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24 mars 1976 : Isabel Peron est renversée par un coup d'Etat.


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Invité David Web
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24 mars 1976 : Isabel Peron est renversée par un coup d'Etat.

Le 24 mars 1976 une dictature militaire s’installait au pouvoir en Argentine. Elle durera jusqu’en 1983. On estime à 30 000 le nombre de disparus. Grâce à l’Opération Condor, elle étendra son champ d’action à d’autres pays d’Amérique latine, tout aussi peu soucieux du respect des droits de l’homme. Triste anniversaire, mais aussi porte aujourd’hui ouverte sur l’espérance grâce au combat mené depuis trente ans par tant de défenseurs de la justice et de la vérité. Pour célébrer cet anniversaire, Dial publie les quatre documents ci-dessous, avec la collaboration de notre correspondant Martin Burgos, économiste et militant des droits de l’homme.

Adolfo Perez Esquivel, Prix Nobel de la Paix : « 30 ans pour la vérité et la justice »

Au nom de l’espace

Mémoire, Vérité et Justice,

Buenos Aires, mars 2006.

La mémoire nous aide à illuminer le présent et à engendrer le futur dans la vie des peuples et dans nos propres vies. L’histoire est faite de la mémoire de la vie des peuples qui s’est construite à travers le temps, avec ses lumières et ses ombres, dans la douleur et dans la résistance. L’Argentine est encore toute ébranlée, elle qui a été violentée par la dernière dictature militaire et par toutes les dictatures imposées à l’Amérique latine par les Etats-Unis au nom de la doctrine de la sécurité nationale. Les coups d’Etat militaires et tous leurs mécanismes de terreur avec leurs méthodes qui ont provoqué des assassinats, des tortures, des disparitions de personnes, la destruction de la capacité productive du pays, ainsi que des milliers d’exilés dispersés dans le monde entier, tout cela reste en notre mémoire.

Cela fait aujourd’hui 30 ans de résistance pour la vérité et la justice. Dans ce long cheminement, nous voulons rendre hommage à toutes les personnes amies, à tous les gouvernements et à toutes les organisations solidaires du monde qui ont partagé notre lutte à partir de chez eux, en développant des campagnes de soutien et en protestant devant les organismes internationaux comme l’ONU, l’Organisation des Etats américains, l’Union européenne et le Parlement européen, mais aussi auprès des gouvernements, des Eglises et des syndicats pour dénoncer les atrocités commises par la dictature militaire imposée à partir du 24 mars de l’année 1976 jusqu’en 1983.

Dans la mémoire collective du peuple, il reste encore bien des procès en suspens qui mènent à l’impunité juridique. Il faut pourtant continuer à rechercher les coupables, à clarifier toute cette période et à emmener devant la justice tous les responsables de ces crimes de lèse-humanité.

Nous pouvons signaler ici le Plan Condor, appelé aussi « l’internationale de la terreur », qui étendait ses tentacules bien au-delà de nos frontières en assassinant, en séquestrant et en faisant disparaître, pendant les transferts, des prisonniers et des prisonnières lors d’opérations effectuées dans divers autres pays. De même aussi, plusieurs entreprises nationales et internationales ont agi en complicité avec la dictature militaire et des médecins se sont portés garants des tortures et ont même maintenu en vie des prisonniers pour qu’on puisse continuer à les torturer. En faisant cela, ils ont trahi leur mission auprès de la société.

Autre chose toujours en suspens mais qui s’éclaircit peu à peu, c’est la récupération de l’identité par des enfants séquestrés ou disparus pendant la dictature militaire. Aujourd’hui, ils sont devenus des personnes adultes et ils peuvent assumer leur propre histoire et la partager avec le peuple.

Beaucoup d’entre nous, nous sommes des survivants de cette époque de terreur et nous persévérons aujourd’hui dans notre engagement pour construire des chemins nouveaux et trouver de nouveaux idéaux afin de bâtir des sociétés plus justes et plus fraternelles. Nous devons signaler que tout ceci est possible grâce à la solidarité des organismes internationaux, de certains secteurs des églises et de certains syndicats qui ont soutenu la lutte et la résistance du peuple contre l’autoritarisme de la dictature militaire et de ses complices. De tous les coins du monde, d’Amérique latine, des Etats-Unis, du Canada, d’Afrique, des pays nordiques et d’Europe, nous avons reçu beaucoup de solidarité.

Nous faisons mémoire de tout cela, et nous réaffirmons encore notre engagement pour continuer la recherche de nouvelles règles de vie orientées vers la construction démocratique et la mise en place des droits de l’homme comme valeurs indivisibles.

