La Guerre secrète du pétrole


Kezayah Membre 160 messages
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Le pétrole est le sang de notre civilisation.

Sans pétrole les moteurs s'arrêtent : plus de Défense nationale, plus de T.N.T., plus de napalm, mais également plus de nylon, plus de détergents ...

On sait aujourd?hui que la guerre des Six Jours fut largement une guerre du pétrole. On sait moins que la guerre du Viêt-Nam en est une autre.

Huit trusts ont su se rendre maîtres des sources pétrolières.

Chacun d'eux brasse des milliers de milliards, couvrant le monde entier de tentacules gigantesques.

En face, un géant, unique mais impressionnant, l'U.R.S.S., deuxième pays producteur du monde.

La lutte se déroule partout où se trouve un puits de pétrole, partout où il passe, partout où il pourrait jaillir.

Enjeu : la liberté et parfois la survie des nations.

De tout cela on n'en parle jamais.

Les grands maîtres du pétrole préfèrent ne pas dévoiler les mobiles et les moyens de leurs actions.

Dans le livre "La Guerre secrète du pétrole", Jacques Bergier et Bernard Thomas font le point sur ces luttes secrètes. Leurs stupéfiantes révélations expliquent le sens caché de bien des événements de portée internationale.

INTRODUCTION

Guerre effroyable au Vietnam ; massacre de centaines de milliers de communistes (ou soupçonnés de l'être) en Indonésie ; émeutes sanglantes dans les possessions anglaises, à Hongkong et Aden notamment ; révolutions incessantes en Afrique Noire, au Nigeria, au Congo, en Rhodésie ; guerre au Yémen entre « royalistes « et « républicains « ; reprise des incidents de frontière entre Corée du Nord et Corée du Sud, après quatorze années de trêve ; guerre israélo-arabe, surtout, la plus spectaculaire, la plus proche de nous : les

explosions se succèdent à travers le monde. Chacune peut dégénérer en un conflit généralisé. Aucun individu raisonnable ne peut s'empêcher d'avoir des sueurs froides à l'annonce des nouvelles de la semaine.

Une gigantesque partie d'échecs est en cours, à l'échelle de la planète : Hommes, races, nations, sentiments, idéaux ne sont que des pions poussés par des adversaires qui pensent en termes de puissance, non de philanthropie. Des pions inconscients, dans la plupart des cas.

On utilise les rivalités, les haines locales, on les envenime, et les pions s'entre-tuent, persuadés de la justesse de leurs revendications.

Jusqu'au moment où, dans un sursaut de désespoir, ils se révoltent. Cela arrive aussi.

La lecture des journaux, aussi bien informés soient-ils, ne nous livre que la croûte des choses : le point de vue partiel et passionnel des belligérants.

Lorsque le débat s'élève, on nous parle par exemple d'un combat idéologique entre communisme et capitalisme, sans nous en expliquer les véritables raisons ; sans nous révéler pourquoi ce combat a éclaté ici plutôt que là.

Bref, il existe bel et bien un complot du silence autour de certains faits.

Prenons l'exemple du conflit israélien et tâchons d'oublier un instant les motifs subjectifs pour lesquels nos sympathies vont à un camp, ou à l'autre.

Le point de départ de la guerre est clair : les Sionistes sont venus occuper un territoire précédemment habité par des hommes d'une autre religion, les Palestiniens musulmans. On comprend ce qui a poussé là les Sionistes : le retour à la Terre Promise après 2 000 ans d'errance et de persécutions. On comprend que les Arabes se soient senti spoliés. On comprend fort bien que Juifs et Arabes en soient venus aux mains : lorsque deux paysans ne sont pas d'accord à propos d'un champ, il peut arriver qu'ils sortent le couteau. Mais si des richissimes amis leur prêtent des canons de 75, nous soupçonnons que des intérêts plus graves sont en jeu.

En réalité, le Sinaï est un désert où l'on meurt de soif ; la Palestine en était à peu près un, avant l'arrivée des Israéliens.

Essayons d'être objectifs : rien ne ressemble davantage à une dune de sable qu'une autre dune. Avec un peu de bonne volonté, on aurait pu reloger le million de réfugiés palestiniens un peu plus loin, au lieu de les parquer sous des tentes misérables, de les maintenir depuis vingt ans dans un état qui n'est pas tout à fait la mort, grâce aux trois

cents calories par jour que leur distribue l'O.N.U. Il y a théoriquement de la place pour tout le monde dans cette partie du globe.

Or, ce ne sont pas des canons de 75, mais des milliards de matériel de guerre qui ont été distribués de part et d'autre. La guerre secrète du pétrole Introduction

De quoi planter suffisamment de blé, de riz et d'oliviers, creuser suffisamment de canaux d'irrigation dans le désert, pour rendre riches et heureux, non seulement les Palestiniens

clochardisés, mais d'autres Millions de sous-alimentés en d'autres lieux.

Il faut bien en conclure que les réfugiés ne sont qu'un prétexte. Ces bouts de sable valaient, la peine, pour certains, d'y investir des milliards, non pas pour les rendre fertiles, mais pour les posséder. De quoi s'agit-il ? D'une querelle raciste, religieuse, idéologique ? :siffle:

S'il s'agit d'apprendre aux gens les bienfaits de la libre entreprise capitaliste, ou au contraire ceux du socialisme marxiste, est-ce une méthode logique que d'envoyer des bombes avant des tracteurs ?

Est-il raisonnable de dépenser tant d'argent pour catéchiser une poignée d'illettrés ?

Est-ce au nom de la philanthropie qu'on les barde d'armements ?

Est-ce par souci humanitaire qu'on risque de déclencher une troisième guerre mondiale ?

Ni ce qu'on appelle l'impérialisme d'Israël d'un côté, ni la frustration des Arabes de l'autre, leur volonté de récupérer quatre arpents de sable, n'expliquent le napalm ou les appels au génocide d'un Choukheiri.

Ils n'expliquent surtout pas les chars, les avions, les missiles, les radars mis à leur disposition. Ni l'empressement qu'on a montré à les remplacer dès qu?ils ont été détruits.

La réalité tient en un mot : l'énergie.

Un pays qui ne dépense pas d'énergie est pareil à un être humain qui passerait sa vie sans rien faire, allongé sur un lit : il est à peu près mort.

Un pays possédant des sources d'énergie insuffisantes sur son territoire doit aller en chercher ailleurs leurs pour vivre : c'est le cas du Japon, de l'Angleterre ou de la France.

Un pays que ses richesses naturelles ont rendu si puissant qu'il éprouve un besoin supplémentaire d'activité, va également en chercher ailleurs : c'est le cas des états-Unis.

