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FROD

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Tout ce qui a été posté par FROD

  1. Le monde de demain gouverné par l'intelligence artificielle qui résoudra les problèmes ou l'apocalypse écologique envoyée en punition des fautes des hommes ne sont des pas des arrières mondes?
  2. Entièrement d'accord. Donner des valeurs et des principes à Dieu, c'est de l'anthropocentrisme et de l'idolâtrie. C'est pourquoi la Bible hébraïque oppose le fruit de la "connaissance du Bien et du Mal" à la vie selon Dieu.
  3. Je suis ravi de voir finalement que vous n'êtes pas relativiste, ou plutôt que vous l'êtes avec distance et sans oublier la vérité opposée! Il fallait un peu insister pour vous faire sortir de la tanière, car laisser un doute sur ce sujet est problématique. "Voilà la guerre ouverte entre les hommes, où il faut que chacun prenne parti, et se range nécessairement ou au dogmatisme ou au pyrrhonisme, car qui pensera demeurer neutre sera pyrrhonien par excellence." (Pascal) On ne peut être plus d'accord que moi avec vous sur la nécessaire distinction entre ce qui est et ce qui doit être, entre le terrain et l'extraction du terrain, je dirais entre le réel et la vérité, et c'est justement là que le bât blesse avec le terme "valeurs", qui est confus entre ces deux pôles. S'il faut absolument, comme vous me l'avez d'ailleurs reproché, essayer de calquer les valeurs sur le modèle de la force gravitationnelle pour en récupérer le prestige, pour avoir "son petit vêtement scientifique" comme disait Péguy, soit, appelons "science" une quantification de certaines variables selon les pays. Science de mauvaise qualité d'ailleurs car ces variables ne sont pas indépendantes entre elles. Mais cette "science" ne nous dira jamais ce qu'il faut faire, ce qui doit être, ceci étant la seule question intéressante, sinon le reste est philatélie, statistiques, et curiosité vaine. Quand vous dites qu'il n'y pas de vérité éthique mais une vérité opératoire, nous sommes entièrement d'accord avec des termes différents : je dirais que la vérité n'est pas dans la réalité mais en dehors. Or tous nos désaccords tenaient précisément à ce que dans la discussion le terme "valeur" était tantôt "scientifique", tantôt philosophique. Il faut affirmer les deux pôles ensemble dans leur contradiction, non les mélanger et les dissoudre dans un son unique. Comment adressez-vous ce problème de polysémie ? En les qualifiant de relativistes, je place les valeurs dans le pôle factuel, "scientifique", dans un lieu où elles sont en opposition avec la vérité, avec ce qui doit être. Vous proposez après plusieurs échanges un "d'autre part, d'autre part" clair et très légitime, mais alors il doit être affirmé fortement et explicitement dès le début quand on parle de valeurs... Dans la précipitation de la place publique, j'ai peur que cette approche ne soit inaudible ou susceptible d'être tronquée aussitôt. Que nous ont appris de nouveau le postmodernisme et les "sciences humaines" sur ce point justement ? À mon avis présent absolument rien. Que la raison soit l'instrument de la volonté, c'est la banalité des sophistes au Vème siècle avant Jésus-Christ à Athènes contre laquelle la philosophie s'est fondée. Shakespeare disait que la raison était l'entremetteuse de la volonté, Augustin et Pascal qu'on ne trouve des raisons que parce que la chose nous agréée ou nous choque en premier lieu. Je suis pas d'accord sur Platon, le cocher de Platon n'est pas maître, ou alors c'est un maître d'école en crise d'autorité qui tente de donner une direction à des élèves à l'avenir incertain. Déjà, il ne peut faire avancer le chariot sans cheval, donc même pour aller dans la bonne direction, il a besoin d'une volonté, d'un désir, celui du bon cheval. Mais il peut tout à fait se faire dompter par le cheval mauvais, et c'est le cas de l'écrasante majorité de