Rappelons encore la mémoire de la lutte et du courage de la centaine de journalistes qui ont donné leur vie pour défendre la vie, en dénonçant les atrocités commises par la dictature et en subissant la censure et les persécutions. Ils restent le symbole de la dignité humaine dans la défense de la liberté et des droits de l’homme.

Les causes et les conséquences de ce qui s’est passé hier restent très liées avec celles d’aujourd’hui. Nous savons que l’on récolte toujours ce que l’on a semé et, après 30 ans de résistance, la lutte continue.

Les gouvernements changent, mais le système, toujours aussi pervers, continue à privilégier le capital financier plutôt que le capital humain. Ce système condamne aujourd’hui plus de dix millions d’Argentins, des hommes, des femmes, des jeunes, des personnes âgées et des enfants, à vivre dans la pauvreté et l’indigence. Non seulement, on a volé leurs économies de base qui leur étaient nécessaires pour mener une vie digne, mais aujourd’hui, on prétend leur voler aussi l’espérance.

On nous a imposé une dette extérieure immorale, injuste et, de toute façon, impayable. Cependant, les gouvernements se soumettent toujours aux dictats du Fond monétaire international et de la Banque mondiale et continuent à la payer. De plus, des bases militaires nord-américaines sont implantées dans tout le continent, et dans l’hypothèse d’un conflit, l’ennemi, pour les forces armées, ce sera le peuple. Tout ceci nous démontre que les mécanismes et les idéologies de domination n’ont pas été abandonnés.

Nous devons aussi faire mémoire de tout ce qui demeure de façon permanente dans notre esprit et dans notre coeur, et rester toujours présents auprès des peuples originaires, nos frères et nos soeurs indigènes, qui ont souffert de la persécution, de la mort et de l’oubli dans le plus grand génocide de l’histoire du continent. En particulier dans notre pays, l’Argentine, lors de ce qu’on appelle « La Campagne du Désert ». L’histoire de la résistance de ces paysans indigènes, alors dépouillés de leurs terres, se répète aujourd’hui. Maintenant, on vend leurs terres à des entreprises internationales, on spécule, on réprime les manifestations sociales et on continue à marginaliser les indigènes. Pendant ce temps, les autorités et la justice regardent d’un autre côté.

Les hommes et les femmes qui se sont engagés dans les luttes sociales, avec comme idéal de changer les mécanismes d’oppression et de mort et de construire des chemins nouveaux pour la vie et la dignité, restent les vraies semences de la vie, eux qui ont donné la leur pour parvenir à plus de liberté et d’égalité pour tous.

Après 30 ans de lutte pour la mémoire, la vérité et la justice, nous sommes maintenant affrontés à la réalité d’aujourd’hui. Malgré toutes les difficultés, les peuples restent debout. Cependant, de nouvelles perspectives et de nouveaux horizons apparaissent dans la vie des peuples. Cela ressemble aux ruisseaux souterrains qui, tout à coup, surgissent à la surface de la terre et changent le cours de la géographie et de l’histoire. Aujourd’hui, dans tout le continent, la résistance et la pensée indépendante se manifestent à partir des organisations sociales et même de certains gouvernements qui commencent à prendre conscience de la réalité et à créer leurs propres valeurs pour essayer de rompre les chaînes de la domination.

C’est dans cet esprit que nous voulons partager avec vous. Nous voulons vous demander de vous souvenir de ces 30 années de lutte pour la Vérité et la Justice avec ces trente mille disparus qui sont toujours présents dans notre mémoire et dans la résistance. Le 24 mars, nous allons faire une marche, depuis le Congrès jusqu’à la Place de Mai, en souvenir de tous ceux qui ont lutté pour construire une société nouvelle et qui ont posé des jalons sur les chemins de la libération des peuples. Ils ont trouvé de nouveaux idéaux et ont donné du sens à la vie pour les générations actuelles et pour les générations futures.

Il reste encore un long chemin à parcourir. Au bout de ces 30 ans, nous voulons aussi partager avec vous ces quelques instants de réflexion afin de nous rendre plus forts dans la résistance pour que « Plus Jamais » ne puisse se reproduire ce que nous avons vécu, non seulement dans notre pays, mais aussi dans tout le continent et même dans le monde entier.

Nous voulons enfin vous remercier pour votre solidarité et pour le soutien que vous nous avez toujours apporté, et vous dire aussi que la lutte pour la vie et la dignité des personnes et des peuples continue.

30 000 disparus restent. Présents ! Maintenant et toujours.

Note : Isabel Martinez de Peron : en savoir plus.

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