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Ioan

L'ABSOLU RELATIVISME, PARTIE 1

« Toute vérité n'est pas bonne à dire » a écrit Beaumarchais, repris ensuite dans le jargon quotidien. Dans cette fameuse phrase, Beaumarchais suppose-t-il l'existence de plusieurs vérités, ou doit-on comprendre cette phrase comme stipulant que toute affirmation vraie d'un point de vue absolutiste n'est pas bonne à faire connaître publiquement ? La sempiternelle question sur l'existence ou la non-existence des vérités relatives ne finit pas d'alimenter les débats. Il s'agit de deux conceptions en apparence très différentes de ce qu'est une vérité, mais pourtant pas autant incompatibles qu'on pourrait le penser. Ce sont deux théories avant tout mal comprises dont je ferai un résumé ici.

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I - Quelques notions

Nous utiliserons ici le dictionnaire "Le Trésor Informatisé de la Langue Française" dit TLFi, et le dictionnaire de l'Académie Française 8eme et 9eme éditions.

a) La vérité

TLFi

LOG. Vérité (logique). Conformité de la pensée ou de son expression avec son objet. La définition traditionnelle de la vérité la tient pour copiée sur son objet. Elle serait l'adéquation de l'intellect à la chose (...). Cette définition n'est simple qu'en apparence; car toute la question est de savoir en quoi consiste l'objet (H. Dreyfus-Le Foyer, Traité de philos. gén., 1965, p. 151).

Académie

VÉRITÉ se dit encore de la Conformité de l'idée avec son objet, par opposition à Erreur. La vérité de la religion chrétienne. Les défenseurs de la vérité.

b) Le dogme

TLFi

Proposition théorique établie comme vérité indiscutable par l'autorité qui régit une certaine communauté. Un dogme moral, métaphysique; le dogme du fatalisme.

A.− RELIG. Point de doctrine contenu dans la révélation divine, proposé dans et par l'Église, soit par l'enseignement du magistère ordinaire et universel (dogme de foi), soit par le magistère extraordinaire (dogme de foi définie) et auquel les membres de l'Église sont tenus d'adhérer.

Académie

Point de doctrine, proposition ou principe établi ou regardé comme une vérité incontestable. Il se dit surtout en matière de Religion. Les dogmes de la religion. Des dogmes religieux. Par extension, Des dogmes politiques, littéraires, etc. Il se dit absolument, au singulier, des Dogmes d'une religion. Attaquer le dogme. Disputer sur le dogme. Fixer le dogme.

c) L'axiome

TLFi

2. LOG. et MATH. MOD., avec l'apparition des géom. non euclidiennes.

a) Énoncé, proposition posés à la base d'un système hypothético-déductif ou plus généralement élément d'une axiomatique

Académie

XVI e siècle, au sens 1. Emprunté, par l'intermédiaire du latin, du grec axiôma, « ce qui paraît juste, convenable », d'où « ce qui est requis pour servir de base à une démonstration, principe évident de soi-même ».

1. PHIL. Prémisse considérée comme évidente et reçue pour vraie sans démonstration. « Le tout est plus grand que la partie » est un axiome. À la différence du postulat, l'axiome est une proposition si évidente qu'il est impossible à quiconque en comprend le sens de la mettre en doute.

2. MATH. Proposition non démontrée prise comme base d'une théorie.

3. Par ext. Proposition admise sans discussion. Axiomes juridiques. Admettre, établir, énoncer un axiome. Gobineau professait l'inégalité des races comme un axiome. Par ext. Sentence. Il ne parle que par axiomes.

II - Principes relativistes

  • Il existe plusieurs vérités et plusieurs types de vérités.

