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Tout ce qui a été posté par Annalevine
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Peut- être comprendrez-vous le sens de autotélique en considérant cette idée de Baudelaire : l’art n’a aucun but, aucune utilité, aucune autre légitimité que lui - même, l’art pour l’art en somme. Vous avez dû étudier ça dans vos études secondaires non ? Et bien cette idée de Baudelaire illustre le sens de : autotélique.
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Afin de présenter son essai sur « le monde se révélant dans son ensemble » par le truchement du sentiment ( et non par le truchement de la pensée, incapable de saisir le monde dans son ensemble) Heidegger va définir une certaine classe de sentiments, identifiée sous le mot : stimmung. Problème : nul ne peut trouver un mot français qui corresponde. Heidegger proposa : disposition, avant de reconnaître que ce mot lui-même n’est pas très clair. Le mot retenu en français en définitive est : tonalité, ce qui n’est pas plus clair. Nous disposons d’une liste indicative : ennui, joie, mélancolie, gaieté, angoisse, étonnement, mauvaise humeur, atonie... ce serait des tonalités. Hum.. Le sens courant en allemand serait humeur, mais aussi ambiance, atmosphère. Atmosphère c’est un mot qui me permet de cerner, un peu, le sens. Un Allemand parlera de l’humeur d’un paysage ( selon Denis Huisman, qui produit ses commentaires dans l'édition « les intégrales de philo de : qu'est-ce que la métaphysique ? »). « Une tonalité d’ensemble, impliquant à la fois un accord subjectif et objectif. » « Le monde entier - humains et non- humains, intériorité et extériorité - est accordé sur un même ton » « À ce sens vient se joindre une double surdétermination: d’une part, un sens presque logique de concordance ( j’aime le mot : presque !) qui vient du verbe intransitif stimmen , concorder, tomber juste, par exemple pour un calcul; d’autre part, un sens musical, d’accord, comme lorsqu’on parle d’un instrument bien accordé, jouant dans le ton. Ce dernier sens se rapporte au nom die Stimme, la voix » Ouf ! Après avoir lu ça l’envie c’est de vite passer outre et de lire le texte de Heidegger. Mais ce que dit Heidegger sur la manière dont le monde se révèle dans son ensemble dans la tonalité- sentiment est tellement énorme qu’il est malheureusement nécessaire de décortiquer cette définition.
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Deux ministres assistent à une corrida à Bayonne
Annalevine a répondu à un(e) sujet de pila dans France
Ce topic est intéressant car il met en exergue une certaine culture dominante fondée sur l'émotion. Je mets en ligne une image (ou un texte qui suscite une image) et je regarde les réactions. Sur la corrida les réactions outrées émotionnelles sont puissantes et démontrent la puissance de l’image. Les personnes outrées s’expriment et démontrent au public combien elles sont bonnes, sensibles et empathiques. Nous pourrions penser alors que cette attitude révoltée est une amorce pour une action réelle, pour un engagement dans l’action : se mobiliser pour interdire la corrida. Il n’en est rien. Car les images propres à déclencher la révolte des personnes dominées par l’émotion visuelle se succèdent à longueur de journée. Il faudrait se mobiliser contre la corrida, contre les violences faites aux animaux, contre la faim qui engendre des images d’enfants mourants, contre les guerres qui engendrent des enfants migrants noyés dans l’océan , etc. Résultat : une sorte de magma émotionnel qui ne débouche finalement sur aucune action personnelle à long terme. L’émotion « humanitaire » sert surtout à manipuler l'opinion. À la diriger pour qu’elle finisse par voter de telle ou telle manière, pour qu’elle finisse par consommer de telle ou telle manière, etc. La personne émotionnelle finit par être le jouet des faiseurs d’opinion dans l’incapacité dans laquelle elle se trouve d’engager une action à long terme. La personne émotionnelle se trouve coincée : elle se croit bonne car elle réagit dans les mots à l’injustice. N’est-elle pas bonne quand elle se révolte ? Ne démontre-t-elle pas combien elle rayonne de pureté ? La voici soudain exonérée de tous les maux de la terre. Elle n’est plus responsable de rien, l’autre, qui ne s'étrangle pas de la même émotion est le méchant. Se croyant bonne, se sentant bonne, jouissant d’elle-même, de sa propre capacité à se révolter émotionnellement elle n’a plus besoin de passer à l'action. Ce qui est étonnant chez les personnes dominées par l'émotion visuelle, c’est qu’elles peuvent tranquillement laisser mourir de faim leur voisin si elles s’arrangent pour éviter de VOIR cette personne mourir de faim. Les personnes dominées par l'émotion visuelle ressemblent à des rats de laboratoire, on peut les manipuler comme on le désire. -
Il ne s’agit pas ici de l’image appartenant à l’arbre, mais de l’image-arbre, il s’agit de la représentation dont je fais l’expérience mentale consciente, représentation que j’appelle arbre. Cette représentation a toute une histoire puisqu’elle passe par une série d'élaborations inconscientes mais elle n’est pas issue à l’origine du corps mais d’un flux d’informations recueillies par les sens.
