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Casa de clovni


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Jolane Membre 911 messages
Forumeur accro‚ 33ans
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Bonjour,

Certains d'entres vous ont peut-être déjà compris que j'étais actuellement en Roumanie. Je fais des études d'institutrice et je suis ici pour un erasmus et des stages.

J'effectue un de mes stages dans une association qui s'appelle casa de clovni (la maison des clowns) et qui travaille à rendre la vie des jeunes des rues meilleure, entre autres par le cirque.

En écrivant mon rapport pour l'école, je me suis dit que ça pourrait être intéressant pour d'autres, donc j'ai choisi de le partager.

On sent un peu l'instit, et l'étudiante qui parle, mais néanmoins bonne lecture..

Stage à la « casa de clovni »

Introduction

J'ai choisi de faire mon stage complément à la casa de clovni pour plusieurs raisons. La première est d'orde « humanitaire », je suis intéressée par l'aide aux plus démunis en général. Souvent, l'aide est matérielle ou financière, ici il s'agit d'aider les enfants à s'occuper, à avancer, à grandir, à travers des activités de cirque, mais aussi des heures « d'école » et des moments de temps libre.

La tâche est complexe, il s'agit d'aller trouver les enfants (qui sont en fait plutôt des jeunes dont l'âge varie entre 10 et 25 ans plus ou moins) dans la rue, de leur proposer de venir au chapiteau, et ensuite de faire en sorte qu'ils profitent au mieux de ce moment.

La seconde raison est d'ordre plus « pédagogique » ou « scolaire », comme je le dis plus haut, il y a dans les heures d'activité prévues des heures de « facultatea », ce sont des heures « d'école », demandées par les enfants, où ils peuvent apprendre à lire, à écrire à calculer, la géographie, les sciences, l'actualité. Avoir un rôle de « professeur » plus que « d'éducateur » avec des enfants d'âges très différents, ne vivant pas du tout dans les mêmes conditions que chez nous et étant souvent très déstabilisés m'intéresse énormément.

La dernière raison est d'ordre plus personnel, quand on se promène dans la rue et que l'on voit ces enfants sans les connaitre, on ne peut pas faire grand chose d'autre que soit leur donner à manger, une cigarette, de l'argent,... et induire par là une relation de mendicité dégradante pour les deux parties, soit faire semblant de ne pas les voir et petit à petit les effacer...

Une fois que l'on connait mieux ces enfants, pour avoir participé aux mêmes activités, pour avoir échangé, une autre relation se construit. On leur accorde un regard d'égal, quand on les croise dans la rue et qu'on peut leur dire « Salut, ça va? On se voit bien mercredi à la padura verde? » c'est quand même autre chose...

Commencement...

Nous pensions pouvoir commencer le stage à la casa de clovni dès notre arrivée. Ce ne put être possible, parce que la ville ne voulait plus accorder de terrain pour planter le chapiteau, il fallut quelques semaines d'attente, durant lesquelles nous passions régulièrement aux caravanes pour prendre des nouvelles.

Et puis un jour, ça y est, on nous annonce le programme de la saison, l'horaire des mercredis, les jours prévus pour les sorties en rues, et quelques règles à suivre sous le chapiteau que je décris ci-dessous.

  • On se serre la main pour se dire bonjour (même entre animateurs si les enfants sont présents)


  • Les jeunes ne peuvent pas avoir leur sachet d'Aurolac ( peinture métalisée dont ils inhalent les solvants) durant toute leur présence avec les animateurs, ils sont étiquettés et les enfants peuvent les récupérer en partant.


  • Ils ne peuvent pas non plus fumer pendant les activités, mais des « pauses clopes » sont prévues pour tous.


  • On se lave les mains avant le repas, et les dents après.


  • En tant qu'animateur ou observateur, on ne donne pas à manger quand ce n'est pas le moment prévu, pas d'extra, et pas à un enfant en particulier, on ne donne pas non plus de cigarette, et , bien sûr, pas d'argent.


  • C'est toujours un jeune qui prépare le repas, pour ça il est choisi au sort (ils sont nombreux à vouloir le faire) au début de l'après-midi, ensuite il reçoit un budget, va faire les courses lui-même avec un animateur qui l'accompagne, puis se débrouille seul pour préparer un repas de son choix.


  • Les enfants ne peuvent pas aller dans les coulisses où l'on range le matériel.


  • En tant qu'animateur, spécialement lors des repas, il faut faire attention à se « mélanger » c'est-à-dire ne pas faire un côté de la table avec les enfants, l'autre avec les animateurs.


Un gros changement pour cette année, le chapiteau ne sera plus installé dans le parc des roses en plein centre, mais à une demie heure de là en tram, dans le musée ethnographique de Timisoara, à la padura verde... Il faudra s'y rendre en tram et motiver les enfants à se déplacer jusque là...

