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Tout ce qui a été posté par Mobrac
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Merci à toi. Vu la canicule j'ai proposé un instant de douceur. Les anciens appelaient cela le remémoré; c'était souvent des histoires de soldats que des instituteurs écrivaient au front car ils écrivaient le Français alors que d'autres ne parlaient que leurs langues régionales. Cette nouvelle abrégée volontairement fait suite à Louis et ses boeufs mort à Verdun. J'ai rencontré un vif succès avec ces nouvelles. Tout simplement parce qu'elle sont vraies. Il me semble mais pas certain que c'est Hugo qui disait : le roman c'est la vie privée des nations . Tu as vu juste avec la peinture car j'écris par touches. F.C.H
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Il est des lieux où le monde semble s'arrêter, où le bruit incessant de la vie moderne se fait oublier, et où la nature reprend ses droits. Les chemins de halage en sont un exemple parfait. Ces sentiers discrets, bordés de verdure et de fleurs sauvages, serpentent paisiblement le long des canaux, loin des tumultes de la circulation, invitant à la rêverie. Ils sont des refuges pour l’âme. Ces chemins tranquilles, à l’horizon flou, offrent une pause suspendue, un instant où le temps se dilate, presque suspendu. Le silence qui les habite n'est pas celui de l'isolement, mais de la contemplation. Chaque pas sur ces chemins est une invitation à plonger dans l'introspection, à faire une pause dans le flux perpétuel de l'existence. Les arbres, majestueux, frémissent doucement sous la brise, et les fleurs sauvages murmurent un hymne à la simplicité. La lumière tamisée par les frondaisons apporte une dimension presque magique à chaque instant. Ces lieux, chargés de mémoire, respirent un autre temps, celui des hommes des canaux, les seigneurs des fleuves, qui régnaient sur les eaux sans autre voile que celui des chevaux qui les guidaient. Leurs voix, désormais emportées par les vagues de l’histoire, laissent pourtant une empreinte invisible, un souvenir qui fait naître une douce nostalgie. Les chemins de halage portent en eux une mémoire silencieuse, une sorte de mystère lumineux qui touche à la fois le corps et l’esprit. Maryline, elle aussi, appréciait ces lieux. Ensemble, nous parcourions à vélo ces sentiers discrets, loin des regards et des bruits du monde. La fin de journée venait avec la douceur d’un vent qui portait l’odeur du bois brûlé, et nous dressions la tente, là, au bord de l’eau. Autour du feu, je prenais ma guitare, et nos voix se mêlaient dans la nuit paisible, créant une mélodie qui semblait s’échapper de l'ombre des arbres. Tout était gratuit, et pourtant chaque geste, chaque mot, chaque moment semblait être un luxe inouï. Nous vivions cette illusion d’une richesse simple, authentique. Loin de tout, mais dans un équilibre parfait avec le monde, nous goûtions à l’extase du présent, celui que seul un instant volé peut offrir. Un jour, ce rêve que nous caressions depuis si longtemps est devenu réalité. Nous avons loué une penichette pour descendre le Canal du Midi. C’était un vieux rêve, une promesse faite à nos cœurs d’aventuriers, jeunes et insouciants. Le matin de septembre, nous avons pris le large, et le bateau est devenu notre monde. Chaque manœuvre, chaque mouvement, chaque bruit du moteur semblait appartenir à un autre temps. Nous étions les capitaines de notre propre aventure, maîtres du temps et des eaux, un peu plus proches de l’éternité. Le voyage n’était pas seulement celui des paysages qui défilaient devant nous, mais aussi celui de notre âme, qui se libérait des contraintes du quotidien. Les après-midis étaient dédiés à l’insouciance. Nous cueillions des fleurs des champs, décorant notre bateau comme un tableau vivant. Chaque fleur posée semblait témoigner d’une époque révolue, une époque où la beauté naissait du plus simple. Le soir venu, nous nous baignions nus dans les eaux tièdes, enveloppés par l’étreinte douce du crépuscule. Je posais des lignes de fond, espérant qu’une carpe viendrait mordre à l’hameçon, mais même sans prise, le moment semblait déjà une fête. Simple, silencieuse, et pleine de magie.Le matin, le temps suspendu laissait place aux petits villages qui bordaient le canal. Le marché était un lieu de rencontre, un lieu vivant où le monde semblait se fondre dans la