l'humanité et c'est inévitable pour tous sans travail philosophique ou ascétique. La raison s'emploie à modifier l'affectivité et le fonctionnement du désir pour donner l'avantage au bon cheval sur le mauvais, mais c'est une lutte permanente, ascétique, et même élitiste chez Platon. Sa peur constante que son régime idéal ne soit renversé par des démagogues montre qu'il ne prenait pas le phénomène à la légère. Ainsi quand Hume dit que la raison n'est que l'esclave des passions, c'est le "n'est que" qui est nouveau, pas l'esclavage des passions ; une fois de plus, c'est l'erreur de tronquer un des pôles d'une contradiction qui nous gêne. Que le XIXéme siècle positiviste ait posé une raison souveraine et totalisante ne doit nous pas égarer servilement vers l'excès contraire. La raison est à la fois instrument de la volonté et à la fois lieu de recherche de la "vérité opératoire" selon vos termes. Par contre, ceci est exceptionnel même si ce n'est pas postmoderne mais moderne : que chacun soit libre de se construire sa propre éthique, c'est une bombe philosophique, sociale et politique en rupture avec tout ce qui s'était fait avant dans l'Histoire. Rien ne m'est plus précieux, "sans la liberté, il n'y a rien dans le monde". Mais pas de liberté sans recherche de la vérité ; c'est cette dernière qui fait de la quête individuelle un mystère merveilleux et non une lubie ou un chemin de désespoir. Il faut toujours rappeler l'existence et l'universalité de la vérité en face des chemins individuels, sinon ce chemin personnel s'effacera piétiné par les pieds des demi-habiles.
  4. Je suis extrêmement sensible à ce que vous avez écrit. La meilleure partie de nous-même nous est peut-être cachée. Hugo écrivait : Le bienfait par nos mains pompeusement jeté S’évapore aussitôt dans notre vanité ; Même en le prodiguant aux pauvres d’un air tendre, Nous avons tant d’orgueil que notre or devient cendre ; Le bien que nous faisons est spectre comme nous. Si comme vous dites le don qui s'ignore est une expérience de l'être tout entier, alors notre perspective change : il s'agit d'être attentif à ce Bien invisible qui peut passer par nous, au lieu de crisper la volonté sur une morale du "faire". Pour les dons qui ne s'ignorent pas, je ne pense pas que le donneur soit systématiquement supérieur : il a besoin du receveur pour faire ce geste qui réoriente sa vie et la sauve du néant. "Tout ce qui n'est pas donné est perdu". Le receveur interpelle le donneur, le déstabilise dans sa routine et lui demande de faire un geste qui peut être refusé, mais au détriment du donneur qui reste alors dans sa vie égoïste et insipide.
  5. Nous sommes sur le forum philosophie pourtant, fuir vers la fameuse "Science" monolithique et irréfutable reste une fuite. Deleuze a parlé de fonctif dans les sciences dures, mathématiques, physique, biologie, pas dans les sciences humaines, et c'est tellement ridicule de transposer le fonctif aux valeurs qu'il est évident que notre sujet est philosophique et pas scientifique. Comment pourriez-vous arriver à actualiser le virtuel des valeurs qui au contraire prennent leur consistance dans le virtuel? À les numériser ("toute la théorie des fonctions dépend de nombres" je cite Deleuze) et à en faire des variables indépendantes? Détrompez-vous, je suis un fanatique de la double appartenance, des vérités opposées, du "coeur généreux mais ensemble amoureux". C'est pourquoi je ne supporte pas les fausses contradictions : j'avais écrit "ou" : "chacun valorise ce qu'il lui plaît ou ce qu'il reçoit de son environnement". Et vous avez tronqué le "ou" pour attaquer chaque proposition avec l'autre. Ce qui revient à dire que la proposition "la porte est fermée ou ouverte" est fausse parce que si la porte est fermée, elle n'est pas ouverte, et que si elle est ouverte, elle n'est pas fermée. J'avais précisément écrit "ou" parce que suivre son propre goût n'est pas plus recherche