèches en l'air pour qu'elles retombent sur les têtes des défenseurs. Gênante pour les housecarles et les thegns casqués et protégés de cottes de mailles, cette tactique décima très vite les levées paysannes sans protection. Les combats se poursuivirent tout l'après-midi. Trois fois la monture de Guillaume périt sous lui. Les rangs anglais était si serrés que les morts restaient debout calés entre les vivants.

Mais c'est un humble archer, ne visant personne en particulier mais les têtes des Anglais en général, qui mit en hors-combat le Roi et décida en fait de l'issue de la bataille. Blessure horrible et douloureuse car Harold reçut la flèche dans l'¿il. Aveuglé, perdant son sang, le Roi a dû s'affaler pendant la poursuite des assauts normands. Guy de Ponthieu, Walter Giffard, Eustache de Boulogne et Hugues de Montfort achevèrent le Roi. L'un lui coupa la tête, l'autre lui enfonça son épée dans la poitrine, le troisième l'éventra et le dernier lui coupa la jambe à la hauteur de la cuisse et partit en brandissant son trophée.

Quand le soleil se coucha vers 17 heures, les housecarles se battaient encore. Mais bien vite découragés par la mort du Roi Harold, ils prirent la fuite de toute part. Mais ils n'avait pas dit leur dernier mot : un groupe d'irréductibles prit place en bordure de forêt au nord de Caldbec Hill. Les chevaliers normands se précipitèrent sur eux au grand galop et tombèrent dans un ravin caché dans un sous-bois et furent massacrés par les Anglais ivres de vengeance. Ce lieu reçut le nom funeste de Malfosse.

Guillaume fit enterrer le Roi sur le haut d'une falaise. Il fit graver sur la pierre tombale les paroles suivantes : " Par Ordre du Duc, ÿ Harold, tu reposeras ici en Roi afin de garder pour toujours la côte et la mer".

La bataille de Crécy en Ponthieu

La bataille de Crécy est la première grande confrontation entre les Français et les Anglais de la guerre de Cent ans qui débuta en 1337.

En 1328, Philippe VI de Valois monte sur le trône de France. Il n'est que le cousin du défunt Philippe le bel, mort sans descendance. Mais ÿdouard III roi d'Angleterre, est le petit-fils par sa mère de Philippe le bel. Comme il doit cette parenté à une femme, il ne peut prétendre à la couronne de France. De plus, il devient vassal de Philippe VI et il entend bien se défaire de cette contrainte à la première occasion. L'avantage est donné à la France, économiquement et démographiquement plus riche que l'Angleterre. ÿdouard III décide quand même de débarquer en France et conquérir ce qu'il considère comme son royaume légitime. Il part donc le 7 juillet de Plymouth avec mille navires chargés d'homme, mais le mauvais temps l'oblige à accoster sur la presqu'île du Cotentin où Geoffroy d'Harcourt, seigneur normand, lui prête main forte, n'hésitant pas à trahir le roi de France.

L'armée anglaise forte de 15.000 hommes, dont la moitié sont des archers, commence la conquête de la France. La ville de Caen tombe aux mains des anglais le 21 juillet. Les combats et massacres vont bon train. ÿdouard III se dirige maintenant vers Calais. Les Français, surpris par la soudaineté de l'attaque anglaise, se mettent en marche avec l'objectif d'acculer les Anglais près de Saint-Valéry-sur-Somme. Cette man¿uvre oblige les Anglais à reculer et la situation d'ÿdouard III semble désespérer. Finalement, il trouve un passage et gagne la rive droite de la somme. Et il s'installe près de la forêt de Crécy. Philippe VI décide qu'il livrera bataille le 26 au matin, sans plan de bataille, tant son armée est supérieure en nombre (50.000 hommes). Il ne doute pas de sa victoire. Les Français excités se lancent dans une bataille ou plutôt une pagaille sans nom ! tout le monde charge, piétaille, cavaliers, tout le monde pousse tout le monde sous le regard médusé des anglais frais et dispos. Les Français fatigués de s'être démenés ainsi sous la chaleur, décident de prendre une nuit de repos afin d'égaler la forme des Anglais.