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Toutes les perceptions sont de toutes façons issues d’un « intérieur ». Les neurosciences enfoncent d’ailleurs des portes ouvertes en reliant telle configuration neurale avec telle configuration mentale. Si l’on doit positionner les perceptions comme les sentiments, qui sont aussi des perceptions, elles sont toutes intériorisées puisqu’elles empruntent toutes le chemin cérébral. Nous pouvons distinguer les sentiments des perceptions ( au sens classique) par le type d’informations fournies. Les perceptions au sens classique ( issues des sens) nous informent d’un monde spatialisé, tandis que les sentiments nous informent d’un monde que nous définirons pour le moment comme n’étant pas spatialisé. Un certain type de sentiments, plaisir, souffrance, certains états d'âme nous informent sur l’état du corps, que cet état provienne d’une affection issue du corps lui même ou d’une affection issue du mental. D’autres sentiments ne sont absolument pas issus du corps même si le corps par le truchement du cerveau est nécessaire pour que le sentiment apparaisse. L’image de l’arbre que je regarde n’est pas créée par le corps, elle est seulement élaborée par le corps ( le cerveau) à partir de données issues d’un extérieur au corps qui ne doit rien au corps ( au cerveau ).Il en est de même de certains sentiments. Certains sentiments jaillissent de la relation entretenue avec un ou une autre, et si ces sentiments ont besoin du corps ( le cerveau ) comme relais, ces sentiments ont une origine qui ne doit rien au corps, qui doit tout à la relation avec autrui. Où l’on voit que certains sentiments sont le fondement de la sociabilité des hommes. C’est ce que ne comprennent pas les Français qui pensent que seul le corps est à l’ origine des sentiments. D’où la dévalorisation des sentiments et le dégoût affiché par les Français pour la sociabilité, la communauté, dégoût qui les enferment dans leur individualisme. D’où aussi la condescendance pour les Italiens qui pleurent. L’individualisme n’est donc pas propre à la nature humaine, mais propre à une représentation de certains mécanismes mentaux erronée.
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Enfants nés de PMA en Colère contre leurs mères
Annalevine a répondu à un(e) sujet de dulove dans Société
C’est se rassurer à bon compte. Ne pas vouloir voir au delà du temps étalon de sa vie. En 2018 des chercheurs américains et asiatiques ont réussi à agir sur le génome d’un embryon en supprimant un gène commandant une maladie. Il est probable qu’il sera possible ( je vois mal pourquoi les performances de la technique seraient soudain bloquées à leur niveau actuel) d’agir sur le génome des embryons pour supprimer toutes les maladies létales. Il est donc possible d’agir et de modifier le génome des embryons. Croire que dans cent ans, deux cents ans nous en serons toujours à notre niveau technique actuel concernant la manipulation du génome c’est se sécuriser en plongeant sa tête dans le sable. -
Heidegger fait donc la différence entre « saisir » l’ensemble du monde ( l'étant), et se « sentir » au milieu du monde dans son ensemble. « Saisir » correspond à la pensée, nous ne pouvons pas saisir l’ensemble du monde par la pensée ( il s’agit d’une impossibilité logique classique sur laquelle je ne reviens pas), tandis que « sentir » correspond au sentiment, grâce auquel le monde dans son ensemble peut nous être révélé. Il convient alors de bien comprendre ce qu’est le sentiment. Dans « Premiers pas en philosophie » le sentiment est défini comme relatif aux perceptions intérieures. C’est donc un mot qui couvre beaucoup de choses : les émotions, les états d'âme, la souffrance, le plaisir, les sentiments au sens strict, etc. Finalement le sentiment est distingué des perceptions usuelles par le positionnement, le sentiment est positionné à « l’intérieur » , les perceptions, celles des sens, à « l’extérieur ». Mais à l’extérieur ou à l’intérieur de quoi ? Il semble que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du corps. Je pense que c’est ce positionnement qui conduit inconsciemment les Français à dévaloriser le sentiment. En bons cartésiens qui s’ignorent le corps est infériorisé par rapport à l’esprit. Cela rend plus compréhensible le curieux topic, « le plaisir de pleurer » dans lequel les intervenants de genre masculin partent du principe, sans même s’en rendre compte, que les larmes sont un « truc » vaguement minable. Larmes = Émotion=Sentiment=Beurk. Il faut y voir un conditionnement philosophique dont les intervenants, des mâles âgés, formés depuis leur plus tendre enfance à mépriser l’émotion et le sentiment, ne prennent pas conscience. Cette distinction intérieur - extérieur est par surcroît une erreur.
