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10 mai : Élection présidentielle française de 1981


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10 mai : Élection présidentielle française de 1981

L'élection présidentielle française de 1981 a désigné, à l'issue des scrutins du 26 avril et du 10 mai, le quatrième président de la Ve République française et le premier président socialiste de l'histoire du pays, François Mitterrand. Elle a mis fin à 23 années de pouvoir de la droite, la plus longue période de continuité politique en France depuis l'Ancien Régime.

Elle a permis l'alternance politique au bénéfice de la gauche, et au vainqueur François Mitterrand, après ses deux échecs précédents, d'exercer le premier de ses deux septennats. Pour la première fois depuis l'établissement du suffrage universel pour cette élection, la présidentielle a eu lieu à l'issue d'un septennat complet du président sortant. Durant son mandat (1974-1981), ce dernier, Valéry Giscard d'Estaing, a pâti d'une politique économique impopulaire dans un contexte de crise.

Il est le premier président sortant battu au suffrage universel, en France. Cette élection a été marquée par des affrontements internes virulents. Dans la majorité ont été avivées les tensions entre les partisans de l'ancien Premier ministre gaulliste Jacques Chirac et les partisans de Valéry Giscard d'Estaing, issu de la droite libérale. Dans l'opposition, la fin de l'Union de la gauche quelques années plus tôt a ranimé l'antagonisme entre le Parti socialiste et le Parti communiste, l'avantage progressivement pris par le premier étant entériné par cette élection.

Situation économique

Crise

La période de forte croissance économique des Trente Glorieuses s'achève avec les conséquences du choc pétrolier de 1973 provoqué par la guerre du Kippour. Cependant, plusieurs économistes, dont le Premier ministre Raymond Barre, signalent que la hausse vertigineuse du baril de pétrole ne suffit à elle seule à expliquer la crise économique qui touche les pays occidentaux. Celle-ci est causée également par la dérégulation du système monétaire international, consécutive à la fin de la convertibilité dollar/or décidée par le président américain Richard Nixon en 1971, et confirmée lors des accords de la Jamaïque en 1976. En 1974, l'inflation en France commence à prendre de l'ampleur (18,8 % au premier trimestre).

Le gouvernement est alors face à un problème presque insoluble : réduire l'inflation, sans compromettre la croissance et donc le taux d'emploi. En tant que ministre de l'Économie et des Finances sous Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing a déjà, depuis le début des années 1970, agi sur l'un et l'autre levier alternativement, sans réelle ligne directrice. Lorsque ce dernier est élu président de la République, la politique économique est d'abord menée, dans le gouvernement de Jacques Chirac, entre 1974 et 1976, par le ministre Jean-Pierre Fourcade.

Le plan de réduction de l'inflation alors mis en place (hausse des taux d'intérêts, économies budgétaires et énergétiques, remboursement des crédits de la Banque de France, etc.) a comme effets secondaires le ralentissement de la croissance, la baisse de la production industrielle, et une forte poussée du chômage, qui double pratiquement en un an, le chiffre symbolique du million de chercheurs d'emploi étant dépassé en 1975. Les jeunes et les régions industrialisées du Nord-Est et du Sud-Est sont particulièrement touchés par cette conjoncture. Pour autant, l'inflation, accompagnée par la hausse des salaires, reste à un niveau élevé, ce qui marque, en France, le début d'une période de stagflation.

Les mouvements sociaux se multiplient, notamment à cause des préoccupations liées à l'emploi. Un plan de relance par la dépense publique est lancé fin 1975. La reprise économique se confirme, mais elle s'essouffle dès l'été 1976. En outre, la situation de l'emploi ne s'est pas améliorée, et la balance commerciale ne cesse de se dégrader, en grande partie à cause des importations énergétiques, et de la faiblesse du franc, malmené sur le marché des devises. La crise s'avère en fait plus sérieuse et plus complexe que prévu.

La nomination de Raymond Barre en remplacement de Jacques Chirac, en août 1976, souligne la volonté du président de faire de la réponse à la crise économique la priorité du gouvernement. Novice en politique mais économiste réputé, le nouveau Premier ministre cumule le poste de ministre de l'Économie, et fixe comme objectif principal la lutte contre l'inflation et la stabilisation de la monnaie.

