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Théories conspirationnistes


GEORGE DORN

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GEORGE DORN Membre 49 messages
Baby Forumeur‚
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Le conspirationnisme (ou "complotisme") est une idéologie paranoïaque née de la généralisation de théories du complot. Il ne s'agit moins de défendre la théorie d'un complot que de considérer que celui-ci est global, omnipotent, et que rien ne peut le réfuter.

Elle consiste à prétendre (i.e. affirmer sans preuves , mais par l'instigation du doute) qu'un ennemi (généralement des autorités, qu'elles soient étatiques, transnationales, militaires, religieuses, financières, etc.) dissimule sa connaissance d'un certain nombre de faits ainsi que le contrôle de ses opposants (par la désinformation , la menace, etc.) dans le cadre d'un objectif inavoué.

En tant que croyance, elle propose une explication de la réalité indifférenciable d'une autre où la conspiration n'existerait pas (où les évènements porteurs sont expliqués autrement).

Principes

Il y a un crime (attentat, homicide, ...)

  • Sélection du coupable :
    • il n'y a pas de fumée sans feu : puisque rien n’arrive par accident (maladresse, négligence, incompétence, bêtise), alors :
      • à qui profite le crime ? les acteurs déduits de celle logique sont sélectionnés dans les ennemis du conspirationniste (des autorités dont il conteste les actions, les lois, les règlements, les propositions de changement...).

    [*]Choix de l'alternative : depuis l'avènement de l'Internet et la fin d'une société hiéarchique qui l'a accompagné (la connaissance est plus accessible, plus vérifiable... mais plus manipulable aussi) la vérité est ailleurs : la "vraie" information est considérée forcément "cachée", en tout cas ailleurs que dans les media mainstream, ce qui implique d'aller la chercher dans une société "à part", "fermée" (non publique) . Cependant, le dénonciateur de complots contemporain, qui se présente souvent en bon citoyen de la pensée moderne, déclarant plaçant tous les préjugés à distance, ne trouve que des arguments dans son enquête "ouverte" [5].

    • "Rationalisation" : Cette vérité est alors à inscrire dans un "tout" global puisquetout est lié (mais de façon occulte) : tout ce qui arrive est le résultat d’intentions ou de volontés cachées, décrites par un "grand récit" (une théorie de complot globale), donnant ainsi du sens à un monde qui n'en a pas, reliant des éléments indépendants au départ. Adaptation (via interprétation) du réel à ce grand récit.

Induction

A défaut d'être prouvée, la conspiration est présentée crédible selon les principes suivants :

  • Généralisation 4
    • Induction : Des mensonges et erreurs de la part d'autorités (étatiques, scientifiques, militaires, financières, etc.) ayant existé dans le passé, des conspirations sont donc toujours possibles.
    • Déduction : Puisque des conspirations sont possibles aujourd'hui, la conspiration particulière prétendue est jugée plausible a priori 5.

    [*]Adaptation via des justification ad hoc : Je ne présente que des faits. L'existence du complot est étayée, entre autres, pas élémentssubjectifs (non prouvés) tel que :

    • un procès d'intention (les auteurs supposés du complot ont tel ou tel objectif)
    • autre prétention non prouvée, comme souvent l'objet du complot lui-même (par exemple un complot visant à cacher l'existence d'extraterrestres sera justifié par... l'impact qu'aurait la révélation de leur existence).

    [*]Retournement de la charge de la preuve : Le complot est considéré crédible faute d'être réfuté, notamment parce que par définition il n'est pas prouvable s'il est efficace (et s'il est efficace, c'est peut-être qu'il existe). Il constitue dès lors une hypothèse infalsifiable. La preuve Le fait que l'on puisse se poser la question - pourquoi pas légitimement - de l'existence d'une conspiration n'implique pas que celle-ci soit prouvée. Je ne fais que poser des questions.

Cette généralisation se doit d'être suffisamment peu caractérisée (ne pas indiquer quelles conditions permettraient à la conspiration pour que ce phénomène se reproduise ? Quelles sont celles qui permettent de l'éviter ? etc.) qui permet de n'être invalidée que par peu de choses, de sorte que seule la nature et/ou la position des accusés (des "autorités" ou "puissances" quelconques, occultes ou non) semble justifier cette "loi".

Projection/adaptation

La théorie joue donc un rôle prépondérant dans le conspirationnisme. A défaut de preuves, la théorie est projetée (adaptée) sur les faits (au lieu de l'inverse) par une interprêtation ad hoc, ces derniers donnant ainsi l'impression de la valider (alors qu'en fait la théorie conspirationnistes'adapte aux faits, puis cite ces derniers comme des éléments objectifs de la théorie ainsi construite).