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Pour la première fois, la Cour suprême suédoise juge un homme coupable de viol par négligence
Annalevine a répondu à un(e) sujet de Mórrígan dans International
Il y a quelque chose de vaguement déprimant à lire les dispositions mentales de certains hommes. Là encore l’attention est portée sur la jeune fille qui serait un peu paumée, pas aidée, un peu nunuche quoi. Quand nous sommes face à un(e) enfant ou un (e) jeune ado tout adulte doit faire très attention dès lors qu’il s’agit de désir. Le désir de l’adulte n’est absolument pas perçu par l’enfant ou le jeune ado comme cette dernière ou ce dernier peut percevoir l'émergence de son propre désir. Équivaloir ( rendre équivalent) le désir de l’enfant et le désir de l’adulte me paraît franchement atterrant. Dans cette affaire le problème ne vient pas de la jeune fille mais bien de l’individu. Quant à parler à l’enfant, certes nous devons le mettre en garde contre les dangers de l’internet ( comme du danger d’être abordé(e) par un adulte dans la rue ou ailleurs) mais lui parler à ce propos du danger sexuel est hors de propos. Le désir dans sa naissance demande une délicatesse extrême et les mots eux-mêmes peuvent se révéler trop violents. Les attitudes, les gestes, les comportements quand nous les utilisons pour entourer l’enfant dans notre amour et l’assurer du respect de son intimité portent une délicatesse bien plus marquée que les mots. -
Enfants nés de PMA en Colère contre leurs mères
Annalevine a répondu à un(e) sujet de dulove dans Société
Ce topic est intéressant car nous y voyons s’affronter deux idéologies. L’idéologie dominante est celle qui construit toute vie sociale à partir de l’individu. Le point de départ de toute réflexion est l’individu, mu par le désir ( point de repère qui remplace Dieu), orienté vers ce but : le bonheur, être heureux. Dans le cadre de cette idéologie si le désir individuel ne nuit pas à un autre individu et si le bonheur est atteint tout va bien. L’argument : si les enfants, quelles que soient leurs origines, sont heureux tout va bien. Qu’ils proviennent d’un père et d’une mère classiques ou demain de manipulations génétiques type bienvenue à Gattaca. C’est cohérent. Et si je me place dans le cadre de cette idéologie je suis d’accord avec cette vision du monde. De l’autre côté il y a une idéologie communautaire qui ne sait pas trop comment s’exprimer vu l'opprobre jetée en France sur toute communauté. Dans cette idéologie le désir personnel, même s’il ne nuit pas à autrui, ne peut suffire à justifier l’action individuelle. Dans le cadre de la communauté il est nécessaire de tenir compte de principes communautaires avant de réaliser son désir personnel. Le bonheur personnel n’est plus l’horizon, c’est l’intérêt communautaire qui prime. Le dogmatisme qui a longtemps régner sur les communautés et qui règne parfois encore a pu faire exploser la communauté surtout dans un système libéral fondé sur l'énergie fournie par le désir individuel. Mais il me semble que les nouveaux critères de vérité absolue, le désir personnel et le bonheur personnel, deviennent tout aussi dogmatiques. -
Je peux, à partir de l’opposition pensée- sentiment, commencer à jeter un regard nouveau sur le monde. Quand nous ressentons que la pensée scientifique pourrait bien devenir totalitaire que voulons- nous dire ? Lorsque la pensée scientifique déborde de son objet de compétence elle emporte avec elle sa négation de principe : le rien n’existe pas, formule un peu provocatrice de Heidegger. Quel est ce rien dont la science ne veut rien savoir ? Le sentiment. Lorsque la science transporte sa pensée dans le domaine social ou politique cela donne : les individus, les citoyens sont des objets dont il convient de traiter les actions réciproques sans l’ombre d’un sentiment. Cette éviction du sentiment, en France, dans le traitement