Les chevaliers français dont l'amour propre surpasse la sagesse, aperçoivent l'ennemi et se ruent dessus. Plus question de remettre la bataille au lendemain. Philippe VI décide de faire passer devant les mercenaires génois arbalétriers engagés à prix d'or. Seulement les arbalètes sont lourdes et les génois sont épuisés. Et c'est bien malgré eux qu'ils passent en première ligne. Mais un violent orage éclate soudain et leur donne un instant de répit. Chaque camp attend tranquillement. Lorsque le soleil revient il éblouit malheureusement les Français. De plus les arbalétriers génois n'ont pas protégé les cordes de leurs arbalètes durant l'averse, trempées, elles sont toutes détendues et les carreaux n'atteignent pas leurs cibles, alors que les Anglais ont tenu leurs cordes à l'abri. Les flèches s'abattent sur les Français, décimant les rangs.

Puis les quelques bombardes d'ÿdouard III finissent d'affoler les Génois qui prennent la fuite. Leur repli gêne l'avancée des Français, semant un peu plus la pagaille. Dans un sursaut d'héroïsme, les chevaliers français foncent sur les archers anglais et les piétinent et les taillent à coups d'épée ou de hache. Derrière les archers, les chevaliers se heurtent aux gens d'armes du fils d'ÿdouard III, le Prince Noir. Les chevaliers subissant encore les assauts des archers gallois, tombent de leurs montures blessées par les flèches. Leurs armures trop lourdes les empêchent de se relever.

Alors commencent le travail sinistre des coutiliers gallois : poignarder les chevaliers à terre au défaut de leurs armures. La fine fleur de la chevalerie française périt sur ce champ de bataille. La France comptera ce jour 3 500 morts pour quelques centaines dans les rangs anglais. Philippe VI a été blessé au visage par un archer anglais. Pour ne pas être fait prisonnier, il s'enfuit et se retire à l'abbaye de Moncel pour se recueillir quelques jours. Edouard se dirige enfin vers Calais, mais le siège durera un an. C'est aussi la première fois que la piétaille arrive à vaincre la chevalerie.

Sont tombés entre autres, le comte d'Alençon (frère du roi), le comte d'Harcourt et ses deux fils, le duc de Lorraine, les comtes de Savoie, de Flandre, de Bâle, d'Auxerre, l'archevêque de Sens, l'évêque de Nîmes.

La bataille d'Azincourt

Octobre 1415, la Guerre de Cent ans est arrivée aux deux-tiers de son âge. L'enjeu n'a pas changé depuis le règne d'Edouard III, l'initiateur du conflit. La France sera-t-elle française ou anglaise ?

Battu à l'Ecluse, Crécy et Poitiers en 1340, 1346 et 1356, le royaume capétien a remonté la pente grâce à Charles V. Le roi avec l'aide de deux vaillants soldats le breton Bertrand du Guesclin, et le marin Jean de Vienne a rétabli l'équilibre. Hélas, ce monarque sage est mort trop tôt. Charles VI son fils, est malade et n'a que de courts instants de lucidité. L'épouse de celui-ci, Isabeau de Bavière mène l'attelage. Frivole et cupide, elle prend rarement le cap de l'intérêt de la France. Au vu de tous, le clan bourguignon tisse sa toile par trop favorable à celle des Anglais.