simplicité. Les couleurs des étals, les sourires des passants, la chaleur des échanges… Nous achetions des oignons doux et des anguilles, que nous faisions griller sur le feu. La sauce, une crème fraîche réduite à l’estragon, était un luxe qui n'en était pas un. C'était la simplicité même, mais c'était suffisant. C'était le véritable luxe. Maryline était toujours vêtue de longs vêtements légers qui flottaient au vent. De ces jolies robes entrouvertes que Flore prêtait aux pavots des campagnes. Elle était, en quelque sorte, l’incarnation même de cette nature généreuse, sauvage, sans fard. Chaque mouvement, chaque sourire était un hommage à la beauté du monde, à cette simplicité qui rendait tout exceptionnel.Nous avons continué notre périple jusqu’à l’étang de Thau. Là, nous avons observé les oiseaux, puis navigué sur l’eau salée. La mer nous offrait ses trésors : dorades et coquillages, et même le poisson que nous avons pêché, nous l’avons vendu à la sauvette, à moitié prix. Peu importe. Ce n'était pas l’argent qui comptait, mais l’expérience de la vie elle-même. Le soir, après avoir marché sur la plage, nous écoutions la mer dans les coquillages, laissant l’écho des vagues nous bercer. Une chapelle résistait aux vents et au temps, et nous y entrions, humbles et silencieux, pour nous imprégner de la chaleur des pierres anciennes et de la douceur des peintures fanées. L’automne est arrivé, avec ses couleurs dorées et orangées. Le soleil, plus doux, plus calme, baignait le Canal du Midi dans une lumière chaleureuse. C’était l’automne d’un autre temps, un automne qui semblait éternel. Les feuilles tourbillonnaient autour de nous, comme si chaque instant, chaque souffle, chaque souvenir se mélangeait à ce passage tranquille du temps. Un automne fait de promesses murmurées, de silences partagés, et d’une beauté indéfinissable qui flotte encore dans l’air. Il y a si longtemps maintenant, et pourtant tout semble si proche.
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Oui, comme ces enfants qui dessinaient des rectangles pour des poissons. Ils ne mangeaient que des carrés panés, ou des bâtonnets.
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Bonjour. J'ai toujours mesuré cette chance, c'est pour ça que j'ai écris cette nouvelle. Il y à des époques dans les époques si j'ose dire.
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Il y a deux jours, je me suis arrêté dans un bar, en route pour la pêche, juste pour boire un café. Comme dans beaucoup de bars, une grande télévision trônait au fond. Je n’en ai plus chez moi depuis des années, préférant les soirées silencieuses devant mon poêle à bois. Pourtant, la beauté des images m’a capté tout entier. C’était un reportage animalier sur les bélougas, ces baleines blanches aux allures irréelles, qui vivent dans le Saint-Laurent. Ce cétacé, si parfait dans sa forme, a inspiré Airbus : l’un de ses avions porte la silhouette de cette majestueuse baleine. Voir ces animaux évoluer dans des eaux d’une pureté cristalline, leur danse fluide, leur éclat blanc, m’a envahi. Ils semblaient joyeux, curieux, presque humains dans leur insouciance. Un troupeau, guidé par l’instinct grégaire, évoluait dans cet écrin bleu. Mais un danger, implacable et silencieux, menaçait cette beauté. Ce prédateur, c’est l’orque. Orca, le tueur impitoyable. Jusqu’à ce jour, expliquait le narrateur, les orques ne s’aventuraient pas ici, le niveau de l’eau étant trop bas. Mais la fonte des pôles, sans doute alimentée par l’activité humaine, a élevé les eaux. Désormais, les orques pouvaient venir chasser, sur ce territoire nouvellement ouvert. Blasé par la télévision et ses éternelles litanies sur la transformation des habitats par l’homme, je suis resté devant l’écran, absorbé jusqu’au bout. Sitting Bull, le grand chef sioux, avait dit avant d’être assassiné, et nous le savons tous : « Lorsque le dernier arbre aura été abattu, le dernier poisson pêché, la dernière rivière empoisonnée, alors l’homme blanc se rendra compte que l’argent ne se mange pas. » Je suis sorti du bar, une étrange sensation d’avoir vu quelque chose qui pourrait bientôt être une légende. Peut-être qu’un jour, le bélouga disparaîtra, comme tant d’autres espèces animales magnifiques. Tant d'intelligence chez l'homme pour en arriver au désastre . PS : Dans toute cette beauté, il y a quelque chose qui frôle l’absurde.