Exemple de quatre types de vérités :

- La vérité scientifique : cette vérité scientifique est basée sur les sciences mathématiques, physiques, biologiques, et parfois même historiques. Il s'agit d'expliquer les vérités factuelles avec des théories pertinentes. Ex : la pomme tombe de l'arbre --> explication scientifique : la gravitation/la déformation de l'espace-temps. Ainsi une vérité scientifique fait appel à des notions, dans l'exemple précédent il s'agit de l'espace-temps. Dès lors, l'existence de l'espace-temps devient une vérité scientifique. Les mathématiques sont une science exacte qui fait appel à des notions abstraites, notions de vérité scientifique comme l'infini, ou le point géométrique : ce sont des vérités mathématiques qui ne sont pas factuelles mais ont un rapport à la réalité puisqu'elles permettent de faire des prédictions vérifiables.

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- La vérité factuelle : en terme de tautologie, c'est ce que tente d'expliquer la science à travers ses théories. En fait, les vérités factuelles ce sont ... les faits. Pour reprendre l'exemple de la pomme : la pomme tombe est un fait. Je vois la pomme tomber d'un certain angle et d'une certaine hauteur, parfois même à une certaine vitesse si je ne suis pas immobile dans le référentiel terrestre : ces données là sont subjectives. Au final je me fais un interprétation subjective d'un fait soit-disant objectif : c'est la vérité factuelle. Cependant du référentiel pomme, cette dernière ne tombe pas, mais le sol se rapproche ----> puisqu'il n'y a pas de bon ou de mauvais référentiel, la pomme tombe et ne tombe pas à la fois. Ce sont deux vérités portant sur un même fait : une vérité factuelle dépend donc de son observateur. Attention : ne pas confondre une croyance personnelle avec une réalité factuelle, cette dernière est indépendante de toute croyance ---> ce n'est pas parce que je crois qu'une pomme tombe que cette dernière tombe forcément. Il me faut une perception, indépendante de la croyance.

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"Ceci n'est pas une pomme" : non, effectivement, c'est la représentation d'une pomme.

- La vérité religieuse : c'est une croyance religieuse. Le dogme est un exemple de vérité religieuse (cf. définition b). Un dogme est imposé comme une vérité incontestable et souvent indémontrable par une autorité religieuse : dès lors que cette imposition est faite par l'autorité compétente (un

concile par exemple), c'est une vérité religieuse. N'importe quel religieux ne peut pas créer des vérités religieuses, en revanche il existe des dogmes bien connus comme "Dieu existe" qui est à la base des religions théistes, ou encore "Il existe plusieurs divinités" qui est un fondement du paganisme quel qu'il soit. Il existe donc plusieurs vérités religieuses bien qu'en apparence contradictoires, elles ne le sont pas car elles appartiennent à des sous-domaines différents. "Dieu est unique" est un dogme monothéiste, et "Il existe plusieurs dieux" est un dogme polythéiste, la première affirmation est vraie et la seconde aussi car toutes les deux dogmatiques. Il est certain que du point de vue polythéiste, l'affirmation "Dieu est unique" est stupide et fausse, mais c'est une contradiction linguistique car les vérités de deux domaines et deux sous-domaines n'interfèrent pas.

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Ce schéma est volontairement très incomplet, il permet juste de rendre compte de la complexité des dogmes.

- La vérité personnelle, ou vérité en soi : elle dépend bien sûr de chaque individu. Aussi, elle permet de confirmer le deuxième principe du relativisme que nous verrons plus bas. Il s'agit de considérer comme vraie une opinion ou un fait qui n'est pas forcément reconnu comme étant vrai dans les autres types de vérités. Si vous pensez que je raconte n'importe quoi, ça sera votre vérité personnelle, ce que vous établissez immédiatement comme vrai à partir de votre expérience personnelle. Ma vérité personnelle en revanche, est que j'ai raison et que vous avez tort de penser que j'ai tort : ce sont deux vérités différentes. Cette vérité personnelle est aussi liée à la croyance, puisqu'elle peut ne s'appuyer que sur son propre avis.

A SUIVRE :

  • Toute affirmation est vraie dans au moins un domaine et fausse dans au moins un domaine.
  • L'homme est la mesure de toute chose.

III - L'absolu relativisme.

IV - Relativisme et scientifiques : une parfaite illustration d'un absolutisme mal énoncé et mal compris.