Aller au contenu

Le désenchantement du monde


Invité David Web

Messages recommandés

Invité David Web
Invités, Posté(e)
Invité David Web
Invité David Web Invités 0 message
Posté(e)

Le désenchantement du monde

Selon Daniel Salvatore Schiffer, les sociétés occidentales dérivent vers un "totalitarisme politico-économique" contre lequel il faut lutter.

S'il est une phrase qui caractérisa la seconde moitié du XXe siècle, après l'immense désastre que constitua sa première partie et ses deux guerres mondiales, c'est bien celle, désormais célébrissime, que prononça en 1963, année phare des fabuleuses Sixties, Martin Luther King : "I have a Dream." Car, de fait, c'est cette aspiration au rêve, matrice de toutes les révolutions inhérentes à l'indispensable progrès de l'humanité, qui présida, depuis l'émancipation de la femme jusqu'à l'abolition de l'apartheid, au développement de nos démocraties occidentales, fussent-elles européennes ou américaines.

La liberté - l'imprescriptible sens de la liberté - n'est-elle pas, du reste, le bien le plus précieux qui soit pour tout être humain ?

Notre liberté en péril

Mais, voilà, c'est là, précisément, que le bât blesse aujourd'hui, souvent pour le pire, au sein de nos sociétés occidentales, dites démocratiques : l'insensible mais graduelle perte, que ce soit au prétexte de la sécurité collective, de la rigueur économique ou de l'austérité financière, de nos libertés individuelles, sinon de nos droits les plus fondamentaux, pourtant acquis, au fil des légitimes revendications du siècle dernier, de haute lutte.

Car s'il est une donnée indubitable au sein de nos actuelles sociétés capitalistes - lesquelles, pour être libérales sur le plan théorique, ne sont pas toujours nécessairement libres au niveau pratique -, c'est que ce sont les économistes et financiers, les bureaucrates de l'Union européenne et les technocrates du Fonds monétaire international, eux-mêmes relayés par d'obscures agences de notation et autres traders véreux, qui y font, sans le moindre état d'âme, la loi. C'est là, précisément, ce qui est presque arrivé aujourd'hui, s'il n'y avait eu un salutaire sursaut de la part du peuple, aux pauvres Chypriotes : une arbitraire et directe ponction, sur leur compte bancaire même, de leur argent, sans avoir jamais demandé l'avis de personne, ressemblant furieusement, comme telle, à un véritable racket. Pis : un vol quasiment institutionnalisé ! Et ce avec l'aval, en outre, d'une Allemagne, État outrageusement dominant au sein de l'Europe, aux inquiétantes allures - une fois de plus, après les trois premiers "Reich", serions-nous tentés de dire - de Léviathan, cet infâme monstre biblique.

Dictature masquée et servitude volontaire

D'où cette question urgente : nos prétendues démocraties seraient-elles donc à ce point malades, ployant sous le tentaculaire poids de ce que Marx (je ne suis, faut-il le préciser, en aucun cas marxiste, bien que je reconnaisse, en l'occurrence, la pertinence de son analyse) appelait "le capital", qu'elles seraient en train de virer, sans que personne ne s'en rende vraiment compte, vers une forme larvée, soft mais efficace, pernicieuse et d'autant plus dangereuse, de fascisme ? Oui : un totalitarisme politico-économique qui ne dit pas son nom et qui, au faîte d'une hypocrisie n'ayant d'égal que son cynisme, s'avance, comme tel, masqué !

C'est dire, donc, s'il est temps, pour les authentiques démocrates que nous sommes, toutes tendances philosophiques confondues et par-delà tout clivage idéologique, de nous réveiller... si, du moins, nous ne voulons pas verser subrepticement, et pour le malheur de nos propres enfants, dans ce que le grand La Boétie (et le non moins sage Montaigne à sa suite) appelait paradoxalement, d'une formule dont la lucidité le disputait au tragique, la "servitude volontaire", elle-même funeste antichambre de ce que Hegel nommera, plus tard, la dialectique du "maître" (en d'autres termes, les puissants qui nous gouvernent) et de l'"esclave" (en d'autres termes, les asservis que nous sommes en train de devenir).