Or, cette énergie, plus que le charbon, l'électricité ou l'atome, c'est le pétrole.

"Cherchez le pétrole" , pourrait-on dire aux êtres humains soucieux de comprendre ce qui se passe autour d'eux. 8)

A l'origine ou dans le développement d'à peu près tous les conflits depuis le début du siècle, on trouve le pétrole.

C'est que le pétrole est le sang de notre civilisation.

Sans lui, les moteurs des bateaux, des avions de guerre ou de commerce, des blindés et des voitures particulières, s'arrêtent ; plus d'huile ni de graisses pour les rouages ; plus de caoutchouc synthétique pour les pneus, plus de plexiglas pour les cockpits des avions, de glaces pour les automobiles. Plus de défense nationale possible. Plus de travail non plus. Napalm, T.N.T., nylon, tergal, dacron, orlon, insecticide, engrais chimique, carrosserie, assiettes, tuyaux d'arrosage, crème de beauté, table de jardin, nappe pour la table, vernis, fleurs artificielles, toitures, rideaux, rouge à lèvres, noir pour les yeux, vernis à ongle, sous-vêtement, lessive, éponge, cuvette, brosse à dents, cire, gaz de cuisine, encre d'imprimerie, asphalte, paraffine, films : près de 300 000 produits divers sont tirés du pétrole. La catastrophe provoquée en Occident par le manque de pétrole serait inimaginable. :hein:

Or, certains ont su se rendre maîtres des sources pétrolières : ce sont les grands trusts. L'argent allant aux riches et la puissance aux puissants, leur emprise sur le monde tend à devenir démesurée. Les super-bénéfices réalisés par eux ne restent pas inactifs au fond des coffres bancaires. Remis en circulation, ils servent de moyens de pression dans les domaines les plus divers : scientifique, économique, politique, voire même culturel. Au bout du compte, ces investissements colossaux, d'allure parfois inoffensive, font boule de neige et reviennent à leur point de départ sous forme de super-superbénéfices.

Chacun des grands trusts dirige plus ou moins directement des centaines de sociétés filiales, brassant des milliards de milliards, couvrant le monde entier de tentacules gigantesques.

Leurs activités commencent à l'exploration des terrains propices et se terminent à la vente en passant par l'Exploitation, le transport, le raffinage et la fabrication des produits finis. Nous verrons plus loin en détail ce que représentent ces trusts. Retenons pour l'instant qu'ils sont sept principaux :

- Cinq américains : la Standard Oil of New jersey, première puissance industrielle et financière du monde ; la Texas Oil Company ; la Standard Oil of California ; la Gulf Oil

Corporation ; la Socony Mobil Oil ; plus un certain nombre d'indépendants, plus ou moins puissants.

- Un anglo-hollandais : la Royal Dutch'Shell.

- Un anglais enfin : la British Petroleum, où l'Amirauté britannique détient la majorité des parts.

é cette liste on ajoute généralement en huitième partenaire : la France.

Dans le bloc communiste, on ne trouve au contraire qu'un géant mais impressionnant : la Régie des pétroles russes, monopole d'états qui fait de l'U.R.S.S. le deuxième pays producteur du monde.

Les sept, tout en se livrant entre eux des batailles aussi sournoises qu'acharnées, se réconcilient sur deux points : maintenir les prix (en évitant la surproduction, notamment), et combattre les efforts d'indépendance de tout ce qui n'est pas eux.

La lutte se déroule dans le monde entier, partout où se trouve un puits, sur toutes les voies de passage du pétrole. Cela représente une bonne partie de la planète.

Enjeu : la liberté, et parfois la survie des nations.

Victimes : les faibles.

Risque : la fin du monde.

Il est remarquable que ce sujet ne soit pratiquement jamais abordé publiquement. 8)

Les grands Maîtres du pétrole préfèrent évidemment ne pas dévoiler au grand jour les mobiles et les moyens réels de leurs actions.

Ils ont probablement raison. Ce sont des choses plus propres à révolter qu'à émouvoir.

Les hommes sont souvent prêts à mourir pour la liberté, moins aisément pour un derrick.

Ce livre n'a d'autre but que de dire à qui veut l'entendre ce qu'on tient ordinairement caché.

A l'époque où ces lignes étaient écrites, en juillet 1967 ; une phrase du président de la République française venait de provoquer ce qu'il est convenu d'appeler en langage diplomatique de :blague: vives réactions :blague: : "La guerre du Vietnam et celle du Proche-Orient sont étroitement liées" , avait-il déclaré.

Il ne s'agit pas ici d'approuver ou de désapprouver une politique. Il y a un fait évident, sur lequel on s'est bien gardé de renseigner l'opinion : la guerre du Vietnam et celle du Proche-Orient sont toutes deux des guerres du pétrole.

Du pétrole au Vietnam ? Mais oui. Presque à ras de terre. Si l'on n'en a rien dit au public, les Grandes Compagnies, elles, le savent depuis 1933 ! Ce qui pourrait éclairer d'un nouveau jour l'intérêt que les états-Unis ont toujours porté à notre Indochine tout en réussissant pendant vingt ans avec l'aide de l'Angleterre, à nous empêcher de la mettre en valeur.

Il y a du pétrole à Tchepone (Laos), il y en a en Annam, il y en a à Savannakhet (frontière du Laos et de la Thaïlande), pour ne citer que quelques exemples. Il n'a encore jamais

été exploité.

De plus, à proximité du Vietnam, l'île de Bornéo en produit (25e rang dans le monde) ; la Birmanie également, qui a une frontière commune avec le Laos (21e rang) ; l'Indonésie (9° rang, énormes réserves) ; le Siam lui-même, voisin du Cambodge et du Laos.

Que le Vietnam soit contrôlé par la Chine et tout cet ensemble de pays chancelle à son tour à plus ou moins brève échéance. La Chine, qui ne produit actuellement que 10 millions de tonnes par an (les états-Unis 400 millions), accède alors au rang de grande puissance industrielle ; elle acquiert les moyens de venir menacer les états-Unis sur leur territoire même, si elle le désire. Si, au contraire, ce pétrole demeure à la disposition des états-Unis, ceux-ci peuvent envisager une guerre de blindés en Chine même, sans ravitaillement lointain en carburant. Telle est une des causes réelles de la guerre du Vietnam. Une raison pour laquelle les Américains ont du mal à se résoudre à la faire cesser.