des affaires politiques devient patente. Peut être est ce pour cela que certains, dont je fis partie d’abord, pensaient et pensent encore que Macron est un psychopathe (!). En fait Macron fait affleurer en moi cette image un peu démente du fait que, dans les affaires politiques, il exerce presque exclusivement une pensée scientifique à l’exclusion de tous sentiments. Ce qui bien sûr ne veut pas dire que, dans les affaires privées ou les affaires communautaires ( le monde qu’il habite ) il manque de sentiment. Le traitement de la crise des Gilets Jaunes m’ a surprise. Les Gilets Jaunes, pour Macron et sa troupe de fantassins plus ou moins disciplinés, les députés de la REM, sont des objets. Dont la réaction inattendue a surpris, comme un chimiste peut être surpris par une explosion inattendue. Macron, en bon chimiste, a procédé à quelques ajustements, un peu de communication, un peu d’argent, quelques yeux crevés, quelques mains arrachées, jusqu’à ce que les objets dont il doit contrôler les réactions comme autant de réactifs parfois rétifs donnent les produits projetés : devenir des objets concourant tous à la réalisation de l'idéologie libérale à la française ( teintée d’interventionnisme étatique). Cela ne signifie pas qu’être traité d’objet soit préjudiciable en soi, car l’objet doit être dans une certaine mesure préservé en vue de la réalisation des idéologies servies. Mais je reviendrai sur ce sujet car l'hypothèse de l’éviction du sentiment dans la vie publique, éviction qui signale l’hégémonie de la pensée scientifique en débordement de son domaine de compétence est un instrument de recherche intéressant.
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Bientôt ils vont même répliquer des petits saxo avec leur imprimante 3D. Quelle perspective.
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Ne vous laissez pas porter par l’émotion ça vous rend illisible.
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Avant de continuer sur Heidegger qui m’apparait de plus en plus comme un homme qui pensait, sentait différemment, il me faut revenir sur le sentiment. Jung, dans les types psychologiques, œuvre qui n’est malheureusement plus disponible sur le marché français, oppose pensée et sentiment. Alors que nous aurions pu opposer raison et sentiment, du moins ce serait mon premier réflexe. Parlant de Heidegger, Anna Arendt écrit : « nous sommes si habitués aux vieilles oppositions de la raison et de la passion, de l’esprit et de la vie, que l’idée d’un penser passionné, dans lequel Penser et Etre-Vivant deviennent un, nous étonne quelque peu » Elle place d’un côté : la raison, l’esprit et le penser, de l’autre côté : la passion, la vie, l’Etre-Vivant. C’est un peu confus et aussi un peu de mauvaise foi. Je retiendrai plutôt l’opposition retenue par Jung : Pensée et Sentiment. C’est d’ailleurs cette opposition que mentionne aussi Arendt dans sa formule : le penser passionné comme union des contraires. Penser, si je suis Jung, c'est intellectualiser, fonctionner avec des concepts et des idées, c’est tout objectiver, c’est construire concepts et idées selon des lois considérées comme appropriées ( vraies ) par le penseur. Le sentiment (dont Jung dit que c’est le propre des femmes (!)) réfère aux ressentis. Ce que je ressens. C’est un fait que les deux attitudes : penser ou ressentir souvent s’opposent. Et c’est en effet ce que tente Heidegger : unir ces deux attitudes qui souvent, dans la vie courante, s’excluent l’une l’autre. Je note que Jung ne retient pas la raison comme critère de différenciation. Pour lui pensée et sentiment sont deux fonctionnalités qui recourent à la raison. Disons que la pensée se soumet à la Raison tandis que le sentiment utilise la Raison pour organiser son domaine d’action.
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Il semble que vous privilégiez le côté émotionnel de votre cervelle.