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Absolument. Cette nouvelle est publiée avec trois autres nouvelles sur certains grandes bêtises humaines.
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Les moissonneurs de silice : un futur ordinaire
Mobrac a répondu à un(e) sujet de Mobrac dans Inclassables
Merci c'est gentil mais je ne fais pas de pub pour mes deux livres, et mes publications journaux. Bonne journée. -
Il revenait du grand champ, la charrette pleine de foin, tirée par deux bœufs lents, qui semblaient eux aussi sentir la lourdeur de la journée. Le ciel s’assombrissait et l’orage grondait déjà au loin. Louis avait hâte de rentrer à la ferme et de stocker l'herbe sèche dans la grange avant que la pluie ne vienne tout gâcher. Il marchait lentement, les sabots enfoncés dans la terre meuble, lourds comme le poids du monde. Son corps, déjà usé par des années de labeur, semblait protester à chaque pas. En sortant du tournant près du grand chêne, il aperçut deux silhouettes à vélo. En s'approchant, il distingua les uniformes. Des gendarmes. Son cœur se serra, mais il ne ralentit pas son pas. Lorsqu'il arriva près d’eux, l’un des gendarmes leva la main, le saluant d’un signe sec. « Êtes-vous Louis Gardeba ? » demanda-t-il d'une voix autoritaire. Louis hocha la tête. « Oui. » Le gendarme fixa son regard sur lui, son ton s'adoucissant à peine : « Je vous informe que vous n'avez pas répondu à l'ordre de mobilisation pour aller au front, et que vous êtes passible du conseil de guerre » Louis s’arrêta un instant, cherchant ses mots, mais son regard se perdit un instant dans la vallée derrière lui, là où la terre qu’il avait labourée, semée et nourrie semblait l'appeler. « Je sais, » répondit-il, d’une voix calme, presque résignée. « Mais c’est les foins. La famille doit manger. » « Foin ou pas foin, vous auriez dû répondre à la réquisition. Vous êtes un homme maintenant, » rétorqua le gendarme avec une froideur qui le laissa sans voix. « Nous allons vous accompagner chez vous. Ensuite, vous nous suivrez. » Louis n’ajouta rien, mais dans sa tête, tout se brouillait. La ferme, la mère, la sœur, les bœufs, la terre... tout cela était plus réel que cette guerre qu’il n’avait pas choisie. Arrivé à la ferme, un autre gendarme lui lança, comme si c'était une formalité : « Vous avez dix minutes pour faire votre sac. Dites au revoir à vos proches. » Louis entra sans un mot, le cœur lourd. Il n'eut pas le temps de se poser des questions. Il prit le minimum : une chemise, un pantalon, quelques affaires, et sans un mot, embrassa sa mère, sa sœur, et sortit sous l’œil vigilant des gendarmes. Le trajet fut long, plus long encore que la distance physique. À chaque kilomètre, il sentait son monde se réduire, ses racines se défaire. Il pensa aux champs, à la grange, à tout ce qu’il laissait derrière lui. Deux heures plus tard, ils arrivèrent à ce carrefour qu’on appelait la grande route, ou la route des Romains, comme si l’histoire de ce pays, depuis les temps les plus anciens, avait toujours été celle des hommes qui partaient et ne revenaient pas. Un camion les attendait, déjà chargé d’une dizaine d’autres hommes, jeunes et vieux, tous dans la même impasse. Le moteur rugit et la vieille carcasse de fer se mit en mouvement. Les hommes étaient entassés, les visages fermés. Ils roulèrent pendant des heures, leurs pensées errant entre l’angoisse et la fatigue. À chaque arrêt, un peu plus de gars aussi perdus que lui montaient dans le camion, formant une file impressionnante. Finalement, après plus de dix heures de route, l’engin s’arrêta brusquement dans la cour d'un grand bâtiment qui ressemblait à une caserne. Les hommes descendirent, exténués. Des femmes, sans un mot, leur servirent un repas frugal. Puis, on les dirigea vers le fourrier qui leur remit des uniformes. Des vêtements de soldat, un fusil, des balles, un masque à gaz, une gourde... tout ce qui faisait d’eux des "outils" de guerre. Il n’y avait plus de retour possible. Vers dix heure deux femmes silencieuses leurs apportèrent une boisson noire et chaude qu’il ne connaissait pas, à la ferme, il ne mangeait que de la soupe. Un type à coté de lui dit: c’est du café, tu mets un peu de sucre dedans, et c’est bon. Tu verras, ça réchauffe. Il alluma une cigarette et lui en propose une. Gentiment Louis déclina. Il ne fumait