Ainsi toute déclaration, explication d'un phénomène jusqu'ici inexpliqué, aveux de canular, élément de l'actualité devient, non plus le point de départ d'un raisonnement, mais la finalité du chemin par laquelle la théorie de la conspiration doit passer. etc. Des exemples de telles interprétations ad hoc de faits peuvent être :

  • des événements :
    • Un exemple particulier de cette interprétation ad hoc des faits et que toute contestation de la conspiration ne peut que la confirmer(puisqu'elle ne peut être que l'oeuvre des conspirateurs eux-mêmes souhaitant protéger leur forfait).

    [*]l'absence d'événements :

    • A contrario, l'absence de contestation pourra être interprêtée comme une confirmation implicite. Ca n'a pas été nié officiellementimplique donc c'est vrai par une sorte dérive sémantique proche du dicton enfantin c'est le dernier qui a parlé qui a raison.
    • De même, le fait que la vie "réelle" ne montre apparemment rien de la conspiration (les gens semblent vivre "normalement", les états semblent avoir des préoccupations "ordinaires", etc.) est interprêté comme, au choix :
      • une efficacité du secret, une démonstration de la toute puissance des autorités qui fomentent la conspiration, qui seraient ainsi capables d'imposer une telle "normalité apparente". L'absence de preuve devient en quelque sorte la preuve du secret, la preuve du complot.
      • le simple reflet d'une phase préalable, de préparation du complot en développement progressif. La menace approche et, en bons croyants, ne seront sauvés que ceux qui s’y seront préparés

Précaution

Il faut se garder d'amalgamer la question du conspirationnisme avec celle de la vigilance, toujours nécessaire. C'est d'ailleur ce même regard critique qui permet de mettre en question le conspirationnisme.

La vigilance est un réflexe sain dans l'examen du propos des autres, et il est certainement tentant pour un esprit, légitimement inquiet face aux possibilités de manipulation (et d'autant plus qu'il est cultivé), d’appliquer son propre principe de précaution. Relayer des théories de conspirations ou les théoriser soi-même, serait en quelque sorte prévenir le mal. Un mal qui n'existe peut-être pas, mais pour lequel au moinson se sera préparé, on aura levé l'alerte s'il existe.

Et quitte à se préparer, autant se préparer au pire. Un pire qui n’est cependant jamais certain. A la mesure de la globalisation de nos vies, les craintes à la base du conspirationnisme sont régulièrement remplacées par d'autres, pires encore, dans une escalade qui entretient le conspirationnisme depuis toujours. Après les lobbies et les sociétés secrètes, les "gouvernements mondiaux" occultes orchestrant un "Nouvel Ordre Mondial" (New World Order, ou NWO), ce ne peut être qu'une conspiration d'envergure globale (pourquoi pas cosmique ?) qui nous menace... peut-être.

Décrire son inquiétude, la dessiner, et en alerter les autres, avec qui vous ne serez plus seul pour l'affronter. Peut-être ceux-ci vous rassureront-ils en démystifiant votre peur, ou peut-être réussirez-vous à leur transmettre votre virus. Ils loueront alors votre intelligence, qui a su reconnaître ce danger (hypothétique, mais on l'a déjà oublié) qu’ils n'avaient pas vu.

Symptômes

Egalement, une question centrale dans le débat sur le conspirationnisme est de savoir ce qui différencie une attitude conspirationniste d'une qui ne l'est pas. Il ne suffit bien sûr pas d'exprimer un doute ou même de parler de conspiration pour être conspirationniste, mais de :

  • ne pas appliquer le principe du rasoir d'Ockham : lorsque 1 explication avérée (visible) suffit, une autre est, non pas remplacée, maisajoutée à l'existante. Par exemple si un avion s'écrase sur un bâtiment et provoque un incendie menant à son effondrement, le conspirationniste ne va pas chercher en quoi cet événément était exceptionnel, mais plutôt y ajouter une cause supplémentaire (explosifs cachés par exemple).
  • voir une conspiration à l'oeuvre en permanence dans la vie de tous les jours : les informations, les produits que l'on achète, les livres publiés, les films qui sortent, etc. tous sont interprêtés comme ayant un rapport dde près ou de loin avec la conspiration (un mécanisme comparable à celui de la croyance religieuse, où tout événement de la vie est supposé être soumis à la volonté divine ominipotente ). De fait, plusieurs études montrent que croire à une conspiration incite à croire à une autre .
  • ne trouver aucun élément qui pourrait invalider une théorie de complot : encore une fois être conspirationniste n'est pas de croire à un complot, mais de ne voir rien qui pourrait le réfuter. La théorie du complot en question devient alors irréfutable, infalsifiable, comme toute croyance. Elle précède l'observation des faits et s'y adapte .

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