Quant à celle du Proche-Orient, il est un autre point qu'on n'a pas assez souligné. C'est la raison pour laquelle le chantage auquel les états arabes avaient commencé à se livrer sur les Anglo-Saxons en fermant les robinets de pétrole a tourné court au bout de quinze jours. Voici pourquoi :

1) Sheiks, émirs et princes divers touchent des royalties vraiment royales. Les revenus de certains états du Golfe Persique ont été multipliés par cent mille (nous disons bien cent mille) depuis 1945 ce qui, soit dit en passant, n'a guère profité à la population.

2) Interrompre la production n'est réaliste que si on trouve d'autres clients. Or, par qui remplacer ces Anglo-Saxons qui font couler un fleuve de dollars et de livres sterling en échange de l'or noir. La Russie est elle-même exportatrice. Quant à la Chine, malgré son désir, elle n'est. pas encore de taille à s'imposer dans cette partie du monde.

3) De plus, provisoirement, pendant la crise, les Anglo-Saxons ont tiré un peu plus que d'habitude sur les puits d'Iran (état musulman, mais non arabe et qui n'avait pas fermé les

robinets) du Venezuela et du Texas : les sheiks se sont donc rendu compte que leur boycott ne servait à rien.

4) De peur que la crise ne rebondisse outre les nombreuses régions pétrolières du monde non exploitées pour ne pas faire baisser les prix, il restait aux Anglo-Saxons deux sources presque inépuisables : les schistes bitumeux du Colorado et les sables goudronneux de l'Athabaska au Canada. En tout 50 milliards de tonnes disponibles. De quoi remplacer aisément la production du Moyen-Orient. Les techniques d'extraction à partir des schistes et des sables, par chauffage du sol, entraînement à la vapeur, etc., étaient au point depuis longtemps. Si ces ressources n'avaient pas été utilisées jusqu'à présent, c'est qu'elles mettaient le prix de revient du pétrole brut à environ 30% plus cher qu'au Moyen-Orient. Or, en octobre 1967, nous est arrivée l'annonce officielle de la mise en exploitation de ces gisements. Mais cela, bien entendu, sans qu'aucun rapprochement officiel ait été fait avec la crise israélo-arabe.

Bref, la guerre du Proche-Orient a été plus facile à arrêter que celle du Vietnam, les Russes préférant jouer les ogres que réellement s'emparer de puits dont ils ne sauraient que faire et les Américains n'étant guère vulnérables. Il y a même un point sur lequel, paradoxalement, les Russes sont plus proches de la position israélienne que de celle de l'égypte, tandis que les Américains eux, ne seraient pas loin d'être d'accord avec Nasser : c'est le problème de la fermeture du Canal de Suez. Elle gêne considérablement l'Union Soviétique, dépourvue de tout débouché sur l'Océan Indien, dans son commerce avec le Sud-Est asiatique, et notamment dans son aide au Vietnam du Nord.

Les Américains eux, ne sont guère affectés par cette mesure. Bien mieux : il n'est pas pour leur déplaire que les Anglais soient les premiers atteints, contraints qu'ils sont de faire faire le tour de l'Afrique à leurs pétroliers pour se ravitailler.

Malgré les liens privilégiés qui les unissent, les Britanniques ont toujours été de dangereux rivaux pour les états-Unis. Les trusts des deux pays se sont de tout temps livrés une guerre acharnée. Suez fermé, la livre sterling a été dévaluée au bout de quelques mois. Elle a été renflouée, certes, mais sous certaines conditions : il est probable que, plus que les pays arabes, la Grande-Bretagne est la principale victime de la guerre du Proche-Orient. En attendant, les Palestiniens sont toujours émigrés. Il n'y a pas de pitié dans la

guerre du pétrole. Car il s'agit bel et bien d'une guerre.

Pour mieux en comprendre l'enjeu, prenons le cas de la France et citons deux chiffres.

En 1975, d'après les prévisions. officielles du Ve plan, la France va consommer 105 millions de tonnes de pétrole. Son territoire en produira trois. Où trouvera-t-elle les 102 millions de tonnes qui restent ? Comment pourra-t-elle demeurer ou devenir indépendante dans ces conditions ? Comment résistera-t-elle aux chantages faciles à effectuer sur son ravitaillement ?

Son avenir en dépend.

Quelles ont été les premières réactions américaines à l'annonce de l'attribution à la France de concessions en Irak, aboutissement d'une réelle politique d'indépendance menée par le gouvernement français dans le domaine énergétique. La menace à peine voilée d'intercepter les tankers français.

On entend souvent parler de la menace du « shortage », la pénurie de pétrole qui planerait sur le monde, tous les puits étant taris. Il ne s'agit là que d'un faux argument, destiné à maintenir les prix en équilibrant l'offre et la demande.

Si un pays comme la France venait un jour à être privé de pétrole, ce n'est pas qu'il en manque ni sous la terre ni sous la mer.

Les plus pessimistes estiment à cent années les réserves globales dont dispose l'humanité.

Les plus optimistes les estiment à cinq cents ans.

Nous verrons même, dans un chapitre intitulé « Pétrole et cosmos » qu'il a peut-être été le ciment cosmique, le « béton céleste » ayant servi de pâte à la formation des planètes. En 1963, un spécialiste russe éminent, le Dr Kalinko, a estimé à 775 milliards de tonnes le pétrole aisément récupérable... malgré l'avis des autres experts « les experts capitalistes » dit Kalinko.

"l y a au voisinage de la croûte terrestre 2,5 millions de milliards de tonnes de pétrole !!!" affirme-t-il. Ce qui correspond à 1 500 fois la consommation moyenne des années 1960 - 1970.

Autrement dit, si Kalinko a raison, il y a du pétrole pour tout le monde pour non pas cinq, mais quinze siècles.

Malheureusement, pour peu qu'on examine l'histoire du pétrole depuis cent ans, les choses ne se passeront pas ainsi.

Certains pays seront affamés, d'autres suralimentés.

Tout dépend de l'évolution de la guerre qui se déroule dans la coulisse, et dont nous sommes tout à la fois les témoins, les héros, et peut-être les futures et involontaires victimes.

Faisons le point rapidement.

L'Allemagne, avec la guerre de 39 - 45, a perdu la guerre du pétrole : nous verrons comment lorsque nous parlerons du pétrole synthétique.

Coupée en deux, affaiblie, elle vient d'avoir en août 1967 un sursaut d'énergie, après toute une série de défaites, la dernière en date étant, l'année passée, la prise de contrôle par la Texaco (Texas Oil Company) de la D.E.A., ultime entreprise pétrolière totalement indépendante. Le gouvernement de Bonn vient en effet d'annoncer la création d'un puissant groupe mi-public, mi-privé, à capitaux entièrement nationaux.