pas. La nuit, ils dormirent dans une sorte de grand tunnel, une sorte de hangar où les ombres se mêlaient à la poussière, où les bruits de souffle s’éteignaient dans un silence lourd. Au petit matin, un clairon sonna. Il fît la queue dans la cour et reçu un autre café et deux morceaux de pains durs comme de la pierre. Le voyage reprit, long et pénible. Il faisait chaud, et les cailloux de la route faisaient rebondir les camions et les soldats à l’intérieur. Chaque secousse lui faisait mal aux reins et aux épaules. Il pensait à sa famille, à ses bœufs si loin maintenant. Le paysage avait changé : tout était nu, sec, poussiéreux, il n’y avait même plus d’arbres. Un gars lui offrit à nouveau une cigarette, qu’il accepta cette fois-ci. Il tira dessus, aspira la fumée, et s’étouffa. Ses yeux se remplirent de larmes et la fumée piquait sa gorge. Le gars lui dit, avec un demi-sourire : — T’inquiète pas, au début c’est comme ça. Après, on s’habitue… et on peut plus s’en passer. Tu viens d’où ? — De Corrèze. Et toi ? — De Melun. La rivière là-bas, c’est la Seine. — Ah oui… j’ai appris ça à l’école, quand je passais mon certificat d’études. Ils se turent, chacun perdu dans ses pensées. Un officier leur intima l’ordre de monter dans les camions. En sortant de la cour, une fille lui sourit. Louis sentit son cœur se gonfler, une chaleur inattendue lui parcourut la poitrine. Le temps restait orageux, le vent portait l’odeur de la terre et des herbes brûlées. Les rudes vêtements de soldat le grattaient partout. Il avait prit le temps de mettre de l’eau dans sa gourde, et en bu une gorgée, car ce qu’ils appelaient du café laissait une amertume tenace. Il regretta le goût simple et doux de sa soupe à la ferme : pommes de terre et poireaux. Leur café, leur tabac, ce n’était pas bon. Le camion roula jusqu’à midi et s’arrêta en rase campagne. Un immense camp de tentes avait été dressé, et des hommes s’affairaient dans tous les sens. L’officier les dirigea vers une grande tente servant de réfectoire. Des tables et des bancs avaient été montés à la hâte. La troupe mangea une soupe versée dans leurs quarts en aluminium : du porc, du chou et des pommes de terre. C’était chaud, parfumé, ça tenait au corps et ça réchauffait. Le gars à côté de lui lança la conversation : — Tu sais où on va ? — Non… j’ai entendu Verdun. — C’est où ? — Je sais pas… c’est loin. — Tu crois qu’on va s’en sortir ? Qu’on reviendra de la guerre ? — Je sais pas non plus. — Ouais… t’es comme moi, tu sais rien. T’es quoi dans la vie ? demanda encore le gars. — Bouvier. Mes parents ont une ferme, moi je m’occupe des bœufs. Je cultive, je fais les foins. On a une vache pour le fromage. L’hiver, je fais du bois. Et toi ? — Moi, je suis conducteur. Je travaille sur les machines. C’est un gros rouleau pour aplanir les routes, ça marche au charbon. — Comme un tracteur que j’ai vu à la grande fête du village ? — C’est ça. Comme un gros tracteur, deux grosses roues à l’arrière et un énorme rouleau à l’avant qui écrase tout. Tu chasses ? — Non, je braconne. Je pose des collets pour attraper des lapins. - Et tu en attrapes ? — Oui… des fois y’en a un, des fois deux. C’est bon avec des carottes, du thym et des patates. Et toi, tu chasses ? — Non, j’ai pas de fusil, c’est trop cher, et puis les cartouches aussi. Je pêche des brochets dans la Seine. C’est bon aussi, avec une crème réduite et de l’estragon. Pourquoi qu’on est en guerre, d’après toi ? — Je sais pas… répondit Louis. Il paraît qu’on va se battre contre les Allemands. — Ben moi, je sais pas non plus. Personne nous a rien dit, sauf qu’il fallait aller se battre contre les Boches. Il paraît que les Boches, c’est les Allemands. — Je savais pas non plus. Le curé a rien dit… sauf que c’était la guerre, et qu’il fallait prier pour les gars qu’étaient au front. Après le repas, Louis suivit son camarade à travers le camp. Les tentes se succédaient, dressées à la hâte, et des hommes s’affairaient partout. Le bois craquait sous les bottes, des rires étouffés se mêlaient à des jurons. La poussière s’élevait à chaque pas et piquait la gorge. Un soldat plus âgé s’approcha et leur montra comment ajuster leur sac, comment tenir un fusil correctement. Louis sentit la sangle lui couper l’épaule, la main trembler en tenant la crosse de bois. Son camarade riait à moitié de lui, mais lui donna un petit