L'horaire pour cette saison est prévu, le voici:

13h00: Passer chercher les enfants dans le complexe et à la gare, et faire le chemin en tram ensemble (les enfants peuvent venir seuls)

14h00: Accueil (les enfants reçoivent un sandwich)

14h30: Cirque (ateliers tournants)

16h00: Pause

16h30: Facultatea

17h30: Pause

18h00: Expression libre (dessin, musique, histoire, regarder...)

19h00: Repas tous ensemble

Première après-midi

Ca y est, cette fois-ci c'est pour de vrai. Le chapiteau n'est pas encore monté mais nous nous rendons quand même à la padura verde, parce que c'est ce qui a été convenu.

Nous avons rendez-vous avec Dominique devant le camin à 13h. Quand nous arrivons, il est déjà avec deux jeunes, on se présente en se serrant la main. Jusqu'à la sortie du complexe on récupère une petite dizaine de jeunes, le plus jeune a une dizaine d'années, le plus vieux doit avoir 25 ans. Au pont, on s'arrête, Dom doit passer chercher un sac à dos pour ranger les sachets d'Aurolac à la caravane. Nous l'attendons accompagnés des jeunes. A ce moment, la moitié des jeunes se désistent, pas envie de bouger si loin, pas envie de donner le sachet. Les autres qui viennent avec nous sont motivés.

A la sortie du tram, Dom prend les sachets d'Aurolac. C'est un drôle de moment, de voir ces enfants donner leur drogue, Dom mettre une étiquette avec leur nom dessus et tout ranger dans son sac. On aurait l'impression qu'il s'agit des doudous des enfants de maternelle. On se remet en route pour arriver dans une grande prairie.

On s'installe en cercle, Dom explique en roumain ce qui va se passer concrètement ici, ils connaissent tous les jeunes, ils sont tous déjà venus les années précédentes. On se lave les mains et on mange un sandwich.

Cette après-midi au programme, vu qu'on n'a pas le chapiteau, théâtre et jeux. Mais avant tout, un échauffement! On se met tous en rond et on fait des petits exercices (imaginer qu'on est un arbre et se grandir, une grenouille et sauter, un oiseau et voler,...). A ce moment Bidesti , un garçon de 22 ans en a marre, il veut partir. Il demande à partir et Larissa lui rend son sachet. Normalement quand on part, on part, mais là c'est en plein air dans un terrain public, Bidesti, son sachet dans les mains reste à nous regarder faire les grenouilles. Ca le fait bien rire, mais il y a quelque chose de triste dans son regard, surtout quand Larissa et Dom lui font comprendre qu'il ne devrait plus être là puisqu'il a son sachet dans les mains.

Après l'échauffement, le théâtre commence. Un jeu assez simple, deux équipes, tour à tour un membre de chaque équipe doivent jouer ensemble. Ils reçoivent un papier sur lequel est écrit ce qu'ils doivent jouer. Arianna explique à ceux qui ne comprennent pas le roumain ou ne savent pas lire. Un nain rencontre une cantatrice, Robin des bois rencontre un psychopathe hurlant. C'est génial, tant de différences, et tant de facilités à se comprendre et à interagir. Vive le théâtre et tout le monde rigole bien.

Après avoir bien rit, un peu de relaxation, on travaille la respiration ventrale. Les réactions des gamins sont très différentes, certains sont très concentrés, d'autres ont l'air de s'ennuyer et d'autres rigolent comme des fous.

C'est la pause. Les garçons jouent au football, j'apprendrai plus tard à ne pas dire « foot ». Christina (une jeune) prépare les sandwichs avec Larissa.

Bidesti est toujours là, il range son sachet lui-même et demande à Dom de soigner sa main blessée (une égratinure, il a envie qu'on s'occupe de lui...)

Viennent les jeux. Un sacré groupe de joueurs, Justine et moi, les gens de Casa de clovni, les gamins des rues de tous les âges et mes amis de Belgique qui ne parlent pas un mot de roumain mais sont venus avec nous. Et pourtant, la communication se fait sans problème et tout le monde prend plaisir à jouer.

On joue au jeu du foulard (chacun un numéro quand on dit les numéros les personnes concernées doivent aller chercher le foulard (en fait c'est une massue) au milieu avec la main dans le dos. Au début c'est assez comique, les jeunes ne retiennent pas bien leur numéro et en plus Dominique fait des blagues. Par contre pour compter les points là il n'y a aucune erreur de calcul.

On joue ensuite à la balle au prisonnier. Les deux tireurs sont sans pitié et on se fait bien vite éliminer.