A Londres, Henri V de Lancastre, en attendant ses épousailles avec Catherine, la fille de Charles VI, envoie son héraut en France afin d'ouvrir les hostilités. Il revendique la couronne de France. Charles VI, le fol, reçoit cette missive menaçante dans un moment de lucidité. Il répond qu'il ne cédera pas et livrera bataille s'il le faut. Le 19 Août 1415, 30.000 hommes à bord de 1 600 navires quittent Southampton et Portsmouth. Henri V se porte sur Harfleur. Le 22 septembre, Harfleur ouvre ses portes aux Anglais. La chance du roi anglais va tourner. Une partie de sa flotte repart en Angleterre alors que l'autre sombre dans les eaux lors d'une tempête. Le preux Maréchal de Boucicaut bloque les Anglais qui commencent à manquer de vivre et la maladie les gagne. Mais Henri V décide tout de même de fouler le sol qu'il revendique et part vers le nord en longeant la côte. Il est accompagné de 26.000 hommes, avec Boucicaut à ses trousses. Ils se dirigent vers Calais. Boucicaut reçoit enfin l'aide attendue de Charles VI : 11.000 chevaliers, 11 princes de sang les rejoignent, ainsi que la piétaille, les servants d'armes, les miliciens communaux. Au total, les français sont 40.000, et Boucicaut a continué à décimer les rangs anglais.

Mais les Princes veulent commander, ainsi que Boucicaut et d'Albret, connétable. Bref tout le monde parle mais personne ne commande vraiment. Henri V est seul maître à bord de son côté. Il progresse toujours vers Calais. Le 24 octobre, l'armée anglaise se réfugie dans le village de Maisoncelles à 50km de Calais. Le côté oriental est bordé par le bois de Tramecourt, celui de l'Ouest par la forêt d'Azincourt. Ce terrain relativement étriqué est cependant dégagé. D'Albret et les princes veulent attaquer tout de suite, alors que Boucicaut propose d'attaquer le lendemain. Le terrain ne permet qu'un choc frontal et brutal. Les chevaliers et les servants d'armes toisent de haut les archers, les arbalétriers et les miliciens. En revanche, Henri V compte surtout sur ses archers. Il a en effet perdu beaucoup de chevaux.

Il pleut. La lourdeur de la terre freine l'avancée des combattants et des chevaux français. Les Anglais sont déjà installés, ils passent une nuit de repos, alors que les Français n'ont pas fermé l'¿il. Henri V et ses 14.000 hommes attendent l'avancée des français à quelques centaines de mètres de leur camp. Dans le désordre les Français s'élancent, et les chevaux s'embourbent dans la glaise fraîchement retournée. Henri V a fait installer sans difficultés des piquets dans le sol meuble, sur lesquels les chevaux s'empalent, tandis que les chevaliers sont transpercés par les pluies de flèches. Les deux chefs de la cavalerie sont hors combat : Cliquet de Brabant est tué, et le comte de Vendôme fait prisonnier. D'Albret ne sait plus ou donner de la tête, les chevaliers sont à terre à la merci des coutiliers. Avec leurs 30 kilos de matériel, les chevaliers ne sont pas mobiles. Pour compenser leur poids, les chevaux sont moins protégés et donc plus vulnérables. Mais si le cavalier est à terre il ne peut plus avancé.

Les chefs dignes de ce nom, tombent les uns après les autres. Le duc d'Alençon et 18 chevaliers font le serment de tuer Henri V. Ils se lancent fougueusement à l'assaut et arrivent jusqu'au roi, mais sa défense assaille les héroïques chevaliers et les massacre. Il reste encore 15.000 français susceptibles de combattre, mais plus de capitaines. Henri V est maître du champ de bataille. La barbarie va ternir son succès à jamais. Il tient prisonniers 4 000 chevaliers tous nobles, plus ou moins blessés. Sous la rumeur d'une nouvelle attaque imminente, il ordonne le massacre des prisonniers. La moitié sera tuée avant qu'il ne revienne sur sa décision.

La bataille aura en tout duré trois heures. 6 000 chevaliers français sont morts, Boucicaut, le comte de Vendôme sont fait prisonniers. Dans les rangs anglais, la perte s'élève à 1 600 hommes. Le 25 octobre 1415, la défaite d'Azincourt précipite la France vers le traité de Troyes qui livre la France aux Anglais.

L'art de la guerre en tirera beaucoup d'enseignements : pas de chef militaire, mépris des fantassins, archers, arbalétriers et lourdeur des cavaliers sont les grandes causes de la défaite. Les rois comprennent qu'il faut changer de méthodes. La défense du pays incombait à tous chevaliers et manants. Et la leçon portera ses fruits.


   Alerter


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