coup d’épaule rassurant. — Faut t’y faire, gamin, dit-il. La guerre, ça se passe autant dans la tête que dans les bras. Louis hocha la tête, en silence. Il observait les hommes autour de lui : certains semblaient fatigués, d’autres concentrés. Il remarqua une petite troupe qui parlait de la vie à la ferme, comme lui. Un soldat racontait comment il cultivait des carottes géantes, un autre parlait de sa vache qui produisait le meilleur lait du village. Louis sourit malgré lui. L’après midi se passa à écouter un instructeur de tir. Le ciel s’assombrit, le vent apportait l’odeur âcre du café, de la poudre, et le cliquetis des gamelles résonnait dans les tentes. La nuit tombait doucement, enveloppant le camp dans une atmosphère étrange : les ombres dansaient sur les tentes et les silhouettes des hommes semblaient plus grandes, plus menaçantes. Louis aperçut à nouveau la fille qui lui avait souri dans la cour. Finalement, elle aussi était du voyage. Elle passait entre les tentes avec un plateau de nourriture, et son regard croisa le sien un instant. Une chaleur étrange monta dans sa poitrine. Un gars lui dit. - Cette fille c’est la mère au jus, c’est elle qui sert le café le matin aussi, elle est jolie hein ? - Louis répondit oui, j’ai jamais vue une fille belle comme ça, on dirait un oiseau. L’autre homme sourie surpris de tant de simplicité. Pour un instant, la guerre sembla lointaine, presque irréelle. Puis l’officier donna l’ordre de se préparer pour la nuit. Des feux de camp furent allumés, et des torches dispersées le long des allées. Louis sentit son cœur battre plus fort. La peur, l’angoisse, l’excitation se mêlaient en un même frisson. Il savait que demain, peut-être, ils partiraient pour Verdun. Et cette pensée le rendait à la fois vivant et terrifié. Son camarade posa une main sur son épaule : — On est ensemble, gamin. Peu importe ce qui arrive, on tient le coup. Louis hocha la tête. Le camp respirait, bougeait, vivait autour d’eux. Et lui, au milieu de tout ça, sentait qu’il allait découvrir la guerre… mais aussi l’amitié, la peur, la chaleur humaine et la vie qui persiste malgré tout. Un jour plus tard, Louis "débarqua" à l’entrée d’une ville qu’on appelait Verdun. Quand il arriva enfin au front, l’atmosphère était étouffante, presque irréelle. Un autre soldat, le regard vide, lui passa un tourniquet métallique en lui murmurant : « Bienvenue en enfer. » En arrivant dans la tranchée, la boue colle ses chaussures, lourdes comme du plomb. Dans la tranchée, les hommes sont tassés, silhouettes boueuses, les yeux creusés. Le silence dure quelques secondes, puis un sifflet déchire l’air. Un officier crie en avant. Alors Louis il se lève, maladroit, mécanique. Il sort de la tranchée comme on monte à l’échafaud. La pluie d’obus s’abat au loin, puis plus près, chaque explosion secoue la terre comme un animal qui gronde. Les cris se mêlent au fracas, mais personne ne distingue plus rien. Un soldat court, son fusil glisse de ses mains couvertes de sang et de boue. À côté, un autre tombe, net, comme une marionnette dont on a coupé les fils. Louis avance à peine, le corps crispé, chaque pas dans la boue est une lutte contre le poids de ses godillots et de son destin. Les obus éclatent autour, éclaboussant la terre et les corps, transformant le paysage en enfer de feu et de boue. Il sait, au fond de lui, qu’il n’échappera pas à ce déluge. Et alors, dans un souffle, une image douce surgit : sa mère, assise près du feu, les mains ridées toujours chaudes, le regard plein de tendresse. Il se souvient de son rire, de ses histoires racontées au soir, de la façon dont elle lui essuyait la tête après la pluie. Son cœur se serre. Il murmure son nom, une dernière fois, comme une prière silencieuse.Puis un obus tombe plus près encore, le souffle le renverse. La boue et la fumée lui masquent le monde. Une horrible douleur lui à broyé les jambes. Dans ce fracas aveugle, il serre ses souvenirs contre lui : la chaleur d’un foyer, la douceur d’une voix aimante. Et quand le chaos s’abat, il disparaît, mais ce fragment de vie - cette pensée de sa mère — reste suspendu dans l’air, fragile et invincible, comme un éclat de lumière dans l’ombre la plus noire qui éteint la lumière de ses yeux. Louis est un mort un quart d’heure plus tard au combat pour rien ,et sans savoir pourquoi. Il avait dix huit ans.