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Il faut faire la différence entre l'évolution comme concept et la théorie de l'évolution. L’évolution est ainsi définie ( cours de SVT du secondaire) : l’évolution c’est le concept selon lequel les espèces vivantes se transforment et dérivent les unes des autres. J’adhère à cette définition. L'évolution, ainsi définie répond à la question : comment ? Elle permet de relier les observations les unes aux autres. Je ne conteste pas ce concept. La théorie de l’évolution entreprend de répondre à la question pourquoi ? Il n’y a jamais de vérité absolue quand il s’agit de répondre au pourquoi, pas même dans les sciences exactes. Concernant la théorie de l'évolution, dans la réponse au pourquoi, il y a introduction d’idéologies. Même le mot évolution est parfois teinté de la notion de progrès, de marche en avant positive, ce qui n’est absolument pas une teinte scientifique. Le mot sélection n’est pas neutre non plus, il porte en lui des contenus idéologiques qui n'ont rien de scientifique. Quand les Allemands triaient les Juifs, les uns vers les chambres à gaz, les autres dans les camps de travail, les derniers dans les bordels ils pratiquaient la sélection ( naturelle ?). L’emploi de certains mots n’est pas neutre. Ainsi doucement dans le public s’installe l'idée que l'évolution signifie une transformation des espèces vers les plus performantes, vers des espèces supérieures, on voit maintenant surgir des théories géniques qui tentent de déterminer l’origine de l’intelligence ! Retour vers la passé. Le mot sélection laisse foisonner l'idée d’intentionnalité, de la loi du plus fort. Les évolutionnistes, hypocrites, disent : ah non on ne veut pas dire ça ! S’ils modéraient leur vocabulaire il n’y aurait pas de tels dérapages. Dans le public s’installe maintenant l'idée que les tyrannosaures exerçaient intentionnellement leur despotisme (!). Une espèce ne s’impose pas à une autre intentionnellement. Vous allez me dire alors que la sélection n’est pas le résultat d’une intentionnalité mais le résultat des conditions posées par la nature, vous allez me dire il s’agit de sélection naturelle. Ah bon, la nature est nazie ? Choisir des mots teintés d’idéologie est douteux. Ce serait plus honnête de choisir d’autres mots, par exemple orientation positive, ou « orientation heureuse, ou orientation temporairement chanceuse ». J’aime beaucoup cette remarque d’une évolutionniste : « L’histoire de la vie est un chemin discontinu, souvent réversible, mêlant innovations et ratés » Enfin quelqu’un d’honnête.
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Dans « qu’est ce que la métaphysique ? » Heidegger discourt sur l’étant dans son ensemble, c’est à dire sur le monde. Le monde, comme les deux autres figures de la métaphysique, Dieu et l'âme, ne peut être saisi dans son ensemble. Ce sont des figures qui échappent à toute perception dès lors que nous supposons qu’il s’agit d’objets observables, définissables. Nous ne pouvons pas faire l’expérience perceptive de ces figures, même si nous pouvons nous en faire une idée. Pourtant, écrit-il, nous nous trouvons placés au milieu de l’étant ( au milieu du monde) qui nous est dévoilé en son ensemble d’une manière ou d’une autre. Avant de passer à cette « manière » il est nécessaire de s'arrêter à ces mots. Je ne peux pas saisir intellectuellement l’étant dans son ensemble (entendre : je ne peux pas me saisir, par la pensée, je ne peux pas m’emparer, par la pensée, du monde dans son ensemble ( sauf à m’en faire une idée, mais je suis alors dans l’imaginaire ) mais le monde, dans son ensemble, peut m’être dévoilé ( dès lors que je suis situé au milieu du monde, au milieu de l’étant). Il y a là une manière de philosopher qui rompt totalement avec le rationalisme, avec la raison telle qu’on entend la raison en Occident (la raison retenue dans l’entendement, la science en fait). La raison ( dans le cadre de la science ) est impuissante à saisir le monde dans son ensemble, mais le monde peut m’être dévoilé dans son ensemble d’une autre manière, et là Heidegger introduit le sentiment.