de la vérité que suivre le goût des autres. Vous citez Schopenhauer : il n'est pas un relativiste, sa liberté l'amène à ce qu'il pense fermement de toutes ses fibres être la vérité, aussi désagréable soit elle. Vous vous mordez la queue : vous pensez cela précisément parce que vous appartenez à la société occidentale du XXIème siècle. Donc ce que vous dites n'est valable que chez vous, et pourquoi serais-je convaincu par cette pensée qui n'est jamais que le produit de votre environnement? Toutes les autres sociétés, actuelles ou passées, prétendent ou ont prétendu au moins partiellement à la vérité. Pourquoi le postmodernisme occidental aurait-il raison contre tous si tout est relatif et si la raison n'est qu'une construction sociale? C'est la position même du demi-habile : ne voyant pas la raison des effets de l'éthique, il croit avoir raison en disant qu'il n'y a pas de raison. "De votre infirmité vous faites le vide ; vous prenez votre limite pour celle du monde ; vous appliquez votre brièveté à l'univers. On croit entendre une taupe s'écrier : ils me font pitié avec leur soleil !" (Hugo). Mais l'affirmation d'une vérité rentre inéluctablement par la porte de derrière, cachée en contrebande dans le fait, dans votre fonctif, dans votre thèse scientifique mais pas philosophique : il est impossible d'être relativiste, d'où l'hypocrisie de la position. L'humain "ne peut même pas douter" (Pascal)
  6. Je ne sais pas ce qu'est un don qui s'ignore, pouvez-vous me donner un exemple?
  7. Bien tenté pour le traditionnel et rebattu "inclinez-vous, c'est un fait!", mais comment un concept pourrait-il être un fait? Définition du fait : "Ce qui existe réellement, la chose réelle (p. oppos. à la fiction, au rêve, à l'idée, au principe, au souhait, etc.; souvent au plur.); tout ce qui peut être constaté de façon certaine." Les comportements sociologiques sont factuels et constatables oui, mais pas les concepts ou les valeurs. On ne constate pas une valeur, ce n'est pas un objet visible, ce n'est pas un fait objectif. L'interprétation du pourquoi des comportements n'est pas factuelle. Vos points 2 et 3 se contredisent. Dans 2 on est passif, on ne peut pas choisir ce qu'il nous plaît parce qu'il faut suivre la masse. Dans 3 on est actif, on peut choisir ce qu'il nous plaît en se détachant de la masse. 4 : la raison recherche l'universalité, la nécessité et des lois ne reposant pas sur une volonté extérieure. Cela s'oppose aux valeurs qui sont particulières, contingentes et qui s'érigent par l'audimat des volontés extérieures. Vous prenez une approche sociologique, et la sociologie est par nature relativiste. Je cite Raymond Boudon : "On peut même dire que le relativisme représente l’une des thèses fondamentales de la sociologie et de l’anthropologie contemporaines, ainsi qu’une dimension essentielle de leur influence et de leur contribution à la vision « postmoderniste » du monde." https://journals.openedition.org/ress/531 Au fond, je ne comprends pas ce qui vous gêne à part les histoires de définition : vous n'assumez pas d'être relativiste? Ce n'est pas un crime ou une faute morale, c'est la norme dans notre société actuelle, il n'y a là rien de honteux.
  8. Ce que vous dites est entièrement relativiste, la valeur de la valeur n'est pas sa vérité mais son audimat. L'impératif catégorique de Kant n'est pas moins vrai s'il est partagé par une au lieu de cent mille personnes. Ainsi de toute connaissance. La gravité n'était pas moins vraie il y a deux mille ans quand elle n'était partagée par personne. Je vous conseille de relire Ultima verba d'Hugo. J'accepte l'âpre exil, n'eût-il ni fin ni terme, Sans chercher à savoir et sans considérer Si quelqu'un a plié qu'on aurait cru plus ferme Et si plusieurs s'en vont qui devaient demeurer. (...) S'il en demeure dix, je serai le dixième, Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là!
  9. FROD

    Votre croyance .