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Merci c'est très gentil.
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Les moissonneurs de silice : un futur ordinaire
Mobrac a répondu à un(e) sujet de Mobrac dans Inclassables
ouf ! Il y à longtemps que je suis publié. -
Très chouette.
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Le silence des blocs de béton "nouveau" est un linceul que seul le murmure de la machine sait percer. À sept heures précises, la veille de l’unité YZ2 s’est muée en une présence polie. YZ2 le robot demanda « Monsieur a-t-il bien dormi ? Votre petit-déjeuner est prêt; Miro émergea de ses draps synthétiques. Dans cette cellule de plastique et de silice, l’air avait le goût métallique des recycleurs de fin de cycle. Il faisait partie des élus, un matricule sur 200 000, sauvé de la "gestion des déchets », cet euphémisme technocratique qui, depuis des décennies, éliminait le surplus dès le premier cri. Ici, la méritocratie n'était plus une promesse, mais une guillotine biologique. L'Algorithme pour seul horizon Sous son derme, au niveau de la tempe, la puce frémit. Deux messages de la firme Spatiale. Plus besoin de l'encombrement des écrans ou de l’archaïsme des téléphones : l’information coulait directement dans son flux nerveux. Miro était un rouage biologique de l’empire orbital. Son travail ? Forger des illégoritmes. Ces structures logiques complexes, à la lisière de la légalité mathématique, qui permettaient aux cités célestes de réguler leurs ressources tout en ignorant l'agonie de la planète mère. En bas, la Terre n'était plus qu'une décharge à ciel ouvert, abandonnée aux miasmes d'une pollution irréversible. Les derniers hommes vivaient dans des sarcophages de béton composite, un mélange de sable et d’ossements humains finement broyés. Un recyclage ultime, où les morts servaient littéralement de fondations à la survie des survivants. La journée de Miro s'étirait, rythmée par la pensée pure. Une fois ses lignes de code envoyées vers les étoiles, la distraction reprenait ses droits. YZ2, avec une précision chirurgicale, s'occupait de ses mains. Ce robot, dernier rempart contre la folie, lui limait les ongles avec une douceur programmée. C’était le prélude au rituel quotidien : une partie de Niclotyma. Sur l'interface neuronale de Miro, les jetons virtuels s'alignaient. Gagner des Bitcons. Accumuler une monnaie qui ne s'échangeait contre rien de réel, si ce n'est le droit de continuer à respirer un jour de plus dans son cube de plastique. Miro jouait, les yeux dans le vide, tandis qu'au-dessus de lui, les cités orbitales brillaient comme des diamants sur le velours noir de l'espace, indifférentes au broyeur d'os qui leur servait de socle. Le rêve de Elon Musk avait été réalisé
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Lorsque j’étais enfant, ma grand-mère louait un champ à un voisin. Ce terrain de deux hectares possédait une singularité : en son centre trônait un immense pommier, un centenaire dont la présence détonait dans ce paysage agricole. Alors que les parcelles environnantes étaient parsemées de dizaines d'arbres, celle-ci n'en comptait qu'un seul. Pour moi, le mystère était entier ; c’était, disions-nous, l’œuvre d’un fou.Le champ servait à la récolte du foin, puis, une fois l'herbe repoussée, au pâturage. À l'époque, je détestais ce pommier. Il m’obligeait à atteler l’âne pour aller ramasser les fruits qu'il généreusement donnait, car ma grand-mère, dans sa sagesse paysanne, ne gâchait rien. Il m'a fallu attendre la troisième saison pour comprendre sa fonction première : il était là pour offrir l'ombre. Nous y déjeunions, installés sur l’herbe, dans une scène qui semblait tout droit sortie d'un tableau de Renoir. Le mystère était enfin levé. Nos anciens possédaient ce sens pratique et ce respect de l’environnement qui font si cruellement défaut aujourd'hui. Un système funeste, il n’y a pas d’autres mots, en a décidé autrement. Aujourd'hui, tout semble dicté par l'impératif de détruire pour vendre, de produire des objets voués à l'obsolescence et de démoder ce qui était séculaire. Un vent de folie s'est emparé des hommes ; l'appât du gain est devenu l'unique moteur d'une logique qui enflamme et dévore la planète. Quarante ans plus tard, je suis retourné sur les lieux. L’arbre a été abattu, les haies ont été rasées. À la place, un champ immense, uniforme, où le blé, privé de protection, se laisse désormais coucher par les vents. Nous sommes dorénavant pris à la gorge et nous ne pouvons plus faire marche arrière . Ce n’est pas lorsque l’on tombe à l’eau qu’il faut songer à apprendre à nager. Toute notre science n’aura servi à rien.