Cela ne signifie pas l'indépendance, mais une première tentative d'autonomie après un long sommeil.

Par ailleurs ; les prospecteurs allemands se montrent très actifs.

L'Italie, malgré le partage de ses colonies par les vainqueurs de 1945, a eu la chance d'avoir, avec Enrico Mattei, directeur de l'E.N.I. (Ente Nazionale Idrocarburi) un rebelle du pétrole. Cet homme seul, incompris, attaqué de toutes parts, a réussi à pousser son gouvernement dans la voie d'une véritable indépendance pétrolière. Sa mort, en 1962, a été une lourde perte pour nos voisins, nous allons en parler.

Le Japon, largement soumis aux Américains pour sa politique et ses sources d'énergie (la première est la conséquence du second), a perdu la guerre du pétrole. Il tente cependant de se dégager peu à peu. II a notamment obtenu une importante concession en Arabie Séoudite.

La Russie, au contraire, reste l'une des grandes gagnantes. Malgré les tentatives anglo-saxonnes sur Bakou et le Turkhmenistan, elle a su conquérir une totale indépendance. En 1938, elle produisait 30 millions de tonnes. En 1966, elle en a produit 265 millions, par ses propres moyens, sur son propre territoire : ce qui la met au deuxième rang mondial.

Tout porte à croire, du reste, qu'on songe sérieusement, au niveau gouvernemental, à une alliance, et peut-être une fusion dans le cadre du Marché Commun entre cette compagnie, et son homologue française, la C.F.P. (Compagnie Française des Pétroles), société d'état à participations privées.

La France, elle, avait jusqu'à présent perdu toutes les batailles. Seule son alliance avec les Anglo-Saxons l'avait sauvée. deux fois de l'asservissement : la première en 1917, lors de l'offensive de la Marne, alors qu'il ne restait plus que trois jours de réserves, et que la Standard Oil de Rockefeller avait consenti in extremis à la ravitailler ; la seconde pendant la deuxième guerre. étant bien entendu que les Alliés nous ont chaque fois fait payer très cher leur aide : ce fut la fin de notre implantation en Syrie, au Liban, en Irak, en égypte, en Libye, notamment, tous pays producteurs, ou servant de passage au pétrole. Nous verrons à la fin de ce livre que la France n'a pas renoncé à acquérir son

indépendance et nous dirons par quel biais.

Les cas les plus tragiques sont ceux de pays comme l'Inde. Il ne faut pas chercher d'autre explication à la misère effroyable qui y règne, que l'étouffement systématique de ses possibilités par les ingérences étrangères.

L'Inde possède d'abondantes ressources naturelles. Par crainte de surproduction, on a interdit leur exploitation, de même qu'on a empêché l'installation sur son territoire d'usines de pétrole synthétique (dont l'un des auteurs du présent ouvrage avait du reste fait le plan).

La Chine, elle, après avoir failli succomber sous les coups des Japonais et des Occidentaux, se réveille. Des techniciens soviétiques l'ont d'abord aidée. Sa situation est encore précaire. Mais elle guette le Vietnam, l'Inde, la Sibérie : Pour peu qu'elle accède à l'une de ces trois sources, les deux super Grands devront envisager un nouveau partage du monde : en trois au lieu de deux.

Petite différence qui provoquera la IIIe guerre mondiale, si elle doit avoir lieu.

Restent deux pays mineurs, un gagnant, un perdant : le gagnant, c'est l'Afrique du Sud, qui, malgré un blocus total et de vigoureuses protestations internationales, a eu l'audace d'utiliser ses ressources locales, et de fabriquer du pétrole synthétique.

L'autre, c'est l'Iran qui malgré la richesse de son territoire, malgré les royalties qu'elle reçoit, malgré sa production accélérée par le boycott des états arabes, en juin 1967, est demeurée une colonie étrangère. Sa frontière commune avec l'U.R.S.S. rend sa situation particulièrement délicate.

Telle est, en gros, la situation actuelle des principaux pays du monde.

L'Angleterre et surtout les états-Unis, par leur dynamisme, par la rapidité avec laquelle ils ont compris très tôt l'importance qu'allait avoir le pétrole, par le soutien militaire et diplomatique accordé par leurs gouvernements aux initiatives privées, ont su conquérir des positions qu'ils ne sont pas prêts de lâcher.

Nous verrons que le pétrole, comme carburant automobile, a de bonnes chances d'être remplacé par d'autres sources d'énergie : le moteur électrique notamment.

Nous verrons que ce serait peut-être chose faite depuis longtemps sans la pression des groupes pétroliers, sans leur inquiétude devant l'éventuelle suppression de l'une des sources les plus importantes de leurs revenus (ils ont du reste été obligés de composer et tentent à présent de mettre au point un moteur électrique fonctionnant au pétrole). Nous verrons qu'il est à peu près aussi intelligent de brûler de l'essence dans nos moteurs, que d'alimenter un chauffage central avec des billets de banque.

Malgré cela, le pétrole étant appelé à rester l'élément de base n°1 de la fabrication de produits chimiques et de nourriture, l'enjeu sera longtemps aussi important. Le combat ne faiblira pas. La phrase de Clemenceau "une goutte de pétrole vaut une goutte de sang" paraphrasée par lord Curzon, ex vice-roi des Indes et membre du cabinet de guerre anglais en 14 - 18, "les alliés ont vogué vers la victoire sur une vague de pétrole" sera aussi valable pour la IIIe guerre mondiale qu'elle l'a été pour la Première et la Seconde. On mourra encore beaucoup pour l'or noir. :dep:

D'où il ne faut pas conclure bien entendu, à la suite de quelques auteurs doués d'une imagination débordante, que les maîtres du pétrole tirent partout et toujours toutes les ficelles avec le même succès. La réalité est beaucoup plus complexe.

Il y a des intrigues, des complots, des plans de bataille à l'échelle mondiale ; tous les moyens, financiers, économiques, diplomatiques, militaires ainsi que d'autres, dignes parfois de Chicago sont éventuellement utilisés.

Il y a des compromis, des chausse-trapes, des échecs.

Ainsi Henry Deterding, le Napoléon du pétrole, grand maître de la Shell'Dutch Petroleum, mort en 1939, échoua-t-il dans sa tentative de détruire la Russie des Soviets. De justesse, il est vrai.