    Pourquoi dites-vous que nous connaîtrons tout du corps? La chimie ne suffit pas, une seule science isolée ne suffit pas : il faut aussi la biochimie, la biophysique, la biologie cellulaire, la biologie moléculaire, l'électrophysiologie, l'épigénétique, la neuroimagerie fonctionnelle, la métabolique, à l'infini... Le corps me semble bien trop compliqué et variable d'un individu à l'autre pour être connu entièrement, d'autant plus que la science est empêchée de faire ce qui heurte trop l'humanité, les humains n'étant pas des rats de laboratoire. De même, tout connaître de l'esprit, certainement pas à mon sens. Parce que nous n'arrivons jamais à dire exactement ce que nous pensons, ni à comprendre fidèlement ce que les autres nous disent. Il y a toujours une distance entre notre pensée et les mots, entre nous et les autres, entre nous et les choses, entre nous et le passé. C'est dans cette distance que vit l'esprit, avec une variété inépuisable. Lisez le même roman ou le même cours à dix ans d'intervalle, vous n'entendrez pas la même chose.
  10. Non, le Fils est engendré avant la création et avant tous les siècles, il n'est pas une fabrication en cours de route pour rattraper la faute. Et l'Incarnation également a été voulue de toute éternité, qu'il y ait faute ou non, elle est l'accomplissement de la création. " Or, Adam préfigure celui qui devait venir" (Romains 5,14) et : "Le premier homme, Adam, devint un être vivant ; le dernier Adam – le Christ – est devenu l’être spirituel qui donne la vie. Ce qui vient d’abord, ce n’est pas le spirituel, mais le physique ; ensuite seulement vient le spirituel. Pétri d’argile, le premier homme vient de la terre ; le deuxième homme, lui, vient du ciel. Comme Adam est fait d’argile, ainsi les hommes sont faits d’argile ; comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel. Et de même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel." (1 Corinthiens 15)
  11. Le concept de valeurs est une horreur relativiste qui sous-entend que la vérité n'existe pas et que chacun valorise ce qu'il lui plaît ou ce qu'il reçoit de son environnement. Et toute valeur devient alors indéfendable rationnellement. Le principe est la cause première (princeps) qui fait agir. On peut parler de principes moraux qui se rapprocheraient des "valeurs" (mais sans le sous-entendu nihiliste); mais on parle aussi de principe de plaisir. Celui-ci est source d'actions qui ne peuvent être justifiées qu'a posteriori comme rentrant dans un système de valeurs.
  12. FROD

    Votre croyance .

    Je ne comprends pas comment ça se passe matériellement : se dire le mot cortisol empêche celui-ci de se fixer sur son récepteur à la surface des neurones? Le mot cortisol sort dans le sang pour détruire la molécule cortisol? En médecine on injecte en routine de très hautes de corticoïdes pour des crises d'asthme ou des maladies inflammatoires, et les patients ne se mettent pas à insulter ou mordre les soignants pendant la perfusion... "Presque tous les philosophes confondent les idées des choses et parlent des choses corporelles spirituellement et des spirituelles corporellement" écrivait Pascal. Est-ce que dire colère à la place de cortisol change le sens de votre discours? On savait bien avant la découverte du cortisol que la colère est une impulsion passagère, qu'il faut attendre qu'elle passe pour répondre correctement et pour ne pas regretter son emportement. Sénèque disait la même chose que vous : " Le grand remède de la colère est le temps d'arrêt. N'exigez pas dès l'abord qu'elle pardonne, mais qu'elle juge : elle se dissipe pour peu qu'elle attende ; n'essayez pas de l'étouffer d'un seul coup, ses premiers éclats ont trop de force". Pourtant le cortisol n'était pas connu à son époque!
