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29 avril 1720. Paris étripe ses flics accusés d'arrestations arbitraires. Ah le bon temps !


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Invité David Web
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29 avril 1720. Paris étripe ses flics accusés d'arrestations arbitraires. Ah le bon temps !

Depuis des mois, enfants, femmes, vagabonds sont arrêtés arbitrairement et expédiés dans la colonie du Mississippi.

avril-562157-jpg_386972.JPGIllustration © DR

La colère parisienne couve depuis plusieurs semaines, voire depuis plusieurs mois, avant d'éclater ce lundi 29 avril 1720. Des centaines d'artisans, de portefaix, de domestiques, de commerçants se rassemblent aux carrefours armés de bûches, pavés, bâtons, outils et épée pour leur servir d'armes.

La chasse aux archers du guet et aux exempts de l'armée est ouverte. Le gibier devient chasseur. Dès que l'un d'eux est attrapé, il est massacré. Tiens ce pavé dans la gueule, tiens ce bâton dans les côtes ! À la fin du jour, une dizaine de représentants de la loi font déjà la queue devant saint Pierre. Et bien davantage encore s'échappent, heureux de n'être que blessés par la foule en colère.

La rue Saint-Antoine et le pont Notre-Dame ont connu les plus sanglantes échauffourées. La description de cette journée nous a été laissée par De Lisle, greffier au Parlement de Paris : "La populace s'était soulevée dans différents quartiers de la ville contre un grand nombre d'archers ou gens préposés pour prendre les vagabonds et gens sans aveu pour les conduire à Mississippi, parce que sous ce prétexte ils arrêtaient depuis quelques jours toutes sortes de personnes sans distinction, hommes, femmes, filles, garçons, et de tous âges, pour les y faire conduire aussi pour peupler le pays."

Voici le fond de l'affaire, la raison de l'ire parisienne : la Compagnie des Indes (ou encore Compagnie du Mississippi) appartenant au financier John Law a besoin de centaines, de milliers de colons. Or, l'appel au volontariat ne donne pas grand-chose. La Compagnie a beau soudoyer les journalistes de son temps pour publier des articles vantant la vie de colon, le rêve américain ne prend pas.

Un autre témoin du temps, Mathieu Marais écrit : "Il semble que l'on veuille faire sortir tous les Français de leur pays pour aller là. On ne s'y prend pas mal pour faire de la France un pays sauvage et en dégoûter les Français." S'il n'y a pas de volontaires, il y a toujours la possibilité de déporter les pauvres bougres croupissant dans les prisons ! Ils ne sont pas suffisamment nombreux ? Pas grave, c'est tellement facile de remplir les prisons. Bien avant Sarko, on connaissait déjà la recette pour traquer les indésirables.

Des dizaines de milliers de SDF

Copain comme cochon avec Philippe d'Orléans, régent de France, John Law obtient la publication de l'ordonnance royale du 10 mars 1720 prescrivant l'arrestation de tous les pauvres hères de la capitale sans domicile fixe. Ils sont des dizaines de milliers dans ce cas ! À l'époque, les SDF grouillent dans la ville et le droit opposable au logement est encore moins respecté par l'État qu'aujourd'hui (oui, c'est possible !) Les archers du guet ne savent plus où donner de la tête. Mais cela ne suffit pas.

Le 28 mars, une nouvelle ordonnance menace les domestiques, les gens sans aveu et les artisans qui agiotent rue Quincampoix d'être expédiés, eux aussi, en Louisiane et dans le Mississippi s'ils continuent à spéculer en bas du domicile de Law. Il faut dire qu'une spéculation effrénée se déroule dans la rue où les esprits enfiévrés par l'espoir d'un gain d'argent achètent et vendent les actions de la Compagnie des Indes. En une journée, des domestiques deviennent bien plus riches que leur maître, tandis que d'autres spéculateurs sont ruinés. Pour stimuler l'ardeur des archers et exempts, la Compagnie des Indes offre une pistole par personne livrée outre leur solde quotidienne de vingt sols. Inutile de dire que les arrestations se multiplient. Et tant qu'à faire, autant attraper des gosses pour ménager sa peine. D'où la colère des Parisiens.

À la date du 14 mars 1719, dans le Journal de la régence, Jean Buvat écrit : "On tira des hôpitaux de Bicêtre et de la Salpêtrière cinq cents jeunes gens des deux sexes pour les embarquer à La Rochelle et les transporter au Mississipi. Les filles étaient dans des charrettes et les garçons allaient à pied, avec une escorte de trente-deux archers." Les charters de l'époque, sauf qu'en ce temps-là la France exportait ses propres ressortissants...

En septembre, Buvat note encore : "On apprit aussi de La Rochelle que les cent cinquante filles qu'on y avait envoyées de Paris pour être transportées au Mississipi s'étaient jetées comme des furies sur les archers, leur arrachant les cheveux, les mordant et leur donnant des coups de poing, ce qui avait obligé les archers de tirer leurs fusils sur ces pauvres créatures, dont six avaient été tuées et douze blessées ; ce qui avait intimidé les autres de telle sorte qu'elles se laissèrent embarquer."

Les prostituées, très nombreuses à cette époque, constituent également un gibier très recherché. Jean Buvat indique encore que les autorités parisiennes ont offert la possibilité à 180 filles ramassées sur le pavé de Paris de se choisir un époux parmi les hommes de la prison du même prieuré. "Après laquelle cérémonie, on les fit partir liés d'une petite chaîne deux à deux, le mari avec la femme, suivis de trois charrettes chargées de leurs hardes, et pour les soulager de temps en temps, ou pour voiturer ceux ou celles qui se trouveraient malades en chemin, escortés par vingt archers, pour les conduire à La Rochelle et de là être transportés au Mississipi, dans l'espérance d'une meilleure fortune."

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Zarathoustra2 Membre 8656 messages
Surhomme Nietzschéen‚ 45ans
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Rien de nouveau sous le Soleil.

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