Vingt-huit ans plus tard, les Maîtres du pétrole ne parlent plus de destruction de l'U.R.S.S. Ils disent simplement : « Dépendre du pétrole russe, c'est dépendre à long terme des structures politiques russes. C'est en outre provoquer le repli sur soi-même des nations industrielles et la ruine de ceux des pays producteurs dont la vie économique entière et le développement reposent sur l'exploitation du pétrole, tels que le Venezuela ou les états du Moyen-Orient [...] Bien des conséquences sont à craindre d'une éventuelle victoire

économique de l'U.R.S.S. sur le plan pétrolier [...] Est-ce à dire que nous ne devons pas commercer avec l'U.R.S.S. ? Bien loin de moi une telle pensée." (Serge Scheer, Président d'Esso Standard S.A.F.)

Les dernières phrases sont particulièrement significatives. Combattre un pays n'empêche pas de commercer avec lui.

En matière d'intérêts économiques, deux et deux ne font jamais tout à fait quatre.

On ne découvre au juste ce qu'ils font. qu'une centaine d'années plus tard. Lorsque l'Histoire est écrite.

En attendant, l'observateur doit se contenter de mettre bout à bout des indices.

Ainsi en va-t-il au Moyen-Orient.

Ainsi en va-il au Venezuela, cité par le président Scheer dans sa déclaration. Le pays, intégralement vendu aux grandes Compagnies, est le théâtre d'une révolte qui tend à se développer dans toute l'Amérique latine.

Peu de temps avant que ces lignes ne soient écrites, Alexis Kossyguine, chef du gouvernement soviétique, après les deux fameux entretiens qu'il avait eus à Glassboro avec 1e président Johnson, faisait une halte à Cuba. Qu'a-t-il au juste été décidé ici et là ?

D'une part, la guérilla semble devoir s'amplifier au Guatemala, en Bolivie, au Venezuela et en Colombie. Il ne fait aucun doute qu'elle soit soutenue au maximum par Fidel Castro, D'un autre côté, Moscou désavoue publiquement Fidel dans son entreprise de subversion, et le traite d'extrémiste.

Qui faut-il croire ?

Y a-t-il eu à Glassboro un partage du monde entre les deux grands, sur le dos des plus faibles ? l'Amérique latine par exemple, étant tacitement reconnue comme fief des états-Unis moyennant une autre concession en sens inverse ?

Il est en tout cas certain que les états-Unis seraient aussi sensibilisés à une révolution vénézuélienne, organisée non loin de leurs frontières que les Russes pourraient l'être à une entreprise agressive dans le Moyen-Orient turc ou iranien, à deux pas du pétrole de Bakou. Donnant donnant. Les Cubains et les Arabes d'un côté, les Israéliens de l'autre, ont le sentiment désagréable de n'être que des enjeux. Sans doute n'ont-ils pas tort.

Autre quasi certitude : cet accord de principe n'empêche pas de laisser en sous-main quelques révoltes se fomenter, révoltes qu'on prend grand soin de désavouer publiquement : les Cubains pour le compte de l'U.R.S.S., Israël pour le compte des U.S.A. ne sont pas ouvertement soutenus. Le double jeu permet de faire sentir à l'adversaire le poids de sa propre force et la gentillesse qu'on a de ne pas l'utiliser jusqu'au bout.

Ce à quoi il faut ajouter une troisième donnée, très importante : la réelle révolte des Vénézuéliens, la réelle volonté de survivre d'Israël, qui les poussent à des actes que les Maîtres du Pétrole ne parviennent pas toujours à contrôler.

Autre exemple de la complexité de cette partie d'échecs : les capitalistes ont attaqué l'Espagne de leur allié Primo de Rivera en 1930 lorsqu'elle a nationalisé son pétrole parce que la gestion en devait être en partie confiée au Syndicat des Naphtes russes (Rivera renversé, l'administration espagnole passa ses commandes à la Shell et à la Standard : preuve de l'ingérence des deux trusts dans cette affaire).

Mais inversement, en 1967, l'U.R.S.S. fournit du pétrole au général Franco lorsqu'il en manque.

A travers ces diverses contradictions, se dégage une double dynamique de la guerre permanente du pétrole :

a) Tous les états ont besoin de pétrole au même titre qu'un être humain a besoin d'air et cherche à en avoir le plus possible pour respirer.

b) Les possesseurs du pétrole (nous ne parlons évidemment pas des propriétaires du terrain) cherchent à avoir un monopole mondial et à éliminer toute concurrence.

En 1939, la richesse du sous-sol de l'U.R.S.S., jointe à la volonté d'indépendance de ses dirigeants, faisait pressentir en elle une dangereuse rivale. C'est contre elle qu'on unit donc ses forces. Nous raconterons quelques épisodes de cette lutte.

Citons le plus significatif : pendant que Hitler préparait l'invasion de la France au début de 1940, les généraux anglais et français envisageaient le bombardement des puits de Bakou ' territoire russe ' à partir des bases françaises de Syrie. Les documents relatifs à cette opération ont été

saisis à la Charité-sur-Loing par les Allemands, qui éprouvèrent bien entendu un vif plaisir à les publier. Le plus remarquable de l'affaire est qu'aucun des responsables de la préparation de cet attentat ne fut inquiété en 1945, alors même que les communistes étaient puissants au gouvernement : on ne saura sans doute jamais pourquoi.

L'U.R.S.S. ayant gagné la partie, les alliés, en même temps qu'ils faisaient main basse sur tous les territoires allemands, italiens, (mais aussi français, guettés par eux depuis longtemps), s'employèrent, sur une plus vaste échelle, à sous-développer l'Asie, dont les ressources naturelles, l'abondance et l'intelligence de la population pouvaient faire un jour ou l'autre un concurrent dangereux : sabotage de l'effort chinois, par le blocus stratégique en particulier, guerre de Corée, puis du Vietnam, répressions sanglantes en Indonésie,

sabotage de l'effort indien, en sont les péripéties les plus spectaculaires.

Cette cassure du monde en deux, un Occident riche, une Asie pauvre, est en réalité le fait d'un plan concerté : celui établi par George Marshall en 1948.

"L'économie occidentale s'est lancée dans une croissance d'environ 5% par an qui semble à tous une donnée naturelle résultant de progrès techniques.

Cependant, ceci n'a été réalisable que par le transfert de certains procédés techniques ou de gestion des états-Unis vers l'Europe occidentale et n'a été possible que parce que, malgré les alertes momentanées, la coexistence pacifique entre l'Est et l'Ouest n'a pas été réellement mise en jeu." (Jacques Dumontier, membre du Conseil économique et social, Le Monde, 6 août 1967.)

Ainsi vivons-nous sur une prospérité que nous ne devons qu'au sousdéveloppement de certaines parties du monde.