  13. Non, l'effondrement de la pratique du catholicisme en France date des années 60 (en 1960, encore 94% de catholiques dont 25 à 50% de pratiquants réguliers, ce dernier pourcentage divisé par deux dès 1971) et pas des croisades ou de la découverte de la pédophilie. Comme dans les autres pays, c'est l'élévation du niveau de vie qui est le principal déterminant de l'incroyance, d'où le rapport avec les trente glorieuses. https://hal.science/hal-01931663/document https://www.scienceshumaines.com/ou-sont-passes-les-catholiques_fr_12924.html Pour ma part, je trouve les non-croyants plutôt supérieurs parce qu'ils ne sont pas plus mauvais dans leurs actes que les croyants sans avoir le secours de Dieu et malgré leur pessimisme. Ils ont aussi l'humilité de ne pas pouvoir s'imaginer qu'un Dieu créateur de l'univers s'occuperait d'eux. "Ce ne sont pas des gens en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes mais des pêcheurs" (Luc 5, 32). "La où le pêché a abonde, la grâce a surabondé" disait Saint-Paul. Peut-être que la foi s'adresse d'abord aux gens cassés
  14. Non, la gratuité sous-entendue dans le mot don est postérieure au don : on donne sans rien attendre en retour. Mais la gratuité de la foi est également antérieure au don : la foi n'est pas donnée parce que l'individu est juste ou digne du don. Or si vous faites un don aux restos du coeur par exemple, vous n'attendez pas de retour (sur la partie non déductible, du moins) ; mais vous le faites parce que la cause est juste et bonne et parce que vous trouvez l'association digne de confiance.
  15. Oui tout à fait d'accord, le risque de glissement vers un idéalisme pur existe dans quasiment toutes les écoles de pensées, y compris les plus matérialistes. Aussi je tiens beaucoup à la critique de l'humanisme abstrait par Marx. C'est en ce sens que j'approuve le titre du sujet ; "l'oeuvre de l'enfer est entièrement spirituelle" disait Chesterton
  16. C'est écrit noir sur blanc dans le catéchisme catholique : 162 "La foi est un don gratuit que Dieu fait à l’homme." 159 "Croire n’est possible que par la grâce et les secours intérieurs du Saint-Esprit." Gratuit veut dire qu'il n'y a pas de critère, aucun mérite, aucune prise en compte des actions antérieures, etc. C'est pourquoi le croyant est hérétique s'il croit qu'il vaut mieux que les non-croyants. La capacité de réceptivité par contre est présente chez tous. Ce qui veut dire qu'on peut être touché par la foi à tout âge, et qu'on peut toujours espérer la rencontrer un jour. Je ne rejoindrais pas tout à fait votre dernière phrase sur la paix. Bien sûr, il y a des moments de paix intérieure dans la foi, comme en ont aussi les athées. Mais la foi n'est pas un transhumanisme et des lendemains qui chantent. C'est d'autres questions et d'autres angoisses que celles des athées, pas moins douloureuses.
  17. En quoi votre sentiment d'être plus proche des autres vous rend-il proche des autres? Quand vous dites être un être humain parmi les autres, cela sous-entend que vous mettez l'accent sur la similitude et non les différences ; mais en quoi cela vous rend-il plus proche des gens qui ne pensent pas comme vous, les religieux et les heideggeriens par exemple? Je pense qu'on a tous fait l'expérience de quelqu'un qui nous énerve à force de vouloir nous comprendre et non nous écouter dans notre spécificité évasive car ineffable. La tolérance sous-entend une souffrance de l'altérité d'autrui, voire une condescendance (on tolère des opinions farfelues) c'est pourquoi Mirabeau la condamnait : "Messieurs, ce n'est même pas la tolérance que je réclame, c'est la liberté. La tolérance, le support, le pardon, la clémence, idées souverainement injustes envers les dissidents, tant il sera vrai que la différence des religions, que la différence d'opinion, n'est pas un crime. La tolérance, je demande qu'il soit proscrit à son tour, et il le sera, ce mot injuste qui ne nous représente que comme des citoyens dignes de pitié, que comme des coupables auxquels on pardonne, ceux [sic] que le hasard souvent et l'éducation ont amené à penser d'une autre manière que nous. L'erreur, Messieurs, n'est point un crime, celui qui la professe la prend pour la vérité, elle est la vérité pour lui, il est obligé de la professer, et nul homme, nulle société n'a le droit de le lui défendre. Messieurs, dans ce partage d'erreur et de vérité que les hommes se distribuent, se transmettent ou se disputent, quel est celui qui oserait assurer qu'il ne s'est jamais trompé, que la vérité est constamment chez lui et l'erreur constamment chez les autres" (discours 23 août 1789)
