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La loi des séries?


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Expulsion des sans papiers de la rue du Chevaleret : chronique d'une maltraitance ordinaire

13 Juillet 2012

Vendredi 6 juillet, un collectif de sans-papiers investit un immeuble vacant rue du Chevaleret, dans le XIIIe arrondissement. Ils demandent des logements décents. Après avoir dépêché les forces de lordre sur les lieux, la préfecture prend un arrêté de péril et procède à lévacuation de limmeuble dimanche matin aux premières heures. Des militants, venus apporter leur soutien, racontent : de lexpulsion à la dispersion, chronique d'une maltraitance ordinaire...

7h50 Lorsque nous arrivons sur les lieux, lexpulsion est terminée. Epuisées par deux jours de squat dans un bâtiment insalubre et surpeuplé, une cinquantaine de personnes se sont réfugiées sur une place adjacente, où elles font face à une ligne de CRS. Plus bas, lentrée du squat est peu à peu murée.

Sur les visages se lisent lassitude et découragement, mais aussi un certain soulagement : lexpulsion sest déroulée dans le calme, sans violence ni arrestation. Le nouveau gouvernement a respecté une tradition républicaine bien ancrée : on ne profite pas dune action collective pour arrêter les sans-papiers. Il faudra malheureusement se satisfaire de ces petits soulagements : les familles expulsées vont rapidement le découvrir à leurs dépens.

8h30 - Les discussions sengagent sur la suite à donner aux évènements, mais tournent vite en rond. Les expulsés réalisent peu à peu que le mouvement est fini et quils nont pas obtenu ce quils revendiquaient : des papiers pour certains, des logements pour dautres. Certains proposent de rester camper sur place, dautres de chercher un nouveau bâtiment à occuper. Ils le savent, le temps qui passe joue en leur défaveur. Peu à peu la fatigue gagne du terrain.

10h Un vent glacé s'est levé, et la pluie commence à tomber. Un commissaire de police, surgi de nulle part, savance et nous interpelle dun ton peu courtois : « Si vous nêtes pas partis dans une heure, je fais intervenir mes troupes pour attroupement sur la voie publique ». La menace est claire même si la catégorie juridique invoquée est floue. Nous avons beau expliquer quil faudra sans doute plus dune heure pour disperser le rassemblement, que certaines familles ne savent pas où aller ni où dormir, rien ny fait. Il insiste : dans une heure lattroupement sera dispersé de gré ou de force.chevaleret.jpg

10h30 - Les expulsés, parmi lesquels on compte une femme enceinte de huit mois et une demi-douzaine de familles avec enfants en bas âge, se demandent avec anxiété où dormir cette nuit.

Nous proposons de solliciter le Samu Social de Paris. Dans notre esprit, les choses sont simples : laccueil en hébergement durgence peut être sollicité par simple appel au 115 ; il est inconditionnel sans distinction de statut administratif. Le Code de lAction Sociale et des Familles prévoit ainsi que « toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès à tout moment à un dispositif dhébergement durgence » (article 345-2-2).

Notre proposition n'a soulevé que réticences et scepticisme. En effet, beaucoup de familles ont déjà sollicité le 115 à de nombreuses reprises. Elles nous expliquent se voir refuser régulièrement des places dhébergement du fait de leur situation administrative.

Elles craignent les hôtels meublés insalubres où elles ne peuvent même pas faire à manger pour leurs enfants, les foyers glauques aux chambres sans fenêtres, parfois aux confins de lIle de France, en zone 5 RATP.

Elles racontent quelles sont très souvent remises à la rue au petit matin, sans autre perspective que de rappeler le 115. On évoque, surpris, le principe de continuité de lhébergement : la loi prévoit que « toute personne accueillie dans une structure dhébergement durgence doit pouvoir () y demeurer, dès lors quelle le souhaite, jusquà ce quune orientation lui soit proposée ». Nos interlocuteurs se contentent de rire.

Tous affirment ne pas vouloir être dispersés dans des hébergements différents ils ont commencé la lutte ensemble, ils la finiront ensemble.

11h Chacun se résigne à la difficile réalité : le 115 est la seule piste disponible pour trouver un toit. Musique dambiance, serveur vocal dans toutes les langues répétant inlassablement « ne raccrochez pas, un agent va vous répondre ». Après plus dune demi-heure dattente, un agent nous explique que la situation est trop complexe quil va nous rediriger vers son supérieur: lattente recommence.

12h30 Lassées, quelques familles sont déjà parties pour chercher leurs propres solutions quand le Samu Social nous prend enfin en charge. Lagent nous demande de relever le nom, le prénom et la date de naissance de toutes les personnes souhaitant solliciter un hébergement pour la nuit. La tâche est longue et laborieuse mais nous nous exécutons.