On arrête, on va se laver les mains, boire un coup. On mange un sandwich sous les arbres et voilà déjà la fin de l'après-midi. Il est temps de rentrer. On décide de reprendre le tram avec les gamins jusqu'au centre-ville. Sur le chemin, Dom rend les sachets d'Aurolac, c'est une vision étrange, quand on sait qu'une demi-heure avant on jouait au jeu du foulard. Benone me demande si moi aussi j'ai un sachet. Il sait très bien que non... Il éclate de rire.

Le tram arrive, c'est le moment le plus dur, la séparation. On va rentrer chez nous, eux vont rentrer... dans la rue, encore. Ce moment se fait sans longs adieux, « Salut, à la semaine prochaine ».

On se retrouve entre animateurs dans le parc des roses où les caravanes sont restées. Pendant les activités, Larissa a pris à part chaque enfant pour lui redemander son nom, s'il avait besoin de quelque chose au niveau social (papiers, démarches administratives,...) ou médical. Cette fois il y avait 12 jeunes.

Dans le tram, Dom a demandé aux jeunes ce qu'ils avaient pensé de l'après-midi. Ils étaient tous plutôt contents, et sont pressés de revenir la semaine prochaine. Encourageant.

Deuxième après-midi:

Comme la semaine dernière, nous avons rendez-vous devant le camin à 13h, cette fois-ci avec Larissa. Quelques garçons sont là, Iochka, Ionuts, Dani, Benone, ils vont chercher Christina.

En passant sous le pont, Dani va chercher Bidesti qui semble heureux de nous voir. On reprend le tram et c'est parti. De nouveau, sur le chemin on prend les sachets. Bidesti me le donne cette fois-ci avec un grand sourire. Cette fois-ci, le chapiteau est monté, et nous rentrons dans le musée en plein air. C'est un musée extérieur, il y a des maisons ancienne à visiter. On ne peut pas y aller, ni s'y promener. Il faut rester sur le terrain d'herbe qui est à notre disposition, c'est déjà pas mal.

On s'assied derrière le chapiteau, Dominique explique le programme, les règles par rapport au musée, aux cigarettes, aux activités dans le chapiteau.

Petit rappel des prénoms, c'est difficile, mais on va y arriver. Nous avons l'habitude maintenant de retenir des dizaines de prénoms rapidement, mais ce n'est pas le cas des jeunes!

On fait les groupes pour le cirque. Il y a trois ateliers: jonglerie, acrobatie et équilibre. Dominique anime la jonglerie, Marie l'acrobatie et et David l'équilibre. Je fais un groupe avec Bidesti et Dani, nous allons d'abord à la jonglerie. Je ne suis pas plus douée que les enfants et j'apprends comme eux. Dani se débrouille bien, on voit qu'il a déjà pratiqué, Bidesti est plus maladroit et a besoin d'être rassuré. Dominique veille à changer d'exercice assez souvent pour ne laisser personne dans un échec. Il met beaucoup de sa personne dans l'apprentissage de la jonglerie, il « communique avec la balle » et ça la rend moins effrayante. C'est un apprentissage très progressif et pour cette fois on ira pas plus loin que lancer deux balles en même temps.

Ensuite, on joue à utiliser la balle comme si c'était autre chose. Chacun son tour, et vivement encouragé par les autres participants. Dominique et moi-même participons autant que les enfants.

Nous passons à l'atelier acrobatie. Bidesti se plaint encore de sa main, et Dani de son poignet, ça rend les exercices limités. Au bout de 15 minutes Bidesti en a marre et s'assied. Il est néanmoins encore présent et n'hésite pas à rire quand je rate mes cumulets. Dani est plus sérieux et persévérant, malgré sa gène au poignet.

Finalement, on va dehors, à l'atelier équilibre. Dan teste la boule d'équilibre le premier, moi ensuite, mais Bidesti n'ose pas. Qu'importe, il faut que quelqu'un soit debout à côté de la balle quand je me mets dessus, et il prend son rôle au sérieux. Dani, toujours aussi motivé, sautera au-dessus de la balle que j'échange avec David au moins 80 fois. Une petite révision de comptage pour eux, et de comment on dit les nombres en roumain pour moi!

C'est la pause. Les garçons jouent au football et regardent les grenouilles dans le bassin d'eau. Christina s'occupe de préparer le souper avec Larissa. Je vais aider Dom à préparer la facultatea. Il s'agit d'une leçon d'histoire et géographie, et il faut faire une grande ligne du temps.