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Bonne soirée à toi moi, je vais écrire mon texte pour demain, je suis auteur dans des journaux.:))))))
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e monde s'en fiche ! PUTAIN ! C'EST ATHENA QUI NOUS LES A DONNES ! Oui c'est une triste constat. Nous laisserons une terre en ruine et polluée. C'est maintenant certain
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C'est l'histoire de mon village. Nous étions 370 habitants. Une boutique, un café, un boucher, une école. Il ne reste plus que 110 personnes en majorités des retraités. Tout est fermé, il n'y à même plus d'hirondelles non plus.
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Oui, il y en à plein..
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Le clocher n’est plus qu’un doigt pointé vers un ciel vide, Il ne rythme plus l’heure, il compte les silences. Dans la venelle, le pavé, sous la mousse, s’humilie, Tandis que la façade, en écailles, se désagence. Il n’y a plus l’odeur du pain, ni le cri de l’école, La boulangerie a clos son œil sur la rue morte. Le vent seul, désormais, en arpenteur frivole, Vient heurter sans espoir le bois mort des portes. C’est une lente érosion, une géographie qui abdique, Où le nom du village s’efface sur la plaque rouillée. Ils partent vers les zones, vers le flux magnétique, Laissant derrière eux l’ombre d’un monde oublié. Pourtant, sous le crépi qui tombe et qui s’effrite, Il reste une mémoire, un battement de cœur têtu. Ce n’est pas le déclin, c’est une terre qui médite, Un silence souverain, d'autant plus entendu. Car même quand l’homme tourne le dos au paysage, Et que la modernité délaisse ces horizons perdus, Il reste, dans la courbe d’un vieux mur de village, La trace d’une vie qui ne s'est pas rendue. F.C.H
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Bravo, j'applaudis .
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Orwell avait vu juste, nous ne sommes plus autorisés à nommer le réel. Pour survivre dans le débat public, il faudrait désormais adopter leur lexique : impacter , externaliser, lutter contre le wokisme . Bourdieu * disait: le langage ne sert plus à décrire le monde, il sert à le masquer. La langue est devenue un outil de dépossession : Le défavorisé remplace l'exploité, transformant une réalité systémique en simple accident du destin, en un manque de chance. La démarche qualité devient l’euphémisme du suicide lié à la productivité. Les charges sociales sont travesties en poids mort pour l'entreprise, occultant leur nature réelle de salaire différé. Il faut aussi utiliser des anglicismes qui d’ailleurs ne correspondent absolument pas à notre culture.Un plan de sauvegarde de l’emploi n'est que le voile sémantique jeté sur la brutalité des licenciements. Malgré les appels de Bourdieu à la vigilance linguistique, le champ est déserté. Les syndicats, pris au piège de cette novlangue qu'ils ont parfois fini par adopter, semblent dépassés. Si nous perdons la maîtrise des mots, nous perdons la capacité de penser la révolte. Il est temps de réapproprier notre vocabulaire pour briser la brutalité dissimulée de cette finitude imposée. Réapprendre à nommer est le premier acte de résistance. Si la novlangue est le conservatoire de l'immobilisme, alors le premier geste politique doit être un acte de sabotage sémantique. Il ne suffit plus de critiquer leurs termes ; il faut restaurer la puissance de feu des nôtres. Chaque fois qu’une « optimisation » est évoquée, nous devons traduire par « casse ». Chaque fois que l’on nous parle de flexibilité , nous devons rétablir le mot précarité . La curiosité désintéressée, qui doit être le socle de ces réflexions, commence ici : dans ce refus obstiné de laisser les mots du marché coloniser notre espace mental.