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Dans l'étude actuelle que je mène sur les stoïciens il y a cet émerveillement des Grecs devant la nature. Leur émerveillement provient de ce qu’ils découvrent la nature comme étant là indépendamment d’eux. Ils découvrent une existence qui ne doit rien aux hommes. Cette découverte engendre en eux l’émerveillement et le sentiment du divin, le divin étant ce qui ne doit rien, quant à son existence, à l’homme. La nature ils la voient comme une totalité parfaite, le cosmos. J’en reviens au sentiment : l'émerveillement. Et c’est là que Heidegger m’intrigue. Car ce qu’il dit du sentiment ( limité par lui à ce qu’il appelle la tonalité, ou encore « l'atmosphère générale », ou encore la disposition, au sens disposer dans un certain ordre) est totalement différent de nos savoirs coutumiers freudiens. Nous dirons, nous, abêtis par un freudisme omniprésent, que l'émerveillement des Grecs n’est autre qu’une projection sur la nature d’un état d’âme. Heidegger, lui, affirme que les tonalités ( l’émerveillement, la joie, l’angoisse, etc) sont des perceptions du même type que les perceptions sensibles, que les tonalités sont des informations sur des réalités qui nous sont extérieures. L'émerveillement n’est pas une intériorité mais une information sur le monde qui nous est extérieur. De même que l’angoisse par exemple est une information sur le glissement, la disparition des étants, donc une information sur le néant. C’est extrêmement intéressant cette approche. Elle rompt avec les mécanismes primaires ( et pour moi imbéciles) du freudisme. Cette approche : que les sentiments ne renvoient pas à une intériorité mais à une extériorité qui n’est pas soi, qui n’est pas moi, qui n’est pas nous, me paraît perspicace.
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La science, un nouveau totalitarisme ?
Annalevine a répondu à un(e) sujet de Annalevine dans Sciences
Il semble bien, en France, que l’esprit scientifique ait largement débordé son domaine de compétence. Le scientifique se caractérise par son attitude, son rapport au monde. Le monde est rempli de choses, d’objets, qu’il tient à distance pour pouvoir d’abord les observer. Ce rapport, tant qu’il reste dans un domaine de compétence donné, est efficace et source de connaissances précieuses. Mais lorsque ce rapport s’étend au domaine du sentiment, ce domaine qui permet la relation avec les autres, dans le cadre de l’humain, de l’affect, les conséquences en sont catastrophiques. Car chaque homme ou femme devient alors, dans le cadre de cet esprit scientifique, un objet. Un objet que l’esprit scientifique situe dans des représentations théoriques structurées autour d'idées. L’affect alors disparaît. En effet l’affect et le partage des affects impliquent l’engagement. Un engagement envers l’autre, engagement qui signifie perte de contrôle absolu, acceptation d’une livraison de soi à l’autre, attitude absolument contraire à l’esprit scientifique, qui, en faisant de tout un objet, garde ses distances et évite l’engagement. C’est pourquoi la France gardera encore longtemps un rôle économique important dans le monde en raison de l’adaptation de son esprit scientifique aux exigences du capitalisme mais elle sera aussi le pays où règnera le mal être par l’incapacité de quiconque est animé exclusivement par cet esprit scientifique d’engagement affectif de dimension sociale. -
Les compteurs associés aux fils de discussion engendrent le désir d'être lu. Il m’apparait que ce désir d’être lue est un fourvoiement. Cela crée une dépendance subtile ( dépendance au plaisir d’être lue) , dépendance qui égare. Cette dépendance modifie sans que j’y prenne garde ma manière de penser. Il est donc nécessaire d'écrire, ici et même ailleurs, en renonçant au plaisir et au désir d’être lue par un public. Cette exigence, cette ascèse même, est le seul moyen d'élucider ou de tenter d'élucider l’identité réelle de celle ou de celui à qui l’écrivain écrit. En déposant cette identité dans l’esprit d’un public anonyme ou d’ailleurs identifié, l’identité de ce lecteur primordial se perd. Le forum est un lieu situé hors de mon monde, un lieu qui appartient au monde qui n’est pas mien, au contraire de la feuille de papier qui continue d'être un lieu de mon monde. C’est dans ce lieu extériorisé que je communique avec un être dont je ne sais rien sinon qu’il ne doit pas être identifié à un lecteur virtuel ou réel. Où est cet être et s’agit il même d’un être ? Il est probable que l’emploi même de ce mot, être, est déjà une erreur. Quand je lis certains textes antiques je m'aperçois que le mot divin par exemple précède l’apparition d’un dieu. Les pièges de notre culture est de poser comme évident qu’un qualificatif renvoie à un substantif. Dans notre culture, le mot divin renvoie à un dieu, de même que le mot conscient renvoie à la conscience, etc. Nous objectivons toute information comme émise par un objet. Or les anciens ne pensaient pas comme ça. C’est pourquoi comprendre les origines de notre civilisation paraît impossible tant que nous tenterons de comprendre nos origines avec nos réflexes de pensée.
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La science, un nouveau totalitarisme ?