On installe les bancs et on s'installe tous pour le cours de Dominique. Il y a une frise du temps très grande ( à peu près 8m). L'an 0 est indiqué, ainsi que l'an 500; 1000, 1500 et 2000, ainsi que les traits des siècles tracés. Dominique fait réfléchir les enfants. « Aujourd'hui on se trouve ici » « Qui sait ce que représente le 0? » La première activité est de remettre les siècles manquant. Chaque enfant est envoyé pour écrire sur la ligne du temps plusieurs fois (les siècles sont donnés dans le désordre), les plus avancés reçoivent uniquement leur siècle et se débrouillent, les autres viennent écrire un à un les chiffres qu'on leur dicte à la bonne place. Ce n'est pas grand chose, mais c'est déjà pas mal. Il y a une grande entraide et un grand respect. Ceux qui savent ne se vantent pas et laissent chercher ou donnent un petit coup de main aux autres.

On passe à une explication plus « théorique » de géographie. Il y a un grand planisphère, les jeunes doivent essayer de retrouver le nom de chaque continent que Dominique montre avec de l'aide. Dominique raconte qu'avant on pensait que la terre était plate, raconte comment on commencé les grands explorateurs etc... C'est assez ex catédra et Iochka dort (ce n'est pas une expression, il dort vraiment) appuyé sur le bras de Bidesti que ça fait bien rire. Bidesti lui ne comprend pas de quoi il s'agit, il n'entend pas bien (il est malentendant, je ne sais pas à quel point), il regarde d'un oeil un peu incompréhensif. En fait il est plus occupé à me regarder écrire dans mon cahier. L'activité suivante va tomber à pic.

En partant deson histoire sur les grands explorateurs, Dominique revient à la partie plus « histoire ». Chaque jeune reçoit trois ou quatre fiches avec un personnage important de l'histoire. Bidesti reçoit Cristofer Colomb, Vlad Tepes et Decebal. Il ne comprend pas de quoi il s'agit. D'ailleurs les autres doivent à peine comprendre ce qu'ils ont dans les mains, ils ne retiendront pas c'est sûr, ça va beaucoup trop vite. Mais bon, on fait du concret, on remet les personnage à la bonne place sur la ligne du temps, en entendant une petite histoire sur eux.

Le nom du personnage important est écrit au crayon, et avant de venir placer la fiche sur la ligne du temps, il faut le repasser au marqueur. Un véritable moment de bonheur de voir Bidesti appliqué comme pas possible, me montrer qu'il écrit. La leçon d'histoire n'a plus beaucoup d'importance à ce moment là, il repasse le nom de Cristofer Colomb. Je le réécris dans mon cahier en cursive comme lui et il le reconnait. On ne parle pas vraiment, on est au cours et comme je ne parle pas fort il n'entend pas. Mais on échange, ça c'est sûr. Je lui écris son nom, puis le mien, puis celui d'Ursula, puis Marie, Dominique, Floriane. Il les retient par coeur et a l'impression de lire. Il va accrocher sa fiche sur la frise, écrit sous la dictée « 1492 » et vient se rasseoir, très content de lui. On laisse Iochka dormir, ces enfants n'ont pas l'occasion de faire de bonnes nuits... Ca y est, les grandes figures de l'histoire sont installées sur la frise. Il faudra encore du temps pour tout comprendre et retenir, mais les jeunes ont construit quelque chose, c'est important.

Dominique distribue quelques livres de la maisons des clowns; ce sont des livres racontant ce qui s'y fait depuis 5 ans, avec des photos, vendus en France pour 20 euros. Les enfants les parcourent, reconnaissent les copains sur les photos, se souviennent des activités menées. C'est un moment très agréable, et Bidesti prend soin de me dire le nom de chaque personne qu'il voit sur une photo. C'est à son tour de m'apprendre quelque chose...

On va jouer au football. David me prévient après que j'ai dit bien fort « Ouais on va jouer au foot » de dire « football » et pas « foot », que c'était un mot vulgaire en roumain, c'est malin...

On rentre, le deuxième Dominik (un étudiant polonais) est là avec sa guitare. On joue à un jeu chanté polonais. La moitié des jeunes ne veut pas jouer, mais tout le monde rigole bien. Il faut dire que l'on est en train de crier chanter « Ibrimbrimrm, Imbrimrmbro »... c'est assez folklorique.

Dominik essaye de nous apprendre une chanson en polonais, il est très motivé mais personne n'arrive à refaire la même chose que lui. La prochaine fois il amènera le CD.

Le souper est prêt, Christina nous a préparé de la ciorba de pui (comprenre bouillon de poulet). La table se met, elle tient à servir tout le monde et à manger debout car il n'y a pas assez de place. Son sourire s'agrandit à chaque «Multumesc frumos pentru masa » (merci beaucoup pour le repas) et tout le monde digère et prend un repos bien mérité.

Les enfants partent en tram, cette fois-ci on part en voiture, ils sont déjà partis avant qu'on puisse leur dire au revoir... A la semaine prochaine!

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