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Oui, j'ai envie de dire: encore une sale époque...
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Lu trop jeune, ce livre avait d'abord rejoint la liste de ces chefs-d'œuvre qui ont échappé à ma maturité et à ma culture d'alors — au même titre que Boris Vian, Balzac, Hugo ou Baudelaire. Il me manquait alors le recul nécessaire pour en saisir toute la sensibilité humaine. Méticuleusement écrit à la main pendant ses deux années de clandestinité, le témoignage d'Anne demeure l'un des ouvrages non fictionnels les plus lus au monde. Pourtant, ce qui me bouleverse et me surprend à chaque lecture, c’est son absence totale de rancœur envers son pays. Avec une étonnante maturité, elle écrit simplement que sa patrie traverse une crise d’adolescence. Au fil des pages, on découvre l’espoir candide de revoir un jour le parc de son enfance et ses cerisiers en fleur. Anne décrit avec une intimité bouleversante les privations du quotidien : le manque de liberté d'abord, puis la faim, l'absence de son école, et même ce tabac qui manque tant au couple Van Daan qui partage désormais leur cachette. Enfin, avec une vibrante honnêteté, elle y évoque pour la première fois le désir sexuel qui commence à poindre en elle. En refermant ce livre, on réalise à quel point l'écriture a été l'ultime refuge de sa liberté. Face à la barbarie qui grondait au-dehors, ses mots sont devenus un acte de résistance silencieux, mais immortel. Anne Frank n'a pas seulement documenté l'horreur ; elle a cristallisé la beauté de l'adolescence là où on tentait de l'étouffer. Elle voulait devenir écrivaine, et d'une certaine manière, son vœu le plus cher a été exaucé : sa voix traverse les époques, immuable, pour nous rappeler ce que signifie rester humain lorsque tout s'effondre. Relire ce journal aujourd'hui, avec mes yeux d'adulte, n'est plus une simple leçon d'histoire. C'est une claque d'empathie. Je mesure aujourd'hui ce que le jeune lecteur que j'étais ne pouvait pas saisir : la tragédie d'une vie fauchée en plein éveil. On ne ressort pas indemne de cette lecture, car on s'attache à l'amie, à la confidente, tout en connaissant déjà la fin tragique de l'histoire. C'est peut-être cela, la force des grands classiques : ils ne changent pas, mais nous, nous changeons, et leur vérité nous éclate enfin au visage.
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Je cite tel que je le connais.
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Merci. Les épinards c'est physique, désolé
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Le soir, dans mon lit, je relus le message de Lili, et son orthographe me parut si comique que je ne pus m'empêcher d'en rire... Mais je compris tout à coup que tant d'erreurs et de maladresses étaient le résultat de longues heures d'application, et d'un très grand effort d'amitié : alors, je me levai sans bruit sur mes pieds nus, j'allumai la lampe à pétrole, et j'apportai ma propre lettre, mon cahier et mon encrier sur la table de la cuisine. Toute la famille dormait : je n'entendais que la musique du filet d'eau qui tombait dans la cuve de zinc, au dessus de l'évier. Je commençai par arracher d'un coup sec, trois pages du cahier : j'obtins ainsi les dentelures irrégulières que je désirais. Alors, avec une vieille plume, je recopiai ma trop belle lettre, en supprimant la phrase spirituelle qui se moquait de son tendre mensonge. Je supprimai aussi au passage, les s paternels ; j'ajoutai quelques fautes d'orthographe, que je choisis parmi les siennes : les orthollans, les perdrots, batistin, la glue et le dézastre. Enfin, je pris soin d'émailler mon texte de quelques majuscules inopinées. Ce travail délicat dura deux heures, et je sentis que le sommeil me gagnait... Pourtant, je relus sa lettre, puis la mienne. Il me sembla que c'était bien, mais qu'il manquait encore quelque chose : alors, avec le manche de mon porte-plume, je puisai une grosse goutte d'encre, et sur mon élégante signature, je laissai tomber cette larme noir : elle éclata comme un soleil. Le château de ma mère de Marcel Pagnol