Annalevine a répondu à un(e) sujet de Annalevine dans Sciences
C’est aller un peu vite dans la critique de quiconque ne soutient pas les théories de l’histoire actuelles. Car même la linguistique s’inscrit dans les sciences de l’histoire. Pour moi toutes les théories qui touchent à l’histoire sont idéologiques. Je ne vois pas comment elles pourraient être scientifiques. Ce qui relève de la science ce sont des connexions, des relations, mais dès que nous rangeons des séquences construites scientifiquement dans un cadre général explicatif nous rentrons dans l'idéologie. -
Le forum agit, en prêtant au forum une personnalité propre, comme un étouffoir. Des qu’une idée jaillit, qui ne soit pas conforme ou usuelle, il tente de l’étouffer. Soit par le dénigrement, la dévalorisation ou l’argumentaire implacable de celui qui sait dire non. Cette qualité est très intéressante. Elle me permet de me rendre compte que certaines idées et sentiments ont jadis été étouffés en moi. Retrouver ici la réalité passée de l'étouffoir me permet de revenir sur ces étouffements et de tenter de sortir de la gangue des pensées abandonnées. Le forum n’est pas un moyen d’exister ou de s’affirmer, il est un moyen de sortir de l’ombre des pensées jadis refoulées par l’environnement humain. En se retrouvant en situation, en me permettant de reprendre la lutte là où je l’avais laissée pour certains aspects de ma pensée. Je me rends compte combien les familles exerçaient jadis une violence intense contre leurs enfants. Cette violence continue d’ailleurs quand j’observe comment certains parents agissent pour étouffer les singularités de leurs enfants, pour les conduire dans le droit chemin. La violence a parfois changé de visage. Elle n'utilise plus la violence morale ou physique, elle utilise la séduction. La séduction exercée par les parents contre les enfants est une arme subtile car elle empêche la révolte des enfants. La violence de nos sociétés est d’abord exercée contre les enfants.
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La science, un nouveau totalitarisme ?
Annalevine a répondu à un(e) sujet de Annalevine dans Sciences
Bien sûr il ne me vient pas à l’idée de critiquer la science dans l’obligation de définir son objet, lequel doit être localisable et datable. L’espace et le temps (Heidegger ajoute le mouvement, d’autres ajoutent la matière, etc.) sont les conditions nécessaires à tout début de science. Il est donc normal d’exclure le sentiment, lequel échappe à l’espace à moins d’identifier le sentiment à une configuration spatiale et datable, hormonale par exemple, ce que d’ailleurs tentent de faire certains scientifiques, mais c’est un autre sujet. Ma critique c’est que les types d’homme qui se spécialisent dans les sciences sont souvent des hommes prédisposés à la dévalorisation du sentiment. Ceux là vont alors sortir du cadre strict de leur activité pour étendre à tous les domaines d'études humains leurs lois tirées de leur science. C’est là qu’ils deviennent dangereux. Car des qu’ils sortent de leur strict domaine de compétence, sans s’en rendre compte, quand par exemple un physicien se pique d'être compétent quand il s’agit de l’Histoire ( que ce soit les espèces ou les sociétés humaines) ils sont eux mêmes pilotés par des sentiments, qui, du fait qu’ils sont chez eux refoulés, débouchent sur des inclinations inconscientes pour le moins inquiétantes. C’est ce que Heidegger appelle en reprenant une expression freudienne détournée de son sens originel : le retour du refoulé. La séparation de l’objet scientifique du monde du sentiment ( pris au sens large) fut historiquement un progrès de la pensée. Cette rage à rentrer dans un rapport au monde fondé sur la stricte observation spatiale et temporelle a produit des effets incomparables. Le rapport au monde ne fut plus soumis au sentiment, le monde n’était plus le moyen de donner corps au monde des passions, des dieux, des âmes, le monde devenait objet autonome, un étant comme dirait Heidegger. Mais les scientifiques à leur tour, en triomphant des prêtres , sont tombés dans l’hubrys, l’ivresse de la victoire. Après les excès des dieux voici venir les excès des experts. -
Heidegger a cette méthode, que j’emploie aussi de mon côté, pour définir un mot, de recourir au verbe correspondant au substantif. Pour définir le mot raison et éviter de sombrer dans d’interminables définitions, je recours au verbe : raisonner.Tout devient plus clair. Heidegger fait de même avec le mot logos, exemple même de mot qu’on ne finit jamais de définir. Face à logos il associe le verbe legein qui signifie : dire, énoncer, manifester, rendre visible, parler, recueillir ( au sens collecter ). Ainsi Heidegger, entre autres, retiendra pour logos le sens de recueil, le logos est, entre autres, le recueil de l’Etre. Ce qui est intéressant chez Heidegger c’est qu’il invite le lecteur à penser différemment le monde (différemment des conventions en cours, conventions dont je me rends compte qu’elles sont conventions justement en lisant Heidegger ). Sa manière de réhabiliter le sentiment fait réfléchir sur notre manière habituelle de traiter cette perception sans lui donner l’importance qu’elle mérite. Les habitudes d’analyse psychanalytique héritées de Freud sont à cet égard catastrophiques.