  18. À qui pensez-vous pour les lumières? D'Alembert est pour le despotisme éclairé, Montesquieu pour une monarchie tempérée par l'aristocratie, Rousseau est à contre-courant des lumières à partir de l'illumination de Vincennes ... On attribue à tort aux lumières la généralisation de la participation politique et de l'abondance matérielle qui sont arrivées bien après eux. Ce n'est peut-être qu'une querelle de mots : les transhumanistes se définissent comme les héritiers de l'"humanisme" des lumières, et je pense qu'ils ont raison. J'ai du mal à appeler "humanisme" l'idéal de perfectibilité continue, sous-entendant que l'homme n'est pas assez bien, la rationalisation complète de l'individu jusque dans sa psyché ("le but des sciences sociales n'est pas de faire l'homme mais de le défaire" Lévi-Strauss ; veux-tu mépriser quelque chose, décompose-le entièrement en parties disait Marc-Aurèle), la disparition de l'humain au profit de l'humanité, des grandes abstractions comme le progrès social, l'intérêt général, la justice sociale, la liberté politique, etc
  19. Se rassurer par la foi est une hérésie selon le concile de Trente : "personne ne doit se promettre avec une certitude absolue quelque sécurité, bien que tous aient le devoir de placer et de faire reposer dans le secours de Dieu leur plus ferme espérance" " Si quelqu'un dit avec une certitude absolue et infaillible qu'il aura certainement le grand don de la persévérance jusqu'à la fin Mt 10,22 ; Mt 24,13, à moins qu'il ne l'ait appris par une révélation spéciale : qu'il soit anathème." Si la superstition rassure, la foi n'est pas rassurante. Abraham abandonne toutes ses attaches pour mourir dans une terre étrangère. Moïse erre 40 ans dans le désert sans savoir si la promesse de Dieu va se réaliser. Le croyant sait que les premiers seront les derniers et que les prostituées et les agents du fisc seront mieux jugés que lui. Jésus meurt en disant : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?" La foi n'est pas une pilule psychotrope, elle est donnée gratuitement, elle construit une relation personnelle, elle n'est pas donnée pour satisfaire ou anxiolyser celui qui la reçoit.
  20. Vous le dites très bien : comme son nom l'indique, le chevalier de la Barre n'était pas un homme du peuple, pas un sot barbare selon Voltaire. Son grand-père était gouverneur de la Nouvelle-France et ses parents avaient 40.000 livres de rente. On lui a entre autres reproché d'avoir chez lui un exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire. Sa condamnation est évidemment injuste et abominable. Défendre quelqu'un du même milieu social ultra-favorisé que soi et qui a les mêmes idées est louable, mais ça ne suffit pas pour être qualifié d'humaniste. Le soi-disant "humanisme" de Voltaire a toujours exclu l'énorme majorité de l'humanité " L'esprit d'une nation réside toujours dans le petit nombre qui fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne" Essai sur les moeurs, chapitre 155 " Le genre humain, tel qu’il est, ne peut subsister, à moins qu’il n’y ait une infinité d’hommes utiles qui ne possèdent rien du tout : car, certainement, un homme à son aise ne quittera pas sa terre pour venir labourer la vôtre ; et si vous avez besoin d’une paire de souliers, ce ne sera pas un maître des requêtes qui vous la fera." Dictionnaire philosophique, Egalité " Il me paraît essentiel qu’il y ait des gueux ignorants. Si vous faisiez valoir comme moi une terre, et si vous aviez des charrues, vous seriez bien de mon avis. Ce n’est pas le manœuvre qu’il faut instruire, c’est le bon bourgeois, c’est l’habitant des villes ; cette entreprise est assez forte et assez grande" Lettre