L'injustice dont nous sommes bénéficiaires est criante, et la Chine de Mao en est parfaitement consciente. Les progrès ahurissants qu'elle accomplit, sans aide aucune, dans l'exploitation de ses sources d'énergie, l'amènera probablement à acquérir les moyens de rétablir l'équilibre. Nul doute qu'il y aura des rebondissements explosifs. Nous n'avons

aucune raison d'imaginer un avenir tranquille où les civilisations se développeraient dans une entente harmonieuse.

S'il peut y avoir une lueur d'espoir, elle réside au fond des mers, dans ce qu'on appelle désormais le sixième continent, prolongement sous-marin des plates-formes continentales. Sa richesse en pétrole est, croit-on, énorme. On estime qu'une exploration systématique de ses gisements permettra bientôt de doubler les ressources mondiales. Sur les 785 milliards de francs qu'investira l'industrie pétrolière entre 1963 et 1972 (chiffre de l'Organisation Européenne de Coopération et de Développement, O.C.D.E.), une bonne partie sera consacrée à forer le fond des océans à partir de plates-formes flottantes.

Il devrait donc y avoir, répétons-le, du pétrole pour tout le monde. Des moyens de transport révolutionnaires ont même été prévus pour véhiculer cet afflux d'or noir : en particulier des sous-marins sans équipage, guidés électroniquement, et navigant à dix mètres au-dessous de la surface. Seul un problème technique relativement mineur risque de se poser : il s'agit, paradoxalement, d'un problème de diamants. Y en aura-t-il assez ' L'industrie pétrolière en utilise actuellement 4 400 000 carats, dont 10% synthétiques, pour les forages. Si ceux-ci doivent se multiplier, la pénurie menace. Il est vrai que l'industrie ' du diamant synthétique est moins brimée que celle du pétrole synthétique ... ;)

Le gros avantage théorique des gisements sous-marins réside dans le fait qu'ils risquent moins de donner lieu à des conflits nationaux susceptibles de s'envenimer. Pas de tribus à armer sur une île flottante. Pas de racismes à exacerber. Encore faut-il remarquer que ni le problème de la limite des eaux territoriales de chaque pays, ni celui de l'appartenance des fonds sous-marins, ne sont résolus. Les discussions juridiques, les notes diplomatiques, les recommandations du Conseil de Sécurité de l'O.N.U. ont trop fait la preuve de

leur inefficacité pour qu'on ne craigne pas de voir un jour une guerre éclater pour la possession d'un banc de sable.

Il existe donc une cryptocratie du pétrole. Un gouvernement occulte du pétrole. Il est malheureusement impossible, dans l'état actuel de l'information, et justement à cause du secret qui entoure les grandes manoeuvres pétrolières, de donner un visage, de mettre des noms précis sur cette puissance. Quelques auteurs trop imaginatifs se sont lancés sur ce sujet dans des exposés sans preuves. Si une troisième guerre mondiale devait être suivie d'un procès de Nuremberg allant "jusqu'au fond des choses" , peut-être alors aurions-nous des chances de voir surgir quelques liasses d'archives intéressantes ' ne serait-ce que sur les dessous de la guerre du Vietnam.

Pour l'heure, nous devons nous contenter d'une image approximative. Disons qu'il s'agit d'un monstre polymorphe.

Y a-t-il un plan directeur unifié pour la mise en coupe réglée de la planète ?

Y a-t-il une politique utilisant pragmatiquement au mieux les événements locaux ? Probablement un mélange des deux.

Y a-t-il une main mise complète sur les gouvernements ? Non. Des pressions souterraines, plutôt.

Des alliances suivies de dissensions, des luttes d'influence. II serait faux de dire que les états-Unis sont en réalité gouvernés par le pétrole. Il serait également absurde de prétendre que la puissance des grands trusts ne conditionne pas largement leur politique et la politique internationale. Il en va de même en U.R.S.S. où la Régie des pétroles soviétiques constitue la partie la plus importante de la centrale d'énergie mise en place par le gouvernement communiste pour la possession du monde. Rien de tout cela n'est simple, et la Russie, tout en soutenant d'une main la révolution algérienne, fait une concurrence acharnée à son gaz au même titre qu'au gaz hollandais de Groningue. Le projet de ravitaillement par la Société pétrolière nationale algérienne (Sonatrach) de l'Autriche, de la Bavière, de la Yougoslavie, de la Tchécoslovaquie et de l'Italie, vient de se heurter, au début de 1966, au projet soviétique de construction d'un gazoduc géant Lvov'Trieste.

D'où une rupture par les Algériens des conversations menées avec leurs acheteurs d'Europe Centrale. Nous sommes loin ici des proclamations triomphantes dont on nous repaît de tous côtés sur l'union sacrée de tous les prolétaires du monde comme sur la défense du monde « libre ».

La première, la seule révolution possible, à notre sens, réside dans une prise de conscience par tous des véritables conditions de notre vie. Il n'est que temps de constater la situation, dans son cynisme et sa crudité.

En 1952, un célèbre rapport américain établi à Washington par le F.T.C. (Federal Trade Commission, organisme chargé de lutter contre les trusts) a formellement accusé les sept grands du pétrole de contrôler 80% du pétrole international constituant ainsi de très loin le plus important cartel du monde. Les intéressés ont démenti. On peut évidemment douter de leur sincérité. Quant au huitième grand, la Compagnie Française des pétroles, sa grandeur est, malgré des efforts méritoires, encore assez relative. Nous n'en

prendrons qu'une preuve : l'accord signé le 10 janvier 1967 à Moscou entre M. Brunet, Directeur des Affaires économiques au ministère des Affaires étrangères et M. Gvichiani, Vice-Président du Comité soviétique de recherche scientifique, accord qui prévoit d'apporter une aide technique à notre pays pour la prospection, l'exploitation des gisements, et le perfectionnement des méthodes de forage.

Serions-nous un pays sous-développé ?

Quoi qu'il en soit, 80% ou non, cartel ou pas, existence réelle d'un gouvernement occulte ou complicité tacite au sommet, certains événements bizarres font réfléchir sur les méthodes employées par les Maîtres du pétrole ...

A moins qu'il ne s'agisse de simples coïncidences.

En octobre 1962, pour une raison encore inexpliquée, s'écrasait au cours d'un orage au-dessus de l'Italie l'avion d'Enrico Mattei, l'homme qui avait engagé pour le compte de son pays une dure bataille contre les trusts anglosaxons.