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La science, un nouveau totalitarisme ?
Annalevine a répondu à un(e) sujet de Annalevine dans Sciences
« La science ne veut rien savoir du rien ». Cette idée formulée par Heidegger est une introduction à l'étude du néant. Mais qu’est-ce que ce rien dont la science ne veut rien savoir ? Descartes dans ses Méditations Métaphysiques parle d’un morceau de cire « qui n’a pas encore perdu la douceur du miel ou le parfum des fleurs ». Il l’approche du feu et le morceau de cire perd sa douceur et son odeur, il est réduit à son essence, il peut alors devenir objet de connaissance pour la science. Pour la science le rien ce sont la douceur et le parfum. D’une manière générale la science tient pour rien tout ce qui est de l’ordre du sentiment, le sentiment couvrant ici tout ce qui est de l’ordre de la perception intérieure (Heidegger dénonce aussi cette qualification : « intérieure »). Le scientifique est un être sérieux qui tient le sentiment pour rien, ou pour quelque chose de secondaire, de méprisable même, quelque chose de « féminin », de pas sérieux. Cette destruction du sentiment tenu pour une scorie de l’activité humaine, une odeur transitoire, caractérise la tentation totalitaire de nombreux scientifiques. Totalitaire en ce sens qu’ils étendent les conditions de leur activité spécifique aux conditions d’existence de toute activité humaine. Cette tentation totalitaire nous la retrouvons dans la philosophie allemande initiée par Kant. Il n’existe que les objets qui sont réellement des objets c’est à dire tout ce qui peut être mis en forme dans les formes pures de l’espace et du temps. Le reste est de l’ordre de la psychologie c’est à dire c’est l’affaire d’activités sans intérêt. Cette radicalisation a il est vrai permis le formidable développement scientifique propre à l’Allrmagne qui est devenue au 19 et au 20 eme siècle la nation la plus avancée du monde en matière de sciences. Tant et si bien que la science d’aujourd’hui n’a fondamentalement rien conçu qui soit nouveau depuis. Le formidable développement de la technique est une application pratique des principes posés antan par cette nation. Mais ce développement scientifique a été de pair avec l’enfouissement du sentiment dans le Rien. L’expression sentimentale ou émotionnelle devint ainsi une activité aristocratique dont l'inutilité exprima justement le luxe aristocratique de s’adonner à des activités inutiles. Il était possible de s’enivrer en écoutant Wagner tout en mettant au point une technique appropriée pour exterminer les Juifs. Je ne condamne pas pour autant la science, qui reste un instrument, mais je souligne à quel point certains scientifiques en tenant le sentiment pour un Rien, font de la science un instrument infernal. -
Dans le Monde daté d’aujourd’hui il y a une interview de Kadaré. Il parle de sa ville natale,Gjirokaster, en Albanie. « Il y avait un groupe de vieilles femmes » assises sur un long divan. « Il y avait chez ces vieilles...quelque chose d'impérissable. La sobriété de leurs propos, le lien entre réel et irréel , cette couche de légende déposée sur les faits » « J’admirais leur aptitude à voir les choses d’en haut » « Ces vieilles femmes perspicaces, tout de noir vêtues, me faisaient l’effet d’un chœur antique. Elles ne savaient ni lire, ni écrire, elles avaient un style ». En lisant ces lignes je me suis rappelé d’un événement, alors qu’adolescente, décidée à m’affranchir de ma famille, j’errais à travers la France, vivant de petits travaux. Je m’étais temporairement fixée dans un village du Roussillon, Pollestres, et le jour où je décidai de partir, je vis soudain se lever de leur banc, quatre ou cinq vieilles, elles aussi vêtues de noir, qui observaient de leur banc la vie du village. Comment avaient elles compris que je partais ? Je n’avais pas même imaginé qu’elles eussent pu m’observer ! Elles m’embrasserent toutes, me souhaitant bonne chance. Cet événement m’avait, à l’époque, stupéfiée.