à M. Damilaville, avril 1766 " Distingue toujours les honnêtes gens qui pensent, de la populace qui n’est point faite pour penser" Dictionnaire philosophique, Blé, section VI " C’est une grande question parmi eux s’ils sont descendus des singes, ou si les singes sont venus d’eux. Nos sages ont dit que l’homme est l’image de Dieu : voilà une plaisante image de l’Être éternel qu’un nez noir épaté, avec peu ou point d’intelligence! " Septième lettre d'Amabed " Il n'est permis qu'à un aveugle de douter que les blancs, les nègres, les Albinos, les Hottentots, les Lappons, les Chinois, les Américains soient des races entièrement différentes. Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d'hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu'ils ne doivent point cette différence à leur climat, c'est que des nègres et des négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu'une race bâtarde d'un noir et d'une blanche, ou d'un blanc et d'une noire. Les Albinos sont, à la vérité, une nation très petite et très rare ; ils habitent au milieu de l'Afrique : leur faiblesse ne leur permet guère de s'écarter des cavernes où ils demeurent ; cependant les Nègres en attrapent quelquefois, et nous les achetons d'eux par curiosité. Prétendre que ce sont des Nègres nains, dont une espèce de lèpre a blanchi la peau, c'est comme si l'on disait que les noirs eux-mêmes sont des blancs que la lèpre a noircis. Ils n'ont d'homme que la stature du corps, avec la faculté de la parole et de la pensée dans un degré très éloigné du nôtre. Tels sont ceux que j'ai vus et examinés. " " Les Albinos sont au-dessous des nègres pour la force du corps et de l’entendement, et la nature les a peut-être placés après les nègres et les Hottentots, au-dessus des singes, comme un des degrés qui descendent de l’homme à l’animal" Essai sur les moeurs, introduction II "des différentes races d'hommes"
  21. La transcendance n'est pas accessible par les sens mais elle gouverne le monde sensible... Pour que ça soit cohérent il faudrait que les humains soient à jamais incapables de découvrir une seule loi du monde sensible.
  22. Vous vous contredisez : si la transcendance est inaccessible, comment peut-elle gouverner le monde sensible? Si elle gouverne le monde sensible, alors on peut la trouver dans les lois du monde sensible, et elle n'est pas inaccessible. D'ailleurs si elle gouverne le monde sensible, elle n'est plus vraiment transcendante. La Bible dit exactement le contraire de ce que vous lui attribuez à tort : Dieu est entré dans le repos après la création, il n'intervient plus qu'exceptionnellement et laisse l'homme faire ses choix sans jamais le soumettre. Vous n'attaquez que vos propres fantasmes de traditions que vous ne connaissez pas et non ces traditions. Dans le judaïsme rabbinique, c'est l'immanence et non la transcendance qui domine la raison et la vie de tous les jours : la Torah n'est plus au ciel, elle est sur la terre, elle est dans la bouche et le coeur des humains, et Dieu n'intervient jamais dans l'interprétation de la loi qui est très libre (lisez les deux premières pages de http://michelbeja.com/wp-content/uploads/2020/09/Delphine-Horvilleur.pdf) Dans le christianisme, la transcendance s'est faite immanente, visible et connaissable sur Terre à l'incarnation, Dieu est parmi les hommes, Dieu est dans le visage du prochain, il n'est pas inaccessible. De plus, cette immanence est sans cesse renouvelée par l'Esprit Saint qui agit au milieu des humains. La Révélation que le Fils est Logos (qui en grec veut aussi dire raison) signifie que la raison est garantie par Dieu qui ne demande pas une soumission aveugle, mais que l'homme développe sa raison et sa liberté. "La vérité vous rendra libres" (Jean 8, 32). Les explorations que vous appelez humanistes de leur côté, ont fini par dire que la raison n'est qu'un épiphénomène de l'irrationnel, un hasard produit par la sélection naturelle chez une certaine espèce de vivant qui aurait pu évoluer tout autrement, et que l'homme est un singe comme les autres. PS : Érasme (moine) et Thomas More (saint catholique) ne sont pas des humanistes alors?