Son plan, préparé en concertation avec les organisations syndicales, comprend des mesures de rigueur budgétaire, avec entre autres l'augmentation des impôts et l'instauration de nouvelles taxes comme l'impôt-sécheresse ou la vignette automobile. Confronté à l'hostilité de l'opinion publique vis-à-vis de sa politique, qui suscite d'importantes manifestations et des critiques tant de l'opposition que des gaullistes réunis autour de Jacques Chirac, Raymond Barre adopte de nouvelles mesures en contradiction avec son propre plan. Cependant, en 1977, les indicateurs du chômage, de l'inflation et de la balance commerciale sont encourageants, même si la situation est encore fragile.

Tournant libéral et second choc pétrolier

Après la victoire serrée de la droite aux législatives de 1978, Raymond Barre engage des réformes économiques plus profondes, ce qui est considéré comme un tournant libéral, posant la libre concurrence comme un principe essentiel, allant de pair avec l'abandon progressif des dispositifs protectionnistes. Le nouveau ministre de l'Économie, René Monory, doit superviser la suppression du contrôle des prix. Sans mésestimer les risques d'inflation immédiats, Raymond Barre pense que sa politique ira dans le sens inverse à long terme. Dans le même temps, il cherche à assainir la gestion des entreprises publiques et à restaurer l'épargne des ménages.

Début 1979, le deuxième choc pétrolier et la Révolution iranienne font à nouveau flamber le cours du pétrole, et à nouveau, les indicateurs économiques de la France sont dans le rouge. Raymond Barre prétend que ses réformes ont permis d'amortir le choc, ce que conteste l'opposition, qui considère que le Premier ministre a une excuse toute trouvée pour masquer ses mauvais résultats, en particulier dans le domaine social. De fait, si les résultats de la politique gouvernementale sont positifs quoique fragiles pour les chiffres de la croissance ou des taux de changes, la situation de l'emploi a continué à se dégrader, et le nombre de chômeurs a dépassé la barre des 1 300 000 à la fin de l'année 1979.

De plus le pouvoir d'achat commence, pour la première fois, à baisser, le déficit de la sécurité sociale devient inquiétant, et l'industrie sidérurgique connaît un déclin brutal. En dépit de ce contexte maussade, plusieurs secteurs et réalisations témoignent de la force de l'économie française : Airbus, le programme spatial Ariane, le téléphone, l'informatique, et aussi l'industrie nucléaire, dont le programme a été intensifié lors du septennat de Valéry Giscard d'Estaing, malgré la contestation que celle-ci génère.

L'année 1980 est une année particulièrement noire pour l'économie française, et le gouvernement semble impuissant. L'inflation reprend de plus belle, la production industrielle baisse, la croissance est faible et le déficit commercial a quintuplé, en grande partie à cause de la facture pétrolière qui a plus que doublé. La France compte désormais 1 660 000 chômeurs, soit 7,3 % de sa population active, quatre fois plus que sept ans auparavant. À quelques mois de l'élection, le bilan du président est sérieusement entaché par un septennat de crise économique.

Bilan du président

Valéry Giscard d'Estaing retarde le plus possible sa déclaration de candidature, pour conserver la dignité que lui confère son statut de président, mais personne n'est dupe de sa volonté de briguer un second mandat. Son bilan fait l'objet de deux critiques répétitives de la part de ses adversaires. D'abord, sa gestion de la crise économique est jugée mauvaise. Les chiffres récents de l'Insee ne plaident pas en sa faveur. La production industrielle a chuté de 4,5 % en un an, la consommation des ménages baisse, le déficit commercial a été multiplié par quatre depuis 1979. Ensuite, sa politique étrangère apparaît confuse. La gauche socialiste aussi bien que la droite gaulliste lui reprochent sa bienveillance vis-à-vis de l'Union soviétique.

Le 10 mai 1980, soit un an avant l'élection, dans une interview accordée à l'hebdomadaire L'Express, Valéry Giscard d'Estaing avait déjà estimé avoir fait les trois quarts de ce qu'il avait l'intention de réaliser au cours de son mandat. Le 31 décembre 1980, le président sortant adresse, comme de coutume, ses vœux à la nation. Selon lui, la France est sur la voie du progrès, notamment en matière d'indépendance énergétique, soulignant le rôle croissant du nucléaire. Le 27 janvier, sur Antenne 2, tout en devant se justifier par rapport à l'affaire des diamants de Bokassa, il défend sa politique étrangère, affirmant son objectif de maintenir la paix, excluant le « retour du colonialisme » et le « retour de la France dans l'OTAN ».

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