Mattei gênait beaucoup de gens. Il s'était fait de nombreux ennemis pendant la Résistance. Il avait eu des contacts suivis avec les Algériens pendant la rébellion. Il menaçait constamment de faire des révélations. Parce qu'il proposait des royalties de 80% contrairement aux 50% généralement accordés, aux potentats du Proche-Orient (fifty'fifty), l'entrée du Consortium International exploitant cette région lui avait été refusée. Enfin, et surtout, en 1960, il avait réduit de cinq lires par litre le prix de vente de l'essence en Italie, obligeant ses concurrents à en faire autant.

Jamais la preuve n'a été faite que son accident du 27 octobre 1962 ait été dû à un sabotage. Disons simplement que la disparition de cet individu qui refusait de respecter la règle du jeu et qui, surtout, menaçait de trop parler, a probablement arrangé un certain nombre de personnes ... dont ne font pas, bien entendu, partie les Italiens qui commencent à l'honorer à l'égal d'un grand libérateur.

Mattei a créé un mythe. Il a vécu dans son mythe. Il en est mort. "Le monde est devenu plus ennuyeux sans lui a", écrit son biographe P. H. Frankel (Mattei 011 and Power Politics. Faber, Londres, p. 27). Pour Mattei, le cartel avait une existence réelle. Il représentait les forces du mal. « Comme les Anglais pour Jeanne d'Arc », a-t-on dit à son sujet. Il aura au moins prouvé qu'un homme audacieux pouvait quelque chose contre les forces économiques. Nous rencontrerons bien des rebelles dans son genre au cours de ce livre. Ils ont tous fini dans des accidents. Et l'on n'a même pas toujours eu la pudeur, ou l'adresse, de travestir en accidents certains assassinats évidents.

En France, nous n'avons pas de Mattei mais nous avons un défenseur du pétrole français, Pierre Fontaine. Quiconque s'intéresse à la guerre secrète et notamment à la guerre occulte du pétrole doit connaître ses livres. M. Fontaine est toujours en vie, mais il a beaucoup de difficulté à faire connaître son oeuvre ; donnons-lui la parole avec un petit extrait de la postface de L'Aventure du Pétrole français (les Sept couleurs) :

« Mon premier livre sur les questions pétrolières passa entre les mains de neuf éditeurs parisiens avant d'arriver chez Dervy qui le publia autant par amitié pour l'auteur que pour l'intérêt qu'il portait au sujet. Le départ donné, mes livres pétroliers suivants s'éditèrent normalement et se vendirent bien, malgré le refus d'un grand quotidien de Paris et d'un important hebdomadaire d'insérer la publicité payante de l'éditeur. D'Amérique du Sud, du Canada, du Moyen-Orient et même du Japon, les lettres d'encouragement arrivèrent. Les arcanes pétrolières intéressaient ; il ne leur manquait que la publicité ... »

« Les tabous concernant le pétrole ne touchent pas que les ouvrages de réflexion. En 1946, j'écrivis un roman, El Bir, dont les 10 000 exemplaires furent rapidement épuisés ; il avait pour thème une aventure de prospecteurs de pétrole au Sahara et se prêtait à la confection d'un film d'espionnage économique avec folklore abondant. Trois cinéastes demandèrent des options sur ce roman. L'un fit écrire un synopsis qu'il soumit à la précensure cinématographique ; on lui répondit qu'il était impensable que des Arabes

attaquassent une exploitation française en Algérie, même pétrolière (inexistante à l'époque). L'autre reçut le conseil. de ne pas s'occuper d'un sujet traitant du pétrole. Je n'eus jamais de nouvelles du troisième... sans doute découragé par des remarques similaires. »

Il n'est pas facile, on le voit, de diffuser des informations sur le pétrole.

Et pourtant il est nécessaire d'en parler. Un éminent spécialiste des pétroles, M. Jean-Jacques Berreby, a dit un jour : « Le temps des vagues allusions est passé. »

C'est exactement notre opinion. Après tout, 24 000 Français sont tombés récemment en Algérie dans une guerre qui sentait le pétrole.

étre libre c'est d'abord avoir du pétrole. Se battre pour le pétrole, c'est en fait se battre pour la liberté : les Algériens l'ont parfaitement compris et M. Pierre Fontaine lui-même, qui ne les aime guère, reconnaît dans L'Aventure du Pétrole français que les Algériens défendent mieux leurs intérêts pétroliers que la France n'avait jusqu'à présent défendu les siens.

Le gouvernement séoudien a signé récemment avec la Régie Autonome des Pétroles Français un accord pour la prospection de la portion du territoire de l'Arabie Séoudite situé en bordure de la mer Rouge, et pour tous les offshores correspondants. Les négociations préliminaires se sont prolongées pendant deux ans. Attardons-nous un peu sur ce cas qui nous intéresse au premier chef. A cette occasion, M. Ahmed Zaki Al-Yamani, ministre séoudien des Pétroles, a déclaré notamment :

« Cet accord est une véritable victoire pour notre industrie pétrolière, car il constitue l'affaire la plus avantageuse qui ait jamais été conclue jusqu'à ce jour dans n'importe quelle partie du monde. Il donne, en effet, à l'Arabie Séoudite, le droit de s'associer à 40% du capital de la société formée pour exploiter le pétrole, après sa découverte en quantités commerciales. L'accord stipule, en outre, que les tribunaux locaux seront compétents pour régler les litiges éventuels. C'est la première fois dans l'industrie du pétrole qu'une société concessionnaire accepte de se soumettre aux décisions des tribunaux locaux. »

L'importance de cet accord réside, non seulement dans le fait que la France bénéficie à son tour des concessions pétrolières de l'Arabie Séoudite, jusqu'alors réservées aux compagnies anglaises, américaines et japonaises, mais aussi dans l'ouverture de la zone de la mer Rouge aux recherches pétrolières.

Toutes les concessions antérieurement accordées en Arabie Séoudite portaient en effet sur la région est du pays, c'est-à-dire les territoires arabes du golfe Persique, les eaux territoriales, et les off-shores de ce golfe. Aucune concession n'avait jamais été octroyée par le gouvernement séoudien dans la région de la mer Rouge. Si du pétrole (comme les premières études le laissent supposer) y est trouvé en grandes quantités, il bénéficiera d'une situation exceptionnelle. Les tankers qui le transporteront vers les marchés

méditerranéens et européens n'auront besoin que de 24 à 36 heures pour gagner le canal de Suez alors que les navires chargés dans le golfe Persique mettent cinq à six jours à l'aller comme au retour pour arriver à l'entrée du canal.

L'accord s'articule de la façon suivante pour ses modalités les plus

importantes :

1) Une société franco-séoudienne est formée 60/40 entre R.A.P. et Pétromin (toutes deux sociétés étatiques). Elle supportera selon ces mêmes proportions les frais d'exploration et d'exploitation, et répartira les bénéfices de la même manière.