13h30 Une heure plus tard, fort de notre liste détaillée, nous rappelons le 115. La musique redémarre, lattente également. 20 minutes passent et nous finissons par obtenir un agent qui entreprend denregistrer les demandes il finit par nous expliquer que ces informations ne sont pas suffisantes. Il a également besoin de connaître la situation administrative précise (nature du titre de séjour, état de la demande de régularisation) de chacun ainsi que les ressources, la nationalité, le lieu de naissance, le lieu de scolarisation des enfants. Lurgence est une notion manifestement relative. Lheure que nous avons passée à récolter des informations na servi à rien, chacun doit prendre le téléphone et répondre à un questionnaire interminable. Il faudra près de 45 minutes par famille.

Nous sommes manifestement les seuls étonnés de cette situation. Pour ces familles, cette situation insupportable est manifestement banale ; une maltraitance administrative ordinaire. Seules trois familles se plient avec résignation à lexercice, les autres sen vont. Elles connaissent déjà la fin.

15h30 « Allo Madame ? Oui, on est désolé mais par contre là on va rien pouvoir faire pour les familles ; cest dimanche, on na pas de place disponible ». Plus de quatre heures de démarches pour rien ?! Nous insistons. Le Samu Social finit par nous conseiller la mise à labri aux urgences ou dans un commissariat. Les dernières familles se dispersent. De toute évidence personne ny croyait .

Cette situation na hélas rien dexceptionnel. En Ile de France un usager doit aujourdhui composer en moyenne 9 à 10 fois le numéro durgence avant dobtenir satisfaction; deux appels sur 3 restent sans réponse et la moitié des demandes dhébergement formulées auprès du 115 restent sans solution. Cette réalité traduit un manque chronique de logements durgence. En Ile de France, il manque 70 000 places. Les structures daccueil sont sous pression, incapables de faire face à la demande. En été, cette situation est aggravée par la fermeture des places des dispositifs hivernaux. Cécile Duflot sétait engagée à mettre fin à cette gestion « au thermomètre » de lhébergement durgence... avant de reculer face aux exigences déconomies budgétaires de Bercy.

Cette journée aux côtés des sans-papiers en lutte a été pour nous une plongée dans la dure réalité de leur quotidien : la vulnérabilité, linvisibilité, limpuissance, le sentiment de ne pas compter. La maltraitance administrative liée au 115 nest quun exemple parmi dautres du mépris social inacceptable quils subissent chaque jour.

Face à lexpression de cette détresse sociale, les pouvoirs publics nont réagi que par le mépris et lindifférence. La préfecture, avertie de la situation dès le vendredi soir, a décidé de lévacuation du squat sans sinquiéter du sort des expulsés, sans anticiper les difficultés de mise à labri des familles et des enfants. Pendant deux jours, les expulsés ont eu la police comme seul interlocuteur officiel...

La stratégie des pouvoirs publics est sans équivoque. En dispersant un attroupement qui na rien dun trouble à lordre public, ils rendent invisibles les plus précaires. Comme si les situations durgence sociale allaient disparaître une fois le rassemblement terminé.

Cette stratégie dévitement masque difficilement l'incapacité des politiques à sattaquer aux questions de fond que sont la régularisation des sans-papiers et la crise du logement. Nen déplaise à Manuel Valls, il nest pas acceptable que tant de personnes, du fait de leur situation administrative, vivent dans la peur, la précarité, lincertitude du lendemain, labsence complète de droit ; sans autre choix que de sentasser dans des logements dégradés, insalubres, pour des loyers exorbitants, ou de mendier une place pour une nuit au 115. Le gouvernement Ayrault se doit de trouver des réponses à cette situation, ce qui ne saurait passer que par une politique de régularisation massive.

Il devra aussi répondre au problème du mal logement, à lheure où la France compte 3,6 millions de mal logés et où lÉtat se retrouve hors la loi faute de pouvoir assumer les exigences du droit au logement opposable. Il y a urgence, et on ne saurait se satisfaire de voeux pieux et de pétitions de principe.

Eve (militante associative) et Hugo (militant Parti de Gauche 13e arrondissement)

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Membre, 39ans Posté(e)
chimeria Membre 2 273 messages
Baby Forumeur‚ 39ans‚
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Les sans papier sont des hors la loi qui doivent etre expulser conformément à loi .. je sais pas moi,il y a un collectif pour les voleurs sans abris ? pffff

On a tellement de pauvreté chez nous que l'ont cherche comment loger des étrangés illégaux .. syndrome de la médiocrité

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Invité ella voyage
Invités, Posté(e)
Invité ella voyage
Invité ella voyage Invités 0 message
Posté(e)

Les sans-papiers sont d'abord et avant tout des êtres humains, tout comme moi, vous, nous, ils, elles

Syndrome de la médiocrité, oui, peut-être et même sûrement beaucoup.

Mais la médiocrité, chez qui la placer?

Chez qui?

En qui?

J'aimerais beaucoup savoir la réponse à cette question, ce serait plus simple et plus rapide alors à résoudre.

Oui, j'aimerais beaucoup.

Personnellement, je n'ai pas la réponse. Pas faute de l'avoir cherchée, et même parfois mise en des personnes, avec un très gros brin de mauvaise humeur, j'avoue, humblement.

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