Absence de rêve et d'utopie

Mais le pire, en cet absurde drame humain où se joue l'avenir même de notre bonne vieille Europe, c'est que ce sont nos propres dirigeants - ceux-là mêmes que nous avons élus, au suffrage universel, sur base démocratique justement - qui nous précipitent aveuglément, pour ne pas dire stupidement et en tout cas de manière totalement irresponsable, vers cette déchéance annoncée. Preuve en est, s'il en fallait encore une pour s'en convaincre définitivement, la piètre prestation, ce jeudi 28 mars 2013, devant les caméras de télévision du service public, du président de la République, François Hollande, lequel, hormis cet air grave mêlé d'autosatisfaction apaisée, n'a rien proposé de concret, en guise de véritable projet de société, aux Français.

Non : aucune vision d'avenir, sinon, encore et toujours, de misérables chiffres de gestionnaire à la petite semaine ; aucun plan d'ensemble pour le pays dont il est à la tête, sinon de médiocres comptes d'apothicaire ; une affligeante pauvreté, pourtant doublée d'une non moins consternante dose d'arrogance, où ne triomphait que la seule inflation de son moi, d'un ego que l'on ne soupçonnait pas à ce point démesuré, quasiment autiste ! Hollande, à l'instar de la plupart des actuels chefs d'État en Occident, gère la France comme un simple mais mauvais patron d'industrie : au jour le jour, en bricolant, en parant au plus pressé, sans réformes de fond, sans stratégies structurelles, sans nouveauté, sans perspective, sans ambition, sans envergure, sans charisme, sans même apercevoir cette angoisse populaire qu'il génère, en tant que premier de ses concitoyens, pourtant. Bref : sans idées ni idéaux !

Lire la suite.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Annonces
Maintenant
Membre, Collabo, 48ans Posté(e)
Djizus Membre 3 400 messages
48ans‚ Collabo,
Posté(e)

Excellent article d'une lucidité parfaite.

Le péquin n'a plus de combat, n'a plus d'espoir et n'a plus de foi. La société dans laquelle il vit est aseptisée, lui fixe des objectifs mineurs pour le contenter de manière temporaire.

Il ne croit plus à rien d'autre que ce qu'on lui donne à croire, c'est à dire pas grand chose.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, Posté(e)
yacinelevrailefou Membre 519 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)

Oui, excellent article.

Et à mesure du temps l'on focalise l'essentiel sur ce qui ne fait hélas que l'instant. Le désenchantement du monde, lui, n'a pas d'époque bienqu'il ait un lieu : le notre. Lui donner des limites, le définir, c'est le faire exister, tout comme cet article non sans dénoncer fait exister ce "totalitarisme politico-économique". Mais de ce titre, les mots sont piégés : il y a des noms tus, des personnes qui se reconnaissent dans ces mots qui cachent en fait leurs identités. C'est parler à tout le monde de quelques "grands" et parler de tout le monde selon quelques grands. Exercice cependant réussi pour l'auteur plus gymnaste encore que l'audace du Point qui voudrait faire du concept la réalité, la réification de la propagande.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, ROCKNROLLA, 30ans Posté(e)
RogueThisParty Membre 1 808 messages
30ans‚ ROCKNROLLA,
Posté(e)

David Web tu nous apportes toujours des articles de grande qualité, c'est un plaisir de lire tes topics à chaque fois.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Invité David Web
Invités, Posté(e)
Invité David Web
Invité David Web Invités 0 message
Posté(e)

Merci.

"L'Etat est notre serviteur, nous n'avons pas à en être l'esclave"

A. Einstein.

http://www.youtube.com/watch?v=uOLJ5aqPgNY

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Annonces
Maintenant

Archivé

Ce sujet est désormais archivé et ne peut plus recevoir de nouvelles réponses.

×