2) L'état séoudien prélèvera, en fonction de la production des royalties progressives par paliers, soit 15% jusqu'à 3 millions de tonnes ; 17% entre 3 et 4, 20% au-dessus de 4 millions.

3) En outre, la société sera soumise à l'impôt sur les sociétés selon le taux de 40%.

4) Au bout de 10 ans, la société devra commercialiser elle-même la moitié de sa production, et après 15 ans, construire sur place une raffinerie pouvant traiter la moitié du tonnage produit. Cet accord entrera en vigueur après les premières découvertes exploitables.

Il est bien délicat de prévoir si le pourcentage des bénéfices pouvant revenir à L'état séoudien atteindra 65 ou 80%. L'important est que ce chiffre soit très supérieur aux 50% jadis accordés par les autres compagnies.

« L'affaire la plus avantageuse qui ait jamais été conclue jusqu'à ce jour dans n'importe quelle partie du monde », déclare donc Ahmed Zaki Al-Yamani : c'est exactement l'impression que nous avons eue après avoir examiné un bon millier de contrats de ce genre. Or, les signataires français de ce contrat ne sont pas des philanthropes.

Une conclusion s'impose donc : les pays producteurs de pétrole ont été exploités par tous leurs clients précédents. D'où leurs rébellions fréquentes. Si l'on pouvait savoir entre quelles mains sont tombés les ahurissants profits du cartel, il est probable qu'on découvrirait du même coup la véritable structure interne du gouvernement mondial du pétrole ...

Les trusts se défendent, bien entendu, de réaliser des super-bénéfices "comme ils se défendent de vouloir en quoi que ce soit gouverner la planète" et sans doute les responsables officiels sont-ils. effectivement inconscients dans la plupart des cas de cet état de fait. Ils estiment se trouver à la tête d'entreprises normales, réalisant des profits normaux destinés à être réinvestis pour se défendre au mieux dans le cadre de la libre concurrence capitaliste.

Citons à nouveau sur ce point le président d'Esso :

« La notion de péréquation des coûts de la matière première doit intervenir là, aussi bien d'ailleurs que celle des risques d'exploration, énormes, que prennent les grands groupes pétroliers et c'est pourquoi ces groupes doivent être grands et travailler à l'échelle mondiale : leurs bénéfices moyens, qui semblent formidables en valeur absolue, restent parfaitement raisonnables exprimés en pourcentages soit des investissements ; soit des chiffres d'affaires.

La prodigieuse fortune des pétroliers, dont le mirage ne fait plus guère rêver que l'homme de la rue, mais qui a cessé depuis longtemps d'impressionner les initiés, n'est plus

extraordinaire que par la grandeur relative des chiffres régulièrement publiés ; chiffres astronomiques au regard de ceux d'ailleurs souvent inconnus d'industries de dimensions plus modestes ... » (Serge Scheer Président d'Esso Standard S.A.F).

Telle est la version officielle.

En réalité, la plus grosse part des bénéfices provient de la production du pétrole beaucoup plus que de son raffinage ou de la vente de l'essence.

Un exemple : une commission d'enquête américaine a établi que, pendant la guerre de 39 - 45, la Marine américaine avait été obligée d'acheter du pétrole en Arabie à 1,05 $ le baril, alors que le prix de revient était de 25 cents à Bahreïn. La société qui avait réalisé cette magnifique opération avait été d'ailleurs financée par le Trésor américain sous le prétexte que c'était absolument indispensable à la poursuite de la guerre. On aurait pu renverser les données du problème et dire que la poursuite de la guerre était absolument

indispensable à ladite société de production de pétrole ... C'est ce que la commission Brewster ; chargée de l'enquête en 1947, a très brillamment établi.

Après quoi on étouffa le scandale ; le groupe (lobby) d'intérêts pétroliers étant extrêmement puissant aux états-Unis : On ne sait toujours pas où sont passés ces énormes bénéfices, et on ne le saura sans doute jamais.

Cela, le président d'Esso ne le dit pas. Il ne parle pas non plus des milliards de dollars dont disposent les groupes pétroliers pour effectuer des pressions politiques.

En revanche et là, il a parfaitement raison, lorsque le citoyen français paye son essence à la pompe, les pétroliers n'y gagnent rien que de tout à fait raisonnable : les trois quarts de l'argent vont à L'état sous forme d'impôts en chaîne, et le reste couvrira des frais normaux de raffinage et de distribution.

L'essence française est la moins chère du monde à la sortie de la raffinerie et la plus chère à la station service. ;)

On voit le paradoxe : les distributeurs d'essence ne sont pas plus responsables de la guerre du pétrole que, par exemple, le Français moyen ne l'est des tortures commises en Algérie. Et pourtant cette guerre se déroule bel et bien.

Dans son ouvrage, par ailleurs excellent, Le pétrole, un monde secret (Hachette) M. Jean Roume, qui doit être normand, écrit :

"Il est très difficile de déclarer abruptement que les bénéfices effectués par les sociétés de pétrole sont abusifs, mais il est difficile aussi de prétendre qu'ils ne le sont pas. Tout dépend du sens donné à ce mot, bien entendu."

Le lecteur comprendra peut-être, nous pas.

Disons simplement que les vrais Maîtres du pétrole ne font pas parler d'eux. On ne connaît ni leur fortune ni leur puissance. Disons également que le seul pays à avoir réellement nationalisé son pétrole, l'U.R.S.S., a failli plusieurs fois être détruit, et que, à chaque fois, on a vu se profiler derrière toutes les conspirations contre lui l'ombre des vrais Maîtres du pétrole, ceux qui n'arrivent pas toujours à s'entendre entre eux et dont les rivalités se traduisent par les guerres que nous voyons.

C'est un lieu commun chez ceux qui s'occupent des courants souterrains de la politique et du pouvoir que de dire au sujet de ces Maîtres inconnus : « Ils ont le bras long. »

On ajoute généralement : « Comme Mattei me le disait un peu avant sa mort. «

La suite dans le livre ... ^^

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usagi Membre+ 241 210 messages
E-mage‚ 69ans
Posté(e)
;) j'voudrais pas te vexer mais ton bouquin y date un peu , si tu veux te faire un idée de la situation actuelle , lit plutot : La Face Caché du Petrole , d'Eric Laurent , chez Plon ;)

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darknessfriends Membre 439 messages
Forumeur survitaminé‚
Posté(e)

j'avais commencer a lire, mais quand j'ai vu la longeur de ton message cela m'a decourager.

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