  23. N'est-il pas étrange que le terme humanisme est plus associé à la littérature et à l'art de la Renaissance qu'à 1789 qui s'est terminé en bain de sang en 1793 puis en vingt ans de guerre et de pillage contre toute l'Europe? Les Lumières sont anti-humanistes, puisque selon elles l'homme doit se soumettre à la Raison impersonnelle et au système politico-économique libéral de la main invisible qui fait tout à sa place, sans qu'il s'en rende compte. Est-ce vraiment respecter l'humain que de lui refuser toute l'irrationalité qui pourtant fait partie de sa nature, que de selon Rousseau le forcer à être libre et à se dévouer au très abstrait bien commun (mais qui l'a déjà touché, celui-là?) C'est aux Lumières que commence l'homme retardataire, celui qui n'est jamais assez bien pour le système, toujours trop lent, trop superstitieux, trop obstacle. Est-ce vraiment l'épanouissement de l'humain ou bien le meilleur fonctionnement de la grande horloge économique et politique que l'on recherche? Comme disait le grand Voltaire : " Il est à propos que le peuple soit guidé et non pas instruit ; il n’est pas digne de l’être." (lettre à M. Damilaville avril 1766) "À l’égard du peuple, il sera toujours sot et barbare : témoin ce qui est arrivé à Lyon. Ce sont des bœufs auxquels il faut un joug, un aiguillon et du foin.." (lettre à M. Bordes novembre 1768) C'est sûr que quand il est écrit dans le Talmud : "chacun doit se dire : c'est pour moi que le monde a été créé" Ou que quand le christianisme proclame que l'Univers entier existe pour que l'homme puisse être aimé de Dieu et que Dieu vienne partager sa nature C'est de l'anti-humanisme Et quand le Christ dit à l'humain au jugement dernier de l'Univers : "Va-t-en loin de moi, car j'ai eu faim, et tu ne m'as pas donné à manger ; j'ai eu soif, et tu ne m'as pas donné à boire ; j'étais étranger, et tu ne m'as pas recueilli ; j'étais nu, et tu ne m'as pas habillé ; j'étais malade, et tu ne m'as pas visité, j'étais en prison, et tu n'es pas venu à moi. À chaque fois que tu ne l'as pas fait à un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que tu ne l'as pas fait" L'individu, sa complexité et ses relations sociales sont vraiment écrasés et rien devant la transcendance inconnaissable
  24. Ah, l'hindouisme est très fort en tolérance des autres religions? Comme l'étaient l'empire romain, le royaume parthe, la Chine polythéiste, le Japon shinto, le Vietnam conquérant le Champa, Madagascar au XIXème siècle, etc, etc
  25. FROD

    Le vaccin de la polémique

    Ah bon mais cet été c'était 90% de non vaccinés et maintenant c'est 60%, alors que se passe-t-il? Et en plus le bénéfice sur les soins critiques semble plus faible à partir de 60 ans alors que c'est surtout à partir de cet âge là qu'on meurt non? "Environ six patients sur dix admis en soins critiques ne sont pas vaccinés Parmi les personnes de 20 ans ou plus entrées à l’hôpital entre le 11 et le 17 octobre pour lesquelles un test RT-PCR positif a pu être identifié dans la base SI-DEP, 61 % des admissions en soins critiques et 56 % en hospitalisation conventionnelle proviennent de patients non vaccinés, alors que les patients complètement vaccinés en représentent respectivement 35 % et 40 %. Pour les décès, ces ratios s’élèvent à 56 % pour les personnes non vaccinées et à 36 % pour celles complètement vaccinées. En population générale, la part des personnes de 20 ans ou plus non vaccinées est de 12 % et celle des personnes complètement vaccinées de 84 %." https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/communique-de-presse/exploitation-des-appariements-entre-les-bases-si-vic-si-dep-et-vac-si-des
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